ÉVÊQUES A L’ENVOI DE LA BROCHURE : L ÉGLISE
VE FRANCE INJUSTEMENT FLÉTRIE , etc.
J’avais commencé par rapporter l’analyse de chaque réponse en particulier. La première considération qui m’a arrêté, c’est que ces réponses étant presque toutes dans le même sens et remplies de blâme contre Dom Guéranger, j’ai pensé, quelque hardiesse qu’il mette à se défendre envers et contre tous, qu’il en recevrait une impression trop fâcheuse ; j’ai craint les résultats d’une pareille impression. Il m’a semblé aussi que la répétition des mêmes jugements sur le même ouvrage fatiguerait le lecteur; je me suis donc décidé à donner une analyse de quelques-unes seulement, choisissant celles qui renferment quelque chose de particulier.
Cinquante-huit Evêques m’ont fait l’honneur de me dire leur avis; plusieurs sièges étaient vacants. On peut évaluer de dix-hujt à vingt le nombre des Evêques dont je n’ai pas reçu de réponse.
Les cinquante-huit Evêques qui m’ont répondu, à l’exception de quatre qui ont évité de se prononcer à cet égard, ont blâmé fortement Dom
Guéranger. Il en est un cependant à qui je suis très-attaché, qui, tout en désapprouvant l’Abbé de Solesmes, trouve que je Lai traité trop sévèrement, et (pie le parallèle entre lui et l’Abbé de Lamennais a dû le blesser singulièrement. Un autre Prélat a énoncé la même pensée. Je me justifierai peutêtre ailleurs de ce reproche; ce sera facile.
Voici l’analyse des lettres de nosseigneurs les Evêques; je ne les distinguerai que par la date.
Lettre du 5 Juillet. «Je vous félicite d’avoir » vengé l’Eglise de France et son épiscopat des » outrages de Dom Guéranger. J’adhère de tout » mon cœur à la réfutation que vous en avez » faite, et je ne doute pas de l’adhésion et de la » reconnaissance de tons les Evêques français. H » y a longtemps que je me tiens en défiance de » ces nouveaux réformateurs qui tiennent deux » encensoirs, l’un plein d’injures pour les Evê- » ques, et l’autre plein d’encens pour le Pape. »
31 Juillet. «J’ai reçu avec la lettre que Votre » Grandeur m’a fait l’honneur de m’écrire, l’opus- » culc que vous avez cru devoir composer pour » repousser les attaques si offensantes que se » permet contre l’Eglise de France l’Abbé de » Guéranger dans ses Institutions liturgiques. Je » l’ai lu avec empressement et avec la plus grande
» attention, et je puis vous certifier que cette Iee- » ture m’a fait un plaisir tout particulier. Je ne » vous ai point trouvé trop sévère dans les juge- » nients que vous avez portés sur le livre de » Dom Guéranggr, et pour mon compte, j’adopte » entièrement vos sentiments à l’égard de ce livre » qui est venu malheureusement jeter une cer- » laine perturbation dans mon Diocèse, que les » écrits de l’Abbé F. de la Mennais avaient agité » assez fortement à une époque déjà un peu éloi- » gnée. Ce malheureux écrivain avait mis dans » l’esprit d’un certain nombre de Prêtres, un » levain d’indépendance à l’égard des Evêques qui n’a pas encore entièrement disparu. Aussi ,
> ai-je gémi lorsque, dans ces temps derniers , » l’ouvrage de l’Abbé de Solesmes est venu ré- » veiller ce feu mal assoupi , et nous exposer à de » nouvelles tracasseries dont les ennemis de la » Religion ne manquent pas de profiter à son » préjudice... Je ne changerai rien (dans la Liturgie » démon Diocèse) à ce que j’ai trouvé établi, » malgré les criailleries de ces Prêtres qui n’af- » fectent un si grand zèle pour Rome, que parce
> qu’ils veulent se mettre plus à l’aise à l’égard » de l’autorité de leur Evêque. »
C’est à peu près sur ce ton que sont écrites les autres réponses de Noss. 6rj les Evêques; je ne rapporterai plus que l'analyse de celles qui of-
frenfc quelque chose de spécial sur ce qui regarde* la Liturgie. J'en ai compté quatre qui parlent en faveur du retour au rit Romain; sept ne s’expriment pas d’une manière bien décidée , et neuf se déclarent pour la conservation du rit Parisien. Je continuerai à les placer, suivant l’ordre des dates.
