‹ Examen de la doctrine de KantChapitre 11 sur 44 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DU PRINapE m CONTINUITE ET DE LA POSSlBiUT£ DE L'EXPÉRIENCE

Pendant que Leibnitz démontre le principe de continuité (in natwanon datursaltus) en s'appuyant principalement sur l'imperceptible ténuité de nos perceptions, Kant f(Mide ce principe sur la division, eu un nombre indéfini de paires, du temps pendant lequel s'accomplit le changement d'un phénomène, qui pour réaliser son changement doit parcourir en totalité tous les moments infiniment petits d'une durée quelconque. Mais cette démonstration, tout admissible qu'elle soit en elle-même, est cependant incomplète, en ce qu'elle ne s'applique qu'à une des formes de notre intuition, à celle qui se rapporte plus spécialement à l'action subjective de nos facultés mentales, et qu'elle ne s'étend pas d'ailleurs à son objet extérieur, considéré en lui-même. D'une part, la démonstration de Kant devrait embrasser, selon nous, toutes les formes de l'intuition %m%ùA^,c3i\:\' espace aie mouvem&rU se' divisent tout comme le temps en un nombre indéfini de parties adhérentes, devant toutes être successivement affectées par un changement quelconque du phénomène per^u. D'autre part, il y a lieu de reconnaître que les modifications successives de notre intuition ne se produisent en nous que parce qu'elles correspondentavecl'état dé l'objetextérieurqui les détermine.

Leibnitz ne s'est pas borné à dire que les changements de

la nature étaient perçus par nous d'une manière continue ; admettant l'intimé correspondance de nos modifications intérieures avec la Réalité objective, il a émis celte proposition : Jn >ATBRA non datur saltus^ et c'est en vertu de la correspondance de notre intuition avec la réalité, que la loi de continuité s'applique à l'ensemble des conditions de notre intuition, et qu'elle doit être considérée comme inséparablement liée à toutes les formes de notre faculté intuitive.

Remarquons que Kant a présenté les substances ellesmêmes comme soumises, aussi bien que les phénomènes, à ce changement qui s'accomplit dans un temps donné, d'une manière graduelle et continue, et, par un inconcevable abus de langage, tout en disant que le changement est une manière d'exister succédant à une autre manière, il en vient à dire que le permanent seul est changé, mais que le muable ne subit aucun changement. On ne comprendrait en aucune façon un pareil renversement de la signification des mots et de la détermination des idées qui y correspondent, si l'on ne se rappelait que notre philosophe n'a considéré la divisibilité indéfinie des phénomènes que par rapport au sujet qui les perçoit. Mais il est évident qu'il s'écarte des données de toute bonne Métaphysique, en ne considérant pas la stéstance comme un quid demeurant immuable et permanent, au milieu des développements successifs des phénomènes par lesquels il se manifeste.

Nous verrons d'ailleurs bientôt que l'idée de substance n'a pour Kant qu'une valeur purement nominale, que ce n'est pour lui qu'une attribution logique, et que tout en opposant la substance aux phénomènes, il lui enlève, au moyen d'une distinction incompréhensible, cet attribut de permanence qui en est le caractère essentiel.

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