ARTICLE II
DOM GUÉRANGER, EN PRÉTENDANT RÉPONDRE A TOUT, NE RÉPOND, A PEU PRÈS, A RIEN.
La nécessité de donner des éclaircissements sur les reproches de Dom Guéranger qui pouvaient paraître fondés, m’ayant fait déroger à la résolution que j’avais prise (i) de ne pas répliquer, s’il lui prenait envie de me répondre, je vais toucher encore quelques points de la Défense qu’il apubliéç. Je dis quelques points, car je ne perdrai pas mon temps à répliquer à tout ce qu’il dit. Il n’est rien dans son ouvrage qu’il n’entreprenne de défendre : il veut paraître répondre à tout ; tandis qu’en réalité , à l’exception de deux ou trois erreurs sans importance que j’ai commises et que je rectifierai , il ne répond à rien. Je vais donc examiner encore quelques-unes de ses réponses, laissant tout le reste au jugement de ceux qui voudront nous lire.
I. A l’occasion d’une légende de l’Office de saint Basile, Dom Guéranger ne craint pas de m’accuser d’infidélité dans les citations que je fais de son livre. Ecoutons-le : « Si vous vouliez bien , Monsei- » gneur, rapporter mes textes dans leur entier, » au lieu de les tronquer, comme vous l’avez fait
(i) L’Eglise de Fr. a. e édit. p. 20.
»> jusqu’ici , dans presque toutes les citations que » vous avez données, tantôt en remplaçant par » des points les mots supprimés, tantôt en réunis- » sant plusieurs phrases en une seule, sans en » avertir, ma pensée eût été facilement saisie (i). » Ainsi je tronque ses textes.
Je dois repousser avec d’autant plus de force une semblable accusation , que je mets plus de prix à la loyauté en matière de polémique. Le but de toute discusion doit être de connaître la vérité, et l'on ne peut y parvenir que par la franchise.
Quel homme tant soit peu au fait de la controverse ignore qu’on ne peut se dispenser, en citant les textes, de suivre la méthode que l’Abbé de Solesmes me reproche d’avoir suivie, et qu’il a suivie lui-môme en quelques endroits?
L’essentiel est de citer de bonne foi, et de manière que le sens de l’auteur qu’on cite ne soit pas altéré. Si un écrivain manque à cette règle, c’est à l'adversaire à prouver l’altération.
Dom Guéranger a-t-il jusqu’à présent relevé dans mon écrit quelque infidélité déco genre? Examinons la citation où il prétend me trouver coupable de ce défaut de loyauté.
Voici son texte, tel que je l’ai rapporté : « Les » légendes qui racontaient les actes d’autorité des » Pontifes Romains dans l’antiquité, furent modi-
(i) Déf. p. 129.
» fiées d’une manière captieuse.. .. Nous n’en cile- » rons qu’un exemple entre vingt; c’est dans » l’Office de saint Basile. Il v est dit de ce Saint :
» Egit apud sanctum Athanasium et alios Orientis » Episcopos ut auœüium ipsi ab Occidentalibus » Episcopis postulèrent ( i ). »
Le voici, ce môme texte, tel qu’il estdans l’Abbé de Solesines : « Les légendes qui racontaient les » actes d’autorité des Pontifes Romains dans » l’antiquité, furent modifiées d’une manière cap- » lieuse , sous couleur de conserver les paroles mê- » mes des Pères ; nous n’en citerons qu’un exemple » entre vingt : c’est dans l’Office de saint Basile, » etc. , comme ci-dessus.
On voit que tout ce que j’ai supprimé, et je n’ai pas manqué de l’indiquer par des points , comme c’est l’usage, consiste dans ces mots : sous couleur de conserver les paroles mêmes des Pères . Je demande à tout homme raisonnable, si ces mots font quelque chose au point delà discussion, et s’ils eussent aidé à saisir mieux la pensée 'de Dom Guéranger. Pour moi , je déclare en toute conscience, que, si je les ai supprimés, c’est que je n’y ai rien vu qui pût être, ou môme paraître favorable à l’auteur.
Je lui ai demandé ensuite quelle était la légende qu’on avait modifiée d’une manière captieuse , si c’était celle du Bréviaire Romain. Il me répond
(i) L’Egiisc de Fr. p. 65, dcrn. §.
avec assurance que c'est la légende du Bréviaire de Jean-François de Gondy, qui est celle du Romain (i). Si la légende du Bréviaire de François de Gondy est la même que celle du Bréviaire Romain , ma réponse est faite ; puisque c’est d'après le Bréviaire Romain, qui est en ma possession, que j’ai répondu. Ajoutez que le Bréviaire de François de^Gondv , que j’ai fait examiner à Paris , ne dit rien de plus que celle du Romain.
II. La légende de saint Athanase est encore, suivant Dom Guéranger, une de celles que l’on a modifiées captieusement , pour affaiblir F autorité du Saint-Siège. Afin que tout le monde puisse en juger, je vais mettre en regard Te texte du Bréviaire Romain et celui du Bréviaire Parisien qui fait le sujet de l’accusation , sans indiquer à quel Bréviaire chaque texte appartient; je ne les distinguerai que par les n . 06 i et o.
