L'HOMME COUPE EN DEUX L'ÉTERNITÉ
L'homme, par son existence, coupe en deux l'éternité : une partie est l'éternité de l'avenir ; l'autre partie, l'éternité du passé.
L'éternité de l'avenir peut se comprendre par l'idée qu'elle est le temps qui ne finit pas ; ce temps, relativement à l'homme, se remplit successivement de toutes les oscillations, de toutes les incertitudes, de toutes les passions que suscite sans cesse son libre arbitre.
L'éternité du passé, c'est le temps qni a fini; tout y est irrévocable; tout ce qui a existé ne peut jamais cesser d'avoir existé; tout ce qui a été fait, bien ou mal, ne peut jamais cesser d'avoir été fait. Quand une chose est accomplie , la force même qui l'a produite ne peut plus rien y changer ; elle peut seulement, tant qu'elle existe, se modifier elle-même, pour le cas où sa conscience lui donnerait le regre l'avoir mal fait.
On ne peut rien apprendre de ce qui r' xiste pas encore ; l'homme n'a donc rien à apprendre de l'avenir ; il ne peut donc trouver de leçons que dans le passé. Le passé seul peut lui donner les notions de la justice, de l'équité, de l'ordre et de cette haute raison qui doit servir de règle aux destinées humaines. Le passé donne nécessairement à l'homme l'idée naturelle d'un jugement dernier. Cette idée est naturelle, car ce n'est que par l'étude
du passé que l'homme acquiert la faculté de juger, et ce n'est qu'à ce qui est accompli qu'il peut en faire l'application.