‹ Examen de l'examen de M. Broussais, relativement à la phthisie et à l'affection typhoïde (volume 2)Chapitre 3 sur 25 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

J'admets avec Laënnec que les tubercules pulmonaires sont la cause et constituent le carac-

( i) Les chiffres sans initiale indiquent la page de l'ouvrage de M. Broussais j ceux qui sont précédés d'une L renvoient à mes Recherches.

i'Hrni>iE, n

tère propre de Ja phlhisie ; je refuse le doiîi <le phlhisie à toute autre al'feelion org-anique des poumons : c'est une convention que je suis par/aitemeut libre de faire ou de ne pas faire avec le lecteur ; et c'est une erreur ou un non sens de dire que cette loi est fausse ( 536). Où en serait-on d'ailleurs s'il fallait donner le nom de pbthisie à toute espèce de dépérissement progressif ?

M. Broussais me reproche, comme une première contradiction, d'avoir avancé que la matière grise , tuberculeuse , amassée dans le tissu des poumons^ même à leur partie supérieure , peut être le produit de l'inflammation chronique (53 j). J'ai dit tout le contraire. On lit en eifet , page 9 de mes Piecherches , ce qui suit. «^Toutefois il est des cas où une partie de la matière grise du lobe supérieur des poimions paraît être le produit d'une inflammation chronique : alors, il est vrai , on ne lui trouve plus l'aspect grenu qui forme le caractère anatomique de la pneumonie au deuxième ou au troisième degré; mais elle a un coup d'oeil lonche qu'on ne peut attribuer aux granulations miliaires qui n'existent pas , elle est traversée par des cloisons celluleuses blanches et épaisses , aussi distinctes que dans la pneumonie ; elle est .plus compacte que la matière grise ordinaire : et ces caractères,

quand ilssonl bien prononcés, nous paraissent suffire pour distinguer ces deux espèces de lésions. »

Plus loin y dans le paragraphe suivant , M. Broussais croit encore trouver une contradiction au sujet d'une proposition qui prouve seulement que je ne renie pas les lois les mieux constatées , ou la science elle-même.

Il s'agit d'une jeune femme qui mourut à la Charité , et à l'autopsie de laquelle on trouva, au sommet de l'un des poumons , une excavation contenant une matière purulente semblable à celle qui existe ordinairement chez les phthîsiques , et garnie d'une fausse membrane pareille à celle qu'on trouve autour des cavernes qui résultent de la fonle des tubercules. Les poumons n'offraient d'ailleurs aucune trace de ceux-ci. Mais une des glandes cervicales était en partie tuberculeuse , et l'observation a prouvé qu'il n'j a , passé quinze ans, de tubercules dans un organe, qu'autant qu'on en trouve dans les poumons, du au moins une caverne qui a la structure des cavernes tuberculeuses. Je devais donc considérer le sujet dont il s'agit comme phthisique , sous peine d'être réellement en contradiction avec moi-même^ et de méconnaître l'autorité des faits. Et je rappellerai à celte occasion , d'une manière générale , pour n'j plus revenir , que quand une

PHTHISIE. g

loi est bien établie , il faut conclure rigoureusement d'après cette loi y et considérer comme exactes les conséquences qui en dérivent , quelque inattendues qu'elles soient : car ces conséquences , si elles sont rigoureuses , ne sauraient être fausses.

M. Broussais me reproche ensuite (558) d'avoir dit que les tubercules sont à peu près sans influence sur le développement de la pneumonie dans la dernière période de la phthisie. Mais de quelle autre expression pouvais-je meservir, ajant rencontré la pneumonie dans la dernière période de toutes les maladies chroniques, et seulement un peu plus fréquemment chez les phthisiques, que chez ceux qui succombent à d'autres affections également lentes dans leur marche? D'ailleurs j'ai compté, et si l'expression que j'ai employée n'est pas exacte, on peut aisément la rectifier. (L. 57,39.)

