CHAPITRE QUATRIÈME
un degré plus ou moins élevé , ou que l’être faillible ne peut avoir des connaissances certaines en plus ou moins grand nombre , plus ou moins élevées. L’être fini et faillible est un intermédiaire entre l’Être infini , l’Être infaillible , et le néant. L’être fini , l’êtrê faillible est donc quelque chose , a quelque chose ; mais tout ce qu’il est , tout ce qu’il a , il le tient de l’Être infini et infaillible qui lui communique son être et ses perfections dans tel degré qu’il lui plaît , mais toujours dans de certaines limites. L’être fini ne peut jamais être infini, cela est évident; mais il peut présenter l’image , la ressemblance de l’Être infini , et c’est quelque chose. L’intelligence est tout aussi communicable que les autres perfections de l’Être infini , et l’être fini peut en être doué dans de certaines limites plus ou moins reculées. Mais de quelque degré d’intelligence qu’il soit orné , il sera toujours faillible , comme il sera toujours fini. Voilà la doctrine Catholique telle qu’on l’enseigne dans les écoles. D’où il suit qu’une intelligence faillible peut avoir en elle-même le principe de plus ou moins de connaissances certaines ; car ce principe n’est autre chose que la nature même de l’intelligence à laquelle il est tout aussi essentiel de pouvoir avoir quelques connaissances , qu’il lui est impossible de les avoir toutes , si elle est finie. Cela est si vrai , que l’Auteur même de YEssai a été forcé de le reconnaître. « Être in-
aoa EXAMEir D’üir ocveage , etc.
» telligent , dit-il , ou raisonnable , c’est être » capable de percevoir la vérité. » Percevoir la vérité c’est en avoir la connaissance certaine , l’intuition ; être capable de percevoir la vérité , c’est donc avoir en soi un principe de certitude.
Je sais bien que l’Auteur de l’Æwai nie ailleurs ce qu’il accorde ici , et qu’il s’efforce de prouver que l’être intelligent n’est capable d’autre certitude que de celle que donne la foi , laquelle n’est point du tout la perception de la vérité. Aussi ne l’ai-je cité que pour faire voir qu’il s’est trouvé un moment , par distraction peut-être , d’accord avec le commun des Théologiens. Je dois chercher d’autres appuis à la doctrine que j’ai exposée , et que je tiens pour être entièrement conforme à la doctrine Catholique. Je m’abstiendrai de citer les Théologiens modernes. Quelque respectable que leur autorité soit à mes yeux , ils ne seraient jugés dignes d’aucune attention , pouvant être récusés par l’accusation banale de Cartésianisme. Mais je prierai le Lecteur de se rappeler les passages que j’ai rapportés de saint Augustin et de saint Thomas pour prouver que ces deux grands Docteurs jugeaient la raison humaine , toute faillible quelle est , capable de certitude , sans le secours de la foi. J’y joindrai encore un petit nombre d’autres passages également convaincans.
a (i)Potest intellectus noster con^iderari uno
(>) • Notre entcndemcat peut être coniidéré en lai-in£nic ;