‹ Examen de la doctrine de KantChapitre 29 sur 44 · BXAHBH DE Li I>OCTBINE DE KANT · texte numérisé non relu

BXAHBH DE Li I>OCTBINE DE KANT

arbitraire et variable, pouvant troubler l'ordre de la nature et la stabilité de ses lois.

Kant (en se conformant d'ailleurs dans l'exposition de cette antithèse à sa méthode habituelle) a présenté la liberté comme une notion abstraite, isolée de tous les éléments qui l'accompagnent et la limitent, et il l'a conçue comme se déve* loppant d'une façon absolument indépendante, sans aucune intervention des facultés rationnelles. La liberté consiste pour lui dans un état de parfait équilibre entre des impulsions diverses, et dans une complète indifférence par rapport à un but final quelconque.

Cette conception abstraite de la liberté en contredit les conditions nécessaires-, une semblable liberté inconditionnelle et absolue repousserait toute délibération rationnelle, et dès lors un acte ne serait libre que s'il se produisait au hasard, et d'une manière irréfléchie, car toute délibération porte nécessairement sur le choix d'un but, et sur l'appréciation des meilleurs moyens de l'atteindre. La liberté ainsi comprise voudrait donc une action incohérente, et une volonté procédant sous l'impulsion du pur caprice.

Si l'on considère la notion de liberté dans son acception réelle, on admettra d'abord que la liberté physique consiste dans l'affranchissement de toute contrainte matérielle pouvant entraver le mouvement naturel des organes, et mettre obstacle & leur développement normal.

La liberté spirituelle, dont la liberté physique nous offre le symbole, consiste parallèlement dans le complet exercice de nos facultés intellectuelles et affectives, et dans la possibilité de poursuivre sans obstacle un but rationnel, conforme à la loi universelle qui régit les êtres intelligents. La liberté ne peut donc pas élre coaçue comme offrant

DBS ANTINOHIES DTNAlIIQDiSS. IflS

par elifr-mème le terme ûnal de l'activité rationnelle. Elle n'est qu'une notion négative, exprimant l'affranchissement de l'âme de toute entrave qui puisse arrêter l'essor de ses facultés. Ainsi les êtres rationnels sont libres, quand rien ne leur empêche de prêter une complète obéissance à la loi universelle qu'ils ont spontanément acceptée , et qui leur prescrit avec une rigueur inflexible l'objet vers lequel ils doivent diriger leurs efforts, ainsi que les déterminations propres & le leur faire atteindre. Ils abdiquent leur raison, et descendent au rang des brutes, quand, abusant de leur liberté, ils entreprennent de se soustraire à la loi morale, et ils entrent alors dans une voie désastreuse qui ]es conduit inévitablement à des abîmes de misère, de dégradation et d'opprobre.

Nous voyons se reproduire dans cette acception de la liberté cette fallacieuse méthode qui représente chacune de nos facultés comme si elle agissait isolément et par ellemême, en ne se liant aucunement aux forces qui l'accompagnent et la complètent.

Celte notion de la liberté impliquant une complète indé-' pendance de tout élément rationnel, Kant n'a pas craint de l'attribuer à la nature divine, en affirmant qu'une Causalité • libre et souveraine troublerait la marche naturelle des phénomènes, et serait en conséquence incompatible avec la régularité nécessaire des lois de la nature.

S'il répugne à notre intelligence d'attribuer h l'homme une liberté d'indifférence, affranchie de toute dépendance des lois de la raison, une pareille conception est bien autrement inadmissible quand on la rapporte à Dieu, à qui nous devons attribuer toutes les perfections à un degré infini. Quels obstacles supposer qui puissent arrêter l'Omnipotence

divine, et dès lors comment lui appliquer cette notion de la liberté? Gomment surtout concevoir cette notion dans des conditions irrationnelles, qui, même dans l'homme, contredisent toutes les conditions de son exercice ? Comment penser dans la Raison suprême et absolue une volonté qui ne soit infaillible et immuable dans toutes ses déterminations? Gomment admettre que cette volonté parfaite puisse entrer en lutte avec elle-raôme, et contredire les lois prescrites à la nature par son infaillible Providence? Mais tout Sentiment des choses divines a manqué complètement à notre philosophe, et cette incommensurable lacune a vicié tous les développements de sa doctrine.

