E. —— VALEUR HORMONALE DES OVAIRES EXAMINÉS
Sans pousser à fond l’analyse des deux organes étudiés, il est permis de se demander quelle est la valeur de ces ovaires au point de vue des hormones sécrétées et déversées dans l’organisme. On doit avertir d’abord qu’il ne s’agit que d’hypothèses fondées sur des faits établis physiologiquement dans des cas analogues, car aucun dosage n’a été fait durant la grossesse de la patiente, ni pour l'hormone folliculaire, ni pour l'hormone lutéinique.
La présence possible d’hormone lutéinique ou progestative doit être éliminée puisqu'on ne trouve aucune trace de corps jaune, même ancien, et que le corps jaune de grossesse qui est apparu au début de cette dernière n’a laissé aucune trace reconnaissable, si ce n’est sous forme de
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corpora albicantia, c’est-à-dire de résidus fibroïdes complètement inactifs. Il y a donc lieu de supposer que la double glande représentée par le corps jaune, sécrétant la folliculine par son écorce thécale et la progestine par ses cellules lutéiniques, a disparu déjà depuis plusieurs mois et son action hormonale propre a cessé avec sa disparition probablement vers le quatrième mois lunaire, comme il résulte des données classiques.
Reste l’hormone folliculaire, œstrogène ou folliculine dont on connaît l’origine dans la thèque interne, des follicules normaux ou involutifs (Ascheim et Zondek).
Un fait particulier est signalé par nombre d’auteurs chez les femmes et les femelles de Mammifères dans la seconde moitié et la fin de la grossesse, c’est l’augmentation très sensible du taux de la folliculine sanguine et de la quantité de folliculine urinaire éliminée dans les vingt-quatre heures.
Sans analyser dans le détail les travaux des histo-physiologistes qui ont travaillé cette question, voici le résumé des observations faites par des auteurs qui font autorité en la matière, qu’on trouvera d’ailleurs dans l’ouvrage de Simonnet : « La folliculine ».
Cité d’après Simonnet :
« … tandis qu’au cours d’un cycle menstruel normal on trouve de 10 à 100 U. R. (1) (de folliculine) par litre d’urine, suivant le moment du cycle, dans la seconde moitié de la grossesse les quantités éliminées quotidiennement peuvent s'élever à 100.000 U. S. (1) (Siebke) et même 250.000 U. S.
(4) U. R. est l’Unité-Rat, représentée par la plus petite quantité de principe actif qui, administrée en trois fois, à trois heures d’intervalle, par la voie sous-cutanée à une Rate ovariectomisée depuis au moins quinze jours et pesant environ 150 grammes, est suffisante pour provoquer au bout de trente-six heures les signes vaginaux de l’œstrus.
U. S. ou Unité-Souris est définie de manière analogue, mais chez la Souris. Il est difficile de donner un rapport exact entre U. R. et U. S. d'autant que les différences individuelles de réaction sont notables dans les deux espèces. On peut cependant estimer que une U. R. vaut environ dix U. $. et que U. $S. vaut environ une unité internationale, cette dernière correspondant à un dix millionième de gramme d’une préparation étalon (Société des Nations).
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(Rungi). Cet extraordinaire accroissement du pouvoir œstrogène de l’urine a été mis en évidence en 1927 par Ascheim, Ascheim et Zondek et par Smith. » (Simonnet, p. 185.)
«< Durant la grossesse, le taux de la folliculine sanguine s'élève parallèlement à celui de la folliculine urinaire, du deuxième-troisième mois lunaire, 30 U. R., au cinquièmesixième mois, 100 U. R., au neuvième-dixième mois, 250 U. R., et durant le travail, 1.000 U. R. Vingt et une heures après, 40 U. R. (Smith).» (Simonnet, p. 187-188.)
Il est donc à présumer que la femme à laquelle appartenaient les deux ovaires suivait la loi commune et devait avoir un taux de folliculine sanguine et urinaire augmenté de dix à cent fois environ, par rapport aux diverses périodes du cycle menstruel ou à la première période de la grossesse. Simple supposition évidemment, mais fondée sur une loi très générale et qui n’est pas propre à l’espèce humaine.
Les auteurs semblent d’ailleurs embarrassés pour expliquer ce taux anormal d’hormone œstrogène à la fin de la grossesse et, faute peut-être d’avoir examiné les ovaires, ils ont admis la possibilité de sécrétion de la folliculine par le placenta. Simonnet rapporte comme suit les idées des divers auteurs :
« Le placenta humain contient également de la folliculine (Allan, Collip, Fellner, Allen, Slotta, Laqueur, Doisy, Smith) en quantité importante : 500 à 2.000 unités par kilogramme.…. C’est au trophoblaste que serait dévolue la fonction sécrétrice, du fait de l’élimination considérable de folliculine observée dans un cas de chorio-épithéliome (Snoo, non confirmé par Smith et Smith)... Il est donc vraisemblable que la folliculine trouvée dans l'organisme durant la gestation provient en partie du placenta. » (p. 67-68).
Cette origine placentaire de la folliculine de la grossesse ne peut être niée à priori. Cependant il n’est pas impossible que le placenta subisse une imprégnation folliculinique d’origine ovarienne.
Toutefois, on connaît les crises de follicules involutifs de l'ovaire, à la puberté, durant la grossesse (Fellner) et à la ménopause. Or, dans les deux ovaires examinés en fin de grossesse, au moment où le taux de folliculine atteint son maximum, on trouve d’une part une quantité exagérée de follicules involutifs atrétiques, d'autre part, autour de chaque follicule atrétique, une masse de glande thécale hyperplasiée. Dans ces conditions, il paraît logique d’attribuer l’hyperfolliculinémie qui existe à cette période à une hyperplasie considérable de la glande thécale fonctionnelle annexée aux follicules atrétiques en nombre exagéré.
La chose peut être discutée et envisagée du point de vue de la morphologie générale.
Etant admis que la folliculine est sécrétée par les cellules de la thèque interne des follicules, on constate que
1° Les follicules atrétiques sont en général beaucoup plus nombreux dans la plupart des ovaires des Mammifères que les follicules à évolution normale.
2° Ces follicules atrétiques gardent autour d’eux un contingent important de thèque interne qui reste isolé autour de chaque follicule chez la plupart des Mammifères (et la femme) ou qui forme un îlot qui s’agglomère peu à peu à la masse de glande préexistante (Rongeurs et Chéiroptères). Dans le premier cas on doit parler de glande thécale, dans le second de glande interstitielle. Toutes deux ont même origine et même fonction, seul leur aspect et leur disposition morphologique diffèrent.
3° Les follicules atrétiques sont une nécessité car ils représentent le meilleur du contingent de glande hormopale folliculinique, aussi bien chez la femme que chez. d’autres Mammifères durant la vie génitale.
4° Le nombre exagéré de follicules atrétiques vers la fin de la grossesse donne l’explication, au moins partielle, de lhyperfolliculinémie de cette période puisque leur présence correspond à une masse accrue de glande thécale.
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Il est assez rare d’obtenir les deux ovaires d’une femme à la fin de la grossesse et à la suite d’une opération qui a permis un prélèvement et une conservation corrects. Il est donc utile de faire connaître cette observation et de l’interpréter à la lumière des faits physiologiques connus et admis, en accord également avec l'interprétation établie récemment au Laboratoire d’histologie, des structures diverses observées dans l'ovaire féminin.