2 Août. « Le Bréviaire Parisien a été, avant la » révolution de 89 , adopté pour mon Diocèse....
» Si le Bréviaire Romain y était resté en usage,. » je l’y conserverais. Je le prescrirais de nouveau » si le Souverain Pontife en exprimait le désir, ou
» que la majorité de mes collègues se décident à
» le substituer aux autres Bréviaires en usage dans » leurs Diocèses. Jusque-là je ne ferai rien. »
3 Août. « On ne comprend guère comment, » dans nos circonstances actuelles, on pourrait » traiter de substituer d’autres livres liturgiques » à ceux qui existent; et si, un peu plus tôt ou » un peu plus tard, cette entreprise était abordée,
» je verrais, pour mon compte, bien plus de faci- » lité et d’avantage à s’en tenir, pour la France, » au rit Parisien déjà si répandu ; sauf les offices » propres à chaque Diocèse, et en respectant les » usages.... dont certaines localités sont en pos- » session depuis longtemps. »
Du même jour. « J'ai lu avec attention... l'opus-
» cule que vous m’avez fait l’honneur de m’adres- » ser. Cet écrit m’a paru plein de sagesse, d’une » érudition judicieuse, de modération pour l’au- » teur que vous réfutez, et de vénération pour le » Saint-Siège.
»> Je n’ai pu lire encore que la préface des Itis- » titutions liturgiques; mais ce que j’y trouve, » quelques lettres du P. Guéranger insérées dans » VAmi de la Religion, et qui ne m’ont guère paru » avoir le ton qui convient à un Religieux, surtout » de nos jours, et ce que Votre Grandeur cite de » lui.... m’ont dès l’abord convaincu qu’il était » bon de se déclarer contre une doctrine qui ten- » drait à représenter l’Eglise de France comme » abâtardie, et à transformer en hérésie ce que » les Souverains Pontifes ont très-bien connu, » sans l’improuver et sans cesser d’aimer, de » chérir l’Eglise Gallicane et ses Pontifes. Ce que » vousdites, Monseigneur, pour défendre la France » sous ce rapport et sur la beauté du Bréviaire de » Paris, m’a paru particulièrement remarquable. »
4 Août. « J’ai lu tout entier, avec un vif inté- » rèt, ce qui vous a été inspiré 1, contre les exagé- » rations, les calomnies et les outrages prodigués » par Dom Guéranger à notre Eglise de France.... » Vous avez mis autant d’exactitude, de mesure » et d’égards, du moins autant que j’en peux » juger, qu'on en rencontre peu dans l’attaque;
» et tout, le monde trouvera que votre but a été » pleinement atteint. Comme vous, Monseigneur, » malgré mon désir ardent de voir notre Eglise » de France se rapprocher par tous les moyens » possibles de l’Eglise mère et maîtresse, malgré » mon goût pour l’antiquité, loin d’ôtre scandali- » sé 1 , j’ai souvent été édifié, touché, ému de cette » Liturgie, de ses rapprochements si heureux des » figures et des promesses avec la réalité, et de » l’exécution de ces hymnes, de ces proses, de ces » préfaces, si propres à faire entrer dans l’esprit » des mystères, et à faire naître des sentiments » de reconnaissance et d’amour.... L’art, la main » de l’homme, l’esprit s’y montrent-ils quelquefois » plus qu’il ne faut ? Cela peut être pour celui qui » fait du Bréviaire une lecture, mais non pour » celui qui en fait un livre de prières. »
5 Août. «Quant aux formes des deux Liturgies, » Romaine et Parisienne, s’il ne s’agissait que de » style, de poésie, de perfection littéraire, consi- » dérés au point de vue classique, le choix ne » serait pas douteux.... Mais derrière, ou plutôt au » dessus de cette question de forme, il y a la » question de droit. 11 y a de plus l’ancienneté, » l’uniformité, l’universalité, Fonction de la piété.
» A cet égard, rien de plus sage, ce me sem- » ble, pour les Evêques, que de conformer leurs » sentiments et leur conduite aux règles tracées
»par le Saint Père daus son Bref à Monseigneur » l’Archevêque de Reims.
