‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 80 sur 180 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

témoignages , et elle ne croit que lorsqu’elle est convaincue qu’elle doit croire. Jésus-Christ appuyait sa mission sur les prophéties et sur les miracles qu’il opérait publiquement , sous les yeux de ses ennemis comme sous ceux de ses Disciples. Jamais , du moins autant que je le puis savoir , il n’en a appelé à la raison univerw selle , au consentement commun du genre humain (i) , mais fréquemment aux prophéties et

(i) Le divin Sanveur parait au contraire exclure cxprcMément cette antorilé qne préconisent nos rérormatcurs. Il interroge scs disciples et lenr demande •.QamdieunlhommetttatFiliumhominit? Qne disent les hommes dn Fils de l'homme ? Qnel témoignage rend de moi le consentement commun? Les Apôtres répoodent: Les ans disent que vous êtes Jean-Baptiste, d’autres que vous êtes Elis, d'autres que vous êtes Jérémie , ou un des prophètes. Si vous consnltei les hommes , Tons n'aTez i choisir qu’entre les erreurs. Ces erreurs , il est rrai , sont diverses , mais elles sont tontes fondées sur une erreur commune. L'erreur attestée par le consentement commun est que le Sauveur n'est qu'un pur homme , qu'il n'a rien qui l'élève au-dessus des autres hommes extraordinaires qui ont pamè diverses époques chez le peuple juif. Alors Jésus demande k ses Apôtres leur sentiment particulier t Et vous , qui dites-vous que je suis ? Fot autem quetn me esse dicitis Simon Pierre , répond : Fous êtes le Christ , le Fils du Dieu virant. Etaitce la raison générale , le consentement commun qui avait révélé k Pierre cette vérité qnll confessait contre le consentement eommnn ? Non. La révélation n'avait point passé par ce canal qu’on noos dit être nécessaire pour avoir la certitude. Jésus loi dit ;

• Vous êtes heureux , Simon , fils de Jean , parce qne ce n’est pas

• la chair et le sang qui vous ont révélé (ce que vous venez dedire), > mais mon Père qui est dans les deux. • Ce n'est point la chair et le sang , ce n’est point le témoign'age du genre humain qui manifesta k lierre 1a divinité de Jésos-Christ. La tradition perpétuelle

EXAMEN d’dn ODVRAGE , ETC.

plus souvent encore à ses œuvres. I^es livres qui contenaient les prophéties étaient entreles mains des Juifs ; et quelques-uns de ces divins oracles étaient si clairs , si précis , que chacun pouvait juger de leur accomplissement : les miracles parlaient aux yeux et convainquaient toutes les raisons particulières. Tous ceux qui voulaient croire en lui croyaient très-raisonnablement , puisqu’ils avaient un motif suffisant de croire ; et ils croyaient très-librement , puisque beaucoup d’autres qui avaient le même motif de croire refusaient leur assentiment. Ce motif était précisément celui qu’apporte saint Thomas , la parole de Dieu attestée par les prophéties et par les miracles. Aujourd’hui , les miracles de Jésus- Christ et de ses Apôtres n’ont plus pour nous la même évidence qu’ils avaient pour ceux qui en furent témoins ; plusieurs même de ces miracles qui , pour les témoins , étaient seulement des motifs de croire sont devenus pour nous des objets de foi ; mais les motifs qui nous les font croire ont aussi leur évidence. •

D’abord , nous avons aussi en main les livres

et nniTcrwlIe , qai derait Sire plot connae des Joift que des autres Dations , ne loi fut d’aucun secours. U ne la connut pas , dit S. Thomas , parla tradition des Joift , mais parla réTélation. Non SC traditionêjiulaoritm, $$d»x melationé Dei. (D. Th. iucap. i6. Mstth-)Illa connut parles miracles qu'opérait le^Sanrenr comme maître de la nature, et surtout par l'inspiration intérienrede Dieu : Bt f Hod plus sst , inttriori <asf tasla Dti mitantU.

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qui contiennent les prophéties auxquelles le Sauveur renvoyait les Juifs , et puis encore les livres qui rapportent les miracles opérés par le Sauveur et par ses Disciples. Ces livres , abstraction faite de leur autorité divine que nous ne connaissons que par la foi , ont ' une autorité , que je dirai humaine et naturelle. Ce sont des histoires authentiques dont je puis juger de la même manière que je juge de toute autre histoire. Or si j’entreprends cet examen , je trouve que l’histoire dite de l’Ancien Testament , et celle connue sous le nom d’Évangile , réunissent au plus haut degré toutes les qualités qui rendent une histoire digne de foi. .Si donc je puis croire raisonnablement que César a existé , qu’il a conquis les Gaules , vaincu Pompée , etc. j’ai encore plus de raisons de croire l’existence de Jésus-Christ et les faits rapportés dans l’Évangile , qui est une histoire plus digne de foi que celle de César ou que toute autre histoire profane quelconque. L’Évangile me donne donc une certitude d’une espèce différente de celle qu’avaient les témoins des faits , mais pourtant une vraie certitude des miracles par lesquels Jésus-Christ prouvait sa mission et sa divinité. Donc ces miracles joints aux prophéties sont pour moi , comme pour les témoins des faits et des événemens , un motif évident qui me porte à croire en Jésus-Christ , à croire , dis-je , raisonnablement et librement : raisonna-

EXAMXIf o’crr octrage , etc.

blement , puisque rien n’est plus raisonnable que de se rendre à de bonnes preuves ; librement , puisque je sens très-bien qu’il est en mon pouvoir de refuser mon assentiment , et que beaucoup d’autres , ayant les mêmes preuves que moi , le refusent effectivement.

S’il en est ainsi , me dira-t-on , votre foi est donc fondée sur votre jugement individuel ? — Expliquons-nous ; car j’ai souvent eu lieu de remarquer que les difCcultés proposées par nos nouveaux Docteurs ont pour fondement ordinaire quelque expression équivoque. Que prétendez - vous dire , lorsque vous avancez que ma foi , expliquée ainsi que je viens de le faire , repose sur mon jugement individuel ? Prétendez-vous seulement qu’il suit de l’explication que j’ai donnée que ma foi est précédée d’un jugement individuel , d’après lequel ma volonté se détermine ? Je ne le nierai assurément pas. Je dirai , au contraire , qu’il faut bien de toute nécessité que la chose soit ainsi. Eu effet , ma foi est individuelle , elle est libre ; or peut-on concevoir un acte individuel libre qui ne soit pas précédé d’un jugement individuel ? Voulezvous dire de plus que , dans ce cas , mon jugement est le principe ou le motif de ma foi ? Je le nie absolument. Le jugement certain que je porte me conduit à la foi , en ce sens seulement que c’est un préliminaire nécessaire à ma foi ; mais il n’en est pas le motif nécessaire , il

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