‹ Examen de la "Défense" de Dom Guéranger, et courte réfutation de sa lettre à Mgr l'archevêque de Reims ;Chapitre 2 sur 10 · DE SA LETTRE A M.« L’ARCOEVÈQUE DE REIMS · texte numérisé non relu

DE SA LETTRE A M.« L’ARCOEVÈQUE DE REIMS

Le R. P. Dom Guéranger, Abb 6 de Solesmes, nous apprend (1), qu’après avoir cru devoir suspendre la publication de sa réponse ü l'écrit où je l’ai accusé d’avoir, dans ses Institutions liturgiques, flétri injustement l’Eglise de France, a fini par mettre au jour cette réponse. Je lui répéterai ici ce que je lui ai dit, qu’il avait un moyen plus court et plus honorable de réparer ses torts; c’était d’avouer qu’il s’était laissé emporter trop loin par son zèle , et de condamner tout ce qu’il avait avancé d’excessif et d’injurieux contre l’Eglise de France (2). Au lieu de s’honorer par ce désaveu, il a préféré prendre la défense de tout ce qu’il avait dit.

(1) Défense des Inst. Ht. ^ (2) L’Eglise de France injuspag. 1 , préf. teraent flétrie, 2 .* édit. p. xx.

Quelques Evêques l’accusent tle n’avoir pas gardé, en me répondant, assez de mesure; il pourra répondre, et il dira vrai, qu’il m'a donné des éloges exagérés. Du reste, ce n'est pas là de quoi il s'agit.

Devais-je répliquer à l’Abbé de Solesmes? Un Evêque m’écrivait, le i3 janvier : «Il ne me » paraît pas possible que Votre Grandeur ne relève * » en peu de mots les outrages et les erreurs de » ce dangereux ennemi. » Un autre de mes collègues pensait, au contraire, que je devais laisser là Dom Guéranger. «Nous avons, me disait-il,

» autre chose à faire dans le moment. » Indépendamment des circonstances où nous sommes, une autre raison pouvait m’engager à me taire. Si jamais on a dû regretter le temps employé à discuter , c’est lorsqu’on traite avec un écrivain qui ne veut convenir de rien ; qui répond aux reproches les mieux fondés , par des arguties de collège, ou qui, pour faire perdre de vue le point de la question , se jette dans des divagations infinies.

Veut-on avoir un exemple des pauvres subti- ^ lités de l’auteur auquel je réplique, on n'a qu’à lire les pages 4^-48 de sa Défense. Je l’ai accusé -d’avoir voulu imprimer sur l’Eglise de France la tache infâme de l’hérésie. Je l’ai prouvé en rapportant ce raisonnement, qu’il a fait bien positivement, et qu’il renie; le voici : Le jansénisme

est pour jamais inauguré au dictionnaire des hérésies; première proposition. Autre proposition : Le. jansénisme est le protestantisme de notre pays , le seul qui ail pu se faire accepter. De ces deux propositions, que Dom Guéranger reconnaît comme siennes, je tire la conclusion; donc, suivant Dom Guéranger, l’Eglise de France est hérétique. Quel esprit droit ne tirerait des deux prémisses la même conclusion? Eh bien, l’Abbé de Solesmes la repousse, premièrement, parce que les deux premières propositions sont, il est vrai, dans son livre, mais non pas dans la môme page; l’une est à la page x, l'autre h la page ix (i); deuxièmement, parce qu’on ne trouvera nulle part, dans son ouvrage, la conclusion que j’en tire ( 2 ); troisièmement, parce qu’il ne dit pas que le jansénisme a été le protestantisme de notre Eglise, mais de notre pays (3). Je laisse au lecteur à juger de la solidité d'une pareille réponse.

Passons aux divagations infinies par lesquelles Dom Guéranger veut faire perdre de vue le vrai point de la question; en voici un exemple. Je lui ai reproché et avoir imaginé une hérésie de sa façon , qu’il lui a plu d’appeler l’hérésie anti-liturgique , et de nous avoir encore une fois rangés tout doucement au nombre des hérétiques (4). Là dessus il me répond que « quand l’erreur

(0 Déf. p. 44 .