» Les Evêques de France se concerteraient pour » demander au Saint-Siège quelques modifications » au Bréviaire Romain, telles, par exemple, que » celles qui réduiraient la longneur de I'OIlice de » Matines les dimanches et les jours de fériés, et » qui distribueraient les psaumes de manière ù co » qu’ils se représentassent intégralement dans le » cours de chaque semaine. Il y a lieu de croire » que Sa Sainteté accéderait à ce vœu, et nous » arriverions à une unité très-légitime et bien » désirable. »
Y/ Août . « Sur quatre-vingt-un Diocèses, plus » d’un tiers observe le rit Parisien, près d'une » moitié a un rit particulier, et le peu qui en reste » a conservé le rit Romain. Ainsi, condamner la » grande majorité de l’épiscopat ne peut être que » l’acte d’un homme infatué de son savoir au » point de prétendre faire prévaloir son opinion » sur les premiers Pasteurs d'une aussi grande
» Eglise Ce qu'il y a de plus fûcheux encore,
» c’est de jeter une pomme de discorde au moment » où l’union de tous les membres serait si néces- » saire. Au reste , nous nous connaissons assez » pour espérer que rien ne sera capable de nous » diviser dans le grand combat que nous livrent » les prétendus philosophes de notre époque. » N
Meme jour. « J’ai lu l’ouvrage dans lequel vous » relevez avec tant de force les accusations vio- » lentes de Dora Guéranger contre l’épiscopat » français. J’ai lu dans le même moment sa Lettre » à M.s r de Reims, où il expose ses principes sur » la nouvelle Liturgie avec une assurance et une » véhémence qui vous empêche d’apercevoir com- » bien sa logique apparente était défectueuse au » fond; en soutenant que ce sont les Papes qui, » dans tous les siècles, ont réglé la Liturgie et la » prière, il fournit des preuves du contraire. II » me semble que le seul document où le Pape ait » usé de la plénitude de sa puissance pour éta- » blir l’uniformité de la Liturgie et de la prière » publique, ce sont les bulles de saint Pie V, qui » môme renferment quelques exceptions. A-t-on » pu s’écarter des prescriptions de saint Pie V » quand on n’était pas dans le cas de l’exception? » Sans répondre directement à cette question , je » dis qu’on l’a fait; qu’on l’a fait sous les yeux des » successeurs du saint réformateur, que les Papes » n’ont pas réclamé, qu’il y a plus de quarante » ans que les Evêques de France réforment leurs » Liturgies; que dès lors il y a prescription 3 et » qu’il faudrait une nouvelle bulle bien formelle, » semblable à celle de saint Pie V, pour nous as- » treindreau Bréviaire Romain. Non-seulement » cette bulle n’existe pas ; mais le bref nouveau » adressé à M.s r de Reims n’annonce dans le Sou-
» verain Pontife qu’un simple désir de voir éta- » blir l’uniformité de la Liturgie et du Bréviaire, » sans espérance prochaine de voir son vœu ac- » compli. 11 est étonnant que Dom Guéranger , » produisant cette pièce dont le langage est si » mesuré, ait pu se laisser aller à des assertions » aussi exagérées qu’il l’a fait. »
Même jour. « J’ai reçu exactement la lettre que » vous m’avez fait l'honneur de m’écrire et l’ou- » vrage que vous m’y annonciez. Vous voulez » bien m’y demander ce que je pense à ce sujet. » J’ai de la peine, Monseigneur, à vous le dire; » mais je dois vous répondre, et je dois le faire » avec la franchise que vous avez droit d’atten- » dre de moi.
» Je n’ai lu dans le temps que quelques articles » des Institutions liturgiques , et il est facile d’y » voir un grand défaut de modération, qui pré- » vient nécessairement contre l’auteur. 11 aurait » dû respecter, sinon les auteurs du Bréviaire de » Paris, qu’il cite sans distinguer, comme vous » le faites bien observer, le temps et les circons- » tgnces, du moins Noss.s re les Evêques qui l’ont » approuvé après l’avoir examiné et fait examiner » avec soin.
» Vous prouvez à Dom Guéranger qu'il se
» trompe dans les reproches qu’il fait pour ce » qu’il appelle omissions de ce qui se trouve dans
» le Bréviaire on le Missel Romain. Je ne vois pas » qu'il puisse en disconvenir. Il doit reconnaître » aussi dans les passages que vous citez , l'orlho- » doxie du Bréviaire Parisien ; mais il en est un » qu'on aurait bien fait, ce semble, de retrancher, » c’est le similis d’une des doxologies, tout vrai » qu’il est en lui-même; afin de ne donner lieu » à aucune mauvaise interprétation.