Sæpè à suà Ecctesià éjectas ( Athanasius ) siepè eliam in camdcm ,et Julii Romani Pontifias auctoritatc , et Constatais imperatorisConstantii fratris patrocinio , decretis ‘quoque Concilii
A Julio Papa , ctti Ettsebiani Coucitium postulantes 8cripserant , unit cum ipsis accitus, Romain soins venit, advcrsarüs judicio adesse recusatilibus , qui Antiochiam intérim dedkandie
Sardieensis ac Jei'osolymitani rcstitutus est.
( Alhanase) souvent chassé de son Eglise , y fut aussi souvent rétabli , et par l’autorité de Jules, Pontife romain, et par la protection de l’empereur Constant , frère de Constance , et aussi par les décrets du Concile de Sardique et de Jérusalem.
Basilicœ Conslantianœ prœteætu cotiv ententes, deposito Athanasio, quod à Synodo damnatus , absque altcrius Synodi decreto ad suam sedem redire prœsumpsisset , Gregorium suffecerunU Julius veràin Synodo quinquaginta et amplius Episcoporum Romœ coactà , Athanusium innocentent judicavit .
Les Eusébiens (Evêques ennemis de Saint Àthanase) ayant demandé , par lettre , au Pape Jules un Concile, et ' le Pape l’ayant cité avec eux devant lui , Athanase vint seul à Rome , ses adversaires refusant d’assister au jugement. Cependant ils se réunirent à Antioche, sous le prétexte de consacrer la Basilique de Constantin ; et là , ayant déposé saint Athanase , pour être remonté sur son siège après avoir été condamné par un Concile, sans avoir été rétabli par le
décret d’im autre Concile , ils mirent Grégoire à sa place. Mais Jules, dans un Synode de plus de cinquante Evêques qu’il avait rassemblés à Rome, jugea qu’Atlianase était innocent.
Quel homme raisonnable ne reconnaîtra quec'est dans la légende n.° 2 que l’autorité du sou- verain Pontife est plus évidemment établie; i. ment parce qu'on y voit que les Evêques d’Orient recourent eux-mêmes au jugement de l’Evêque de Rome, et reconnaissent par là sa suprême autorité; 2. ment parce que, dans ce Concile de cinquante Evêques, le Pape juge seul, et déclare Athanase innocent; tandis que dans le n.° 1 , on fait intervenir l’Empereur, et les deux Conciles de Sardique et de Jérusalem.
III. J'ai dit que l’on avait fait de l’introït de l’Assomption , Gaudeamus , celui du saint Cœur de Marie, de Notre-Dame de la Merci au 24 septembre, et même de la Toussaint. Je faisais cette remarque pour montrer que Dom Guéranger n’avait pas à regretter qu’on eût remplacé dans le Parisien, par des introïts parfaitement adaptés aux diverses fêtes, les introïts du Romain, qui n’ont rien de spécial , et peuvent convenir indifféremment à toute autre fête.
Dom Guéranger répond : « Il y a ici erreur de » fait. Le Missel Romain n’a point de Messe du » saint Cœur de Marie (1). » Dom Guéranger se trompe. Cette Messe a été approuvée à Rome , avec l'introït Gaudea?jius , pour certaines communautés religieuses ; je l’ai , dans un Missel Romain , imprimée et insérée comme suppléineuL
(1) Déf. p. 139,
« L’introït de Notre-Dame de la Merci n’est » pas non plus Gaudeamus , mais bien le Salve » sancta parens de Sedulius (i). » Doro Guéranger • ici a raison. L’introït de Notre-Dame de la Merci est le Salve sancla parens. J’ai donc commis là une erreur; mais il faut remarquer que l’introït de Notre-Dame de la Merci est aussi celui des fêtes de la Conception, de la Nativité de la sainte Vierge, de Notre-Dame des Neiges, de la Présentation ; ce qui prouve qu’il n’a rien de spécial pour ces diverses fêtes, pas plus que le Gaudeamus.
IV. Comme j’ai reproché à Dom Guéranger l’indécence avec laquelle il parle de François de Harlay, traitant de révolta les changements faits aux Bréviaires; mais d’une révolte qui a mérité de subir l’étrange nécessité de se contredire d’autant plus grossièrement quelle se donne pour être plus conséquente avec elle-même (a) ; il më répond qu’d parle de François de Harlay. et non pas des Evêques ; que ( épiscopat est divin ; mais que ceux qui en sont revêtus sont des hommes (3). Faut-il donc, parce que les Evêques sont des hommes, ne garder aucune réserve à leur égard? Qui ue serait choqué de voir l’Abbé de Solcsmes accuser sans cesse François de Harlay d’audace, de témérité, de révolte ? Si François de Harlay a mérité
(i) D£f. p. i3g, n.” a. (3)Déf. p. 4*, n.° *•
(a) Instit. tom. a, p. 100 .
ces qualifications, pour avoir apporté quelques changements au Bréviaire de Paris, comme il en avait le droit, de l’aveu de Dom Guéranger, l'Eglise de Paris s’étant maintenue en possesion d’un Bréviaire particulier (i), comment qualifiera-t-il les trois quarts des Evêques de France qui, trente ans après l’apparition du Bréviaire de Vintimille, a- • vaient fait disparaître de leurs cathédrales la Liturgie Romaine Ça,)?
