DE U RAISON PRATIQUE
tage de cet ordre, et qu'il se sera plus éloigné de la voie de la justice. La loi de l'ordre contient en elle-même son inévitable sanction, et c'est dans son propre priocipe que résident absolument ses promesses et ses menaces, ses récompenses et ses peines.
U est donc faux de considérer les satisfactions matérielles et extérieures comme la récompense nécessaire des actions vertueuses, et comme y devant correspondre. Cependant, même & cet étroit point de vue, tout nous démontre qu'on ne saurait obtenir la possession assurée des avantages matériels, ni améliorer les conditions physiques des associations humaines, sans une exacte observation des lois de la moralité et de la justice qui seules peuvent procurer^à chacun le concours de tous, pour utiliser au profit de tous les forces de la nature, et répartir sur un cercle déplus en plus étendu les chances bonnes ou mauvaises de l'existence physique. Les récompenses purement matérielles, que promettaient aux Hébreux leurs traditions religieuses, pouvaient donc être légitimement considérées comme la conséquence .nécessaire de leur parfaite obéissance aux préceptes qui déterminaient, selon la justice, leurs rapports réciproques à l'égard de la vie matérielle. Pareillement les dissentiments économiques, qui troublent profondément nos sociétés modernes, constatent dans notreviesocialeunegrave perturbation morale : ibinon vEREViviTUB, selon l'admirable expression de Térence, on ne vit pas êune vie véritable, là où l'on perd le sentiment des devoirs réciproques, et où l'on oublie les conditions respectives de l'autorité et de l'obéissance, lesquelles ne s'obtiennent que par la constante application des principes d'Ordre et de Justice.
Ce n'est donc pas h une existence ultérieure, dont les con-
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dilions sont indélerminables, qu'il faut renvoyer les coiiàêquences heureuses ou terriGantes de notre vie morale actuelle. On ne saurait trop se persuader qu'un châtiment immédiat, irrévocable, suit nécessairement toute infraction à l'Ordre, et qu'une vie poursuivie dans les voies de la Justice et de la Charité contient essentiellement en elle-même le but final de ses aspirations.
Les plaintes qui s'élèvent sans cesse sur la prospérité des méchants et les souffrances des justes reposent sur une double erreur. On oublie, d'une part, que la vie humaine est loin d'être comprise dans les conditions présentes de notre existence, lesquelles ne sont qu'un stade plus ou moins péniblement parcouru d'un voyage indéfini. D'autre part, on conçoit sous une forme extérieure et matérielle les récompenses, fruit d'une vie vertueuse, et les peines qui doivent atteindre les ftmes perverses et déréglées; tandis qu'il convient de considérer ces peines et ces récompenses, comme inhérentesàl'Ordre moral lui-même, et comme dépendantes de l'action propre des hommes, qui se font eux-mêmes sur leur propre personne les ministres inexorables de la justice divine. La merveilleuse parabole de Job ne saurait être trop méditée. Ses amis lui disent avec une cruelle insistance, que les calamités qui l'accablent sont sans doute la punition de ses iniquités, et le saint Patriarche s'écrie avec douleur : amià met immisericordes facti sunt ! et il en appelle avec confiance à la Justice divine.
Ces considérations, si on les conçoit d'une manière géntrale, se rapportent à la grande question de la finalité des œuvres de Dieu. C'est hasarder des imaginations téméraires et impies que de renfermer les manifestations infinies de la puissance créatrice dans l'état présent des choses et dans les