» Vous relevez beaucoup la beauté du Bréviaire » Parisien, ainsi que du Missel. Il est hors de » doute qu’ils ne soient très-beaux, et qu’il n’y » ait beaucoup d’esprit; mais ne doit-on pas » convenir qu’il y a plus d’onction dans le Bré- » viaireet le Missel Romains, malgré leur simpli- » cité, et par suite même de cette simplicité? » N’a-t-on pas à craindre d’ailleurs qu’en relevant » tant ceux-là, on ne paraisse déprimer ceux-ci, » qui sont ceux de l’Eglise universelle, à part les » plus anciens?
» Vous terminez par une sorte de comparaison » avec M. de la Mennais qui peut attirer une ré- » ponse désagréable. Me permettez-vous de vous » dire toute ma pensée? Je crains que cette nou- » velle polémique, si elle va plus loin, ne de- » vienne un brandon de discorde qui porte la » division dans le clergé même , et qui n’alllige a beaucoup le Père commun des fidèles. »
1% Août. «Il ne voyait rien d’hérétique dans
» cette Liturgie ( parisienne) le célèbre Muzarelli ,
» avec lequel vous savez que j’étais si étroite- » nient lié lors de son exil à Paris, quand il » m’avouait qu’il se servait avec délices du Missel
» Parisien Tout le monde connaît quelle était
»> la pureté de sa foi et de son attachement pour »> le Saint-Siège. »
Même jour . « Vous avez probablement lu déjà » la Lettre à M.§ r l’Archevêque de Reims, et « quoiqu’il y ait plus de réserve, vous y aurez » remarqué encore bien des exagérations et des » sophismes
» Serait-il dans l’ordre que nous renonçassions » à nos usages pour adopter le pur Romain par- » tout?
»> Dire que le Bréviaire Romain a des défauts » serait manquer de respect, selon MM. Guéranger » et Meslé, à la sainte Eglise Romaine. Cependant » Urbain VIII trouva que beaucoup d'hymnes de- » vaicnt être retouchées. »
43 Août* «Je viens à l’instant de finir la lec- » ture de votre livre... je l’ai lu avec un extrême » intérêt; j’y ai appris beaucoup de choses, et j’ai « souscrit à toutes celles qui tendent à justifier « notre Liturgie. Je ne pense pas qu’on puisse* « mieux plaider une bonne cause. Si Dom Gué- » ranger s’était borné à défendre celle de l’unité » liturgique , j’aurais été de son avis. Notre bi-
» garrure présente bien des inconvénients , an- » jourd’hni surtout que tout le monde voyage. » Toutes les quinze ou vingt lieues, c’est du nou- » veau. Les gens du commun s’imaginent qu’il y » a autant de Religions que de Diocèses... Mais » entre attaquer cette diversité d’usages, et noter » d’hérésie notre Liturgie Parisienne , il y a as- » surément bien loin. Vous avez entrepris de » venger notre orthodoxie , Monseigneur , notre » piété, notre bon goût ; vous avez été bien ins- » piré, et l’Eglise deFrance vous doit des remer- » ciments. »
N .lotît. «Je viens de lire le compte que rend » de la Religion de votre réfutation des
» Institutions liturgiques de I)om Guéranger; et, » quoique je n’aie encore été à même de les » connaître que par cette lecture, je crois pouvoir » juger déjà qu’elle est telle que la Religion et » l’épiscopat pourraient la désirer. 11 faudrait » maintenant que tous les Evêques déclarassent » y adhérer pleinement, et ce serait, pour tout » homme raisonnable , une affaire toul-à-fait » termiuée; du moins tant que les circonstances » ne permettraient pas davantage que celles où » nous nous trouvons , comme l’observe Sa » Sainteté dans son Bref à Monseigneur l’Ar- » chevôque de Reims , de se fixer sur une règle » ou une détermination définitive. »
Même jour. « Attaché de cœur à la Liturgie » Romaine, soit à cause de son autorité et de » son poids , soit à cause de l’unité dont elle » est un des liens, je désirerais, Monseigneur, » comme beaucoup d’autres Evêques , que l’on » n’eût jamais établi de Liturgie particulière » dans les Diocèses de France. Mais la chose une » fois consommée, et pour, ainsi dire consacrée » par le temps, je trouve l’attaque portée par » le Père Abbé de Solesmes , téméraire, inju- » rieuse, et surtout très-intempestive, et j’adhère » à la réponse aussi forte que mesurée que vous » lui avez faite. »
