‹ Examen d'un plan de culture proposéChapitre 4 sur 13 · C. Cimon · texte numérisé non relu

C. Cimon

Dans le premier paragraphe de ses #0/es, mon honorable ami commence par les deux sentences que l’on vient de lire. Decla« * rer les écoles d'agriculture inutiles et les remplacer par l’enseignement de l’exemple, cela est bientôt dit. Mais la démonstration! c’est autre chose, M. Cimon ne paraît pas avoir même l'ombre d’un doute ; il déclare que la chose est ainsi. Pour lui c’est clair. Ce qui sera tiès-clair aussi pour le public, c’est que le ci-devant député de Charlevoix, s’il entend parler de l’enseignement des écoles dagriculture en général, est resté étranger aux notions les plus élémentaires de cet enseignement, et que l’'ensignement par l'exemple qu'il veut mettre à la place des , Û écoles, pour tenir lieu sans doute de toute instruction en agriculture, n’est autre chose que la substitution d’une certaine routine prétentieuse à la place du savoir, Il dira aussi, que M. Cinon ne paraît pas se douter qu’eu agriculture comine en toute industrie, il y a la partie scientifique ou simplement théorique, et la partie mécanique qui n’est autre chose que le métier. Mais que de vient l’exercire du métier dans une industrie quelconque, quand il cesse de profiter des lumières que la science lui apporte à chaque instant sur tous les points de ses opérations ? Mais si M. Cimon à voulu parler de l’école de Sainte-Anne en particulier, en disant #05 écales d’agriculture, comme il faut le croire, puisque celle de l’Assomption n’existe que depuis quelques mois, je lui répondrai: que notre école a fait tout le bien qu'il était raisonnable d'attendre d’elle dans les circonstances où elle s’est trouvée. D'abord, elle a ‘donné une vive impulsion an mouvement qui se manifeste aujourd’hui de tous côtés en faveur de Pagriculture. Ses bulletins et ses rapports, l'exemple des belles cultures et du troupeau choisi dé la'ferme, ses enseignements répandus sur toute la surface du pays par la Gazette des Campages, publiée à Sainte-Anne, sous son patronnage ; tout cela, /

il est Lo tr de le méconnaître, a exercé partout la plus heureuse influence. Tous les étrangers qui nous ont fait l'honneur d’une visite, n’ont jumais manqué de nous donner les ténoignages les plus flatteurs. Quand il y a eu des critiques, ils se sont toujours trouvés parmi ceux qui n’ont jamais daigné ni voir, ni lire ce qui s’est fait ici. Etrangers, par calcul ou autrement, à tout ce qui se passe depuis huit ans à Sainte-Anne, ils n’ont pas la moindre idée de l'excellente organisation de l’enseignement et de la pratique agricole à laquelle nous sommes arrivés après des essois laborieux et pénibles.

Si, avant de nous faire donner ce rude soufflet, on eut pris la peine de lire quelques-uns de nos rapports, ou mieuxde venir se renseigner sur les lieux, ou même de questionner à distance une seule personne attachee à l’établisseinent, on aurait connu la vérité, et on nous eût ménagé cette humiliation. C’est ainsi que, pur un seul trait de plume, on fait bon marché des sacrifices énormes de temps, de patience, de repos et d'argent qu’il a fallu faire pour créer une institution capable de rendre les plus importants services, si elle recevait du Gouvernement l’encouragement auquel elle a droit. Et c’est au moment où cette même institution reçoit trois distinctions honorifiques de la part du jury international de l’Exposition universelle d2 Paris, que M. Cimon vient déclarer que #08 écoles (il n’a pas ôsé dire notre école) ne sont pas ce qu'il faut pour régénérer l’agriculture canadienne, “ parce que le système qu’on y enseigne est trop dispendieux. ? Entre M. Cimon et le verdict du jury international, le public saura bien faire une différence,

De telles misères usent vite les hommes. Mais si les hommes passent, la vérité reste. Elle finit toujours par prévaloir. Si quelques contemporains sont ingrats, la postérité reconnaissante saura bien leur mettre au front une marque qui les fera reconvaitre.

Si M. Cimon a voulu donner pour preuve de l’inutilité de: Pécole de Sainte-Anne, le petit nombre de ses élèves, je répondrai par des chiffres,

Depuis 1859 jusqu’à la fin de 1867, quatre-vingt-un élèves: out passé par l’école.

