‹ Examen de la doctrine de KantChapitre 12 sur 44 · DU PRINCIPE DE CONTINDITE · texte numérisé non relu

DU PRINCIPE DE CONTINDITE

Après avoir proposé le schématisme comme le moyen par lequel s'opère une liaison naturelle entre les catégories de l'entendement et les perceptions de la sensibilité, Kant s'est efforcé d'établir la possibilité de l'expérience et de la connaissance des phénomènes, c'est-à-dire de prouver la légitimité de la coordination, en une unité synthétique, de la variété des éléments fournis par la perception sensible, et d'arriver ainsi à la connaissance des lois de la nature. II introduit à cet effet dans son ai^umentation, outre le principe de continuité, ceux de concordance (principe de noncontradiction), decaMsa/îV(f, de réalité, de substance, de permanence, de raison suffisante (reconnaissance d'un ordre iiivariable et suprême dans toute la série des causes et des effets), de force (avec les idées ^'action et de passion qui en dérivent), etc., etc. Mais ces principes dont il invoque le secours deviennent dans ses mains de simples entités logiques et nominales. Dans l'existence éphémère qu'il leur accorde (car il ne tardera pas à leur dénier toute valeur), il les considère comme de pures fonctions de l'entendement, au lieu de faire remonter ces principes, bases de notre connaissance, à la réalité supersensible dont ils émajient.

Dans cette longue et diffuse argumentation, Kant use de toutes les ressources de la dialectique pour prouver la possibilité de l'expérience; mais sa pensée y demeure toujours enveloppée de ténèbres impénétrables. On a beaucoup reproché à ce grand esprit l'obscurité habituelle de son exposition. Une semblable obscurité doit se trouver partout où

l'on substitue les déductions de la logique à l'exposition méthodique de la réalité ; où l'on entreprend d'établir entre les manifestations de nos facultés une liaison extérieure et artificielle, au lieu de les rapporter à leur source réelle, à l'Unité substantielle de notre âme. C'est de cette Unité qu'émanent, comme d'un tronc commun, nos diverses facultés, qui correspondententreelles, comme elles correspondent aux réalités du monde extérieur auxquelles notre intelligence est incessamment liée, en vertu de la parfaite concordance des lois qui régissent à la fois et les développements de la conscience humaine, et les manifestations du monde extérieur. Les principes métaphysiques que nous révèle notre intuition intelligible sont les voies qui nous ouvrent l'accès à la connaissance de nous-mêmes, et à celle de la Nature. H n'est donné à aucune intelligence humaine de se rendre raison du moindre phénomène, sans subordonner ses conceptions aux principes suprêmes qui règlent notre entendement et gouvernent notre volonté, et auxquels, malgré tous les sophîsmes philosophiques et tous les égarements des passions subversives, adhère instinctivement le sens commun de l'humanité.

Il n'est pas sans intérêt de rappeler les arguments employés par Kant pour réfuter l'Idéalisme. Parlant de ce que nous avons la conscience de notre existence, comme détei> minée dam le temps, et de ce que, dit-il, toute détermination suppose dans la perception quelque chose de permanent, de distinct placé en dehors de nos représentations, il

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en conclut que la détermination de notre existence dans le temps n'est possible que par l'existence de choses réelles perçues hors de nous, et il cherche à établir, par une série d'arguments, que l'expérience intérieure n'est rendue possible que par l'expérience extérieure.

Il serait oiseux de répéter cette série d'arguments intermédiaires qui ne sont pas susceptibles d'analyse, et qui, si on les reproduisait dans toute leur étendue, ne seraient d'aucune utilité pour notre discussion. Nous nous efforcerons cependant de ramener la déduction de Kant à des termes précis et aisément saisissables, sans affaiblir le moins du monde son argumentation.

C'est dans le temps, et conséquemment d'une manière successive, que nous avons une conscience déterminée de notre existence, car toute détermination se fait dans mi temps, et conséquemment d'une manière successive. Toute succession se lie à im état permanent et en dépend ; de ce temps successif pendant lequel a été déterminée la conscience de notre existence intérieure, on passe donc nécessairement à quelque chose de permanent qui nous est extérieur, et c'est ainsi que se comble l'abîme qui sépare le moi du non-moi. La conscience de nos phénomènes intérieurs nous fait donc parvenir à celle des phénomènes extérieurs ; or c'est la raison synthétique de ces phénomènes et leur permanence, qui constituent l'expérience extérieure, et c'est d'elle que dépend l'expérience intérieure, puisque c'est en elle, et en dehors de nous, que nous trouvons la permanence, qui est un des principes constitutifs de toute expérience. C'est donc l'existence du monde extérieur qui confirme et consolide en nous le sentiment de notre propre existence.

Noua croyons avoir exactement résumé l'argumentation

3S EXAMEN DE LA HOCTBINE DE KAHT.

de Kant, et l'avoir soumise aune forme précise et rigoureuse, mais on ne peut se défendre de s'étonner en voyant l'extrême ténuité du fll auquel Kant rattache la preuve de ces deux faits qui apparaissent avec tant d'évidence au sens commun, h savoir le sentiment de notre existence, et celui de la réalité du monde extérieur.

U est, à notre sens, facile de se convaincre que cette discussion est loin de réfuter les objections de VIdéalistney qui peut être considéré à bon droit comme la conséquence nécessaire des principes de la philosophie critique.

En effet, ce principe de permanence, qui est la base de cette démonstration, qu'est-il, dans la doctrine de Kant, si ce n'est une simple catégorie de l'entendement, une condition subjective de son exercice? Sur quoi repose notre intuition eHeméme quand les conditions formelles qui la déterminent à priori, ont été également posées par lui comme subjectives, et ne se rattachant en aucune façon à une Réalité extérieure? Quelle valeur objective peut nous offrir l'expérience telle qu'il la conçoit, puisqu'elle résulte de l'union synthétique etpermanenledesphénomènes, et que cette synthèse et cette permanence ne sont données, selon lui, que par les catégories de notre entendement, qui sont essentiellement subjectives, ou plutôt qui ne sont pour lui que des notions logiques?

Que si l'on considère, tout au contraire, les formes de notre intuition sensible, l'espace, le temps, le mouvement^ comme une déduction (appropriée aux conditions de notre intelligence) des idées d'Infini, à' Éternité ctde Force suprême et absolue ; si on les rapporte, comme l'a fait Leibnitz, au Dieu vivant qui en est la source, nous nous trouvons dès les premiers pas sur un terrain solide, car nous rapportons nos

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