13 Août. « ( Pourquoi ) renoncer aux livres » liturgiques en usage dans nos Diocèses? La » réponse , si pleine de sagesse , du Souverain
# Pontife à l’Archevêque de Reims ( si elle eût » paru plus tôt) aurait ralenti l’ardeur de plu- » sieurs. »
1 7 Août. « D’après l’exposé des doctrines que » vous combattez , Monseigneur , je dois uéces- » sairement reconnaître un tort bien réel dans » les assertions imprudemment avancées Je
* regrette que des questions intempestives aient » été soulevées, et je forme en même temps un » vœu qui sans doute ne se réalisera pas de long- » temps , peut-être jamais, c’est de voir l'unité » dans la Liturgie comme dans tout le reste. »
Mène jour. « J’ai reçu et lu de suite l’ouvrage » que Votre Grandeur a daigné m’adresser au » sujet des Institutions liturgiques de Dom Gué- » ranger.
» Mon nom se trouvant mêlé aux discussions » qui ont eu lieu en ce genre, je vous demande » permission de ne pas exprimer ici toute ma » pensée , qui , d’ailleurs , se comprend assez » d’après la mesure que j’ai prise. Seulement, » j’aurai l’honneur de vous faire observer:
» i .° Qu’en redonnant à mon Diocèse la Liturgie » Romaine dans toute son intégrité, j’ai pensé » faire une chose bonne en tous points, et qu’en » effet j’ai lieu de m’en applaudir tous les jours » de plus en plus ;
» 2 .° Que pourtant, en cela, je n’ai voulu » donner de leçon à qui que ce soit, puisque, con- » trairement à mon usage pour mes autres man- » dements et circulaires, je n’ai envoyé à aucun » Evêque les pièces relatives à cette opération;
» 3.° Qu’en me déterminant ainsi , je n’ai obéi » qu’à une conviction acquise par de longues » réflexions, sans être ni dirigé par Dom Gué- » ranger avec qui je n’avais nul rapport, ni » iullucncé par ses Institutions liturgiques , qui » n’ont paru que l’année suivante. »
47 Août. « Comme vous. Monseigneur, je veux » être uni de cœur et d’affection à la chaire de
» Pierre; comme vous encore, je désire l’unité »> dans la Liturgie; mais je proclame avec Mgr. de » Leneville, au xvn. e siècle, unaquœque provincia » abundat in suo pscillendi ritu, ut sanctus loquitur » Hieronymus. BreviariumRomanum, continue-t-il, » non est prœscriptum Ecdesiis quœ inveterato usu » jure dicendi et psa llendi suum Officium gaudebant, » qualis est noslra. (Mandement en tête de la » nouvelle édition , imprimée par son ordre en » i663).
» Je réprouve les tentatives de l’esprit de parti, » qui essaie de porter le blâme sur l’épiscopat » français en lui prêtant des motifs d’éloignement » pour le Saint-Siège, dans l’utile réforme qui » fut faite de la Liturgie Romaine au xvm. e siècle. » Je pense que les Eglises qui l’ont adoptée ont » prescrit légitimement contre la bulle de Pie V, » si elle a été reçue en France. Je me plais à » penser que nos devanciers dans l’Eglise de » France étaient les fidèles gardiens du dépôt » sacré de la loi et des saines traditions de leurs » Eglises, comme ils étaient les enfants les plus » dévoués du Père commun des fidèles. »
28 Août. « Voici quelques observations de dé- » tail que je soumets humblement à votre sagesse :
» i.° J’aurais voulu que vous eussiez reconnu » d’une manière plus explicite qu’en général il y » avait un peu de nécessité et même d’opportu-
» nité dans le changement de l’ancienne Liturgie
» Romaine (changement) qui altère l’unité
» extérieure du culte, sépare des usages de l’E- » glise Romaine, afflige cette Eglise mère, dé- » pouille les prières et les rites religieux de cette » antiquité si vénérable, si belle, si utile à la foi m des peuples.