Une des lois les plus remarquables auxquelles l'observation m'a conduit , est relative aux ulcérations de l'épiglotte , du larvnx et de la trachéeartère, que je n'ai rencontrées , dans le cours des affections chroniques y que chez les phthisiques. J'ai dû les considérer , par cette raison , comme propres, dans les maladies chroniques, à la phthisie. Car, si de loin en loin on rencontre de petites tilcéralions au larynx chez les pneumoniques ; si l'on trouve fréquemment l'épiglotte partielle-

ment détruile sur le cadavre de ceux qui ont succombé à l'affection typhoïde; si même la variole confluenle laisse souvent à sa suite des ulcérations superficielles , petites et nombreuses dans la trachée-artère, ceslésions existent alors chez des sujets atteints d'affections aiguës, et ce n'est plus le cas dont il s'ag-it. Quoi qu'il en soit, M. Brous sais trouve ma proposition si extraordinaire, qu'il conseille au lecteur de la lire pour croire qu'elle ait été émise , se bornant d'ailleurs à cette réflexion sans combattre ma proposition par des faits contradictoires (338).

Cette proposition est, à la vérité, dans une complète opposition avec ce que dit Laënnec(t. i, 267, 2*'art.) «Que, bien que les ulcérations de la trachée se rencontrent quelquefois chez les phthisiques, il est plus commun de les voir se développer chez des sujets dont les poumons sont tout- à-fait sains. » Mais ici Laënnec a commis une erreur on ne saurait plus grande^ et qu'on s'explique à peine en admettant qu'il aura conclu d'après de simples souvenirs; et son exemple est une nouvelle preuve de la nécessité de ne jamais énoncer une proposition générale que d'après des faits exacts , consignés dans des 710 tes , comptés et analysés avec soin. J'ajouterai que je n'ai pas trouvé , depuis plus de huit années, une exception à la loi établie dans mes recherches sur la phthisie, que je n'ai pas ob-

piiTuisiE. I y

serve un seul cas d'ulcération du larvnx , de l'épiulotle et de la irachée-artère , dans le cours des maladies chroniques, si ce n'est cliez les lubercaleux ; que je ne connais aucun médecin exact qui, dans le même espace de temps , ait observé le contraire : de manière que la vérité de la loi en question ne saurait souffrir le moindre doute, et que si Ton venait un jour à observer dans le cours d'une maladie chronique non tuberculeuse, une ulcération dans le trajet du conduit aérien j, ce ne serait que comme une rare exception à une loi extrêmement générale; loi dont ne pouvaient se douter ceux qui n'ont pas pour règle , dans leurs autopsies , d'examiner tous les organes , quels que soient d'ailleurs les symptômes observés pendant la vie.

H est encore vrai de dire que la thèse de M. Cajol sur la phtliisie trachéale semble venir à l'appui delà proposition de Laënnec, à laquelle elle a peut-être donné lien. On trouve, en effet , dans cette dissertation, six cas d'ulcération ou de perforation de la trachée-artère, sans tubercules dans les poumons. Mais trois de ces cas sont relatifs à des individus chez lesquels la perforation eut lieu de dehors en dedans, par l'effet d'une tumeur: ce n'cvSt pas le fait dont il s'agit, et ces cas doivent être écartés de la fiiscussion. Chez les trois autres individus, l'ulcération marcha de dedans en de-

EXAMEK.

hors; mais pour i'tin d'eux seulemeiU , il a élé.dit qu'aucune rncaiaJie vénérienne n'avait existé antécédeniment, de manière que ce sujet est le seul qui puisse être considéré comme une exception à la loi que j'ai établie. Quant aux deux autres, leur affection pouvant être ia suite de l'infection vénérienne, cause spéciale d'ulcération , on ne saurait les admettre commeél éraents de la discussion qui nous occupe.

Ce qui chocjiue M. Broussais dans la loi que j'ai établie, c'est sans doute la difficulté de l'expliquer. Mais explif|ue-i on les lois de notre économie , et n'a-l-on pas beaucoup fait et presque tout ce qu'on peul faire en pathologie, quand on les a constatées?

