DISCUSSION CONTRADICTOIRE DES PROBLÈMES MÉTAPHYSIQUES
notre pensée, dans les expansions de notre puissance affective, dans les développements de la vie sociale et dans l'exercice de nos fonctions rationnelles, conjme nous reconnaissons les lois physiques de la nature dans les organismes matériels et dans toutes les expansions de la vie universelle. Nous parvenons ainsi par la même voie, par les mêmes méthodes, à la connaissance des vérités philosophiques, comme à celle des vérités scientifiques.
Quelques passages de la Critique de la Raison pitre que nous allons reproduire achèveront de faire bien comprendre la méthode qui y a été suivie dans l'examen des plus hautes questions métaphysiques.
<[ Si l'on désigne » , ditKant, » sous le nom de T'A^/jçue tout 1) ensemble de doctrines dogmatiques, j'entends par Anti- H thétique, non les affirmations dogmatiques du contraire, tt mais le conflit qui s'élève entre des connaissances dogma- )) tiques en apparence, sans que l'une ait plus de titres que » l'autre à notre assentiment. L'Antithétique ne s'occupe nul- » leraent d'assertions dirigées dansie même sens, mais elle se » borne à envisager les connaissances générales de la Raison » dans leur conflit et dans les causes de ce conflit. . . Lorsque » nous ne nous bornons plus à appliquer notre raison à » des objets de l'expérience, en nous servant des principes » de l'entendement, mais que nous essayons de l'étendre » au delà des bornes de cette expérience, il en résulte des » propositions dialectiques qui n'ont ni confirmation à espén rer, ni contradiction à craindre de l'expérience, et dont » chacune non-seulement est par elle-même exempte de con-
108 EXAMEN DE tA DOCTBING DE KANT.
» tradîction, mais même trouve dans la nature de la raison » des conditions qui la rendent nécessaire; malheureusement
I) L'aSSERTIO» contraire HE REPOSE PAS SUR bES RAISONS MOINS
u BONNES ET MOINS NÉCESSAIRES... Ggs asscrtions coptieuses » ouvrent donc une arène dialectique où la victoire appar- » tient au parti auquel il est permis de prendre l'offensive, i) et oli celui qui est forcé de se défendre est certain de suc- )i comber... Juges impartiaux du combat, nous n'avons pas i> à chercher si c'est pour la bonne ou pour la mauvaise I) cause que luttent les combattants, et nous devons les laisser H d'abord terminer entre eux leur affaire. Peut-être qu'après )i avoir épuisé leurs forces les uns contre les autres, sans )> s'être fait aucune blessure, ils reconnaîtront la vanité de )» leur querelle et se sépareront bons amis. »
Remarquons-le bien, ce tableau de l'impuissance des dogmatismes contraires à défendre leurs assertions contradictoires n'est aucunement présenté par Kant comme la conséquence de la limitation et de l'incompétence de notre entendement pour résoudre des questions qui en dépassent la portée. Il affirme au contraire que la Raison est appelée par une force invincible à agiter perpétuellement ces insolubles problèmes, mais il la condamne en même temps à ne saisir que de vains fantômes qui s'évanouissent au premier souffle de la contradiction.
Ainsi la Raison, cette lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde, fournirait indifféremment des arguments contraires sur les objets de nos plus essentielles croyances. Tantôt elle essayera de prouver la spiritualité et l'immortalité de notre âme, tantôt elle ne verra en nous que le simple jeu de nos organes matériels; tantôt elle nous présentera le Monde comme l'œuvre de Dieu, toute resplendis-
DISCUSSION GONTBADICTOIBE DES FROBLiHES MÉTAPHYSIQUES. <09
saule de la lumière de son divin auteur, tantôt elle y verra la rencontre fortuite des atomes, ou le produit d'une fatalité inconsciente et aveugle ; tantôt elle se prosternera devant le Dieu vivant, source infinie d'Amour, de Vérité et de Justice, tantôt elle nous représentera le Néant comme la dernière et la plus haute conception de l'esprit, et l'anéantissement universel comme le but final de toutes les cliofes.
