DE LA RAISON PHATIOUB
tandis que l'observation de pratiques traditionnelles procurerait aux populations une paix profonde et durable, au prix d'une obéissance absolue. Cette doctrine rationnellement sceptique, et pratiquement asservissante, don t l'enseignement poursuivi sans relâche a fait depuis dans les esprits d'immenses ravages, ne laisse pas de présenter une grande analogie avec les principes de Kant.
Nous voyons des deux côtés affirmer et l'incompétence de la Raison, en ce qui touche les vérités spéculatives, et la nécessité d'assurer l'exercice de la vie pratique par des principes quelconques d'une indiscutable autorité ; et, des deux côtés, on oublie également qu'il est tm Verbe divin, une lumière véritable qui éclaire tout homme venant en ce monde.
Cependant la doctrine morale de notre philosophe a reçu d'universels éloges, et l'on ne peut en effet méconnaître la pureté et la noblesse des maximes qui y sont professées. Mais on doit juger autrement, ce nous semble, les principes qui en sont le fondement, et oîi l'on retrouve, si on les approfondit, l'esprit général de la doctrine critique. Nous y voyons d'abord la Raison promulguant des lois en vertu d'une énergie propre et indépendante, et ces lois, dépourvues d'autorité et de sanction, présentent un caractère arbitraire, que l'on pourrait assimiler à celui des décrets de certains pouvoirs politiques. Et d'où viendrait à la Raison humaine ce pouvoir législatif? Quelle est la source commune de ces lois, et, si elle n'est en nous que par une action individuelle, comment leur attribuer une autorité générale ? Mais comment concevoir ailleurs qu'en Dieu et dans son inËiillible Justice cette source commune que ne saurait fournir un Êtntastique Idéalisme?
3?fl EXAMEN DE LA DOCTRINE DE KANT.
Les principes de la doctrine morale de Kant ne nous paraissent donc pas différer de ceux qui constituent sa doctrine Idéologique et métaphysique. Sa raison pratique enfante d'elle-même ses lois, comme nous avons vu l'intuition et l'entendement produire d'eux-mêmes leurs formes et leurs catégories, et le Dieu chargé de décerner les peines et les récompenses n'est pas le Dieu vivant, dont la suprême intelligence éclaire notre esprit, dont la Justice étemelle retentit dans nos cœurs, et vers lequel l'humanité tout entière s'élève avec l'élan de l'amour, en l'appelant notre Pëi-e; c'est un Dieu hypothétique, que Kant nous offre comme un élément de satisfaction et d'espérance, td enfin qu'il l'a représenté dans sa Dialectique transcendantale, h savoir, comme une conception digne de respect, qui satisfait à certains besoins de notre nature, et contre laquelle la Critique n'est pas en mesure de produire une exclusion péremptoire. ■
Nous retrouvons donc dans les éléments rationnels de son Éthique, les mêmes principes que nous avons rencontrés dans sa doctrine spéculative, bien qu'ils y soient déguisés sous un langage presque religieux.
La théorie morale de Kant et sa théorie spéculative s'accordent pour repousser l'intuition spirituelle et intelligible, et c'est cette négation, vice radical de sa doctrine, qui lui a rendu impossible d'asseoir ses préceptes pratiques sur une base théorique quelconque. C'est faute d'une telle base que, pour établir une doctrine morale et échapper aux conséquences de sa Critique destructive, il a été conduit à proposer cette inconcevable bifurcation de la Raison en deux facultés opposées, méconnaissant ainsi l'unité nécessaire de notre connaissance, ainsi que le besoin invincible de notre esprit