Sept sont sortis avec certificat de capacité agricole.

Cing sans certificat, mais ayant terminé leurs cours de deux ans et plus.

Quarante deux se livrent à l’agriculture depuis leur sortie.

Cing attendent une position avantageuse dans la carrière. agricole. ;

Deux sont professeurs d'agriculture.

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Quatorse sont connus comme ayant abandonné la carrière agricole. Les autres ne sont pas encore fixés.

Vingt-un comtés nous ont envoyé des élève,

Le district de Montréal en a fourni vingt ; celui des Trois- Rivières, guatre ; celui de Québec, trente-sept ; celui de Kaæouraska, dix-neuf.

L'âge des élèves a été comme suit :

Seize de 14 à 16 ans, Dix-huit de 18 à 20, Vingt-trois de 16 à 18, Dix-neuf de 20 à 22,

Faisons maintenant une comparaison, En 1839, environ dix aos après sa fondation, l’école de Grignon comptait 166 élèves occupant de bonnes positions dans la carrière agricole, soit comme propriétaires agriculteurs, soit comme professeurs, soit comme fermiers, ou régisseurs, soit enfin comme cultivant avec leur père. Ce chiffre de 166 est peu considérable, si on ie compare au nombre total de tous les élèves qui avaient dû passer par cetie école, jusqu’à l’époque qui termine la période de ses premiers essais. Dans l’année de 1836 seule, il y avait plus de 60 élèves inscrits, cuoique dans les commencements il y en eût à peine 15. En 1849, dix ans plus tard, cette même école qui avait eu 663 élèves admis à ses cours, ne comptait encore que 97 diplômés.

Si de Grignon l’on passe à l’Institut normal agricole de Beauvais, l’une des meilleures écoles d'agriculture de France, après les trois écoles impériales de Grignon, Grand-Jouan, et La Saussaye, on trouve des chiffres encore lus rassurants pour Sainte- Anne. En 1862, sept ans après sa fondation, cette école comptait en tout 125 élèves tant anciens j:e nouveaux ; ce qui fait une moyenne d’un peu plus de dix-huit par année. Pendant le même espace de temps, qui est aussi la période de son enfance, Pécole de Sainte-Anne en compte 81 ; moyenne, un peu plus de 114. Beauvais a donné dix brevets de capacité agricole ; Sainte-Anne en a donné sept.

N’a-t-on pas le droit de dire que ces comparaisons justifient Sainte-Anne ? Grignon et Beauvais sont au milieu d’une contrée bien ancienne, riche, et très avancée. Ta nécessité de l’enseignement de Pagricultire comine profession y est généralement bien comprise. Sainte Anne est dans une position bien différente. Ici, pays encore si nouveau, population, fortune, puissants encouragements du trésor public, opinion publique fortement exprimée, tout manque. Il faut lutter sans cesse contre la pauvreté, les’ préjugés, l’entêtement de la routine, de l’ignorance, et par suite,

= ——— 8 ‘me ’nertie des pères de famille à la campagne qui pourraient peupler les écoles d’agrieulture d'excellents sujets. N’est-il pas étonnaat qu'avec de tels éléments, et au milieu de tant d'obstacles du dehors, notre école ait pu se soutenir ?

L'historique de notre ecole, qui paraîtra bientôt, me fournit | tous ces détails, et bien d’autres encore que l’espace à ma dispo- [) sition ne me permet pas de reproduire.

M. Cimon n’a pas eu intention, sans doute, de poser tout à fait l’éteignoir sur l’enseignement professionnel de l’agriculture. Il en veut certaineinent ; je ne lui ferai pas Pinjure de lui supposer des doutes à cet égard. Mais il en veut à fort petites doses, à ce qu’il paraît, à doses homéopathiques, puisque, après avoir déclaré nos écoies insuffisantes, il proclame “ l’enseignement agricole par l'exemple comme le sew/ possible pour le peuple canadien. ” Pourquoi n’a-t-il pas dit aussi que l’enseignement de l’agriculture dans les écoles normales et les écoles prinaires était également insuffisant ? Il aurait pu le dire pour les mêmes raisons ; mais il s’en est bien gardé. Ecrivant à la gracieuse invitation du Comité de l’agriculture par lun de ses membres, à PHlon. M. Chauveau, il a dû se tenir dans une réserve que le public comprendra.

