DES ANTINOMIES DYNAMIQUES
concept logique. Ce n'est point un principe vital, universel, absolu, transmettant à toutes les existences par d'innombrables canaux la vie qui les anime, la force qui les meut, c'est un concept abstrait exprimant le premier terme d'une série logique, et l'action créatrice et conservatrice du Dieu vivant se trouve ainsi réduite à n'être qu'une notion hypothétique de la pensée.
Qu'où nous permette de hasarder ici quelques considérations générales.
La réalité des choses se présente à notre intelligence comme un ensemble vivant et ot^anisé, dont toutes les parties se correspondent, et concourent ensemble à une œuvre commune. Notre entendement, quand il applique à cette réalité son action discursive et logique, en écarte les éléments complexes, qu'il ne pourrait saisir ni dans leur ensemble, ni dans le moindre de leurs détails, et se représente les choses au moyen de concepts incomplets, qui n'en sont que les signes rationnels. Mais l'exercice habituel de notre pensée nous montre que nous avons en nous-mêmes un sentiment complet de la Réalité extérieure, grAce auquel ' notre Raison exerce naturellement et à chaque instant sur nos concepts une action rectificative, en restituant dans ses appréciations concrètes co que le procédé conceptif a été forcé de retrancher de l'intuition primitive.
Dans ses argumentations, l'entendement, au contraire, opère la liaison de nos concepts en raison de leurs rapports formels, et sans aucun égard à la réalité de leur contenu, se bornant ainsi à assembler de simples signes des choses, de pures dénominations. Or une semblable liaison de notions nominales ne nous autorise en aucune façon à tirer des conclusions quelconques se rapportant à la réalité intrinsèque
Ià6 EXAMEN DE LA DOCTRINE DE KANT.
des choses si incomplètement représentées par les concepts qui les désignent. Si le philosophe, quand il procède à ces liaisons conceptives et dialectiques, faisait à leur égard ce qu'il opère à chaque instant pour ceux des actes de sa pensée qui se réfèrent à sa vie habituelle, et s'accomplissent en dehors de toute préoccupation dialectique, sa raison lui suggérerait infailliblement les actes rectificatifs qui pareraient à l'insuffisance de ses concepts, et il ne se fonderait pas sur les caractères qui expriment cette insuffisance, pour nier les Réalités qui ont dû nécessairement échapper à l'exiguïté des formes conceptives.
Il appartient donc à la Raison de venir sans cesse suppléer h l'imperfection radicale de nos opérations discursives, et de restituer les muscles, les nerfs, le sang, le mouvement et la vie au squelette qu'offrent à notre pensée les conceptions logiques.
Ainsi à l'ensemble des chosesqu'il est donné à notre intelligence de percevoir, nous faisons correspondre parallèlement, comme moyen de nous en faciliter la connaissance, toute une série de concepts qui nous représentent ces choses, que par des signes dénorainatifs et abstraits. Notre pensée trouve dans ces concepts et dans leur liaison un secours nécessaire et puissant; mais c'est à la condition expresse de ne pas identifier la réalité des choses avec les notions imparfaites qui nous les désignent.
C'est cette condition essentielle que Kant (et tant d'autres avant et après lui) ont négligé d'accomplir. Pour lui notre con^ naissance se trouve ton tentière dans nos concepts ; de simples dénominations abstraites lui semblent exprimer complètement les vivantes réalités, et le jeu dé la dialectique lui représente sufSsamment l'exercice animé des fonctions vitales*
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Les concepts ayant par eux-mêmes une même valeur, ne donnent lieu qu'à une subordination accidentelle, et dépendante de l'action de l'entendement qui les combine ; ils s'offrent en conséquence avec une importance égale dans les discussions de notre philosophe, et les effets et les causes, les substances et les accidents, le nécessaire et le contingent, ne sont plus pour lui que des idées équivalentes, car ce sont des positions logiques que l'entendement peut classer à son gré, sans aucun égard h la condition intrinsèque des choses.
L'abus des concepts et les inconvénients qui en résultent, ne se bornent malheureusement pas aux conclusions inexactes des discussions philosophiques. Pour les esprits vulgaires, et les masses abusées, c'est l'imagination qui vient combler le vide intrinsèque des concepts par les plus étranges représentations. Dans l'ordre religieux, dans l'ordre moral, comme dans l'ordre politique, il s'opère ainsi trop souvent un travestissement complet des idées, par lequel on s'efforce, avec le concours d'une rhétorique aussi inepte qu'odieuse, de faire revivre des sentiments depuis longtemps abolis, et qui ne répondent aucunement à l'état actuel de nos sociétés. On fomente par là les antipathies nationales et sociales, et l'on arrête le mouvement naturel des peuples vers une œuvre commune vraiment civilisatrice et humaine.
Mais revenons à la discussion de la troisième antinomie.
On nie dans l'antithèse la possibilité d'une cause initiale et libre, déterminant la production des phénomènes naturels, parce qu'on la représente comme étant incompatible avec la stabilité et la régularité des lois de la nature, et l'on soutient que la liberté de cette cause impliquerait une action