CHAPITRE QDATBIÈME. a6!î
les hommes; car, s’ils croyaient pinson moins, ils croiraient sans règle on contre leur règle ; et comme c’est la croyance qui fait le Catholique , il s’ensuit que tous les hommes , passés et présens , ont été et sont Catholiques. Cette conséquence qui me semblait bien déduite m’a un peu étonné , cependant comme elle n’a rien que de consolant, je ne m’en suis pas effrayé. Mais je suis bientôt retombé dans mes perplexités. L’Auteur dit que les Philosophes n’ont pas toujours suivi le sens commun. Je m’en doutais bien ; ce sont des extravagans sans conséquence. Tous les Philosophes réunis ne formeraient sûrement pas la millionième partie du genre humain ; et quand il s’agit du consentement commun , on n’a besoin que de compter les voix. Mais l’Auteur ne s’en tient pas là : il se demande {ch. xiv. ) s’il y a encore d’autres hommes qui ne prennent pas le sens commun pour règle de leurs croyances , et il répond : a Oui , » il y en a d’autres : ce sont les Mahométans et » les Hérétiques. » Ceci devient sérieux ; voilà une grande restriction au consentement commun. Ce qui a été cru en tout temps , qui est encore cru aujourd’hui en tous lieux et par tous, n’est cru ni par les Mahométans , ni par les Hérétiques. Je pense bien que , sans les calomnier, un peut en dire autant des Idolâtres et même des Juifs, car ni les uns ui les autres ne passent pour avoir la même règle de foi que les
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Catholiques. Je pourrais encore ajouter les personnes faibles d’esprit que l’Auteur du Catéchisme assimile aux Mahométans et aux Hérétiqties ; et cette classe doit être nombreuse , même parmi les Catholiques , surtout si on y comprend , comme cela paraît raisonnable , tous ceux qui n’adoptent pas le nouveau système. ]\lais pour ne pas être accusé d’exagération , je m’en tiens à ce qui est accordé expressément et à ce qui ne peut pas être nié, et je dis : Les IMahométans , les Hérétiques , les Idolâtres et les Juifs ne prennent pas ^our règle de leurs croyances le sentiment commun ; donc plus des trois quarts , peut-être plus des sept huitièmes du genre humain ne croient pas ce qui a été cru en tout temps , en tous lieux et par tous , ne reconnaissent pas , ne suivent pas la règle qui a été reconnue et suivie dans tous les temps , dans tous les lieux et par tous les peuples. Oh! pour le coup, je m’y perds et ne sais plus que penser de ce sentiment commun , qui est le sentiment de tous , ou du plus grand nombre, et qui est contredit par les sept huitièmes du genre humain. Voilà ce qu’on me présente comme une autorité infaillible , comme le principe de certitude. La raison générale, diton , voilà notre guide : c’est fort bien , mais , si celte raison générale ne se trouve nulle part, si elle est méconnue par les sept huitièmes des hommes, si je ne sais où la rencontrer, de quoi
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me servira-t-elle? Vous ne pouvez m’assigner un moyen certain de la discerner ; car s’il y en avait un , ce moyen certain serait , selon vous , le principe de ma foi. Et puis , sur quelle base reposerait la certitude de ce moyen ?
Hâtons-nous de sortir de ce labyrinthe. Nous avons vu que, selon saint Thomas et saint Augustin , la foi ne serait même pas possible , (j’entends l’acte raisonnable de la foi, ) si elle n’était pas précédée de quelque connaissance certaine. C’est donc contre ces saints Docteurs que M. G. doit tourner ses attaques, et non contre les Théologiens modernes qni n’ont d’autre tort que de professer la doctrine de si grands maîtres. Mais , dites-vous , si la foi était précédée de quelque connaissance certaine, cetle connaissance serait la base de la foi. — Vous auriez raison si cette connaissance certaine avait pour objet l’objet même de la foi ; ou plutôt , dans ce cas , elle exclurait la foi , car on ne croit pas ce que l’on voit , on le sait. Mais si cette connaissance a seulement pour objet le motif de la foi, elle ne fait autre chose que rendre la foi raisonnable. Par exemple , si je savais par démonstration qu’il y a trois personnes en Dieu , ce mystère ne serait plus pour moi un objet de foi , comme il ne l’est pas dans le Ciel pour ceux qui le connaissent par intuition ; mais si je sais seulement que Dieu l’a révélé , je crois ce même mystère, et je le crois sur la parole infaillible
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de Dieu. C’est donc cette parole infaillible qui est le motif de ma foi et qui en fait la certitude.
connaissance précédente de la révélation est bien une condition nécessaire à la foi , mais elle ne peut être dite le fondement de la foi que par une misérable chicane et en détournant les mots de leur acception reçue. Si, pour que l’autorité soit le motif de la foi , il faut que l’autorité ellemême ne soit connue que par la foi, il faudra donc aussi que cette foi qui fera connaitre l’autorité soit elle-même fondée sur une autre foi, et ain.si à l’infini ; à moins qu’on ne parvienne à une foi qui ne soit point fondée sur l’autorité , ou à une autorité qui soit connue autrement que par la foi. Si l’on pouvait parvenir à une foi qui ne serait point fondée sur l’autorité , il serait faux que V autorité est le principe de la foi. C’est à cette absurdité que l’on est nécessairement conduit par les principes que l’Auteur essaie d’établir.
' Je demanderai en'cffet sur quelle autorité est fondée la foi en la raison générale. Belle demande! dira quelqu’un. Elle est fondée sur l’autorité de la raison générale , comme la foi en Dieu est fondée sur l’autorité de Dieu. Cette ré[X)nse est sans doute fort simple , et elle est sans réplique dans la doctrine de ces Théologiens qui admettent que l’autorité , qui est le fondement de la foi , est connue certainement par notre raison. Selon cette doctrine , nous