CHAPITRE QUATRIÈME
néralité ; or cet acte de foi comprend toute la révélation , et par conséquent l’autorité même de l’Église qui est aussi un dogme révélé. On ne conçoit donc pas que cet acte de foi puisse être fondé'sur l’autorité de l’Église. En effet , noua ne croyons pas au témoignage de Dieu sur l’autorité de l’Église , mais nous croyons au contraire l’autorité de l’Église sur le témoignage de Dieu, qui est , par conséquent , supposé antérieurement connu et par une autre voie. Aucun Théologien ne se sert de l’autorité de l’Église pour prouver l’existence de la révélation. Ce serait une évidente pétition de principe, puisque l’autorité infaillible de l’Église ne nous est connue que par la révélation.
Et ce ne sont pas seulement les Théologiens que l’Auteur désigne sous le nom de Cartésiens , qui tiennent cette doctrine ; elle est celle de tous les Tlïéologiens Catholiques sans exception , ' et en particulier celle de saint Thomas dont j’ai si souvent cité l’autorité , et qui fonde l’acte de foi en général sur la conviction de notre raison ,«n ce sens , que cette conviction est nécessaire pour que l’acte de foi soit possible. J’entends la conviction , non de l’objet même de la foi , mais des motifs de crédibilité, comme j’aurai occasion de l’expliquer par la suite. « Non enim crederet, » msi videret ea esse credenda , -vel propter » evidentiam signorum , vel propter aliquid hu- » jusmodi. » ( a. 2. q. I. art. 4- ad a. ) Lorsqu’il
aa8 EXAMEN d’un ouvrage , ETC.
parle de la foi en général , le saint Docteur ne fait aucune mention de l’autorité de l’Église , et beaucoup moins de celle du genre humain. L’autorité sacrée de l’Église , connue par la foi , sert à nous faire connaître les dogmes particuliers , lorsque nous possédons déjà la foi en général. C’est , si je puis m’exprimer de la sorte , une autorité domestique qui ne s’exerce que sur les membres de la famille. C’est pour cette raison que le même saint Docteur , dans son grand ouvrage contre les Gentils , n’emploie point l’autorité de l’Église , ni une autre autorité quelconque , excepté celle de la raison , pour leur prouver la vérité de la Religion chrétienne. Voulons-nous quelque chose de plus décisif encore ? Les Apôtres eux-mêmes , prêchant la foi , n’ont employé pour se faire croire des Gentils , d’autres preuves que celle des prodiges , dont la raison individuelle était juge. « Prœdicaverunt » ubique , Domino coopérante , et sermonem con- » firmante sequentibus signis. » ( Marc. ivi. ao. ) « Contestante Deo signis et portentis , et varüs » virtutibus , et Üpiritûs Sancti distributionibus , » secundwn suam voluntatem. » ( Hebr. ii. 4* ) Jamais , que je sache , ils n’ont fait usage du grand argmnent de la raison générale.
L’Auteur y qui , en plusieurs endroits de son ouvrage , cherche à s’étayer de saint Thomas et de Suarez , croit les avoir trouvés ici en défaut Le premier lui parait inintelligible , et le second ,
CBA.P1TBE QUATRiiEME. aig
selon lui , se contredit manifestement. Examinons ces griefs. Je conçois que si l’Auteur veut interpréter saint Thomas suivant la nouvelle doctrine , il doit le trouver presque partout obscur et souvent inintelligible. Mais ceux qui tiennent la doctrine que l’Auteur combat trouveront ce Docteur tout aussi clair dans le passage que nous allons examiner que dans tout le cours de ses ouvrages. Ce passage se trouve dans la seconde partie de sa Somme, (a. a. q. a. art. g.) où saint Thomas se propose cette question : « Utrùm credere sit meritorium. » Suivant sa coutume , il commence par exposer les difficultés qui combattent le sentiment qu’il soutient Voici celle qu’il se propose en troisième lieu.
a (i) /fle qui assentit alicui rei , credendo, aut » habet causam sufficienter inducentem ipsum » ad credendum , aut non. Si habet sufficiens » inductivum ad credendum , non videtur hoc » eiesse meritorium', quia non est eijam liberwn » credere et non credere. Si autem non habet » sufficierts inductivum ad credendum , levitatis » est credere , secundum illud ( Eccli. xix. 4- ) qui » citô crédit , levis est corde ; et sic non videtur
(i) « Ou celui qui donne un assentiment de foi à quelque » chose , a un motif sufBsant de croire , on il n’en a pas ; s'il a » on motif snfGsant , sa foi paraît n'aToir rien de méritoire , » puisqu'il n'est plus libre de croire on de ne pas croire ; s'il n'a » pas de motif suffisant , sa foi est un acte cio légèreté , sniTant » cette parole de l'Écriture : Celui qui est trop crédule est léger a de cœur. »
a3o EXAMEW d’üIT ouvrage , ETC.
» esse meritorium. Ergo credere , rudlo modo est » meritorium. »
Voici la réponse. « (i) j4d tertium , dicendum » quod ille qui crédit, habet sufficiens inductivum » ad credendum. Inducitur enim auctoritate » divince doctrinœ miraculis confirmatœ , et , 7> quod plus est , interiori instinctu Dei invitantis. t> Unde non leviter crédit. Tamen non habet r> sufficiens inductivum ad sciendum : et ideo » non tollitur ratio meriti. »
La pensée de saint Thomas , dans cette réponse , parait à l’Auteur difficile à saisir. Il faut avouer que si la pensée de saint Thomas est que l’autorité du genre humain ou de la raison générale est le principe de foi , il est , non-seulement difficile , mais impossible de découvrir cette pensée dans le passage qu’on vient de lire : mais si la doctrine de ce saint Docteur est , comme je crois l’avoir démontré , bien différente de celle des nouveaux réformateurs , je ne vois plus de difficulté à saisir sa pensée , elle me paraît exprimée fort nettement. Toute la difficulté qu’éprouve l’Auteur vient donc unique-
(i) «Acclte troisième objection , il fant dire que celai qni croit » a DD motif safBaant qui le porte è croire : car il y est porté par » l'autorité de la doctrine dirioe confirmée par dos miracles , » et , ce qui est encore plus efficace , parnn mouTcmeot intérieur U de Dieu qni l’inrite h croire ; ainsi ce n'est point par légèreté a qu'il croit. Néanmoins ce motif n'est pas snffîsant pour com- » prendre on lai donner l'intielligencG OU la science ; et ainsi il j » a pour lui lieu de mériter. »