‹ Examen de la doctrine de KantChapitre 36 sur 44 · DISCUSSION DU PROBLÈME THËOLOGIQCB · texte numérisé non relu

DISCUSSION DU PROBLÈME THËOLOGIQCB

Il conclut en disant que c la matière, et en général ce u qui appartient au monde, n'est pas applicable à l'idée d'un

» Être premier et nécessaire , et que nous devons placer

1 cet Être hors du monde : alors, en effet, nous pouvons

> toujours dériver avec confiance les phénomènes du monde

> et leur existence d'autres phénomènes, comme s'il tîy

> avait pas d'Être nécessaire, et nous pouvons cependant ) tendre sans cesse à l'achèvement de la dérivation, comme I si un tel Ëtreétait supposé à titre de principe suprême».

Ces raisonnements compliqués, ces distinctions si difficilement saisissables reproduisent en des termes différents les principes fondamentaux de la doctrine de notre philo- Bophe, que nous nous sommes si souvent efforcé de contredire. Nous nous bornerons donc à rappeler que nous nous trouvons toujours en face des mêmes négations, et des mêmes artifices dialectiques.

Disons d'abord que les expressions, dans le monde, et hors du monde, employées par Kant dans cette discussion , n'offrent à l'esprit aucun sens précis et Kant, en reléguant /«ors du monde le concept de l'Être suprême, n'a voulu que supprimer dans l'objet de ce concept toute action efficiente et réelle sur les choses de ce monde et sur la marche des phénomènes, en ne lui accordant ainsi qu'une existence nominale, et inefficace.

Ces expressions de monde et de hors du monde, prises dans leur sens naturel, ont l'inconvénient de représenter par une image les choses intelligibles qui ne sont susceptibles d'aucune figuration ; elles ne présentent donc aucun sens philosophique et réel. Dans les conditions présentes de notre existence, nous nous trouvons placés à la fois, et au milieu d'un ensemble de phénomènes matériels et sensibles, et au milieu

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d'éléments spirituels et intelligibles; nous puisons simultanément dans les uns et dans les autres les éléments de notre connaissance, recevant par notre seosibilité des perceptions phénoménales, el par notre raison les lois et les principes régulateurs qui rendent accessibles à notre connaissance les perceptions de notre sensibilité. Nous éprouvons des besoins physiques, nous ayons des volitions confuses et indéfinies, et nous percevons des notions supérieures par lesquelles nous réglons ces mouvements divergents, en les soumettant à des règles inflexibles qui nous prescrivent de coordonner nos actes pratiques, d'après un Idéal de moralité et de justice.

C'est ainsi que s'opère incessamment, et sans aucun effort, dans l'entendement et dans la conscience, tant au point de vue spéculatif qu'au point de vue pratique, l'accord des éléments divers de notre double intuition, et que toute contradiction disparait dans une liaison intime et une subordination harmonieuse.

C'est donc inexactement s'exprimer que de ne reconnaître dans le Monde que des choses matérielles et visibles, et de reléguer hors du monde les choses spirituelles et invisibles, tandis que tout nous révèle autour de nous la coexistence simultanée, et également objective et réelle, des éléments corporels et des éléments spirituels.

Mais Kant, en repoussant hors du monde la Réalité essentielle et suprême, a voulu soustraire la marche naturelle des phénomènes à U)ute action de la Providence divine, et il n'a consenti à laisser concevoir hors du monde la Personnalité suprême, qu'en lui enlevant tous ses attributs, et en en faisant une notion hypothétique qu'il croyait pourvoir suffire à la satisfaction des besoins irrationnels de quelques imaginations.

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Mais pendant que toutes les expressions de nos facultés montrent l'action concordante et simultanée des deux éléments de notre existence, et que cet accord se manifeste dans la pensée, dans le langage, dans la conscience et dans toutes nos relations sociales, les sophistes, fermant les yeux à ces faits d'une palpable évidence, s'efforcent de désagréger ces éléments, et de nous les représenter comme absolument inconciliables. La puissance discursive de notre entendement, détournée de ses fonctions naturelles, devient l'instrument de cette désagrégation, lorsque, poussée hors de ses limites, on l'appelle à démontrer les réalités qui la surpassent.

Nous avons vu que les procédés logiques s'appliquent à des données intuitives initiales, qu'ils ne peuvent que développer; ce développement, et la conclusion qui en résulte, dépendent donc entièrement du point de départ d'un raisonnement, qui cesse d'être valable quand il contient des éléments hétérogènes. Que la donnée première se réfère à un objet de l'intuition intelligible, la conclusion sera absolument immatérielle, et repoussera tout élément sensible; qu'elle soit matérielle, et la conséquence exclura avec la même rigueur tout élément spirituel. De là ces antinomies, ces inévitables contradictions, qu'il faut bien se garder d'attribuer avec Kant aux conditions intrinsèques de notre Raison, et qui ne proviennent que de l'abus de notre faculté logique. C'est donc d'une dialectique fallacieuse que naissent ces contradictions, et une complète confusion résulte nécessairement de l'opposition des prémisses, ainsi que de l'inexactitude des termes de l'argumentation.

Kant a enfermé notre pensée (soit quand il en restreint l'exercice sous le nom d'Entendement, ou qu'il lui assigne

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une sphère plus éteadue, eo l'appelant Saison), dans la faculté discursive, et il a demandé & la Dialectique la démons- Iration et la reconnaissance de toutes les vérités. Ceci explique comment les problèmes les plus élevés se sont présentés tour à tour à ce puissant esprit sous un aspect opposé, et comment il a pu en admettre avec indifférence les solutions contradictoires.

Cependant le principe de non-contradiction nous est un guide infaillible dans tous les développements de notre pensée, et nos concepts et nos jugements doivent offrir nécessairement une parfaite concordance, parce que les objets de notre double intuition s'accordent naturellement dans notre conscience, où les éléments matériels se, trouvent subordonnés aux principes immatériels et supérieurs qui en sont le support.

lA où apparaissent les contradictions, là se trouvent le sophisme et l'erreur ; et une doctrine qui, comme celle de notre philosophe, admet comme nécessaire l'affirmation de principes contraires ayant une égale autorité, témoigne clairement de sa radicale incompétence.

La preuve appelée par Kant physico~théologique se distingue de la preuve cosmologique, en ce que pendant que celle-ci part du concept général du Monde, de l'ensemble des phénomènes, envisagé comme contingent, pour s'élever à la conception d'un principe nécessaire , la preuve physico-

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