CHAPITRE QUATRli^ME
juger de la solidité des croyances, ou du fondement sur lequel elles reposent ? sera-ce encore à l’autorité , et faudra-t-il avoir la foi de la foi ? Mais alors il y aura évidemment pétition de principe ; car en6n il restera toujours à décider si l’autorité sur laquelle nous croyons est telle qu’elle puisse nous donner la certitude ; et pour ne pas nous mettre à reculons à l’infini , comme dit Montaigne , il faudra bien sortir de l’autorité , et trouver un principe qui ne soit pas l’autorité et qui juge quelle foi mérite l’autorité. 11 y a , dit saint Augustin , en nous trois choses qui ont de l’afûuité et qu’il faut soigneusement distinguer. « Tr/a sunt velut finitima sibimet in » animis hotninum distinctione dignissima , in- » telligere , credere , opinari. Quœ si per se a ipsa considerentur , primum semper sinè vi- » tio est , secundum aliquando cum vitio , ter- » tium nunquam sinè vitio. » ( De utilit. credendi , n. a5. ) intelligence est toujours sans défaut , car elle est l’intuition de la vérité , et par conséquent elle exclut toute crainte d’erreur. Vopinion n’est jamais sans défaut , car elle est toujours accompagnée de la crainte d’erreur, cum formidine oppositi , dit saint Thomas. La foi tient le milieu : elle peut être ou n’être pas accompagnée de la crainte d’erreur , parce que l’autorité sur laquelle elle est fondée peut être une autorité faillible ou une autorité infaillible. A qui donc appartiendra-t-il de nous
a58 . EXAMEN d’un ouvrage , ETC.
rassurer , sinon à \' intelligence qui est toujours sans défaut , qui n’est pas compatible avec l’erreur ? Je puis avoir des opinions fausses , je puis avoir des croyances fausses , mais je ne puis avoir une intelligence fausse , ou comprendre ce qui n’est pas. C’est donc à mon. intelligence à régler ma foi et mes opinions. C’est-à-dire , qu’il faut que je sache certainement que l’autorité sur laquelle je crois ne peut m’induire en erreur ; autrement , je n’aurai point celte foi qui donne la certitude; mais j’aurais une foi imprudente , ou du moins une foi sujette à l’erreur. L’Auteur dira sans doute que c’est là soumettre .sa foi à un jugement individuel , que c’est la doctrine du Cartésianisme. Je l’ignore ; mais je sais que telle est incontestablement la doctrine de saint Thomas et de saint Augustin. « f I ) Non crederet , nis't videret ea esse credenda. j> ( S. Th. ) « (a) Nis't aliquid intelligat , nemo po- » test credere in Deum. » (S. Aug.) « (Z)^ucto- » ritatern ratio penitus non deserit , cùm consi- » deratur cui sit credendum. n ( id. )
Passons à la seconde proposition de l’Auteur , le principe de certitude est identique au principe de foi; et voyons premièrement si cette proposition est vraie ; ensuite si , comme le prétend
(l) « II ne croirait pas , s'il ne voyait pas qu'il faut croire. »
(a) « Pour croire en Dieu, il faut comprendre quelque chose. »
(3) « La raisou agit aiu.si que l'autoritc^ , quand ou considère » i qni l'on doit ajouter foi. »