Voyons cependant cette contradiction si grossière dans laquelle François de Harlav serait tombé en punition de sa révolte. «Suivant le plan de » réforme tracé dans la lettre pastorale , toutes les » parties chantées du Missel devaient être tirées de » l’Ecriture sainte; cependant les proses ou sé- » quences, qui sont bien des parties destinées à » être chantées, avaient été conservées (3).
J’ai répondu, et ma réponse conserve toute sa force, malgré tous les raisonnements contraires : «En supposant que François de Harlav ait dit » tout ce qu’on lui fait dire, la raison ne dernan- » dait-elle pas qu’on l’entendît dans un sens » moral, ou que l’on supposât quelque faute de » rédaction ou d’impression, plutôt que d’attri- » buer à des hommes qui ont le sens commun, » une absurdité aussi palpable, et pour eux sans » aucun intérêt (4)?»
(i) Instit.' tom. a, p. 78. (3) Inslit. tom. 2, p. iOo.
(a) Ibid. p. 58o. (4) L’Eglise de Fr. p. 77.
Ma première explication , savoir, qu’il faut prendre ce que dit François de Ilarlay dans un sens moral, ne l’entendant pas rigoureusement de tout ce qui se chante, est favorisée par ces paroles de Dom Guéranger lui-même : « Le chant de l’E- » glise proprement dit, c'est le chant collectif , » soit psalmodié alternativement, soit exécuté à » l’unisson par le chœur-, les collectes, les pré- » faces, les postcommunions sont un récit à une » seule voix... L’Eglise Grecque est d’accord avec » nous dans cette estimation ( i )... » Une fois cela convenu, François de Harlav, après avoir dit que tout ce qui appartient au chant avait été tiré de l’Ecriture, n’avait plus qu’à excepter les proses ou séquences ; mais était-il nécessaire d'exprimer cette exception? Les proses étant sur une mesure régulière, ne peuvent avoir été tirées de l'Ecriture et sont exceptées par elles-mêmes. Dom Guéranger aurait-il voulu aussi qu’on exceptât expressément le Gloria in excelsis et le Credo qui sont si bien connus pour n’être. pas tirés de l'Ecriture'? Une exception expresse eût été ridicule. Telle est donc la terrible contradiction dans laquelle François de Ilarlay est tombé en punition de sa révolte !
V. Voici cependant un point sur lequel Dom Guéranger se justifie. Je lui avais demandé de
(i) l)éf. p. 1 4i , n.* 3.
quel Bréviaire les paroles de saint Léon, Damnent hœretici, etc., avaient été, comme il le dit, e/Jùcées ; attendu qu’elles ne sont pas dans le Bréviaire Romain; et comment elles se trouvaient dans le Bréviaire de Vintimille, d’où il assurait qu’elles avaient été retranchées; il l’explique, et son explication est vraie. Elles avaient été effacées du Bréviaire de François de Ilarlav, et elles ne se retrouvent dans celui de Charles de Vintimille, que parce qu’on les y a remises à l’aide d’un carton.
Du reste , si l’on avait retranché ces paroles de la légende, on avait mis parmi les canons de Prime un autre texte du môme saint Léon , où ce grand Pape, parlant des clercs, dit absolument la même chose : Qui ad catholicam /idem , quam jampridem amiserant , rursùm reverti ambiant , prias errores suos , et ipsos autores errorum , dam nari à se sine ambiguitate fateantur , ut sensibus pravis etiam peremptis , nulla spirandi supersit occasio, nec ullum membrum talium possit societati violari , cùm per omnia illis professio propria cœperit obviare. Ex Epist. S. Leonis ad Januar. (i).
De plus, on lit dans la férié précédente un autre canon tiré du Concile de Laodicée du iv. e siècle, qui prescrit la môme chose : Oportet cos qui ex hœresibus convcrtuntur... non admitti prius~
(i) Fer. vj. hebd. xxiv post Pcnt.
qnàm omnem hæresim anathematisaverint , et prœcipuè eam in qua detinebanlur .
C’est à tort que Dom G il oranger me reproche de parler de cet endroit, tandis que j’avais déclaré que je ne m’occuperais pas de ceux qui ont étécorrigés(i); je n’avais à m’abstenir de parler que des endroits corrigés qu’il signale comme tels dans ses Institutions. Quant à ceux dont il ne fait aucune mention, je ne pouvais pas même les connaître.
