CHAPITRE QÜATRIÈME. a3g
certitude sans le secours de la raison générale ; mais quoique tous crussent le miracle , tous ne crurent pas la vérité attestée par le miracle , parce que cette vérité , objet de la foi , quoique évidemtnent croyable , n’était pas évidente , et qu’il dépendait de la volonté de ceux qui furent témoins du miracle de résister à la grâce intérieure qui accompagnait ce signe extérieur , et d’arrêter l’assentiment de l’entendement.
Il n’y a donc aucune contradiction à dire que l’objet de la foi ne peut pas être évident , mais que le motif qui porte à croire peut et doit être évident , ainsi que Suarez l’enseigne à l’endroit cité par l’Auteur : « ( i) Existimo nullum » hominem prœbere verurn et perfectum assen- » swn fidei chnstianœ , nisi priùs aUquo modo V assequatur vel participet hanc evidentiam cre~ D dibilitatU. » ( de Fide , disput. 4- sec. 5. ) Il ne s’éloigne pas en cela de la doctrine de saint Thomas qui a dit : Non crederet , nisi videret ea esse credenda ; ni de celle de saint Augustin qui a dit : « (a) Nisi aliquid intelligat , nemo » potest credere in Deum. » C’est donc bien gratuitement que l’Auteur suppose les Théologiens dans un grand embarras. Jamais ils ne se sont
(i) « Je pciue que personne ne donne on assentiment T<hitable » el parfait i la foi chriïticnne , s'il ne pâment auparavant en » qnclqne manière i cette évidence de crédibilité. »
(3) <■ Personne ne peut croire en Dicn sans comprendre quel-
a4o EXAJfflW d’dW ouvrage , ETC.
doutés de cet embarras. Ils ont cru au contraire , et je crois comme eux , que leurs raisonnemens étaient concluans et sans réplique. Mais remarquons , en passant , qu’en essayant de trouver en défaut saint Thomas et Suarez , l’Auteur fait involontairement l’aveu que ce n’est pas aux seuls Théologiens modernes qu'il en veut , et que ceux qu’il appelle Cartésiens ne sont pas les seuls dont les idées ne s’accordent pas avec les siennes ; car Suarez n’était pas plus Cartésien que saint Thomas. Lorsque ce grand Théologien mourut, Descartes n’avait guère que vingt ans , et ne pouvait pas être une autorité capable d’en im^ poser à un homme consommé dans l’étude de la Théologie.
Il ne sera peut-être pas hors de propos de montrer en peu de mots , pour l’instruction de ceux qui parlent de ces sortes de choses sans en avoir une connaissance suffisante , comment les Théologiens Catholiques entendent cette évidence de crédibilité qu’ils disent être nécessaire pour parvenir à la foi.
La révélation est un fait ; elle peut , par conséquent , et doit être prouvée comme les autres faits , et nous pouvons en acquérir la certitude de la même manière. Si le témoignage des hommes est le moyen qui donne cette certitude à ceux qui n’ont pas été témoins du fait , la raison n’admet pas ce témoignage aveuglément ; elle examine la nature et la force des