C'est au surplus une étrange illusion que ' de voir dans la lutte des doctrines d'indifférentes discussions, prenant fin par la lassitude des contradicteurs qui se retireraient de leur long combat sans aucune blessure. Nous ne savons que trop ce que coûte de sang et de larmes le conflit perpétuel des doctrines ! Et ia Philosophie serait un jeu de l'esprit à la fois inhumain et dérisoire, si l'homme n'avait pas la ferme confiance d'arriver par elle à la connaissance de la Vérité, et à la conciliation des esprits.
Par les fonctions purement dialectiques qu'il a assignées à la Raison, par le rôle qu'il a attribué au philosophe appelé à en juger impassiblement les inévitables écarts, Kant nous reporte aux leçons de ces sophistes de la Grèce qui usaient des ressources d'une Dialectique ravinée, non pour rechercher la Vérité, et pour asseoir sur de fermes bases le système de nos connaissances, mais pour aiguiser l'esprit de leurs disciples , et les façonner à défendre indifféremment les thèses les plus opposées. Les pages du divin Platon nous montrent Socratc confondant ces esprits malfaisants et orgueilleux, en faisant jaillir du fond de la conscience ces éternels principes, inhérents ù l'ùme humaine, dont la vive lumière effaçait h l'instant les fausses lueurs des tristes et insidieuses argumentations de ses adversaires.
SIlHEtl Dt LA DOCTfiini DE KANT.
Kant a intitulé Paralogismes de la Raison pure la section de la Critique de la Raison pure dans laquelle il discute le problème psychologique, à savoir, l'examen de la question touchant l'Ame humaine, et sa personnalité substantielle. Il y conclut à l'impossibilité d'établir une psychologie rationnelle, parce qu'aucune réalité objective ne correspond, suivant lui, aux concepts psychologiques. Ces concepts dépassant les sens et l'expérience matérielle ne pouvaient être regardés par lui que comme des formes vides et sans réalité, puisqu'il avait renfermé dans l'intuition sensible tous les éléments de notre connaissance.
Kant avait déjà rejeté, comme nous l'avons vu, la notion de substance, et ne l'avait considérée que comme un simple concept logique, parce que, disait-il, rien n'y correspond dans les existences phénoménales et sensibles. Mais dans la discussion présente il se demande si l'âme humaine ne pourrait pas être exceptée de ce rejet général de la notion de substance, et si la conscience que nous avons de l'unité de notre Bentiment nous permettrait d'attribuer à notre ftme une réalité substantielle. Nous avons, dit-il, dans le /e ^cme l'intuition immédiate de cette unité ; nous y rattachons toute la série de ses prédicats, mais notre raisonnement peitt'^il nous procurer la preuve de cette unité substantielle? S'il en était ainsi, nous pourrions obtenir une doctrine spiritualiste, car on prouverait t
1° Que l'âme est une substance^
2" Qu'elle est simple.
DISCUSSION CONTHADICTOIBE DES FROBLÈHES HÊTAFUTSIÛDHS. 111
3" Qu'elle est numériquement identique, c'est-à-dire qu'elle est une unité.
û", Qu'elle est le seul élément réel de notre connaissance, et que l'existence des autres objets est douteuse.
Remarquons d'abord, à propos de ce quatrième terme, que les doctrines spiritualisles repoussent cette dernière conclusion, mais il en est autrement dans le développement logique des idées de Kant: en reconnaissant hypothétiquement, et par exception, à l'âme humaine une réalité subslantielle refusée aux choses avec lesquelles elle est en rapport, l'existence de ces choses dériverait de la substance qui la perçoit, et apparaîtrait nécessairement comme douteuse.
Après avoir montré de cette façon les conséquences qu'emporterait l'attribution à l'âme humaine du principe substantiel, et poursuivant sa discussion, il traite de raisonnements fallacieux (en oubliant l'usage si fréquent qu'il a fait luimême de ces démonstrations erronées) toutes les argumentations qui tendent à établir cette attribution, et à constituer une doctrine spiritualiste. Dans tout raisonnement, dit-il, employé à cet effet, après avoir posé la substance, on passe nécessairement à des objets de l'ordre phénoménal, car toute détermination de la substance ne peut s'exprimer que par des termes se rapportant aux phénomènes matériels et à l'intuition sensible. Les raisonnements de ce genre pèchent donc par la forme, et doivent s'appeler Sophismata flgurœ dictionis.
