CHAPITRE QUATRIÈME. a3l
ment de sa préoccupation , laquelle lui fait chercher ses propres pensées là où elles ne sont pas. 11 nous donne une preuve manifeste de cçtte préoccupation dans sa traduction du texte de saint Thomas. Les mots causa inducens adcredendum , ou inductii’um ad credendum , sont rendus par principe de croyance , tandis qu’ils signifient simplement motif de croire , ou motif de crédibilité , ce qui est fort différent. Voici en peu de mots l’objection que se propose saint Thomas : a Ou l’on a un motif suffisant de croire , ou l’on n’en a pas : dans le premier cas , on ne croit pas librement , puisqu’on ne peut pas s’abstenir de croire ; dans le second , on a tort de croire : donc dans aucun cas la foi n’est méritoire. » ( i ) I.e saint Docteur répond que l’on a un motif suffisant de croire., et qu’ainsi on ne croit pas légèrement ; mais que le motif suffisant pour croire n’est pas suffisant pour donner la science
(i) c'est précisément l'objection qac M. Cerbet lui-même fût contre la possibilité de l'acte de loi dans les principes qn'àl attribue aux Cartésiens : <i On bien , dit-il ( p. Sa ) , la lérité se pré- 0 sentera S la raison de l'indiridu de telle manière qu'il puisse » lui refuser son assentiment , et dans ce cas , il ne sera pas » obligé de croire , on bien la vérité frappera son esprit avec » tant d'évidence qu'il ne pourra se défendre de la conviction . » et alors sa foi sera nécessitée. » La réponse i cette grande difficulté est bien simple : La vérité peut se présenter S l'esprit de telle manière qu'on doive croire et qu'on puisse ne pas croire ; alors la foi est un devoir mais non une nécessité , elle est en même temps libre et raisonnable.
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de la vérité que l’on croit , et que par conséquent on croit librement , et il y a lieu au mérite. Il est difficile , je crois , de donner une réponse plus précise et plus claire. Elle ne peut paraître obscure qu’à ceux qui confondent la science avec la foi , deux choses que saint Thomas , saint Augustin et tous les Théologiens distinguent soigneusement. La science est fondée sur l’évidence , la foi sur l’autorité. On ne peut refuser son assentiment à l’évidence , parce qu’elle agit immédiatement sur l’entendement , indépendamment de la volonté ; mais on peut le refuser à l’autorité , parce que l’autorité agit principalement sur la volonté qui peut refuser sa soumission à l’autorité la plus évidente et la plus légitime. L’autorité est un motif suffisant de foi , mais non de science , et voilà pourquoi la foi est libre , tandis que la science ne l’est pas. L’Auteur ne ferait-il pas mieux d’avouer avec candeur que saint Thomas n’avait aucune idée de la nouvelle doctrine qu’on voudrait introduire , et qu’il a raisonné dans des principes tout différons ?
On ne réussirait pas mieux à trouver en contradiction Suarez , De Lugo , et d’autres Théologiens qui ont parlé de la foi suivant une doctrine différente de celle que professe notre Auteur. Ils enseignent que les vérités qui sont l’objet de notre foi ne sont pas évidentes par rapport à nous , ce qui est incontestable. Fides est argutnentum non apparentium ; c’est l’Apôtre qui le
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