‹ Examen de conscience a l'occasion de la guerre d'Orient par le comte de FicquelmontChapitre 10 sur 17 · CONSCIENCE DES PEUPLES · texte numérisé non relu

CONSCIENCE DES PEUPLES

Il en est des peuples comme des individus. Un peuple qui n'aurait aucun souvenir de son passé, qui n'aurait aucune prévision d'avenir, obéirait d'instinct, comme le fait en pareil cas l'individu, à toutes ses sensations, à toutes ses passions. Un tel peuple resterait entièrement

sauvage; il vivrait en état de nature, ce que la langue des voyageurs désigne en qualifiant de pareilles populations de naturels du pays. Les plus avancés parmi de pareils hommes vivent, depuis des milliers d'années, à l'état de nomades. Ce qui leur manque à tous, c'est l'exercice de la faculté de la mémoire; c'est l'instruction qui en est le premier résultat ; c'est le sentiment de la conscience qui est le produit le plus émincnt de la faculté du souvenir, puisqu'il est la seule base de la moralité inhérente à la nature de l'homme, mais faculté qui veut être développée, cultivée, comme le veulent être toutes les autres dont il a été doué.

Nous allons arriver à la plus grande difficulté du sujet qui nous occupe, et c'est aussi la solution de cette difficulté qui est le but principal de ce travail.

L'action secrète de la conscience individuelle ne peut s'appliquera l'existence collective des hommes Un peuple pourrait-il avoir une conscience collective semblable à celle de l'individu? S'il ne peut pas l'avoir, devrait-il se trouver livré, comme l'individu sans conscience, à tous les mouvements de ses passions et de ses convoitises? Et, cependant, sans un principe de moralité qui puisse régler la vie collective des nations, la société humaine deviendrait impossible.

La fréquence, souvent l'injustice des guerres, le plus souvent la condamnable légèreté que l'on met à les commencer et la légèreté plus coupable encore avec laquelle on les prolonge, prouvent que le principe de moralité qui

régit la vie individuelle chez les peuples civilisés n'est pas applicable à leur vie collective.

Il suffît, pour le prouver, de dire que l'action du principe moral de la vie collective ne peut avoir que le même caractère ; il doit donc être collectif, il doit être public; c'est donc un principe entièrement différent de celui de la conscience individuelle qui, pour exister, doit toujours être secret.

Cependant le principe de la moralité de la vie collective doit avoir aussi sa racine dans la nature de l'homme, destiné qu'il est à vivre en état de société. Il faut donc en rechercher la source, en étudier la formation.

11 est évident que, puisque la conscience d'un peuple ne peut être que collective, ce ne peut être aussi qu'un principe collectif qui puisse, non-seulement la former, mais lui servir aussi d'organe. Sous ce rapport, 1 organisation des États modernes nous parait être encore incomplète.

C'est ce point de vue qui doit nécessairement donner à ces feuilles le caractère d'un travail politique. Mais nous le trouvons d'une nature trop ardue pour continuer cette discussion avant d'avoir établi le principe générateur de la civilisation 6ur la base la moins sujette à objection. Il nous faut pour cela remonter, pour quelques instants au moins, à une méthode d'argumentation qui doit être inévitablement plus générale, ou, si l'on veut, plus philosophique.

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