‹ Examen d'un ouvrage intituléChapitre 84 sur 180 · CHAPITRE QUATRIEME. a5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME. a5l

raison générale , il faut qu’il sache de plus. que la raison générale peut lui faire connaître cer; tainement la vérité ; or ne serait -ce pas là connaître déjà plusieurs vérités ? Il les connaît , dira quelqu’un , mais il n’en a pas la certitude, — Écoutez donc votre maître -. Etre incertain si r on cannait , c’est ne pas connaitre ; le doute n’est qu'une ignorance aperçue. ( Essai , t. 1 1 , p. 4- ) Vous le voyez , toute connaissance suppose la certitude. La certitude est la base de la raison. ( ibid. ) Or prenez-vous-y comme vous voudrez , vous ne rendrez jamais concevable qu’un être qui n’a pas en lui-méme la connaissance certaine de ses affections intimes , puisse , par des moyens extérieurs qu’il connaît encore moins , acquérir la certitude.

Il est curieux d’entendre l’Auteur nous donner , dans son système , l’explication de la nécessité de la grâce pour la foi. « Voilà , dit-il , » pour le dire en passant , ce qui nous explique » pourquoi la grâce est nécessaire , même .pour » le commencement de la foi , ainsi que l’Église 1) l’a défini contre les semi-Pélagiens. C’est parce » que l’acte primitif de foi renferme une uo- » lonté droite ou conforme à l’ordre , tandis que , » par suite de la > corruption de la nature hu- » maine , notre volonté est originairement pero verse. » (p. 9a, ) Je ne crois pas que la nécessité de la grâce , que niaient les serai-Pélagiens et que l’Église a définie , regardât la foi à l’au-

aSa BXAMEN d’üi» otjvhage, etc.

torité de la raison générale. Ckjmme cette foi ne paraît pas nécessaire au salut , je pense qu’on peut l’avoir sans qu’il soit besoin pour cela de la grâce. Je suis du moins très-certain qu’on ne serait pas hérétique , pour nier que la grâce soit nécessaire pour le commencement de la foi à la raison générale. On ne le serait même pas quand on aurait le malheur de n’avoir pas cette foi. Ce n’est pas non plus , je pense , en étudiant la doctrine C.atholique que M. G. s’est persuadé que la nécessité de la grâce est une suite de la corruption de la nature humaine et de la perversité originaire de notre volonté. S’il avait miëux étudié cette doctrine sainte , il aurait su i* que la volonté d’Adam était droite , et que pourtant , même avant son péché , la grâce lui était nécessaire pour faire un acte de foi ; a* que la grâce est nécessaire , non-seulement pour mouvoir la volonté , mais aussi pour éclairer l’entendement ; 3* enfin , que la nécessité de la grâce' pour l’acte de foi est fondée sur ce que cet acte est un acte surnaturel , c’est-à-dire , un acte qui est au-dessus des forces de notre nature , et qui demande par conséquent un secours divin du même ordre surnaturel. Ce ne sont pas les Cartésiens qui enseignent cette doctrine , c’est l’Église ellemême dans ses CiOnciles , dans ses Catéchismes , dans les Livres approuvés de ses Pères et de ses Docteurs.

^ CHAPITRE QVATRliUE. a 53

Je ne m’arrête pas à réfuter plusieurs autres raisonnemens de l’Auteur , qui portent tous sur des notions fausses ou inexactes. J’y ai répondu d’avance par les principes que j’ai établis. J’en viens à sa conclusion. Il résume la doctrine qu’il a exposée , dans ce chapitre , et la réduit à deux principes : « i* Le principe de foi réside B dans l’autorité, a* Le principe de certitude est B identique au principe de foi. La première de B ces propositions n’est que l’expression de la

B doctrine théologique sur la foi Mais cette

B première proposition ne peut être vraie , sans B que la seconde le soit aussi. » ( /?. 96. )

Comme l’Auteur prend souvent les mots dans une acception éloignée de l’acception commune , nons ne pouvons adopter ses propositions , lors même quelles présentent un sens vrai , sans une explication. Voyons donc dans quel sens la première de ces propositions peut être regardée comme l’expression de la doctrine des Théologiens sur la foi.

Les Théologiens Catholiques distinguent deux sortes de foi , la foi divine et la foi humaine , et par conséquent aussi deux principes ou fondemens de la foi. La foi divine est fondée sur le témoignage de Dieu , témoignage essentiellement infaillible , et , par conséquent , la foi qui repose sur ce fondement donne une certitude complète. La foi humaine est fondée sur le témoignage des hommes , témoignage faillible de

a54 EXAHEw d’ow ouvrage, etc.

sa nature , et auquel nous ne pouvons nous fier aveuglénnent et sans garantie. Ce témoignage peut induire et induit souvent en 'erreur , quand on n’use pas des précautions que la raison prescrit. Mais il arrive quelquefois qu’il est revêtu de' conditions qui excluent tout péril d’erreur , et alors on peut s’y 6er avec assurance. Il s’ensuit de là que le principe* de la certitude que donne la foi divine réside dans le témoignage de Dieu , parce que ce témoignage n’est autre que celui de la vérité même , qui ne peut jamais nous induire en erreur mais’qUe le principe de la certitude que donne quelquefois' le témoignage des hommes ne réside pas'dans le témoignage meme , ' puisque ce témoignage est faillible de sa nature , et que c’est à notre raison de distinguer quand nous pouvons et quand nous ne pouvons pas nous y fier. "

- J’ajoute que par le 'mot autorité les Théologiens'n’entendent pas du tout la même chose que l’Auteur : celui-ci, par autorité , entend constamment la raison humaine , la raison générale , et ces deux expressions dans' sa bouche signifient une savent fort bié mainé,’ comme ils'kav^nt'ce que c’est' qué l’ame hmuainé ,< le corps humain ; mais fexpression de raison générale' parait tout aussi dénuée de sens que le' seraient les etpreé^ions d’âmé générale de corps' général. Raison hnthaine'^ ame

méiUe chose. Or les Théologiens n cé aue c’est une la raisOn hu-

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