VI. Je suis parvenu à me procurer l’édition cartonnée dont l’Abbé de Solesines fait un grand usage dans sa Défense , pas toujours cependant avec le même succès qu’il vient d’avoir pour le texte de saint Léon, Damnent hœretici , etc.
Cette ressource lui manque dans plus d’une occasion. Ainsi il dit : « En novembre, on avait ôté >» saint Yeran ( 2 ).» Non-seulement on n’a pas ôté ce Saint; mais, tandis que, dans les Bréviaires précédents, on n’en faisait que mémoire le 10 novembre, dans celui de Vintimille, 1. 05 édition, par conséquent avant les cartons, l’Oflice s’en fait le 1 2.
«L’Office de sainte Félicité est encore un de ceux qu’on avait ôtés dans le mois de novembre. » C’est une nouvelle erreur de Dom Guéranger; on fait cet Office le 10 juillet, même dans la i. re édition,
(i) L’Eglise de Fr. p. 83, not. (2) Iostil* loin. 2 , p. 028.
avant les cartons. Mais, dit Dora Guéranger, on a réuni sa fête avec celle de ses sept fils : Oui , et voilà ce qu’il fallait dire, au lieu d’accuser Charles de Vinlimille de l’avoir ôlée.
Dora Guéranger n’est pas plus heureux lorsqu'il avance que l’Office de sainte Geneviève du miracle des Ardents fut supprimé dans la première édition , et rétabli par un carton dans la deuxième (r). Il ne fut ni supprimé , ni rétabli: il se trouve dans cette première édition, comme dans toutes Celles qui ont suivi ; ce qui n’empêche pas Dom Guéranger de revenir, peut-être pour la troisième fois, sur cette prétendue suppression.
Il parle d’une autre fête de la même Sainte qu’on aurait fait aussi disparaître. J’avais pensé que, par cette deuxième fête, il fallait entendre la Translation des reliques de la Sainte, qui n’a pas plus été supprimée que la première; mais l’auteur de la Défense trouve un moyen nouveau de se tirer d’embarras : cette deuxième fête est, selon lui, l'octave de sainte Geneviève (2). C’est la première fois que j’entends appeler une octave une deuxième fête : dans ce sens, 011 pourrait compter chaque jour d’une octave pour une fête; il y aurait sept fêtes du même Saint , sans compter la fêle principale.
C’est aussi inutilement que Dom Guéranger in-
(i) l)éf. p. 181 , not. 5.
(a) Déf. p. i85, not. 5.
voqne les cartons pour la légende de saint François d’Assise. Il avait reproché aux rédacteurs du Bréviaire de Charles de Vintimille d’avoir retranché de cette légende les célèbres paroles par lesquelles saint François exhorte, en mourant, ses disciples.... A GARDER LA FOI DE LA SAINTE EGLISE Romaine (i). Je lui ai nié le fait: «Non ? dit-il, » ce fait n'est point faux; un carton rétablit ces » paroles célèbres (a). » Je suis obligé de lui contester encore cette dernière assertion : c’est dans la première édition que je copie ces mêmes paroles : Docebat eos f socios J... jidei quam Romana Ecclesia (ir miter adhœrescere ( 3 ).
Quant à la circonstance que, selon l’Abbé de Solesmes, on n’a pas voulu rapporter, que saint François fit cette recommandation sur son lit de mort, je ne la trouve pas , il est vrai , dans l’édition première in-ia, mais bien dans l’édition in-4.°de la même année 1736.
En répondant au reproche fait aux rédacteurs du Bréviaire de Vintimille d’avoir retranché dans la légende de saint Grégoire ( 4 ) les paroles dans lesquelles ce grand Pape se plaint de l’outrage fait à saint Pierre par le Patriarche de Constantinople , j ai exprimé mon étonnement de cette accusa-
(1) InsliL tom. a,p. 33i,§a. Brév. de Ch. de Viatimille,
(2) T)éf. p. 191 , not. 4- au 12 mars pour celui de
(5) Brév. Par. 4 oct. Fr. de Harlay et pour le Ro-
(4) Voyez au 3 sept, pour le main.
fion , vu que le Bréviaire de Paris en dit plus sur ce fait que le Bréviaire Romain. Ici Dom Guéranger a eu quelque raison de recourir aux cartons (i); mais il faut là-dessus une explication.
Le Bréviaire de Vinlimille, même avant les cartons, en dit autant que le Bréviaire Romain. Ce qu'il dit de plus , avait d’abord été retranché du Bréviaire de François de Harlay, et fut ensuite rétabli dans la deuxième édition de Charles de Vinlimille.
Un article assez remarquable de la Défense de Dom Guéranger, est celui qui regarde FOUice de la Visitation ; je le place ici, quoiqu’il ne s’agisse pas des cartons.