à, Ste. Anne, 8 mars 1868.

Le système que l’on enseigne dans

nos écoles d’agriculture est trop dispendieux pour nos habitants, .L’enseignement agricole le plus facile qu’il novs soit pussibie de donner au peuple canadien est l’enseignement par ’exemple. | s C. Cimox. |

En examinant le second paragraphe des notes de M, Cimon, dansl articie qui suivra celui-ci, Je ferai voir, par la comparaison de son systèine avec le nôtre, que ia questiou de l’écoiémie est toute en faveur des écoles d'agriculture, c’est-à-dire de l’enseignement qu’on y donne.

Je passe à sa méthode de “ l’enseignement par l’exempie, comme le seu£ qu’il soit possible de donner au peuple cana- | dien” Les professeurs ne sont rien autre chose que des eultivatèurs ordinaires, mais un peu plus habiles, chargés, un par

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chaque comté, des travaux d'exploitation d’une ferme, avec salaire du trésor public, sous la haute direction du Gouvernement. Cet homme serait obligé de suivre “ un système agricole qui ne répugne pas à notre clinat, et qui soit en accord avec pos cultivateurs.* Avec cela, suivant M. Cimen, ‘ chacun de ces cultivatenrs modèles cultiverait son champ de son mieux avec les instruments ordinairement employés dans les campagnes ; il sèmerait moins de graiu, et récolterait le double, le triple, et peutêtre plus, que ceux qui entourent.” C’est alors, continue-t-il, que “ nos cultivateurs ouvriraient les yeux. L'exemple les entraînerait à améliorer leurs terres. Cela serait d’antant plus aisé, que le nouvean mode serait facile et peu dispendieux. A l’exemple, peu à peu se joindrait ambition, et voilà l’impulsion donnée. On travaillerait de toutes parts avec ardeur, et en peu d’années, nos vieilles terres épuisées reprendraient leur fertilité première.... Ce cultivateur modèle rece vrait un salaire du Gouvernement. On l’obligerait en retour de se pourvoir d’une bonne race de tous les animaux de ferme, et de prêter aux cultivateurs du comté, autant que possible, le concours de ces mêmes animaux pour améliorer ceux qu’ils possèdent déjà, Ce cultivateur serait, pour ses compatriotes une étoile lumineuse qui les conduirait vers un avenir prospère.”

Evidemment, mon ami se fait d’étranges illusions. Ses professeurs de pratique agricole, par exemple, sèment moins de grain et récoltent deux et trois fois plus que les cultivateurs ordinaires ! Ils prêtent leurs animaux aux cultivateurs du comté pour améliorer leurs troupeanx, et bientôt ceux-ci sont régénérés et transformés. La pauvreté disparaît, et l’aisance revient partout sous l'influence bienfaisante de ces étoiles lumineuses. Voilà le rêve d’une imagination très-patriotique, sans do‘ite, mais séduite par des apparences trompeuses. Lors de son séjour à la campagne, M. Cimon a-t-il jamais eu occasion de voir à l’œuvre un cultivateur modèle conduisant au train de cour-e ses concitoyens de la Malbaie dans la voie du progrès? A-{-il vu très-souvent des récoltes doubles ou triples de ce qu’elles étaient auparavant ? A-t-il vu beaucoup de troupeaux “méliorés en peu de temps par la force seule de l’exemple? Il est permis d’en douter, quand, désillusionné, on a vécu longtemps au contact de la réalité de la vie à la campagne. La force de l'exemple est très-grande, sans doute. Mais eile a ses iustants de faiblesse, surtout en agriculture.

En lisant les superbes résultats promis par M. Cimon, on dirait que les Canadiens n’ont jamais vu cultiver d’autres personnes que leers pères, leurs frères ou leurs voisins. Nous comptons cependant parmi les exploitants du sol, bon nombre de cultivateurs.

