‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 83 sur 180 · CHAPITRE QUATRIEME. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME. a

prend ? Cette raison générale , dis-je , on en fait un Dieu , puisqu’on lui attribue l’infaillibilité , qui ^st une des perfections de la divinité , perfection incommunicable comme la divinité ellemême ; mais c’est un Dieu qui ne peut faire entendre sa voix immédiatement à ma raison , il ne parle qu’à mes sens , de manière que ses leçons infaillibles me sont transmises par des sens trompeurs. Et voilà ce qu’on me présente comme principe de certitude ! En vérité , je crois rêver. On ne se démontre pas la certitude. — Mais il faut donc qu’on la voie ou qu’on la sente ; car ce qui ne peut ni se démontrer , ni se voir , ni se sentir , n’est pas une vérité , mais une chimère. On la suppose , dit-on. — Mais l’erreur est tout aussi susceptible de supposition que la vérité , et une supposition ne sera jamais un principe de certitude. On la' croit. — Mais il y a des croyances fausses , comme il y en a de vraies , et nous avons besoin d’une règle pour distinguer les unes des autres.

Cette soumission à l’autorité de la raison générale n’est pas fondée sur un jugement évident. — Oh ! ceci est incontestable. Reste à savoir si elle est fondée sur un jugement prudent. Cette condition est également nécessaire ; car si notre foi doit être libre , elle doit aussi être raisonnable et prudente , et il est écrit : Qui crédit cita , levis corde est. Or comment le jugement , qui me conduirait à soumettre ma raison

aSo Exureir d’üit ouvrage, etc.

à la raison générale comme à une autorité infaillible , pourrait-il être un jugement prudent ? Qu’est-ce que cette raison générale ? Mettant de côté tout ce qui n’est que verbiage , il est clair que l’être de raison qu’on appelle raison générale ne peut être que le consentement des raisons particulières , c’est-à-dire , de ces raisons qu’on dit pouvoir se tromper en tout et toujours. Or comment puis-je juger prudemment que le consentement ou l’accord de raisons absolument et essentiellement incapables de certitude puisse être un principe et l’unique principe de certitude ? Non-seulement un tel jugement ne serait pas fondé sur l’évidence , mais il me parait qu’il serait porté contre l’évidence. Quant à moi , je me déclare incapable de le former.

a L’homme , dit l’Auteur , n’est conduit à » soumettre sa raison faillible à l’autorité de la » raison générale , qu’autant qu’il veut connat- » tre certainement la vérité. » Autre mystère. La volonté est une faculté aveugle qui ne peut agir qu’autant qu’elle est guidée par l’entendement. C’est un axiome reçu : Tout désir suppose quelque connaissance ; Ignoti nuüa cupido. Ainsi pour que l’homme puisse désirer , et , à plus forte raison , pour qu’il puisse vouloir connaître la vérité , il faut qu’il sache qu’il existe une vérité et qu’il ne la connaît pas ; et pour qu’à raison de cette volonté de connaître la vérité il se soumette à l’autorité de la

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