Je lui avais reproché d’avoir dit que, dans le Bréviaire de François de Harlay, on avait supprimé V Office de la Visitation en masse ( 2 ). Remarquez que je dis I’office , et non pas la fête. Dom Guéranger me répond : « Est-ce que j’ai nié par hasard » qu’il y eût une fête de la Visitation dans le » Parisien moderne (3)?» Ainsi il prend le mot office pour le mot fête , et c’est moi qu’il accuse de ce quiproquo : «C’est assurément, dit-il, la » première fois que le mol office et le mot fête » ont été pris l’un pour l’autre (4). »
Ce qu’il ajoute ferait croire que par supprimer, Dom Guéranger a voulu dire changer. Cette expli-
(1) ï)éf. p. 2o5, not. 5. (3) Déf. p. 125, not. 1.
(-2) L’Eglise de Fr. p. 60. (4) Ibid.
cation no serait guère plus heureuse; jamais supprimer n’a voulu dire changer.
En alléguant les faits qui prouvent que les rédacteurs du Bréviaire de Paris n’ont pas voulu diminuer le culte de la sainte Vierge , j'ai avancé que dans ce Bréviaire , « tout le temps depuis la » .Circoncision jusqu’à la Septuagésime est con- » sacré à célébrer la naissance du Sauveur et la » maternité divine de la très-sainte Vierge, dont on » faitmémoirc tousles jours à Vcpreset à Laudes.» J’ai ajouté : « Il n’en est pas ainsi dans le Ro- » main (i). » Dom Guéranger aussitôt triomphe; il me demande si je liai pas même entre les mains le Missel Romain. « Il est du moins certain, ajoute- » t-il, que vous ne l’avez pas consulté sur la » question présente : autrement comment pour- » riez-vous dire que la Liturgie romaine ne fait » pas mémoire spéciale de la sainte Vierge » comme mère de Dieu, depuis Noël jusqu’à la ' » Purification?... Le contraire est pourtant évi- » dent dans le Bréviaire aussi-bien que dans le » Missel (2). »>
Si quelqu’un parle ici sans avoir consulté le , Bréviaire Romain, c’est Dom Guéranger. Il est certain , et quiconque a en main ce Bréviaire peut s’en assurer, que l’on n’y fait aucune mémoire de la sainte Vierge, ni à Vêpres, ni à Laudes, durant
(1) L’Eglise de Fr. p. 142.
(2) Déf. p. 227, not. 2.
le temps que nous venons d’indiquer ; or je n’ai parlé que du Bréviaire et non du Missel.
Si l’on fait cette mémoire dans le Missel , ce n’est ni tous les jours, ni à raison du temps qui s’écoule depuis la Circoncision jusqu’à la Septuagésime; on la fait seulement, comme dans les autres temps de l'année, aux fêles semi-doubles , et par la raison qu’aux fêtes de ce rit, le Prêtre doit toujours dire trois oraisons (i), au lieu que , suivant le rit parisien, on n’est tenu de dire qu’une oraison, même aux jours semi-doubles. Si donc le Bréviaire Parisien prescrit la mémoire de la sainte Vierge tous les jours, à Vêpres, à la Messe et à Laudes, même aux ollices non-seulement semidoubles, mais encore aux ollices doubles , depuis la Circoncision jusqu’à la Septuagésime , c’est parce qu’on a voulu que ce temps fût spécialement consacré à célébrer la naissance du Sauveur et la maternité divine de la très-sainte. Vierge.
VI. Voici , je crois, le nec plus ultrà du courage avec lequel un écrivain peut se défendre contre les reproches les mieux fondés.
Supposez deux assertions, l’une reconnue de tout le monde comme parfaitement sage ; la voici : « Les Saints doivent être honorés, non par une » stérile admiration ; mais par une imitation » fidèle des vertus qui ont brillé en eux; » l’autre
(i) Rubr. gén. du Missel Rom. n.° 9, de Oral.
vraiment absurde , ainsi conçue : « On a évité » (dans le Bréviaire) tout ce qui pourrait nour- » rir, à l’égard des Saints , une stérile admi- » ration. » Vraie absurdité ; car les vertus des Saints ne sont pas moins admirables que leurs miracles. Or , l’admiration pour ces vertus peut être stérile ; il faudrait donc se taire aussi bien sur les vertus que sur les miracles des Saints.
Que penser après cela d’un auteur qui fait dire à un Evêque, dans la lettre pastorale placée à la tête de son Bréviaire , cette dernière absurdité , au lieu de la première maxime si sage , qu’il a réellement dite? C’est ce qu’a fait Dom Guéranger à la page 3o4 du tome 2 de ses Institutions liturgiques. Au bas de la page , il rapporte la première maxime comme étant tirée de la lettre pastorale de Charles de Vintimille, et il en fait l’éloge. A la page 33 1 du même volume , 2 . e §, il substitue à cette maxime si sage la seconde , vraiment absurde, toujours comme étant celle de la lettre pastorale de Charles de Vintimille.
Je lui ai reproché , et avec grande raison , cette infidélité : pourquoi n’est-il pas revenu làdessus ? Pourquoi n’a-t-il pas avoué au moins qu’il s’était trompé , qu’il était tombé dans cette erreur par une préoccupation qu’il ne saurait s’expliquer à lui-même ?