Les arguments par lesquels Kant s'efforce dans toutes les questions de contredire les affirmations naturelles de la conscience humaine, ne résistent donc pas à un sérieux examen. En voulant prouver que la négation des idées psychologiques -et cosmologiques se présentait à la raison avec autant d'autorité que leur affirmation, il a montré n'avoir considéré qu'à un point de vue logique et abstrait tant nos facultés mentales elles-mêmes que les principes catégoriques qui en déterminent l'exercice. A ce point de vue si éloigné de la réalité des choses, là négation ne s'arrête pas aux croyances qui concernent l'àme et le monde; elle atteint également la possibilité de l'expérience, car elle nous refuse tout moyen de réunir nos perceptions, et de les ramener à l'unité de notre conscience.

Pour épuiser la discussion de cette troisième Antinomie, il nous faut encore examiner en détail les arguments ex

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posés par Kant dans ses remarques sur la Thèse' et Bitr l'Antithèse.

Il déclare, en discutant les arguments de la Thèse, qu'il nous est impossible de comprendre comment un état quelconque d'une chose puisse être amené par celui d'une autre ; il conseille, en conséquence, de s'en tenir simplement à l'expérience, tout en disant que la même difficulté se renr contre également à Fégardde la succession des phénomènes dans rexpérience, selon les lois naturelles.

Le principe de causalité, que Kant avait accepté en le limilant à l'expérience, se trouve ainsi renversé même dans l'étroit domaine oîi il l'avait enfermé, et nous voilà rejetés avec Hume dans les abîmes du scepticisme. La contradiction dans laquelle est tombé notre philosophe, en finissant par repousser d'une manière absolue le principe qu'il avait invoqué pour constituer cette expérience, dont l'établissement joue un si grand rôle dans sa doctrine, cette contradiction, disons-nous, serait tout à fait inexplicable, si Kant, tout en limitant la causalité aux phénomènes visibles, l'eût cependant congue comme un principe efficient et réel. Mais, comme nous l'avons montré, la causalité avait eu pour lui une signification purement logique. Quand il s'est trouvé en face de la grande question du Monde et de sa Cause suprême, il a compris que si l'on admettait la causalité comme la condition nécessaire de l'exercice de notre intelligence, il était impossible d'en restreindre l'action aux seuls objets de l'expérience, sans remonter par ce principe jusqu'à la Cause essentielle et suprême. Dès lors il n'a pas voulu se laisser embarrasser plus longtemps par une conception logique à laquelle il n'avait attribué aucune réalité, et qui conduisait à affirmer cette Cause première déclarée par lui

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inadmissible. Ainsi la répugnance de Kant pour les choses divines a été assez forte pour lui faire sacrifier ce frêle édifice de l'expérience qu'il avait si péniblement élevé.

Mais avec le rejet du principe de Causalité, Kant a renversé les bases mêmes de notre connaissance, en ne laissant à notre intelligence que la perception confuse de ses propres représentations, qu'aucun lien ne réunit et que rien ne rattache ni à un sujet percevant, ni h un Objet perçu. Ainsi disparaissent et les données de l'expérience, et jusqu'à la possibilité de l'investigation scientifique la plus élémentaire et la plus empirique.

Nous verrons bientôt notre philosophe, que les contradictions n'arrêtent jamais, ne tenir aucun compte de l'importante déclaration que nous avons signalée, et maintenir cette expérience dont il avait renversé les fondements. Mais les principes d'une doctrine ont une puissance intrinsèque qui se développe nécessairement, et ils ne cèdent que momentanément aux besoins d'une tortueuse dialectique; aussi l'enseignement de Kant demeurc-t-il frappé d'un caractère sceptique indélébile.

Kant maintiendra donc cette expérience, qui se réduit à un ensemble de représentations liées entre elles par des conceptions nominales, et dont il se contente pour satisfaire aux besoins pratiques d'une vie privée de toute lumière, et se poursuivant au hasard sans but et sans guide. , On passe de ce triste domaine de l'illusion et du vide atout l'éclat de la Réalité, quand, d'accord avec le sentiment commun de l'humanité, on s'élève de degré en degré, en vertu du principe de causalité, jusqu'à la conception de la Cause initiale et permanente du Monde, de la source infinie de la vie universelle, répandant ses flots dans toute la chaîne

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