CHAPITRE QUATRIÈME. ï
dit , et il ne peut y avoir qu’un sentiment sur ce point. Mais ils établissent aussi , dit l’Auteur , que les motifs de la foi doivent être évidemment croyables. I.’Auteur a eu sans doute des distractions en lisant ces Théologiens , ou sa mémoire est infidèle ; car ils disent que les motifs de la foi doivent être évidens et que les objets de la foi doivent être évidemment croyables ; en effet le mot croyable ne peut s’appliquer qu’aux objets de la foi , et non aux motifs , lesquels doivent être non-seulement croyables , mais certainement connus , pour que la foi soit possible. Mais y a-t-il donc Contradiction à dire que les objets de notre foi ne peuvent pas être évidens par rapport à nous , mais qu’ils doivent être évidemment croyables ? Pour qu’il y eût contradiction , il faudrait que les expressions évidens et évidemment croyables fussent synonymes , ce qui n’est pas. Il n’est point évident pour nous que Jésus- Christ soit présent dans la sainte Eucharistie ; mais ce dogme de notre foi est évidemment croyable , puisqu’il est évident que l’autorité divine sur laquelle nous le croyons ne peut nous induire en erreur. On voit , par cet exemple , que le mot évident est appliqué au motif ; et l’expression évidemment croyables , à l’objet même de notre foi. Le Psalmiste a bien dit : Testimonia tua , Domine , crcdibiUa facta sont nimis. Ces paroles ne désignent-elles pas une évidence de crédibilité ? Mais voyons le raison-
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nement de l’Auteur, a Ces memes Théologiens , » dit-il , reconnaissent que si les objets de la foi » étaient évidens , la foi ne serait pas libre : » l'évidence force la conviction. ( Suarez , de Fide , » disput. VI. sect. 8. ) Mais pour être appliquée » aux motifs de la foi , l’évidence ne perd pas cet » ascendant irrésistible : elle force la conviction » dans le second cas comme dans le premier. » ( p. 5g. ) Lorsqu’il arrive dans les écoles que quelqu’un fait un raisonnement de cette force , celui qui est chargé d’y répondre se contente de dire ooncedo totuin. Il est assez surprenant que l’Auteur n’ait pas compris que , pour pouvoir tirer quelque conclusion de son raisonnement, il faudrait que dans les deux cas dont il parle l’objet de la conviction fût le même. Si l’objet de la foi était évident , on aurait la conviction de l’objet de la foi , et cette conviction forcée détruirait la foi qui suppose toujours un acte libre de notre volonté. Si le motif de la foi est évident , on a la conviction du motif de la foi , mais avec cette conviction l’on comprend trèsbien que la foi peut subsister et être libre. Pour s’en convaincre , il suffit de considérer que bien des personnes sont persuadées qu’elles doivent croire , sans avoir pour cela la foi. La raison en est que , l’objet de la foi restant obscur , l’acte de foi est une soumission de notre raison , laquelle dépend toujours de notre volonté ; or , comme je l’ai déjà dit, quelque convaincus que
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