» 2. 0 Vous justifiez bien des reproches d’hérésie » la strophe de notre hymne ou se trouvent les » fameux vers : insculpta saxo , etc. Avouez ce- » pendant, Monseigneur, que la distinction, quoi- » que réelle est un peu subtile.
» 3.° Vous dites, page i36, que l’Eglise adopte » volontiers , en quelque endroit quelle le trouve , » tout ce qui est utile, parfait. Cette assertion, » dans sa généralité, est-elle bien exacte? Les » Souverains Pontifes n’ont-ils pas témoigné plu- » sieurs fois que l’amour, l’admiration pour les » passages des écrits hérétiques qui n’étaient pas v répréhensibles ou qui renfermaient des beautés, » pouvaient conduire à l’estime des passages ré- » préhensibles et disposer insensiblement à » l’erreur?
» 4-° Vous faites ressortir les beautés des nou- » veaux Bréviaires, des hymnes surtout; mais ces » beautés que je suis loin de contester sont-elles » bien concluantes contre les assertions de Dom » Guéranger ?.... Il serait possible, par exemple, » de célébrer avec plus de pureté de style, avec
» plus d’harmonie poétique les souffrances du Fils » de Dieu, ou les dons de f Esprit-Saint, que dans » nos vieilles hymnes, Vexillaregis et Veni creator :
» serait-ce une raison suffisante pour remplacer,
» par des chants nouveaux, ces saintes formules » de prières, si vénérables par la tradition des » siècles, par fonction de la piété, par la faveur » de la popularité ?
» Bossuet dit quelque part que la meilleure forme » de gouvernement, c’est celle qui existe.... Ne » pourrait-on pas dire que la meilleure Liturgie » pour une Eglise est celle qui existe, surtout » lorsqu’elle existe par l’origine qu’elle tire du » Vicaire de Jésus-Christ, du siège de l’éternelle » Vérité ?
» Je ne peux m’empôcher de faire ces réflexions,
» quoique je n’aie jamais récité d’autre Bréviaire » que celui de Vienne, qui est à peu de chose » près celui de Paris. Je le trouve bien fait, très- » beau, très-propre à développer l’esprit de prière » et de piété.
» Ces réserves faites, je m’empresse de déclarer » que j’approuve entièrement les considérations » et les doctrines exposées par Votre Grandeur *> dans sa savante dissertation.... Dom Guéranger
# se laisse aller quelquefois à des assertions *> inexactes, téméraires, blessantes pour l’Eglise » de France. Il parle de l’épiscopat avec un ton
* d’autant plus déplacé, que l’esprit d’indépen-'
» dance de notre époque exerce son influence » sur le clergé même, et qu’il n’a pas besoin » d’être encouragé par l’exemple d’un Prêtre et » surtout d'un Religieux. »
8 Septembre . * Vos sentiments sur les ïnstitu- » lions liturgiques sont les miens. Les intentions » deDom Guéranger peuvent être bonnes; comme » lui , je désirerais unité de Liturgie. On ne peut » méconnaître que des hommes d’une orthodoxie » contestable, n’aient travaillé à la rédaction ou » à la correction des Missels et gravures de » quelques Diocèses.... Mais, daus Dom Guéran- » ger, il y a une exagération qui méritait d’être » flétrie. »
2 Novembre. « Les reproches à une Liturgie » consacrée par l’assentiment et l’usage d’un grand » nombre de Diocèses, n’ont certainement ni la » mesure, ni la justice qui eussent pu les faire » écouter. Je crois donc, Monseigneur, qu’il » y a eu opportunité dans la publication du » travail, remarquable à plus d’un titre, dont » vous avez eu la bonté de m’envoyer un exem- » plaire.
» Mon avis est très-désintéressé; car je suis du » nombre de ceux qui désirent grandement, dans » les matières en question , un rapprochement de » toutes les opinions. L’unité dans la Liturgie,
» comme dans tout ce qui se rattache à la Religion ^ » aurait quelque chose d’édifiant pour les fidèles, » de consolant pour le cœur du Souverain Pontife» » de touchant et de beau pour tous. .Néanmoins je » ne saurais me dissimuler qu’un tel avantage est » nécessairement subordonné aux ressources des » Diocèses, à leurs souvenirs et à leurs respec- » tables coutumes. »