‹ Examen de la doctrine de KantChapitre 26 sur 44 · DES ANTIKOMIES DE LA RAISON PORE · texte numérisé non relu

DES ANTIKOMIES DE LA RAISON PORE

! conséquent que les phénomènes, en général, ne sont rien > en dehors de nos représentations, et c'est précisément ce i que nous voulions dire, en parlant de leur idéalité trans- * cendantale. d

Cependant il n'en est pas ainsi, et les termes du dilemme posé par Kant sont tous deux inadmissibles. Le Monde est infini dans son principe essentiel ; il est indéfin dans l'ensemble des existences finies qui sont l'expression visible de ce principe essentiel incompréhensible. Notre intelligence correspond à cet ensemble, et nous en représente fidèlement les merveilles ; nous sentons en nous-mêmes, et nous reconnaissons dans les phénomènes dont nous sommes environnés, le mouvement vital qui anime toutes les existences, et l'ordre qui préside à leur développement, et celte considération nous élève jusqu'au principe infini dont toutes les existences nous olTrent l'éclatante manifestation.

Ainsi pendant que, d'un côté, en suivant Kant et les déductions logiques des principes qu'il a posés d'une manière si arbitraire, nous nous trouvons en face d'un inconciliable dilemme d'où ressort l'anéantissement de toutes choses, et qui ne laisse debout qu'un entendement isolé, s'entourant de perceptions fantastiques, de l'autre, en partant de l'observation exacte de nos facultés, et en constatant les conditions nécessaires de leur exercice, nous reconnaissons dans le moindre des phénomènes, comme dans leur ensemble, les effets de cette force infinie qui éclatent à nos yeux avec une irrésistible évidence.

Il résulte du passage que nous venons de citer que Kant, après avoir refusé à l'homme toute source de connaissance autre que la perception des phénomènes matériels, est venu à nier la réalité de ces phénomènes eux-mêmes, et à n'en

IS.'l EXAMEN DE LA DOCTRINE DE EANT.

laisser subsister que la simple représentation idéale dans notre entendement. En conséquence, si pour chacun de nous il n'y a rien au delà de ses propres représentations, comment conclure de ces représentations individuelles aux représentations communes ? Comment faire correspondre ces représentations isolées qui ne se fondent que sur elles-mêmes?

Ces sopfaismes ne parviennent point & ébranler tes consciences humaines, en ce qui touche les vérités d'une palpable évidence et les nécessités de la vie pratique; mais ils réussissent trop souvent à séduire par une apparence de profondeur des esprits très-élevés; ils y puisent un principe délétère qui les pousse à méconnaître les idées essentielles, base et couronnement de notre connaissance, et à désagréger cet ensemble de vérités où viennent se réunir nos conceptions théoriques et les principes régulateurs de notre vie morale et sociale. D'autres les suivent qui s'efforcent de montrer en toute chose de perpétuelles contradictions et des oppositions inconciliables. Alors les esprits inconsistants et légers, confondus par ces apparentes contradictions, éblouis par ces sophismes, ne tardent pas à repousser comme vaines et sans objet toutes les considérations philosophiques. Les vérités morales tombent à leur tour et suivent de près la ruine des vérités métaphysiques ; on repousse comme illusoires les principes qui lient entre elles toutes les manifestations de la vie humaine ; on en vient à nier les conditions essentielles de la vie spirituelle et sociale, et l'on considère le monde comme nn théâtre oii la force et la ruse se disputent les jouissances matérielles dans une lutte interminable.

DBS ANTINOMIES DE LA RAISON PVR

Les éléments des choses sont-ils simpies ou composés ? Voiià la question qui donne lieu à la seconde antinomie.

On expose dans la thèse que si les substances n'étaient pas composées de parties simples, et que tout y fût composé, la pensée pourrait, en séparant successivement toutes les parties composées, faire disparaître l'objet tout entier; ce qui est impossible, car cette séparation du composé laisse toujours subsister quelque cbose d'indécomposable et de simple. Il y a donc des éléments simples et indispensables, et la raison les doit concevoir comme les premiers sujets de toute composition.

