‹ Examen de conscience a l'occasion de la guerre d'Orient par le comte de FicquelmontChapitre 12 sur 17 · SUPÉRIORITÉ POLITIQUE DES ÉTATS ANCIENS SUR LES ÉTATS MODERNES · texte numérisé non relu

SUPÉRIORITÉ POLITIQUE DES ÉTATS ANCIENS SUR LES ÉTATS MODERNES

On voit par cette cour le déduction combien doit rester incertaine, c'est-à-dire agitée, l'existence des Étals quand il n'y a dans leur organisation rien de permanent qui corresponde à la nécessité de chercher dans l'étude du passé des règles de conduite pour l'avenir.

Les États de l'antiquité dont l'histoire nous a été conservée nous paraissent, sous ce rapport, avoir joui, à l'époque de leur splendeur, d'une organisation plus achevée que ne l'est celle des États modernes. La politique était chez les anciens une science plus entière qu'elle ne l'est chez les modernes, ce qui nous parait expliquer la supériorité de leurs grands historiens sur les nôtres. La politique était aussi bien l'art de constituer les États que celui de les gouverner.

Les hommes politiques étaient, par cette raison, législateurs en même temps qu'il étaient organisateurs, administrateurs, juges , hommes de guerre et d'exécution; mais il y avait des corps constitués dont les attributions étaient diverses.

Les plus élevés de ces corps, que nous appellerons

sénats parce que les plus illustres d'entre eux ont porté ce titre, conservaient dans leur sein le principe de la durée; ils imprimaient au gouvernement le mouvement qu'il devait avoir ; ils en puisaient les maximes nonseulement dans les traditions, mais bien plus encore dans l'étude approfondie du passé.

Si un illustre Athénien a dit : Frappe, mais écoute, les sénats disaient aux peuples : Ne frappez pas avant de nous avoir écoutés.

La décision de la question la plus importante pour les peuples, nous dirons pour tous les hommes en général, la question de la paix ou de la guerre, n'était jamais abandonnée aux hommes d'exécution ; les hommes les plus sages et les plus expérimentés avaient à siéger dans leur assemblée permanente pour en délibérer et pour la résoudre. Et nous entendons le sénat le plus renommé de notre époque, celui qui déclare être le plus habile et professer les plus sages doctrines, dire aujourd'hui à son peuple : Nous frapperons, puisque vous le voulez ainsi.

Les modernes, par une suite peut-être inévitable de la grandeur et de la longue durée des États, ont été amenés à faire à l'art de gouverner l'application de ce principe si utile à l'industrie, le principe de la division du travail. La politique proprement dite, telle qu'on la comprend de nos jours, est restreinte au domaine des relations internationales. On ne s'aperçoit que trop de tout ce qu'il y a de faux dans ce principe de la division du travail

dans l'application que Ton en fait au gouvernement, par le désaccord qui se manifeste si souvent entre la politique extérieure des Etats et leurs affaires intérieures. C'est ce désaccord qui a produit dans le cours de nos histoires tant de guerres qui eussent pu être évitées, ou au moins terminées plus vite ; tant d'autres qui n'ont été suscitées que par l'embarras de quelques positions individuelles, soit celle des princes eux-mêmes, soit celle de quelques-uns de leurs ministres. Qu'on veuille bien ne pas nous demander des citations ; chacun peut les trouver nombreuses dans l'histoire. Nous ne nous servirons, plus tard, à l'appui de notre discussion que des plus saillantes que nous offrira l'époque contemporaine.

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