Mettant toujours son imagiijalion à la place des faits , M. Broussais avance que l'hypertrophie du cœur peut éîre une cause de lubercules, et que ce viscère hjperlropliié peut s'amoindrir ensuite avec les autres organes. M. Broussais dit l'avoir observé : ce qui suppose qu'il a des moyens très rigoureux, très précis, d'estimer les divers degrés d'hypertrophie du cœur, moyens qu'il devrait bien nous faire connaître ; et aussi qu'il a vu ce que bien peu de médecins ont observé ; car combien peuvent dire avoir vu l'hypertrophie du cœur disparaître? Mais les faits que j'ai constatés ne laissent aucun ooule sur l'erreur de M. Brous-

THTHlSir.. l3

sais ; je veux parler de 44 cas de maladies du cœur que j'ai recueillis , et qui étaient aulanî d'exemples d'hypertrophie de cet cu^gane , avec dilatation d'une ou de plusieurs de ses cavités , ordinairement de plusieurs ; et dans 29 d'entre eux des (îavités droites. Eh bien' ! parmi les 44 sujets en question, 3 seulement avaient des tubercules dans les poumons j proportion très minime , et inférieure à celle qu'on observe chez des individus du même âge , et qui ont succombé à une maladie quelconque. De plus , sur six des sujets dont il s'agit , et qui étaient des exemples de dilatation avec hypertrophie du ventricule droit, l'artère pulmonaire et toutes ses

'divisions étaient hypertrophiées et dilatées dans toute leur étendue, et il n'y avait de tubercules chez aucun d'eux. Evidemment, l'hypertrophie des cavités droites ne saurait être considérée comme une cause de tubercules.

Relativement à la rongeur de l'aorte, M. Broussais dit que je n'ose avancer qu'elle' soit inflammatoire. Le langage de M. Broussais sent toujours îa passion. Il ne conçoit pas qu'un homme qui cherche réellement la vérité n'affirme que ce qui lui paraît évident , qu'il en appelle au temps et à

^ l'expérience pour tout ce qui- ne porte pas ce carac. tère. Je n'affirmais rien Qn 1826 au sujet de la rougeur de l'aorte, parce que les faits ne me parais-

l4 EXAMEN.

saient pas susceptibles d'une interprétation rigoureuse. J'ai été un peu plus positif depuis, et j'ai conclu de l'analyse d'un grand nombre d'observations relatives à des sujets emportés par des maladies aiguës de toute espèce , que la couleur rouge de l'aorte dont il s'agit, est un phénomène d'imbibition tout spécial , qui suppose une allération plus ou moins profonde du sang ou du tissu de l'artère, ou même de l'un et de l'autre dans un certain nombre de cas (i). Mais je doute que ce langage contente davantage M. Broussais que le premier.

Relativement aux ulcérations , aux pertes de substance , ramollissements , couennes légères de la muqueuse du pharynx et de la trachée , M. Broussais me fait dire que tout cela n'a rien de commun avec l'inflammation (SSg) ; et je me suis exprimé, relativement à la cause des ulcérations de la trachée-artére et de l'épigîotte, de la manière suivante : « La préférence que les grandes ulcérations affectent presque constamment pour la partie postérieure de la trachéeartère^ semble pouvoir s'expliquer par le passage habituel et le séjour plus ou moins prolongé des crachats sur cette partie. Car, si des

(i) Recherches sur l'affection typhoïde , \" vol, , p. 343.

boissons trop excitâmes causent l'inflammation , puis l'ulcéraiion de la membrane muqueuse de l'estomac , il doit en être de même pour celle delà trachée-artère , par suite de l'action d'un liquide excrémentitiel , sans doute très irritant. Ajoutons «u'il serait difficile d'expliquer d'une autre manière , comment les ulcérations de l'épiglotte ont presque uniquement lieu à sa face inférieure , celle qui est touchée plus ou moins fréquemment par les crachats, etc. (L. ^6, l^f). » M. Broussais^ comme on -voit, ne se pique d'exactitude ni dans ses assertions;, ni dans ses citations. Malheureusement nous ne sommes pas au bout.

Je ne saurais accepter les félicitations qu'il m'adresse au sujet du ramollissement avec amincissement de la membrane muqueuse de l'estomac, que je n'hésite pas , dit-il , à expliquer par l'inflammation : car j'ai dit seulement que cette explication me paraissait fort admissible , sans la considérer comme étant rigoureusement démontrée ( L. 65 ). Plus tard , j'ai cru devoir élever des doutes nouveaux relativement à la justesse de cette interprétation. J'ai dit,eneff'et, dans mes Recherches sur V affection typhoïde (^l. i, p. ^ 1 83 ), qu'il me paraissait extrêmement vraisemblable, que chez un certain nombre de sujets^ la lésion dont il s'agit n'était pas inflammatoire; soit

iG EXAMEN.