Non : il prétend se justifier en disant qu’à
la page 3o4, U cite la lettre pastorale , et qu’à la page 33 1 il t interprète de son propre fonds (i).
Ce serait déjà un tort impardonnable , que d’interpréter si mal une assertion aussi pleine de sens ; mais veut-on voir si, à la page 33 1 , Dom Guéranger ne fait qu’interpréter la lettre pastorale, si au contraire il ne la fait pas parler elle-même ? Ecoutez : « La lettre pastorale nous » dit ( c’est donc la lettre pastorale qui parle ; » et que lui fait-on dire? ) qu’on a évité tout ce » qui pourrait nourrir à l’égard des Saints une » stérile admiration. » De bonne foi , est-ce là une simple interprétation ?
- VII. Les nouveaux Bréviaires , suivant Dom Guéranger, ont favorisé et développé le presbytérianisme. La première raison qu’il en donne, est que ces Bréviaires furent l’œuvre de simples Prêtres , à laquelle ont pris part des laïques même ( 2 ) ; comme si les Evêques occupés à l’administration de vastes diocèses pouvaient par eux-mêmes rédiger leurs Missels et leurs Bréviaires, composer des proses, des hymnes, des préfaces. C’est, ce que je lui ai répondu (3).
Mais pourquoi pas? « À l’époque, dit-il, où » les Liturgies ont été composées et mises en » ordre , des Evêques , et toujours des Evêques ,
(1) Déf. p. 189. (5) L'Egl. de Fr. p. 126.
(2) Instit. lit. tom. 2, p. 383.
» se sont réservé ce soin comme leur principal » ministère (i). »
S’il ne s’agissait que du soin de faire composer et mettre en ordre les Liturgies, sous leur direction , leur autorité et en leur nom, les Evêques de France en ont fait autant ; mais s’il est question du soin de composer par eux-mômes toutes les prières, oraisons, introïts, proses, préfaces, je ne pense pas qu’on puisse citer un seul Evêque de l’antiquité qui ait fait un pareil travail.
D’abord, par Liturgie on entend presque uniquement les prières qui accompagnent la célébration des saints Mystères, surtout le canon. Les savants ne croient pas qu’il y ait eu une seule Liturgie écrite en entier avant le v.* siècle : elles étaient conservées par tradition , et il n’y a nullement lieu de croire que , lorsqu’on les a écrites on ait osé changer les prières que la tradition avait transmises.
A l’appui de ce qu’il dit , « qu’à l’époque où » les Liturgies ont été composées et mises en » ordre , des Evêques , et toujours des Evêques , » se sont réservé ce soin , » il faut toujours entendre , à l'exclusion des simples Prêtres . L’Abbé de Solesmes cite (a) en preuve saint Léon , saint Gélase, saint Grégoire , saint Léon II , etc. , etc.
(i)Déf. p. ai3. (a) Déf. p. ai3 , not. 4-
Nous allons examiner dans le détail la valeur de ces citations.
Saint Léon, saint Gélase, saint Grégoire le Grand ; je réunis ces trois grands Papes , parce qu'il faut dire les mêmes choses de leurs trois Sacra menlaires.
L’Eglise de Rome n’a sûrement pas attendu le v. e siècle, qui est celui de saint Léon, pour avoir une Liturgie réglée. Il n’y a pas plus lieu de croire que ce grand Pape ait changé toute la Liturgie et en ait composé une nouvelle. Il est vrai que nous avons un Sacramentaire qui porte son nom , comme nous en avons un qui porte le nom de sainlGélasc et un troisièmequi porte celui de saint Grégoire le Grand. Mais les savants pensent généralement qu’aucun des trois Sacramentaircs n’est uniquement l’ouvrage de ces saints Papes.
Muratori, qui lésa publiés dans son ouvrage intitulé Liturgia Romatia vêtus , etc. , rapporte comme il suit le sentiment d’un savant Chanoine régulier d’Allemagne sur le Sacramentaire de saint Léon : « Ce Sacramentaire n’est pas l’ouvrage » d’un seul Pontife ; mais des anciens Ponti- » fes Romains, en usage dès les premiers temps, » augmenté cependant et perfectionné par dilTé- » rents Pontifes jusqu’au temps du Pape saint » Gélase. On y reconnaît en particulier l’œuvre » de Sixte III , Léon 1." et Félix III (i). »
(i) Lilurg. Rom. velus, cap. 5 , col. 17.
Cet auteur parle dans le môme sens du Sacramentaire de saint Gélase. « On ne peut douter, » dit-il , que l’Eglise Romaine n’eût un Sacra- » mentaire avant le temps do saint Gélase; il faut » donc croire que ce saint Pape n’a fait autre » chose que le corriger, le mettre dans un meil- » leur ordre , et y ajouter quelques préfaces. »
Saint Grégoire le Grand, vers l’an 591, a réduit « ensuite l’ouvrage de saint Gélase à un seul voit lume, retranchant plusieurs choses, en chan- » géant d’autres , faisant cependant quelques » additions aux évangiles pour en exposer mieux » les sujets (i). » Le P. le Brun dit la môme chose des deux Sacramentaires ( 2 ).