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écossais, dont les grosses récoltes sont de notoriété publique. Leur système ne doit pas être dispendieux puisqu'ils réalisent de gros profits. On en cite beaucoup qui, arrivés en Canada avec quelques sous dans le gousset, se sont enrichis en peu d’années. Placés d’abord au service de cultivateurs canadiens, ils font des épargnes et finissent par acheter la terre de leur maître ruiné. Ces exemples ne sont pas rares. Pourquoi en genéral n’ont-ils pas plus d’imitateurs parmi les Canadiens ? e:t-ce parceque le système est dispendieux ? Mais il enrichit le propriétaire. Est-ce parce qu’il est impossible à cause du climat? Non. Le climat est le même pour le Canadien que pour l’Ecossais,

Cela prouve que trop souvent, en agriculture, la force de la routine l’emporte sur la force de l’exemple. Tci, à Ste. Anne, bien souvent, nous en avons eu la preure, Voici un fait entre mille : le printemps dernier, le directeur de la ferme faisait chauler vne pièce destinée à recevoir du blé. Un cultivateur du voisinage lui en témoigna sa surprise, en lui disant que pour lui, il ne comprenait pas que la chaux pât être employee autrement que pour blanchir vu faire du mortier. 11 lui fut répondu qu’à l'automne la récolte ferait voir qui des deux avait raison. Or, au temps de l4 récolte la pièce chaulée donna sur le pied de 22 minots à l’arpent, pendant que le champ de notre cultivateur, quoique de même qualité, également semé en ble n'avait noussé que quelques épis clairs et courts avec beaucoup de mauvaises herbes. Cela n’empêchera pas ce brave homme de faire comme par le passé.

Le salaire que l’on voudrait faire payer par le Gouvernement à ces cultivateurs modèles ne serait pas propre à leur concilier la confiance de leurs voisins. On leur dira toujours : ce n’est pas difficile quand on a l’argent du Gouvernement. Quand nos cultivateurs ont dit cela, inutile d’essayer de leur faire entendre raison. C’est ce qui nous arrive ici tous les jours. Ne faisant aueune distinction entre l’école et la ferme, ils répondent à nos sole licitations par cette phrase sacrementelle : “ Vous êtes riches, le Gouvernement vous donne de l’argent, nous en ferions bien autant, si nous avions les mêmes moyens.” On a beau leur dire que le Gouvernement ne donne rien pour faire labourer, engraisser les terres, que tout cela se fait par les moyens ordinaires qui sont à eur disposition. Peine perdue,

Je ne prétends pas nier l'influence de l’exemp'e. J'y crois au contraire beaucoup, sans toutefois me faire illusion sur sa marche toujours lente. Mais l’exemple ne peut pas marcher seut, Il lui faut un guide, un flambeau pour l’éclairer. Ce flambeau, c’est la science. Sans elle, le meilleur praticien d’une localité devient ua très-pauvre cultivateur dans une autre placée dans des conditions

diflérentes. Pourtant sa manière de faire et ses procédés de cul-: ture sont les mêmes. Pourquoi réussiront-ils dans un endroit et manqueront-ils dans un autre ? Il ne se rendra jamais compte de cette différence, s’il ne possède pas les princines que les écoles spéciales d’agriculture seules peuvent donner.

L’agriculture, comme toute industrie, a besoin, pour être exercée avec succès, du concours de plusieurs sciences. Elle n’est point, comme tant de personnes le croient, un art grossier que lon peut pratiquer sans instruction première et par hasard. L'observation seule ne suffit pas non plus pour tirer parti des trésors immenses que la terre recèle dans son sein. Sans le flambeau des connaissances positives, il ne faut compter sur aucun résultat heureux dans la carrière industrielle. Et de même que l’industrie proprement dite n’a pris son essor qne du moment où les sciences ont été appelées à la diriger, de même aussi, Pagriculture n’a pris une marche progressive et n’a cessé d’être un art purement manuel que de l’époque où l’homme des champs a senti la nécessité d'appuyer ses pratiques hasardées, ses méthodes routinières sur les principes sûrs et féconds des théories scientifiques autorisées par l’expérience.

Il y a en agriculture la seience et l’art. La science comprend les principes qui éclairent, dirigent la mise en pratique des nrocédés, qui perfectionnent les moyens d’action, et qui seuls peuvent conduire à améliorer ce que le hasard a fait découvrir, L’art, c’est l'application directe des méthodes de production, c’est la pratique des faits, c’est le métier. Si l’homme intelligent de M. Cinon ignore l’agronomnie, et ne possède que Part agricole ou la partie mécanique du mêtier, il ne pourra pas- être un agriculteur modèle. Son système grossier de pratique ne pourrait pas servir d’exemple utile ; car il importe que son mode de culture soit bon en lui-même, de manière que sa propre pratique devienne aussi bonne que les circonstances dans lesquelles il se trouve placé peuvent le permettre. ;