parce qu'on ne trouve pas alors de traces évidenttîs d'inAammation autour de la partie ramoiie, amincie et pâle ; soit parce que dans ces cas le tissu cellulaire sous - muqueux participe a l'altération de la membrane muqueuse , est ramolli et aminci comme elle , n'est enflammé dans aucun point; ce qui est tout le contraire de ce qui arrive dans l'inflammation violente de la muqueuse du colon , par exemple ; ce qu'on ne saurait concevoir dans l'hypothèse où la le'sion serait inflammatoire. J'ajouterai que le mémoire de M. Carswell (t) est loin de m'avoiraff'ermidans la pensée que le ramollissement qui nous occupe est le produit de l'inflammation ; que je me demande au contraire , sans pouvoir encore résoudre le problème rigoureusement , si le ramollissement de l'estomac et la perforation qui en est quelquefois la suite , ne seraient pas en effet, comme le dit cet honorable et babile médecin, le produit d'une action chimique, dans la grande majorité des cas.

Je passe sous silence ce que dit M. Broussais des plaques elliptiques de Peyer , ces plaques devant m'occuper plus tard ., quand il sera question

(i). Recherches sur la dissolution chimique des parois de l'estomac. ( Journal hebdomadaire de Médecine, i83o , t. 'p , i^ag. 38 1 et 5o,5.)

de mes Recherches sur l'afFection typhoïde :: et j'arrive à ce qu'il avance au sujet des ulcérations de rintestin grêle. « M. Louis veut aussi ^ dit M. Broussais, qu'il y ait deux espèces d'ulcérations : celle qui se forme, comme à l'ordinaire , par la fonte de la membrane ou des follicules^ et celle im^entée par Laënnec, qui provient de la fonte des tubercules développés sous la muqueuse (542.)». — ^U faut ouvrir les cadavres avec bien peu de soin, on en conviendra, pour n'avoir pas vu^ maintes fois,cel le prétendue invention de Laënnec. Mais à cela ne se borne pas M. Broussais :5 quel-* qu'es lignes plus bas il ajoute : « Cependant, affirmer que les ulcérations des intestinsgréles n'appartiennent qu'à la phthisie tuberculeuse ou aux fièvres graves , et les soustraire aux entérites chroniques , c'est afficher un degré de soumission que la toute puissance de Laënnec^ encorèi vivant à cette époque , peut seule nous expliquer. » Telle est l'argumentation de M. Broussais. En supprimant de cette tirade ce qu'elle a de vraiment ignoble , elle se réduit à ceci , que ma proposition est fausse et conforme) aux opinions de Laënnec.

Or , non-seulement Laënnec n'a pas eu d'opinion sur ce point, que je sache du moins , mais il ne pouvait, ce me semble, en avoir, puisque pour cela il eût fallu non -seulement étudier avec un

grand soin tout le tube digestif , ce que cet illustre médecin ne faisait, il faut le dire , que très imparfaitement; mais aussi V étudier indistinctement sur tous les sujets , et analyser tous les cas dans lesquels cet organe aurait été examiné d'une manière exacte , ce dont personne , je crois, ne s'était donué la peine jusqu'ici, dans une longue série de faits de tout genre. Et relativement à la proposition en elle-même, quelque inexplicable qu'elle soit, quelque douleur que puisse en éprouver M. Broussais , elle n'en est pas moins parfaitement exacte. Depuis plus de huit années que mes Recherches ont paru , je n'ai pas vu un seul sujet emporté par une maladie chronique et ayant des ulcérations dans l'intestin grêle, qui n'eût des tubercules dans les poimions ou des granulations grises demi-transparentes, ce qui est la même chose.

Au sujet des glandes mésentériques, «M. Louis, dit M. Broussais, affirme n'avoir jamais rencontré de tubercules mésentériques que chez les phthisiques. Nous affirmons , nous, que nous en avons rencontré sou^^ent dans les entérites chroniques indépendantes de toute afFection tuberculeuse des poumons^ non-seulement chez les enfants, chose très commune , mais même chez les adultes. Deux fois ce cas a été observé au Val-de-Grâce dans le mois de décembre de l'hiver de i85i: nous le

PHTHISIE. IQ

limes remarquer aux élèves tant internes qu'externes ; et deux de ces derniers furent tellement affligés de voir leur maître pris en défaut, qu'ils ne reparurent plus à notre clinique , etc.w (344).

