‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 60 sur 180 · CHAPITRE QUATRIÈME. IQI · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. IQI

l’autorité et la foi qui produisent la raison. Je sais que vous le prétendez ainsi ; mais il n’est pas question maintenant de ce que vous pensez , il s’agit de savoir ce qui est , et ce que dit saint Augustin. Sur quoi agit l’autorité , si ce n’est sur la raison ? Quel est le sujet de la foi , si ce n’est la raison ? L’autorité et la foi supposent donc la raison , et ne la produisent pas. La chose est trop évidente pour pouvoir être contestée par saint Augustin. Ce grand Docteur n’a jamais eu dans la tète les idées qu’on lui prête. Il ne dit pas que l’autorité prucluit la raison dans l’homme , comme on voudrait le donner à entendre ; il dit seulement que l’autorité prépare l’homme à la raison , ce qui est bien different. Remarquez aussi que la proposition de ce saint Docteur n’est point une proposition universelle , et qu’elle n’a point l’extension qu’on essaie de lui donner. Il n’a garde de dire que l’autorité est toujours nécessaire pour préparer l’homme à la raison , c’est-à-dire , aux connaissances que donne la raison et qu’elle seule peut donner. Il n’établit la nécessité d’une autorité qui précède la raison , que pour les choses qui sont au-dessus de la raison et qu’elle ne peut atteindre immédiatement. Je le ferai voir tout à l’heure , et le texte même l’indique assez clairement. Je commence par faire observer que saint Augustin veut que l’autorité prépare à la raison , de telle manière cependant que quelque usage de la

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raison accompagne et précède l’autorité , puis* que c’est à la raison qu’il appartient de discerner l’autorité qui a droit à notre foi : Quanquani nequc auctoritatem ratio penitus deserit , cùm comideratur oui credeiidwn sit. Cette raison qui discerne l’autorité n’est point une raison qui naisse de l’autorité. Et parmi les autorités , selon le saint Docteur , il n’y en a pas de plus grande que celle de la vérité manifeste et déjà connue de la raison : £t certè summa est ipsius jain cognitœ atque perspicace veritatis auctoritas.

J’ai dit que saint Augustin ne reconnaît pas la nécessité de l’autorité indistinctement pour toutes les vérités , mais seulement pour certaines vérités qui sont au-dessus de notre raison ; et , si je ne me trompe , mon assertion est déjà prouvée par ce qui vient d’être dit. Mais je la prouve encore par un autre passage du même saint Docteur , dont l’Auteur a également pris un lambeau , pour en faire une épigraphe à son ouvrage. « ( i ) yera Religio , nisi credan tur ea quæ » quisque posteà , si se bene gesserit dignusque » fuerit , assequatur , atque percipiat , et omnino » sine quodam gravi auctoritatis imperioinirirectè 7) nullo pacto potest. » ( De util. credendi , n. 21.) Nous voyons dans ce texte quel est le genre de

(1) « On no pont en ancnnc manière entrer dam la vraie a Religion aans se sonmettre au jong d’une autorité , et sans a eroire ce que plus tard ota obtiendra de comprendre si l'on a s'en rend digne par sa conduite, a

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vérité que , dans la pensée de saint Augustin , nous devons croire avant que nous puissions en avoir l’intelligence ou la science. Aucun Théologien Catholique ne pensera à contester que la vraie Religion nous oblige à croire des vérités dont la connaissance intuitive sera le prix de notre fidélité. Or , c’est là tout ce que prétend saint Augustin , et dans le livre De V utilité de la Foi , soit divine soit humaine ( car il y traite de l’une et de l’autre ) , et dans le livre De la vrai Religion. Mais , je le demande à tout lecteur impartial , qu’a de commun cette doctrine admise sans contradiction par tous les Théologiens , Cartésiens ou non Cartésiens , avec le nouveau système dont le principe fondamental est que la foi est l’iinique principe de certitude pour toutes les classes de vérités , qu’il n’y a de certain que ce qui est de foi , comme l’a dit l’auteur de l'Essai ? C’est sans doute dans les livres cités , que ce grand Docteur de l’Église aurait dû s’expliquer clairement sur ^e principe de foi considéré comme unique principe de certitude , s’il avait professé la doctrine de nos réformateurs ; or , j’ose bien affirmer qu’on n’y trouve rien , absolument rien , qui indique que saint Augustin ait pensé que sans la foi on ne pouvait avoir aucune certitude, et qu’on y trouve au contraire une foule de passages qui prouvent le sentiment opposé. J’en ai déjà cité quelquesuns auxquels je pourrais en ajouter plusieurs

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autres , mais je crois la chose inutile , et j’aime mieux montrer que , dans ses autres écrits , il professe la même doctrine et défend constamment la foi , sans jamais nier la certitude fondée sur la raison.

n{\')UtiquevidesaUqiiid y utcredas aliquid , et » ex eo quod vides , credas quod non vides. » ( de verb. Evang. serra, cxxvi. n. 3. ) « (a) Si rationan bile est , uf ad magna quædam , quæ capi nondum » possunt , fides præcedat rationem , proculdubio n quantulacunque ratio quæ hoc persuadet , etiam / 'aipsaanteceditfidem.vi^kA.{jons>e.i\\..e^. lao.aliàs I aa . n. 3. j Ces textes sont-ils clairs ? N’établissentils pas incontestablement que la foi est toujours précédée de la raison , que celle-ci ne lui cède le pas que dans les choses qui sont au-dessus de sa portée , et que , même en ce cas , elle ne perd pas entièrement sa prérogative , puisque c’est elle qui nous persuade la nécessité de cet ordre ?

Nulo auctoritatem meam sequaris , utideo

i> (i) Sans doulc , ponr croire quelque chose , tous tojcz » quelque chose ; afin que ce que tous Tojez tous fasse croire » ce que tous ne Toyez pas. »

(a) « S’il est raisonnable que , pour certaines Tërilés rérélées <> qu’on ne peut encore comprendre , la fui précède lairaison , » certainement la raison qui persuade de croire ainsi , quelque ■ petite qu’on la suppose , précède la foi. u

(5) « Je ne prétends pas que tous suiviez mon autorité , au • point de tous regarder comme obligé de croire quelque chose ,

» parce que je le dis ; ce que je demande , c’est qae Tons tous

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