Saint Léon IL Ce Pape, qui réunissait à la sainteté un grand talent, réforma le chant grégorien , et composa de nouvelles hymnes. Il ne composa pas une nouvelle Liturgie.
Saint Grégoire VII. (Dans cette énumération, je suis l’ordre qu’a suivi l’Abbé de Solesmes. ) Saint Grégoire VII usa de toute son autorité pour introduire en Espagne le rit Romain, avec d’autant plus de raison qu’il s’était introduit des erreurs dans le rit Mozarabe.
Paul IV établit une des deux fêtes des Chaires de saint Pierre.
(1) Muratori , ib. cap. 5 , Messe , tom. 2 , dissert, a ,
col. 5 i. art. 2,§i.
(2) Le Brun, Explic. de la
Saint Ambroise fit seulement quelques additions à la Liturgie de Milan, qu’on a appelée ensuite Ambrosiennc. Elle existait avant lui.
Saint Charles. Ce Saint déclare dans le Rituel publié après le vi. e Concile de Milan , qu’on n’a jamais prétendu abandonner le rit Ambrosien. Comment aurait-il voulu changer la Liturgie Ambrosiennc, lui qui écrivait à Rome pour réclamer auprès du Pape la révocation d’un Bref' par lequel S. S. avait accordé à un Gouverneur la permission de faire dire la Messe selon le rit Romain partout où il irait (i)?
Saint Hilaire. Il mourut en 368, et nous avons montré qu’il n’y a pas eu de Liturgie écrite , au moins en entier, avant le v. e siècle.
Dom Guéranger , dans ses Institutions liturgiques, dit seulement, que, d’après saint Jérôme et saint Isidore, il avait composé un livre (¥ Hymnes et de Mystères sacrés ( 2 ).
Saint Césaire d’Arles. La première chose qu’il fit en arrivant dans sa ville épiscopale , fut de régler l’Ofïice divin. On ne dit pas qu’il le composa, mais qu’il le régla, c’est-à-dire, qu’il ordonna que les clercs chanteraient tous les jours rOiïice de Tierce, de Sexte et de None dans l’Eglise de Saint-Etienne, et qu’il obligea aussi les séculiers de chanter, comme les
(i)Lc Brun, tom. 2,disserU (2) Inslit. lit. tom. r, f*. 3, art. 1 , n.° 11. 112.
clercs , des psaumes , des cantiques et des hymnes (i).
11 régla aussi l'Office divin pour les Moines ; il fixa le nombre des psaumes, des antiennes, des leçons , suivant les jours. 11 ordonna six messes ou collectes, c’est-à-dire, des prières communes pour chaque dimanche ( 2 ). Du reste , il ne serait pas étonnant que saint Césaire, infatigable comme il l’était, eût composé des hymnes, des messes; il ne s’ensuit pas que l'on pût en demander autant à tous les Evêques.
Saint Sidoine Apollinaire. « 11 a fait ce qu’il
appelle contestatiunculas 'et que nous appe-
» Ions aujourd’hui des préfaces Ce pourrait
» bien être la même chose que les messes com- » posées, selon Grégoire de Tours, par saint SL- » doine , qui en a formé un livre (3). »
Saint Venànce Fortunat, Evêque de Poitiers (4), a fait des hymnes.
Saint Grégoire de Tours. «Il a composé une » antienne en l’honneur des saints Médard et » Gildard, Evêques et frères. On lui a attribué » aussi une prose de saint Martin,» qui est plutôt une préface ou contestation, suivant le terme de la Liturgie Gallicane (5).
(1) D. Cellier, loin. 16, (4) On a mis en doute qu’il
S. Césaire, ch. 9, art. 1, p. 227. fût Evôque.
(2) Ibid. p. 27a. (5) Instit. lit. lom. 1 , p.
(3) Tillcm. tora. 16, Sidoi- 153.
ne , art. 58.
Saint Protade , Evêque de Besançon , après saint Nicet. Il avait composé un Rituel; sûrement il n’avait pas fait de nouvelles formules.
Saint Adelesme , Evêque de Seez vers la fin du ix. e siècle. Le Gallia christiana ne lui donne pas le titre de Saint; il y est dit qu’ Adelesme étant prisonnier , composa quelques bénédictions par l’ordre de l’Archevêque de Rouen (Franco).
Saint Léandre. « II ne serait pas raisonnable » de dire que saint Léandre eût fait une Liturgie » toute différente de celle qu’on avait aupara- » vant, mais on a lieu de penser qu’en conser- » vant une bonne partie des anciens usages de » leur Eglise, les Evêques d’Espagne en em- » pruntèrent plusieurs des Orientaux (i). »
Saint Isidore , dit encore le P. le Brun, « tra- » vailla encore davantage à donner le Bréviaire
» et le Missel Tout fut réglé sous lui et par
» ses soins ; en sorte que son nom a mérité » d’être mis à la tête du Bréviaire et du Mis- » sel (a). » Voilà bien ce que l’on entend lorsqu’on dit qu’un Evêque a donné une Liturgie à son Diocèse; c’est que tout a été réglé sous lui et par ses soins.