Voilà ce qu'affirme M. Broussais. Mais voici ce qui a eu lieu. Deux de mes amis , M. A. Bizot et M. Théodore Maunoir de Genève , assistaient , depuis quelque temps , à la visite de M. Broussais, en i83i, quand, vers la fin de l'année , au mois de décembre , ce médecin fit l'ouverture d'un homme emporté par la phthisie. L^aulopsie fut commencée par l'abûcmen, oij l'on trouva effectivement des tbbercules dans le mésentère ; et aussitôt M. Broussais de s'écrier : vous \oyez bien,, Messieurs, qu'il peut y avoir des tubercules dans les glandes mésentériques sans qu'il y en ait dans les poumons. Après quoi M. Broussais sortit, sans avoir examiné ces viscères. Mais Messieurs Bizot et Maunoir ne s'en tinrent pas là : ils prièrent la personne chargée de l'autopsie d'ouvrir les poumons; et ceux-ci contenaient à la fois des tubercules et des excavations tuberculeuses!

Ce fait est bien grave assurément : non qu'il témoigne de la mauvaise foi de M. Broussais; car si M. Broussais eût voulu tromper, il n'aurait pas indiqué avec une précision capable de la faire reconnaître, l'époque à laquelle l'autopsie dont il s'agit a été pratiquée ; mais il révèle la puissante préoc-

cupation de ce médecin qui croit avoir observé alors qu'il n'a pas même cherché à le faire. Il montre aussi que M. Broussais examine ses malades et leurs cadavres bien superficiellement et sans méthode ; sans quoi il n'aurait pas manqué de reconnaître, pendant la vie du sujet qui nous occupe, qu'il était atteint de phthisie, et, après sa mort, que ses poumons contenaient des tubercules; car une autopsie faite avec un peu de méthode suppose au moins que tous les organes ont été ouverts. Je doutais autrefois quand M. Broussais affirmait, parce qu'il ne me paraissait pas prouver ses assertions j je doute encore aujourd'hui par les mêmes raisons , et aussi parce que je sais que sa préoccupation est telle, qu'il croit voir alors même qu^il n'a pas songé à voir ; de manière que maintenant rien, dans ses ouvrages, ne me semble avoir de valeur réelle ou démontrable ; ni les théories^ ni les faits particuliers qu'il rapporte , et que je suis, en réalité^ beaucoup moins indulgent envers lui qu'il ne l'est envers moi. Cà et là , en eflfet , il arrive à M. Broussais de trouver de l'intérêt à mes Recherches et d'en recommander la lecture ; en quoi il montre beaucoup d'inconséquence, puisque si , comme il le dit, ma mauvaise foi est évidente quelque part , on doit encore la soupçonner là oii on ne saurait la découvrir ; et comment lire une seule ligne d'un auteur dont la probité litté-

raire est suspecte ? Je serai plus conséquent ; je n'engagerai personne à lire les ouvrages de M. Broussais , si ce n'est pour prendre chaque jour plus en haine les à peu près, et la manie de raisonner sur des faits non constatés; manie qui transforme une science d'observation qui tend si haut, en un. tissu d'hjpothèses qui la dégradent.

Mais je reviens à mon sujet , pour remarquer que depuis la publication de mes Recherches je n'ai trouvé, soit à l'hôpital de la Charité, soit à celui de la Pitié , aucune exception à la loi si malheureusement attaquée par M. Broussais; de telle sorte que quelque grave et quelque longue qu'ait été l'inflammation de la membrane muqueuse d'une partie quelconque du conduit di-^ gestif, je n'ai jamais observé, après l'âge de quinze ans , de matière tuberculeuse dans les glandes correspondantes s'il n'y en avait dans les poumons.

A la suite de Fanal )'se des observations que j'ai recueillies relativement à l'état du foie, je dis, après avoir compté les cas , que ce viscère ne devient gras que chez les phthisiques presque uniquement ; et M. Broussais de s'écrier : qu'est-ce c^xi un presque, en fait de preuves (345) ? — Mais il ne s'agit pas de preuves ; il s'agit tout simplement d'un fait ; et si, dans l'exposition de ce fait , j'eusse retranché le mot presque, j'aurais trompé le

lecleur. Je conçois que ces expressions paraissent timides, ridicules même à ceux qui substituent incessamment leur imagination aux faits. Mais ceux qui n'ont pas seulement sur les lèvres que la médecine est une science d'observation , ceux qui le sentent réellement, ceux-là savent qu'on ne peut apporter trop d^exactitude dans son étude, et par conséquent aussi dans le langage médical.