Notre agriculture ne pent se régénérer, devenir florissante » que par la trausformation de son personnel, transformation qui, de son côté, ne peut s’opérer que par l’introduction dans la masse des cultivateurs d’une foule d’hommes jeunes, intelligents, possédant l’agronomie et l’art agricole. Eux seuls sout capables de comprendre et d'exécuter toutes les amélicrations que, depuis un quart de siècle, l’on propose aux cultivateurs. Or, cette génération d'hommes intelligents et instruits ne peut se former ailleurs que dans des écoles spéciales d'agriculture.

Nous devons constamment, en agriculture, avoir en vue l’augmentation et l’amélioratiou des ‘produits, afñu de tirer du sol le

plus grand bénifice avec le moins de dépenses possibles. Pour parvenir à ce résultat, il est indispensable de connaître les principes qui font la base de cette science. Ensuite, le cultivateur possédant les connaissances suffisantes, doit marcher avec précaution, même en appliquant les meilleures méthodes, et surtout se garder de changer brusquement et sans réflexion le système de culture qu’il veut modifier ; autrement, il s’expose à de graves mécomptes qui compromettent également ses intérêts et ceux de l’agriculture elle-même.

Qu'est-ce donc, en effet, que la pratique nécessaire aux chefs d'exploitation ? C’est l’habileté à appliquer la théorie, conformément aux convenances de temps et de lieux ; c’est la sûreté du coup-d’&il pour apprécier l’opportunité de toutes les opérations, pour demander à chaque terre, à chaque situation, ce qu’elle peut produire, pour calculer le rendement des récoltes, pour juger des qualités, des défauts, des besoins des animaux ; c’est l’aptitude à parler le langage des circonstances ; c’est l’art de concevoir, de prévoir, de contrôler, d’organiser et d’administrer.

Le chef de l’exploitation a son plan général d'opérations ; mais il sait le modifier, il sait l’approprier au dégré d'intelligence de ceux qui l’étudient. Il a des idées, mais il n’oublie pas que, dans les détails quotidiens de la vie agricole, chaque jour a son œuvre, chaque idée son moment. En un mot, le bon praticien qui doit servir d’exemple, c’est l’homme dont toutes les facultés sont-toujours au niveau des circonstances, c’est l’homme qui a les audaces du progrès non moins que la prudence inspirée par l’esprit de conservation ; c’est l’homme enfin capable de donner des conseils, des instructions qui n’engendrent pas de mécomptes.

Ceci doit suffire pour faire comprendre à M. Cimon que les praticiens modèles qu’il veut placer à la tête de chaque comté, si habiles qu'il les suppose, n’ont pas tout ce qu’il faut pour atteindre le but désiré.’ [ls auraient, d’ailleurs, un autre inconvénient : celui de coûter trop cher. En allouant à chacun d’eux au moins deux cents pastres, pour avoir droit de leur faire suivre un plan raisonné de culture, et de les obliger d'acheter des animaux de races améliorées, on arrive de suite à 13,000 piastres pour les 65 comtés de la province de Québec. C’est une trop lourde charge pour croire que la législature veuille l’accepter.

Il y a d’autres inconvénients encore. Qui se chargera de tracer un plan de culture et d’assolement convenable à chaque comté ? Car ce plan ne pourra pas être uniforme pour toute la province Qui en surveillera exécution ? Qui verra à ce que chacun de ces 65 cultivateurs soient fidèles à leurs devoirs, et soient en tout des étoiles lumineuses pouvant guider noshabitants ? Quand ces.

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étoilés s’éclipseront ou devieront de la marche tracée par le programme, qui se chargera de la remettre dañs la bonne route et de leur rendre la lumière ? Voilà des questions bien sérieuses. M. Cimon voudrait-il accepter la charge de directeur de cette grande machine ? Elie ést inconnue en France, en Allemagne et en Angleterre, où pourtant l’on a beaucoup fait pour améliorer l’agriculture. M. Cimon devrait demander un brevet d'invention pour cette découverte. Personne à coup sûr, ne lui en contesterait la paternité.

Ste. Anne, 9 mars 1868.

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Le plan de culture enseigné dans les écoles d’agriculture coûte trop cher pour que nos habitants puissent l’a-

dopter.

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