CHAPITRE QUATRiiUE. ig’J
Dieu tel qu’il est , c’est-à-dire , que nous verrons qu’il y a réellement en lui unité de nature et trinité de personnes. Videbimus eum sicuti est , et par conséquent notre foi n’aura plus d’objet , il n’y aura plus de foi. Je sais bien que telle n’est pas , ou du moins que telle n’a pas toujours été la doctrine de l’Auteur de VEssai ; car il n’hésite pas à placer la foi aussi dans le Ciel , et dans le premier enthousiasme de sa découverte , il allait jusqu’à la trouver en Dieu même. Il est vrai qu’il paraît avoir fait un pas rétrograde et ne plus exiger de ses lecteurs qu’ils reconnaissent que Dieu lui-même est soumis à la loi de la foi. Ses disciples se montrent plus réservés , et l’Auteur de l’ouvrage que j’examine s’écarte évidemment sur ce point de la doctrine de son maître. Il établit des principes d’où il suit qu’il n’y a plus de foi là où il y a intuition , et il cite à l’appui de cette doctrine saint Grégoire qui dit: Quœ apparent ,jamfidem non habent , sed agni’ tionem : « Les choses qu’on aperçoit ne sont pas » crues , elles sont connues. » Ce qui s’accorde parfaitement avec la définition que saint Paul donne de la foi : Est fides sperandarum substantia rerum , argumentum non apparentium. ( Hebr. xi. i. ) Dans le Ciel , on n’espère plus rien , parce qu’on possède tout ce qu’on espérait ; on voit aussi tout ce que l’on croyait , et par conséquent il n’y a plus lieu à la foi. Videmus nunc per spéculum inœnigmate : tuncautern fade
igS EXAMEN d’üN ouvrage , ETC.
ad faciem. ( I. Cor. xiii. 12. ) Maintenant je proposerai une petite difficulté à notre Auteur : Si dans le Ciel il n’y a plus de foi , comme il est obligé de l’avouer , puisqu’on y voit tout , il faut nécessairement que , dans le Ciel , il n’y ait aucune union entre les intelligences qui y jouissent de la souveraine félicité , ou que le principe de cette union soit autre que la foi. Affirmer qu’il n’y a point d’union dans le Ciel entre les intelligences serait une assertion fort hardie et qui demanderait de bonnes preuves ; j’en conclus qu’il n’est pas tout-à-fait démontré que le principe de foi soit le principe d’union des intelligences.
De la doctrine d’autorité par rapport an sujet de la FoL
{j}. 76.) a La doctrine d’autorité suppose néces-
V sairement la faillibilité delà raison individuelle ; » car l’autorité n’est nécessaire que parce que i> l’individu n’a pas en lui le principe d’infailli- » bilité. Or , nous avons montré que , suivant la
V Théologie Catholique , la notion de la foi sup- » posait aussi nécessairement la faillibilité de la » raison de l’homme , qui est le sujet de la foi. » Donc la doctrine d’autorité est absolument » identique à la doctrine de la théologie catho- » lique. Elles portent l’une et l’autre sur la même » base , et ne peuvent être attaquées que par les » mêmes objections. »