Qu'est-ce encore, se demande M. Broussais, toujours au sujet de l'état gras du foie, qu'est-ce qu'une altération propre à la phthisie qu'on n'observe que dans la troisième partie des cas? Mais cette altération serait beaucoup moins fréquente chez les phthisiques , qu'il faudrait bien encore dire qu'elle leur est propre , si on ne l'observait pas dans d'autres maladies.

Vient ensuite la question principale^ siiivant M. Broussais, celle du rapport de l'état gras du foie avec les gastrites et les entérites ; question qui n'est pas traitée^ dit-il, et qui le sera sans doute par les bonimes qui connaîtront ces maladies. Eh attendant, il affirme n'avoir jamais manqué de constater la coïncidence de la gastrite et de l'entérite avec toutes les affections du foie, y compris l'état gras. Mais la proposition de M. Broussais serait vraie , que cela ne prouverait pas que la principale cause de l'état gras du foie , chez les phthisiques, est l'infîîiramation de la muqueuse

PHTHISIS.

gastro-intestinale; vu que cette inflammation est fréquente chez les non tuberculeux, tandis que la transformation graisseuse du foie y est très rare. Cela n'expliquerait pas non plus pourquoi celte transformation est beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Evidemment, si l'on pouvait attribuer à l'inflammation de la muqueuse gastro-inteslinaîe quelque part dans l'état gras du foie, cette part serait la moindre, et la plus grande, de beaucoup, appartiendrait à l'affection tuberculeuse, de quelque manière que cette influence s'exerce. Mais jusqu'ici celte dernière est la seule constatée.

N'ayant trouvé de péritonite tuberculeuse ou granuleuse que chez les phthisiques^ et dans aucun cas chez des sujets emportés par d'autres maladies chroniques, je me contente d'exposer ce fait^ laissant au lecteur le soin d'en tirer la conclusion. Et M. Broussais, tout en ia tirant, de dire : « insinuer que le mésentère et le péritoine ne peuvent être tuberculeux que chez les phthisiques, c'est induire en erreur les inexpérimentés dans l'intérêt d'un système exclusif. » Et moi je réponds à mon tour, qu'insinuer que le mésentère elle péritoine sont tuberculeux chez des individus non phthisiques ayant dépassé quinze ans, c'est se révolter contre les faits les mieux constatés, et donner à croire qu'on manque d^s conpaissances

positives les plus simples en pathologie ; car, que, répondre à la négation d'un fait bien constaté, sinon par le fait lui-ménrie? J'ajouterai que, depuis huit années, je n'ai pas trouvé une seule exception à la loi dont il s'agit; qu'aucun médecin exact, à ma connaissance, n'en a trouvé.

Quant à l'intention que me prête M. Broussais, de chercher à induire en erreur les inexpérimentés , dans l'intérêt d'un système exclusif, si cela est , j'ai fait de la prose sans le savoir et même contre ma volonté ; car je prends bien en pitié ceux qui cherchent dans les faits autre chose que ce qui s'y trouve réellement.

A part les hjdatides et les tubercules, j'ai trouvé les mêmes altérations dans l'encéphale et ses annexes, chez les plithisiques et chez ceux qui ont été emportés par d'autres maladies chroniques. Je n^ai pas considéré les hjdatidés comme une lésion propre à la phthisie ; j'ai dit tout l'opposé, en remarquant que ce caractère appartient aux tubercules (L. i58); et M. Broussais me fait dire que les hydatides sont peut-être de la même nature que les tubercules; puis il ajoute : «Ainsi, toujours le même but, soumettre toute la tuberculosilé de l'économie à l'entité phthisie-pulmonaire; c'est le grand œuvre que prépare notre anaiomo-pathologiste. » ( 349- ) — Toujours le même but ! — Oui , assurément ; mais lequel ? La

PHI HISIE.

