‹ Examen de la doctrine de KantChapitre 4 sur 44 · LOGIQUE TRANSCENDANTALE · texte numérisé non relu

LOGIQUE TRANSCENDANTALE

Avant toute étude des fonctions de notre entendement et des lois qui en déterminent l'exercice, il nous faut reconnaître tout d'abord que notre connaissance est soumise à des conditions générales, à des principes d'un ordre supérieur à l'intuition sensible, sans lesquels notre pensée serait réduite à ne saisir que de vagues apparences, dépourvues d'une signification rationnelle.

Et d'abord les opérations de notre entendement, ainsi que les résultats dont elles enrichissent notre connaissance, doivent s'accorder constamment et constituer un ensemble dont aucun élément ne se contredise. Ce fait nécessaire s'exprime par le principe de non-contradiction, principe impliquant l'unité de notre entendement, laquelle se manifeste par la concordance de ses opérations. Avant de reconnaître et de distinguer les fonctions de l'entendement, il faut donc admettre que cet entendement est im et que ses opérations sont concordantes.

Nôtre connaissance demeurerait également sans base, et n'enfanterait que de pures iUusions, si nous n'avions pas l'inébranlable sentiment de la véracité de nos perceptions, à savoir de leur correspondance réelle avec les phénomènes extérieurs qui les déterminent, et c'est sur la réalité de cette correspondance que se fonde notre vie intellectuelle.

Il est trop évident que ces notions fondamentales de Vunite' de notre intelligence, de la concordance nécessaire de ses opérations, de la correspondance de nos perceptions avec une Réalité objective, ne dérivent pas en nous de l'intuition

li EXAMEN DE LA DOCTRINE DE KANT.

sensible. Nous ne pouvons pas admettre davantage que l'entendement les produise par une force intrinsèque, indépendamment d'une action causale, et nous nous appuyons sur le sentiment universel de l'humanité en les attribuant à une cause suprême et absolue, foyer de la vie universelle, à la Vérité éternelle qui illumine notre intelligence, et dont nous avons une intuition proportionnée aux limites de nos facultés.

Ainsi, avant toute étude des lois de notre entendement, et pour établir la possibilité de leur exercice, il nous faut admettre ces trois principes fondamentaux : 1° l'unité de notre entendement; 2° la concordance de ses opérations; 3° la véracité de ses perceptions, à savoir, leur correspondance réelle avec l'Ordre de la nature.

Ces principes, conditions nécessaires de l'exercice de notre pensée, nous sont attestés par les manifestations de notre activité mentale, telles qu'elles se révèlent par le langage et par tous les actes de notre vie pratique. Tout y affirme l'unité de la conscience et de la pensée humaine, car nos sensations, nos conceps, nos volitions et nos actes sont incessamment attribués par nous à un mot indivisible, où ils aboutissent et d'où ils émanent. Nous repoussons toute contradiction dans nos pensées comme contraire aux conditions essentielles de l'exercice de notre intelligence; enfin, nous n'élevons aucun doute sur la réalité de nos perceptions et sur leur corformité avec les objets perçus. Ainsi (et sauf les aberrations sophistiques de quelques penseurs solitaires, dont les actes pratiques contredisent h chaque instant les réserves spéculatives), nous reconnaissons que nos perceptions nous révèlent une Réahté objective; nous sentons que nous ne sommes pas le jouet d'un Génie malfaisant et trom^

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peur qui nous environne d'illusions et de songes, mais que nous sommes incessamment secourus par une Lumière divine qui nous éclaire et nous guide.

Il est d'autres notions fondamentales, essentielles à notre connaissance, qui dépassent inûniment nos perceptions sensibles, et nous révèlent une intuition supérieure. Telle est l'idée de substance , par laquelle nous rattachons nos perceptions phénoménales à des unités substantielles , indivisibles, que nous ne pouvons figurer et déterminer, mais que nous concevons comme étant le lien et le support des modifications perceptives qui leur correspondent, et comme leur donnant la consistance et l'unité sans lesquelles elles ne pourraient devenir un élément de notre connaissance.

Le principe de causalité, en vertu duquel nous considérons tous les objets de notre pensée comme une série non interrompue A'effets et de causes, figure également parmi ces notions d'ordre supérieur que nous ne saurions déduire de nos perceptions sensibles. Ce principe exprime l'invincible besoin de notre intelligence de lier entre eux, dans une exacte subordination, tous les éléments de notre connaissance, et de les considérer comme tes anneaux d'une chatne infinie rattachant toutes les choses à une cause originelle et suprême.

Locke, ce penseur judicieux dont la parfaite sincérité eut trop souvent à lutter contre les déductions de théories insuffisantes, s'est trouvé fort embarrassé par l'idée de substance, qu'il rencontrait à chaque instant dans les raisonnements et

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le langage, et qui répugnait cependant à son système idéologique. Aussi n'admit-il cette idée de substance que d'une manière nominale, et comme quelque chose dont il ne pouvait se rendre compte.

Quant à ia causalité, on sait comment l'ingénieux David Hume a nié que l'on pût légitimement établir la liaison et la subordination des phénomènes, et comment il a cru expliquer par la simple habitude l'acte de notre entendement par lequel nous subordonnons les unes aux autres nos perceptions par une liaison A'effets et de causes.

Nous aurons à examiner ultérieurement quelle est la place assignée réellement par Kant aux idées de substance et de causalité et à montrer l'insuffisance de sa docuine par rapport à ces importants principes. Mais, avant d'entreprendre l'examen de la manière dont notre philosophe a considéré les fonctions de l'entendement et leurs rapports mutuels, il est peut-être utile d'insister sur le caractère particulier que présentent les idées fondamentales par nous énumérées, et qui dérivent en nous d'une intuition intelligible, laquelle est d'un tout autre ordre que l'intuition sensible, qui nous donne la perception des phénomènes matériels.

Ces idées A' Infinité, d'Éternité et de Force, dont nous avons la déduction dans les concepts formels d'Espace, de Temps et de Mouvement, qui coordonnent nos perceptions sensibles; cette conscience d'un Moi et de son indivisible Unité ; ces principes de la concordance nécessaire des divers éléments de notre connaissance, de la conformité de nos perceptions avec les réalités du monde extérieur; cette conception de la substance, support des qualités diverses perçues par nos sens extérieurs ; ce principe de causalité, en vertu

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