(3) Déf. p. 47-

(4) L’Egl. de Fr. etc. p. 36.

» qu’il a dénoncée aurait ses. apôtres directs » en France, y aurait-il beaucoup lieu de s’en » étonner, inondés que nous sommes de tou- » tes sortes de prédicateurs d’impiétés et d’héré- » sies ( i ) ? »

Après une réponse si satisfaisante pour nous, il nous parle, pour en venir au fait, des erreurs mères, auxquelles on peut ramener toutes les autres ; de l’hérésie Panthéiste, des hérésies des Valentiniens , des Eutychiem, des Jansénistes, des Quiétistes, de F hérésie Dualiste , etc., etc,, par où il arrive aux esprits frondeurs , diamétralement opposés aux formes du culte divin , tendance à laquelle il a donné le nom <F anti-liturgisme. Il aurait dû dire qu’il lui avait donné le nom d’ HÉRÉSIE anti-liturgique, sauf à lui à nous expliquer comment une tendance est une hérésie ( 2 ). Mais tout n’est pas fini là.

Il nous conduit ensuite en Orient, qui, moins sec, moins froid que F Occident, na pas connu autant que les peuples occidentaux l’action du rationalisme pratique. Il nous apprend que chez les races sémitiques , les hérétiques gardent les formes du culte traditionnel avec une fidélité sans bornes (3).

Si nous voulons suivre plus loin l’Abbé de Solesmes, nous le verrons revenir de l’Orient aux cartons du Bréviaire de i^36 -(4); partir ensuite pour l’Italie; là il invoque le témoignage de

( 1 ) Déf. p. 5i.

fa) P- 53, § *.

(3) Ib. § 3.

Benoît XIV ( 1 ); il rentre en France, où il trouve le courageux et éloquent Longnant(a); court à Lyon [rour nous y montrer le chapitre insigne de la métropole s’opposant à 3/. de Montazet (3), et discourt ensuite pendant cinq pages pour me demander enfin quelle est la page de son livre où il impute aux Evêques de France la note quelconque d’hérésie (4).

N’esl-ce pas une assez belle divagation que celle d’un auteur qui écrit dix-sept pages pour en venir à une pareille conclusion ? Le reproche que je lui ai fait, c’est d’avoir imaginé line hérésie anti-liturgique ; or ce n’est pas une page seule que j’ai à lui citer; c’est un chapitre entier où il traite de cette prétendue hérésie (5).

Mais où a-tr-ü imputé indistinctement aux Evêques qui ont eü le malheur de propager les nouveaux livres parisiens, la note quelconque (F hérésie antiliturgique (6)? Je lur réponds : Par cela seul que vous leur attribuez le malheur d’avoir propagé les nouveaux livres parisiens , vous leur imputez indistinctement la note d’hérésie anti-liturgique, qui est, dites-vous, une tendance à fronder les formes du culte divin.

On pourrait ici me demander s’il est sage à un Evêque d’employer son temps à discuter avec un

(1) Déf. p. 5g, § 3.

(5) Inst. 1. 1 , p. 4o5, ch. xnr.

(6) Déf. p. 66 , § a.

écrivain de cette force? Je me suis adressé à moimême cette question , et j’ai cru devoir prendre un moyen terme. Il m’a semblé que je ferais une chose utile, si, sans prendre sur un temps que je dois consacrer à des fonctions plus essentielles , i.° j’éclaircissais quelques reproches que l)om Guéranger me fait avec une apparence de raison ; 2. 0 si je montrais que, voulant paraître répondre à tout, il ne répond à rien ; 3.° si je lui représentais combien il est blâmable de n’avoir pas désavoué les imputations les plus odieuses et les plus évidemment fausses qu’il s’est permises contre les Evêques de France.

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