L'antithèse soutient gii'U n'y a rien de simple dans le monde et que tout y est composé. Elle se fonde sur un raisonnement que l'on peut résumer dans ces termes : toute composition de substances ne peut se produire que dans l'espace, elles doivent se diviser en autant de parties que l'espace qui les contient, et qui se divise à l'infini; donc il n'y a rien de simple dans le monde, et tout y est composé.

De plus, l'existence de quelque chose d'absolument simple ne peut être prouvée par aucune expérience, ni par aucune perception. La simplicité absolue n'est donc qu'une pure idée dont aucune expérience possible ne saurait démontrer la réalité objective. Aucune chose absolument simple ne pouvant être donnée dans une expérience possible-, et le monde sensible devant être regardé comme l'ensemble de toutes les expériences possibles, rien de simple ne peut s'y trouver.

Kanl combat la thèse par des considérations fondi'cs,

comme l'argumentation de l'antithèse, sur la divisibilité de l'espace dans lequel se produisent nécessairement tous les phénomènes. Il démontre aisément qu'aucun élément simple nepeutétredonnédans le monde phénoménal, mais la question se trouve ainsi détournée de sa portée véritable ; car en affirmant la réalité des éléments simples, on les représente comme le support invisible des phénomènes, mais on n'entreprend en aucune façon de les montrer dans les phénomènes eux-mêmes. Cependant, et pour bien saisir le senâ de celte discussion, il ne faut pas oublier que Kant ne reconnaissant que la seule intuition sensible, a cru avoir démontré la nonréalité des éléments simples, par cela seul qu'il avait démontré l'impossibilité de leur présence dans le monde phénoménal.

Kant se prononce plus nettement dans l'antithèse, et son argumentation en accepte, et cherche même à en raffermir les conclusions. Il n'y considère que les seuls objets de l'intuition sensible, que les phénomènes, lesquels supposent l'espace, condition nécessaire de leur possibilité. La substance demeure donc une pure conception de l'entendement, sans réalité, car elle ne saurait être perçue par une intuition sensible , laquelle ne s'opère que dans l'espace dont aucune partie n'est simple.

ïaminant les arguments développés dans la thèse et intithèse, ainsi que le jugement eiprimé par Kant uns et les autres, on doit remarquer que dans aucune discussions diverses il n'a été tenu compte de l'op- I qui existe entre les deux éléments de notre connais- 1 savoir, entre les principes intelligibles et métaphyet les données physiques de la perception sensible.

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De là, comme dans les discussions précédentes, ta confusion des termes, et l'argumentation inacceptable qui en résulte.

L'ensemble des existences phénoménales ne nous présente que des éléments composés et indéfiniment divisibles, et, comme nous l'avons montré, aucun rapport logique ne peut rattacher cet ensemble matériel aux éléments subt^tantiels simples, indécomposables, dont les phénomènes nous ofTrent l'expansion matérielle et visible. Il est aussi absurde de rechercher des éléments simples dans les phénomènes soumis à nos conditions intuitives de mouvemeniy de temps et d'espace, qu'il est déraisonnable de nier la réalité de ces éléments, parce qu'ils sont inaccessibles ànos sens, et que nous ne pouvons les établir et les déterminer par nos raisonnements. Nul sophisme ne réussira à ébranler dans la conscience humaine la ferme persuasion de la vivante réalité de ces principes substantiels.

Il est intéressant de rapprocher les raisonnements produits parKant dans cette discussion, au sujet des monades, des atomes et des points maihématiques, avec les considérations exposées par Vico sur les Points métaphysiques et les efforts {de antiquis. Jtal. sap.. Cap., IV, § 1). Cette haute question y a été traitée avec une admirable supériorité ; la profondeur des pensées, la puissance des démonstrations, la parfaite netteté de l'expression font, à ce qu'il nous semble, de cette discussion un des plus beaux monuments de la Phi-

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