Rien de plus exact que ces observations, et c'est sur ce vice originel et fondamental du syllogisme, que nous noua sommes fondé pour repousser l'autorité et la compétence de l'argumentation dialectique dans l'établissement des vérités philosophiques* Le monde se présente à nos yeux comme le
développement perpétuel des essences intelligibles dans les existences phénoménales et sensibles ; c'est ce double aspect que nous offrent tous les objets de notre connaissance, et dont témoigne à chaque instant l'emploi le plus habituel et le plus vulgaire du langage, qui nous montre perpétuellement l'attribution à un sujet substantiel invisible (substantif) de toute une série de prédicats exprimant des phénomènes sensibibs (adjectifs). Ainsi, comme nous nous sommes déjà efforcé de le montrer, d'une part, toute proposition nous offre nécessairement le rapprochement de ces deux éléments si divers de notre connaissance, et de l'autre, il est absolument impossible de lier ces deux éléments par une copule logique.
Kant a donc commis dans cette discussion une erreur des plus graves, en demandant au raisonnement de nous procurer une preuve de cette unité substantielle (dont la réalité se manifestait à lui avec tant d'évidence), pendant qu'il établissait hil-méme l'incompétence absolue du raisonnement à cet égard.
Poursuivons cette importante discussion :
« L'analyse de la conscience de moi-même (dit Kant), n dans la pensée en général, ne me fait pas faire le moindre » pas dans la conscience de moi-môme, comme objet. C'est Il à tort que l'on prend un développement logique de la » pensée en général pour une démonstration métaphysique > de l'objet. »
Nous pensons que l'unité de la Personne humaine résulte avec évidence d'une pareille analyse qui pourra même nous conduire à reconnaître dans la pensée en général un principe encore supérieur.
Kant affirme que la conscience que nous avons de notre pensée ne nous autorise pas & l'attribuer à un Objet, à une
DISCUSSION CONTKADJCTOIRB DES FROBLÈHES HÉTAPHYSlQtES. 113
Personne d'où elle procède. Avancer une semblable proposition, c'est pousser l'Idéalisme jusqu'à ses plus extrêmes limites, car c'est nier un fait intérieur qui se produit en nous à chaque instant, que de contester la légitimité de l'attribution à notre Personne des manifestations de son activité mentale.
L'acte de la pensée se produit dans notre &me par un double mouvement : un mouvement intuitif {objectif) par lequel se produit la pensée (voijfffç), un mouvement discursif (5«6/ecfî/), par lequel notre entendement la recueille et se l'assimile (Stavo'ijfftç), et ce mouvement alternatif constitue la vie de notre intelligence. En considérant attentivement cette action et cette réaction perpétuelles dont notre conscience est le théâtre, on sera porté à y reconnaître, d'une part, un principe supérieur et universel qui révèle et impose, et, de l'autre, un entendement personnel et restreint qui conçoit et s'assimile. En effet, n'avons-nous pas perpétuellement en nous-mêmes un Précepteur et un disciple, un Juge et un accusé? Tout le développement de notre vie intime, tant sous le rapport intellectuel que sous le rapport moral, ne dépend-U pas de ce dialogue toujours renouvelé? Ces deux éléments ne viennent-ils pas se confondre à chaque instant dans l'unité de notre conscience ?
C'est donc de la part de Kant une bien audacieuse tentative que de nier à. notre Ame le droit de s'attribuer ses propres pensées. Mais les efforts des sophistes se sont-ils jamais arrêtés devant les plus fermes affirmations du sens commun?
L'analyse proposée par Kant dans le passage que nous venons de citer (et à laquelle il n'a eu garde de procéder)
11& EXAHBH Iffi U DOCTEItlB DE KAHT.
ne peut résulter que d'une eiacte observation des faits ; or cette observation nous fait apercevoir dans aotre conscience l'action simultanée de deus expansions diverses de notre puissance mentale se concentrant toutes deux dans une attribution unique à l'Unité de notre principe substantiel et vital.