connaissance de la vérité quelle qu'elle soil; et que fallait-il faire pour la trouver?Ge que j'ai fait, ce me semble : considérer une série quelconque d'observations comme les données d'un problème à résoudre, les étudier, en faire une anal j se rigoureuse pour en extraire les faits généraux , comme en mathématiques on dégage l'inconnue d'une équation , au moyen d'une suite de transformations. Aussi dans mes Recherches sur laphthisie, comme dans celles que j'ai entreprises ensuite, j'attendais la fin de l'analyse pour connaître la valeur des faits analysés, ainsi qu'en mathématiques on attend la fin du travail auquel on soumet une équation pour connaître l'inconnue et en avoir la valeur. Et quand me formant ci priori une idée sur la valeur de cerlains faits, car on pense bien que cela m'est arrivé plus d'une fois, j'étudiais ces faits d'une manière rigoureuse pour savoir à quoi m'en tenir, ce dont je ne me suis jamais disperjsé, savez- vous, lecteur, ce qui m'arrivait?de ne jamais rencontrer juste; de manière que le résultat de mes analyses a toujours été ou opposé, ou très différent de celui que l'analogie m'avait porté à admettre. Quant à la loi qui veut qu'il n'y ait de tubercules dans un organe , après quinze ans^ qu'autant qu'il y en a dans les poumons, j'étais loin de m'en douter avant l'étude des faits que j'ai recueillis ; et si je l'ai admise, c'est qu'on n'est

pas libre de rejeter un fait quand il est bien constaté. Que le lecteur ne l'oublie pas : toutes les fois que j'ai cherché à priori la valeur ou l'influence d'un phénomène quelconque dans une maladie^ j'ai rencontré faux; et quelque supériorité que je puisse reconnaître dans mes confrères, il ne m'est guère possible de les croire beaucoup plus heureux dans ce genre. D'où il suit que toutes les fois qu'une proposition n'est pas l'expression pure et simple de l'analjse rigoureuse d'un plus ou moins grand nombre de faits bien observés , on doit la considérer comme fausse , ou tout au moins comme douteuse ou non démontrée ; et cela nonseulement pour tout ce qui concerne la pathologie , mais encore et sur-tout pour tout ce qui est du domaine de la thérapeutique, dont on n'a fait jusqu'ici, en quelque sorte, qu'un corollaire de la pathologie.

Parmi les observations particulières qui se trouvent dans cette première partie de mesRecherches, M. Broussais choisit la neuvième pour en faire l'objet de quelques réflexions. Mais ses réflexions, mêlées d'injures , prouvent bien moins , ses connaissances positives que son extrême légèreté.

Le fait dont il s'agit est relatif à une jeune fille qui mourut après dix mois de maladie, et sur le cadavre de laquelle on trouva une vaste excava-

tion au sommet des poumons, les traces d'une inflammation légère et récente à la face antérieure de l'estomac^ quelques petites ulcérations dans le duodénum et dans le reste de l'intestin grêle , des tubercules dans le cerveau , aux aisselles , dans la ra.te, le mésentère , etc. Cette jeune fille, qui mourut après un séjour de trois mois à l'hôpital, toussait seulement depuis trois semaines quand elle y entra, offrait alors le phénomène de la pectoriloquie imparfaite entre les épaules^ et était malade depuis sept mois. Elle avait éprouvé, au début , de la dyspnée, de la soif avec anorexie , des frissons, des douleurs pulsatives à l'épigastre. Ces douleurs avaient continué , les frissons aussi, sans jamais avoir été accompagnés de nausées ou de vomissements , etc., etc. Il n'y eut de diarrhée que dans les deux derniers mois. — Quelques remarques suivent cette observation, et la dernière est celle-ci : que très probablement il j avait des tubercules au début de la maladie , c'est-à-dire du moment oii la dyspnée et la fièvre se manifestèrent , puisque l'altération des poumons étant la plus grave et la plus ancienne, pouvait seule expliquer les premiers symptômes. Là - dessus , M. Broussais de se livrer à ses emportements ordinaires , de dire que je tombe dans des erreurs grossières et calculées , d'assurer que ce que je dis^ aussi bien que ce que je tais, prouve que l'état ia--

flammatoire est ici dans Jes surfaces muqueuses, etc. Voyons qui s'est trompé de M. Broussais ou de moi.