Saint Ildefonse. Il composa quelques messes (3).
Saint Julien de Tolède. Il retoucha le Missel
(0 Le Brun, tom. 2, dissert.
5, art. 1, p. 271).
(2) Ibid. p. 280.
(3) Ibid. p. 285.
et composa lui-même entièrement quelques messes ( 1 ).
Saint Basile. Les Liturgies attribuées à saint Jacques, à saint Basile, à saint Jean Chrysostôme, n’ont pas été écrites par ces Saints. « 11 est vrai » que saint Basile a fait un formulaire de prières... » Plusieurs savants ont cru que c’était un formu- » laire de toutes les prières du Sacrifice; mais on » ne l’a dit que plus d’un siècle après saint Bail sile(a). » Saint Proclus dit que saint Basile, par condescendance pour la faiblesse des hommes, abrégea la Liturgie (3).
SaintCïrille d’Alexandrie. «On ne peut douter » que saintMarc n’ait donné une Liturgie à l’Eglise » d’Alexandrie qu’il a fondée ; mais les Eglises » n’ont mis leur. Liturgie par écrit qu’au qom- » mencement du v. e siècle. Celle d’Alexandrie a » dû être écrite au temps et par les soins de » saint Cyrille, et elle a dû porter indifférerait ment le nom de saint Marc et de saint Cy- » rille (4)- »
Saint Maron. Il vivait à la fin du iv.* siècle. Je ne vois pas qu’il ait rien fait en matière de Liturgie.
Saint André de Crète, martyr à la fin du viii. c
(i) Le Brun , tom. a, dissert. 5 , art. i , p. a85.
. (a) Id. tom. a , art. a.
(3) S. Produs , de Tradit.
Liturg. Bibl. vet. PP. tom. 6,
(4) Le Brun, tom. a, dissert.
7 , art. i.
siècle. Je trouve parmi les ouvrages de ce Saint f vingt-quatre sermons, mais rien sur la Litur-
gie (0-
Après cette longue série d’Evêques, qui, suivant Dom Guéranger, auraient composé des Liturgies, il ajoute que la Liturgie est l'œuvre personnelle des Evêques ( 2 ). Je réponds que l’enseignement de la foi, la décision des points de dogme, le gouvernement des Diocèses, sont, au moins autant que les Liturgies, l’oeuvre personnelle des Evêques. S’ensuit-il que les Evêques décident par eux-mêmes, sans consulter personne, les questions de la foi? qu’ils ne se fassent pas aider, dans l’administration de leur Diocèse, par des Prêtres éclairés, savants, érudits? Le Souverain Pontife lui-même ne consulte-t-il pas ses Cardinaux , et ceux-ci leurs Théologiens, pour éclaircir des points de dogme et de discipline ? A-t-on jamais imaginé que, par ces recours à de simples Prêtres , on ouvrît la porte au presbytérianisme, comme le prétend Dom Guéranger? Nonseulement les Evêques peuvent recourir aux lumières comme aux talents des simples Prêtres ; mais les saints canons leur font un devoir d’avoir toujours auprès d’eux des Prêtres versés dans la science des divines écritures et des saints ca-
(1) Bibl. vet. PP. tom. io, (2) Déf. p. 216.
•vers la fin. On ne le trouve pas à la table.
fi
nons, qui partagent avec eux le poids de leur charge (1).
Dom Guéranger nous parle lui-môme d ’Haymon, Général des Frères mineurs, qui, par l’ordre de Grégoire IX, fixa le choix et la détermination des leçons (2); c’était cependant un simple Prêtre.
Musée, Prêtre de Marseille, composa un Bréviaire et un Sacramentaire à la prière de deux saints Evêques, saint Vernier, et saint Eustase successeur de saint Vernier ( 3 ).
Le Roi Robert, mort en io3i , composa une foule d'hymnes, de répons et de séquences. Le Pape fit chanter un de ces répons sur la Confession de saint Pierre. L’hymne Ut queant Iaxis est de Paul, Diacre d’Aquilée. Saint Ephrem, Diacre, a composé des hymnes, ainsi que le vénérable Bède.
Et saint Thomas qui a rédigé, par ordre du Pape, ce bel Office du saint Sacrement, était-il Evêque ?
Comment, après tout cela, l’Abbé de Solesmes a-t-il eu le courage de dire , qu’employeu de simples Prêtres pour composer ou régler la Liturgie, c’est favoriser le presbytérianisme?
(1) Concile de Sens, an. 1460, (2) Déf. p. 219, not. 1.
art. 2, cap. 1 ;Conc. d’Aix-îa- (5) Genn. de Yiris illustri- Chapelle,an. 8x6, 1. i,c. i38. bus, c. 79.