Kant reproduit sa pensée sous une autre forme dans le passage que nous allons analyser :
C'est sur le concept ou sur le jugement: /e pense, que se fondent tous les arguments par lesquels on essaye d'établir une Psychologie rationnelle ; mais cette proposition je pense contient déjà deux éléments fort distincts : la notion d'un moi révélé par la conscience comme objet substantiel, ei la détermination de ce moi comme sujet pensant. Or l'acte de la pensée est successif et variable dans ses déterminations ; il appartient à l'ordre phénoménal, et est conséquemment un prédicat empirique. Ainsi nous avons, d'une part, une notion transcendantale, celle du moi, à laquelle ne correspond aucun objet réel, puisque cette notion dépasse fex' périence, source unique de toxite réalité objective, ei, d'autre part, un simple prédicat empirique dans la détermination du moi exerçant l'acte de penser.
En dernière analyse, notre moi a beau nous être attesté (de l'aveu même de Kant) par notre conscience ; c'est pour notre philosophe une notion qui dépasse l'expérience sensible, donc elle est privée de tout fondement réel, et la philosophie critique la tient pour illusoire 1
Oescartes fondant toute sa Métaphysique sur la proposition : cogito, ergo sum ; saint Augustin disant (1) sine ulla phantasiarwn, vel phaniasmalum imaginatione ludifica~
(t) B. Ang. De Civitale Dti, XI, 16.
DISCUSSION CONTKADICTOIBE DBS PROBLÈMES MÉTAPHTSIOUES. 115
ioria, mihi esse me, idque nosse et amarey certissimum est, croyaient fermement que la réalité des choses correspondait au sentiment intime de la conscience, et ils ne pensaient pas avoir besoin de chercher dans un cercle sans issue de raisonnements logiques la preuve de la Réalité de la Personne humaine ; ils la retrouvaient dans la conscience de cette pensée qui correspond à toutes les manifestations de notre activité, et dans laquelle se résume cette vie rationnelle qui constitue particulièrement l'être humain .
Ce sentiment de notre personnalité est confirmé à chaque instant par les mouvements de la pensée, par les revendications de la conscience, ainsi que par l'accord des actes qui maintiennent entre les êtres intelligents un commerce perpétuel. Quelle gymnastique d'un entendement privé de l'intuition supérieure, et repoussant ohstinément toute legem vert rectigue pourrait balancer cet accord harmonieux de nos facultés manifestant avec tant d'évidence le principe hégémonique qui en détermine l'exercice?
Devons-nous admettre que ces facultés concordantes ne soient qu'un ensemble d'instruments fallacieux faits pour nous entretenir dans de perpétuelles illusions ? Devransnous, avec le genre humain, adorer la Raison divine qui illumine nos pensées et dirige nos actions, ou, bien nous faudra-L-il, avec un petit nombre d'audacieux sophistes, détournant d'elle nos regards, nous considérer comme un organisme matériel dont les éléments fortuitement assemblés agiraient sans but, poussés par une force aveugle h. éveiller en nous des séries incohérentes de visions fantastiques?
Mais nous nous sentons sur un terrain solide lorsque nous afhrmons l'unité, la permanence, la personnaUté, la responsabilité de ce moit de ce principe immatériel que
116 £XAHBN t>E L& DOCTKItJ'B ÙB L&HT.
nous distinguons de tout ce qui excite nos perceptions sensibles, et qui est la source de nos sentiments, de nos pensées et de nos actes.
Ce sont nos facultés elles-mêmes et leur exercice qui manifestent par leur accord l'unité substantielle qui les anime, et ce n'est pas à notre entendement et à ses déductions que nous demanderons de fournir la preuve de cette Réalité dont il procède, et dont il est lui-même la visible expression.