Il j avait , à l'entrée de la malade à l'hôpital, une pectoriloquie imparfaite entre les épaules, c'est-à-dire une excavation au sommet des poumons; d'où la conclusion nécessaire que les tubercules étaient antérieurs à la toux qui alors remontait à quinze jours seulement ; car des tubercules ne se développent pas, ne se ramollissent pas, ne se vident pas en quinze jours. En outre, les cavernes trouvées dans les poumons étaient vastes , anfractueuses et garnies de fausses membranes semi-cartilagineuses ; telles enfin qu'on ne les observe ordinairement que chez des individus qui offrent, depuis huit à dix mois, tous les symptômes de la phthisie. En admettant ici l'ancienneté de tubercules, je n'ai donc fait qu'interpréter rigoureusement les faits; et M- Broussais en négligeant, dans ses réflexions, la grandeur, la structure des excavations et la pectoriloquie imparfaite à l'entrée de la malade, M. Broussais montre seulement beaucoup de légèreté. Il en montre encore beaucoup , il émet une assertion sans preuve et démentie par l'expérience, quand, ijidépendamment de ce qui vient d'être dit, il soutient que les premiers symptômes indiquaient une affection du duodénum, puisque

PflTHlSIE. ici

les ulcéralions de celui-ci, comme celles du reste de l'iiilestin, étaient très petites et manifestement récentes. L'inflammation de la membrane muqueuse de l'estomac était dans le même cas; de manière qu'il faut de toute nécessité rapporter les premiers symptômes à TafFection tuberculeuse des poumons, qui remontait , comme nous l'avons vu loi't à l'heure , aux premiers jours de la maladie.

La 27*" observation, relative à une femme qui mourut ayant la membrane muqueuse de l'estomac dans un état d'intégrité parfait, le duodénum sain , le reste du canal intestinal fort légèrement altéré, et qui avait éprouvé, pendant deux ans, les symptômes que la malade qui nous occupe avait éprouvés pendant sept mois; cette observation prouve que la neuvième n'est pas un fait extraordinaire, et qu'il faut nécessairement l'interpréter comme je l'ai fait. Et si je ne me suis pas arrêté à ce que dit M. Broussais savoir , que je ne songe pas que les poumons, comme plus sanguins et plus inflammables que le canal digestif, ont besoin d'un temps beaucoup moins long pour arriver à la suppuration quand ils sont entièrement excités, c'est qu'il ne s'agit pas ici d'inflammations, mais de tubercules; et que si M. Broussais a eu en vue les tubercules, son explication à priori, et indépendamment des faits , est par trop puérile.

3a EXAMEN.

3e prétends, dit-il, que les phlegniasies muqueuses ne sauraient expliquer des tubercules trouvés dans le cerveau et ses membranes, sans soupçonner le moins du monde que cet appareil est toujours vivement irrité dans les phlegniasies des viscères , sur-tout dans celles du tube digestif , etc. (35 1). Mais comment se fait- il, si l'explication de M. Broussais a quelque fondement , que ces inflammations du tube digestif n'agissent sur le cerveau, pour y produire des tubercules, qu'autant qn'il en existe dans les poumons ? Peut-on même supposer ici aux viscères digestifs une influence secondaire quelconque sur les tubercules cérébraux , quand on ne perd pas de vue que ces lésions étaient récentes et légères,et que dans l'immense majorité des cas où elles sont graves et anciennes, rien de pareil n'a lieu?

A part la nécessité de l'existence des tubercules dans les poumons pour qu^ilyen ait dans d'autres organes, M. Broussais veut toujours qu'il y ait inflammation préexistante des membranes muqueuses, pour que les ganglions lymphatiques qui leur correspondent deviennent tuberculeux. Ainsi l'inflammation de la muqueuse trachéale de la malade qui nous occupe , explique ;, suivant lui, les tubercules cervicaux. Malheureusement ceuxci étaient déjà anciens à la mort du sujet, et la vive rougeur de la trachée-artère , sans autre

PHTHISIE. 3r

altération^ était évidemment une lésion récente. D'ailleurs , comme je l'ai dit , pour admettre que tous les tubercules secondaires , qui étaient au même degré, fussent l'eflét de l'inflammation des membranes muqueuses correspondantes , il faudrait supposer que le début de leur inflammation a été le même^ ce qui n'est pas admissible.

Les remarques faites sur le résumé de cette première partie n'étant guère que la reproduction de celles que je viens d^examiner, je passe aux réflexions auxquelles les symptômes ont donné lieu»

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