CHAPITRE QÜATRlèME
des raisons particulières , lorsqu’il a lieu , peut être un indice certain de la vérité , il ne s’ensuit nullement que cet accord soit nécessaire pour avoir la certitude , ou qu’on ne puisse être certain d’aucune chose sans connaître cet accord. 3° Que si l’on admettait avec les partisans du nouveau système que chaque raison particulière peut en tout et toujouns se tromper , l’accord d’un nombre qnelconquc de raisons particulières pourrait toujours n’étre que l’uniformité de l’erreur , et par conséquent ne donnerait jamais de certitude. Que devons-nous donc penser de la métaphysique de l’Auteur sur la raison générale , sur le principe de foi constitutif de la raison individuelle , sur la raison composée de jugemens, sur l’infaillibilité de la raison commune et de la raison de la société Chrétienne , et sur tant d’autres choses fort belles et auxquelles il ne manque pour être raisonnables que d’avoir un fondement un peu plus solide qu’une imagination brillante ?
A la page 70 , M. G. entreprend de nous donner l’explication de quelques maximes Théologiques qui , selon lui , ne sont explicables que dans son système ; ce qui nous conduirait à croire que personne jusqu’ici ne les a comprises, pas même les Théologiens qui les ont avancées; car j’ose bien affirmer qu’ils ne connaissaient pas le système de l’Auteur, a Avant d’aller plus » loin , dit-il , nous trouvons déjà ici l’explica-
l88 EXAMEN d’on ouvrage , ETC.
» tion de plusieurs maximes théologiques , in- » explicables et même contradictoires dans le » système Cartésien. Nous concevons d’abord » pourquoi , suivant la doctrine commune des » Pères , la foi précède la raison. L'autorité , dit » saint Augustin , requiert la Joi , pour préparer y> l'homme à la raison. C’est qu’en effet le prin- » cipe d’autorité ou de foi étant la base de la » certitude même , la raison de chacun ne peut » exister que par l’adhésion à ce principe. Ce » n’est pas la foi qui naît de la raison , c’est la » raison qui naît de la foi. »
Ce seul passage suffit pour nous donner la mesure de confiance que nous devons accorder aux citations de l’Auteur. Pour prouver que suivant la doctrine commune des Pères la foi précède la raison , il cite un texte de saint Augustin , dont il n’a pas saisi le sens , et fait parler ce Docteur contre sa pensée. Je ne m’arrête pas à la réflexion qu’une assertion aussi étrange que celle qui nous donne pour la doctrine commune des Pères une doctrine que bien des personnes qui ne manquent pas d’instruction jugent nouvelle , devrait être prouvée autrement que par quelques mots pris d’un saint Père , mais je ne puis me dispenser de relever l’infidélité de la citation. Remarquons d’abord que la traduction elle - même n’est pas fidèle. Saint Augustin a dit : Aucloritasfidem flagitat, et rationiprœparathorninem : « L’autorité requiert
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» la foi et prépare l’homme à la raison. » Il a plu à l’Auteur de traduire : pour préparer l'homme à la raison , et il présente ainsi un sens bien éloigné de la pensée du saint Docteur et contraire à sa doctrine , comme je vais le montrer.
L’Auteur , plein de son idée qu’il n’y a point de raison sans la foi , que la foi est le principe constitutif de notre raison , s’imagine facilement trouver partout cette vérité fondamentale , et ne s’aperçoit seulement pas du changement qu’il fait au texte pour l’accommoder à son système. C’est là un effet bien naturel de la prévention , et nous ne devons ni nous en étonner , ni en faire le sujet d’un reproche bien sévère. Mais un esprit non prévenu y regarde de plus près , et il ne se permet aucun changement aux textes qu’il cite ; il en examine impartialement le sens ; il sait que quelques mots détachés d’un texte , lors même qu’ils seraient présentés fidèlement , peuvent n’exprimer qu’imparfaitement la pensée d’un auteur , et même quelquefois induire en erreur sur ses véritables sentimens. Si donc il lui importe de connaître certainement le vrai sens d’un texte , non-seulement il considère le texte entier , mais il le compare avec les autres textes qui peuvent lui donner quelque éclaircissement: voilà ce que je vais tâcher de faire.
Commençons par donner en entier le passage de saint Augustin d’où sont tirées les paroles
If)0 EXAMF.y d’dIT OXTVRAOE , ETC.
citées par M. G. « ( i ) Ardmœ medicina , quœ divinâ » Providentiâ et ineffabili beneficentiâ geritur , » gradalim distinctèque pulcherrima est. Dis- » tribuitur enim in auctoritatem atque rationem. » Auctoritas /idem flagitat , et rationi prœparat » hominem. Ratio ad intellectum cognitionem- » que perducit. Qiianquani neque auctoritatem » ratio penitus deserit , cùni consideratur cui sit » credendum , et certè surama est ipsius jam » cognitæ atque perspicuæ veritalis auctoritas. » (DevcraReligione , n. 45. )
Ne paraît-il pas que ce passage , dont l’Auteur a détourné un lambeau en sa faveur , prouve précisément le contraire de ce qqe M. G. avance? Pour que la raison puisse nous conduire à l’intellisence et à la science , il faut de toute nécessité qu’il y ait dans la raison un principe de certitude ; car si elle n’avait pas en ellc-mcme un principe de certitude , elle pourrait tout au plus nous conduire au doute , ainsi que l’enseigne l’Auteur de VEssai. Alais , dit-bn , c’est
(i) « Rien de pins admirable que les degrés bien disiincU par n lesquels la divine Providence , dans son infinie miséricorde , a opère la guérison de l’auic. Eu effet , on y remarque d'une a part raiitoiité , et de l'autre la raison. L'autorité requiert la a foi , et prépare l'Iiommc ii la raison ; la raison le eouduit à » riulelligcuce , à la connaissance. Qnoiqu‘.i dire vrai , la raison s nclaisscpointlautorilé agir toute seule, puisque l'on considère s à quelle autorité l'on doit ajouter foi. Et certes , il n’y a point » d'autorité plus grande que celle de la vérité elle-même maui- • feste et déjà connue. »