Kant a voulu justifier sa doctrine en déclarant avoir eu pour but de repousser les conclusions inadmissibles d'un dogmatisme téméraire. Mais pour contenir les écarts des Dogmatistes, il lui eût suffi de montrer les limites infranchissables imposées à notre intelligence, et l'impossibilité dans laquelle nous sommes d'appliquer à l'étude des problèmes métaphysiques des notions figuratives et des concepts déterminés. Or il s'est écarté entièrement de la voie philosophique en employant exclusivement dans ses démonstrations les procédés logiques de cette Raison discursive dont il avait proclamé lui-même l'impuissance. Il ne pouvait lui échapper qu'il allait établir un complet ensemble de négations, et qu'il construisait une catapulte dialectique devant renverser les fondements des croyances universelles. Les effets de sa destructive Critique ne se sont pas arrêtés, comme nous l'avons montré, au renversement des principes que nous révèle l'intuition intelligible ; ils se sont étendus aux objets de l'intuition sensible elle-même, et toute réalité des perceptions phénoménales a disparu en même temps que celle de nos intuitions substantielles, mplgré la subtilité des ajg;uments qu'il a entassés pour prouver la légitimité de l'expérience, et réfuter les négations de l'Idéalisme.
DISCUSSION CONTRADICTOIRE DES FBOBLÈHES KÉTiJHTSIQUES. 117
La Doctrine critique a fait ainsi évanouir les choses corporelles, en même temps que les éléments spirituels, et elle nous a relégués dans un monde fantastique où se succèdent incessamment de vaines apparences et des ombres insaisissables, semblables h l'image d'Anchyse qui s'offrait aux regards d'Enée :
9 Par levibus ventis, volucrigae simUlima somno. a
Les paroles suivantes de Kant, qui ferment sa discussion sur les ParalogismeSy nous semblent particulièrement dignes de remarque :
« Ainsi se résout en une attente illusoire une connais- » sance que l'on cherche en dehors des limites de l'expé- « rience possible, en la demandant à la philosophie spé- » culative, et qui pourtant intéresse au plus haut point » l'humanité. Mais qu'on ne s'écrie point contre cette sévérité » de la critique : en môme temps qu'elle démontre l'impos- » sibilité de décider dogmatiquement quelque chose en de- » bors des limites de l'expérience, touchant un objet de > l'expérience, elle rend à la raison un service qui n'est pas n sans importance pour l'intérêt qui la préoccupe, en la ras- » surant contre toutes les assertions possibles du contraire. » De deux choses l'une en effet : ou bien on démontre apo- » dtctiquement sa proposition, ou bien, si cela ne réussit » pas, on cherche les causes de cette impuissance. Or si ces » causes résident dans les bornes nécessaires de notre rai- » son, il faut que tout adversaire se soumette également à la » loi qui lui ordonne de renoncer à toute af^rmation dog- » matiqiie. »
Il avait dit auparavant :
« La psychologie rationnelle n'existe donc pas comme doc-
il8 EXAMEN DE LA DOCTRINE DE KANT.
» trine ajoutant quelque chose à la connaissance de nousn mêmes. Mais comme discipline, elle fixe dans ce champ » des bornes infranchissables h. la raison spéculative : elle » l'empéclle, d'une part, de se jeter dans l'abime d'un maté- » rialisme sans Ame, et, d'autre part, de se perdre dans les M rêves d'un spiritualisme sans fondement pour nous dans ) la vie. Dans ce refus de toute réponse opposé par la raison » aux questions ambitieuses dont l'objet sort des limites de )i cette vie, elle nous montre un signe qui nous avertit de » détourner notre étude de nous-mêmes de la spéculation » transcendantale, qui est oiseuse, pour l'appliquer à l'usage B pratique qui seul est fécond. )>
Kant nous convie donc ainsi à tirer un ttsage pratique de ces mêmes principes qu'il a détruits avec un impitoyable acharnement. Mais cet usage pratique, découronné de tout principe théorique, ne s'appuiera que sur un ensemble incomplet Ai! préceptes arbitraires, que chacun pourra altérer à sa guise, privés qu'ils sont des dogmes théoriques qui leur correspondent, et d'où ils puissent dériver leur autorité. Comment tirer en effet d'ailleurs que de raisons spéculatives, de lois nécessaires et immuables, des règles pour la conduite pratique de la vie? Mais nous aurons plus tard à revenir sur cette grave question.