DES CATËGORIKS DE L'ENTENDEMENT
Les concepts de notre entendement, dans leur variété et leur multiplicité indéfinies, s'offrent à notre observation avec des caractères saillants et divers qui nous permettent d'en opérer une classiiicatîon régulière. Ces caractères différents dénotent par leur stabilité une action permanente et régulière des fonctions de notre entendement; nous comprenons ainsi que ces fonctions s'exercent en vertu de lois fixes et nécessaires, dont nous trouvons l'expression dans les éléments régulateurs que nous dégageons des caractères généraux de ces concepts.
Kant, d'après Arîstote, a donné à ces éléments régula^ teurs le nom de catégories.
La classification de ces catégories, et la détermination de leur origine et de leur importance, forment une partie essentielle de la doctrine de notre philosophe. C'est en s'appuyant principalement sur te rôle assigné par lui aux catégories, qu'il a entrepris de constituer un ensemble systématique, d'où devait résulter selon lui la solution des problèmes que se pose l'esprit humain pour exphquer et légitimer ses opérations.
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Il bat reiDiirqiier que Eant n'a point coDçn les formes catégoriques comme la production des fonctions réelles de notre entendement, comme l'espression et le résultat des lois nécessaires qui en déterminent l'esercice. Faisant une complète abstraction des conditions de notre faculté mentale et de l'action de ses fonctions intrinsèques, il a considéré les catégories comme l'expression d'une ordination tout extérieure de nos concepts, et il les a réduites ainsi à n'offrir que de simples dénominations répondant à une distribution artiScielle, sans aucnn rapport direct avec notre organisme mental et son exercice.
On comprend dès lors que Kant, ayant considéré les catégories comme des dirisions établies d'après une ciassificatioQ artificielle plus ou moins ingénieuse de nos concepts, ait pu les atlribuer à la spontanéité de notre entendement, c'est-à-dire à la spontanéité de l'entendement en tant que sujet pensant, auteur de cette classification, et non pas en tant qu'objet pensé. De quelque (açon que l'on veuille entendre cette spontanéité de notre entendement, cette expression n'offre point un sens acceptable, car dans un sens et dans l'autre ou aurait, ou, d'un câté, un esprit opérant une classification artificielle et arbitraire, ou, de l'autre, un entendement agissant par sa propre énergie, sans se rattacher à une cause efficiente. Le sens de l'espression employée par notre philosophe demeure donc douteux, mais la suite de cette discussion montrera qu'il a conçu les catégories comme le résultat d'une simple distribution logique. C'est en cela que KanI s'est complètement écarté du point de me vraiment scientifique du grand Stagyrite.
En comparant nos intuitions originelles aux concepts qui en dérivent, on reconnaît que notre entendement leur
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Fait subir une complète transformation, par laquelle les perceptions confuses et mobiles de notre sensibilité devenues intelligibles peuvent, dans leur nouvel état, être saisies par notre pensée, et devenir l'objet de nos jugements. La diversité de nos concepts et celle des transformations qu'ils accomplissent, sont principalement déterminées par la nature des intuitions qui en sont la matière originelle, par la source matérielle ou spirituelle dont elles émanent. On trouverait, ce nous semble, dans cette distinction un guide précieux pour la cla&siiîcation de nos catégories, et il serait facile d'en dégager sûrement les lois régulatrices dont elles sont appelées à nous offrir l'expression.
Les catégories sont distribuées par Kant en quatre classes, celles de Qlantité, Qualité, RELATtON et Modalité.
Il présente cette classification comme n'étant pas arbitraire, et comme dérivant systématiquement d'un principe commun : de la faculté de juger et de penser.
Mais a-t-il entendu cette faculté de juger et de penser dans un sens objectif, et comme nous fournissant, par des manifestations réelles et observables, des données dont nous puissions extraire ces catégories, ou bien l'a-t-it considérée subjectivement dans son exercice indépendant et actif, comme imposant aux objets de sa connaissance des déterminations provenant de sa propre énergie?
L'ambiguïté des tenues que nous signalions tout à l'heure, se retrouve ainsi dans le double sens que l'on peut attachera la faculté de juger et cfe/je«sej-, laquelle peut être conçue pareillement sous un rapport objectif ou subjectif.
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Cette ambiguïté de l'expression, et le vague qui en résulte, correspondaient peut-être à l'étal de la pensée de notre philosophe, mais les développements ultérieurs de sa doctrine prouvent qu'il a entendu ce jugement et cette pensée dans un sens subjectif, et comme opérant la coordination des catégories d'après des données indépendantes de l'organisme intérieur de notre faculté mentale, et qui proviennent de l'action purement extérieure et logique de la pensée et du jugement.
Ainsi les concepts catégoriques n'étant pas considérés par Kant comme la représentation nécessaire des fonctions de l'entendement, n'ont même pas une valeur subjective correspondant aux conditions intrinsèques de nos facultés; on ne peut leur assigner qu'une signification purement conceptive, et il faut les considérer comme la simple expression d'une distribution logique.
La classification exposée par Kant, et opérée, selon nous, d'une manière arbitraire, offre des résultats qui nous paraissent inacceptables.
11 range indifféremment, et en leur donnant une importance égale, dans la classe de Relation, les catégories de êubstance et à' accident, celles de causalité et de dépendance, sans marquer entre elles une subordination quelconque; il est donc évident qu'il n'a considéré ces concepts catégoriques qu'au point de vue logique, où les déterminations contraires ont une égale valeur, parce qu'elles offrent l'une et l'autre le développement opposé d'une môme notion. On a aussi de la peine à concevoir comment la catégorie de Réalité ait pu être comprise par Kant dans la classe de Qualité.
Une classification qui n*a aucun égard à l'importance des
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idées ne pouvait que jeter l'esprit dans une inextricable confusion.
Il y a Heu également de s'étonner en voyant les notions fondamentales de substance, de réalité et de causalité mises par Kant suf le même rang que les prédicaments catégoriques, sans que rien en dénote l'importance spéciale. Les ^conséquences dé cette confusion se sont fait sentir sur tous les développements de sa doctrine.
Notre raison se refuse à donner une importance égale à des concepts qui expriment les uns une action causale, nécessaire et efficiente, les autres des effets contingents et passifs. Il est en effet de toute évidence que notre entendement considère comme accidents, comme choses contingentes et dépendantes, les phénomènes perçus par notre sensibilité, et qu'il conçoit les idées de cause et de substance comme se rapportant à des objets d'un tout autre ordre, auxquels nous rattachons, en les subordonnant, nos perceptions sensibles qui nous offrent des effets contingents et variables, et des qualités accidentelles et multiples.
La notion de Réalité a été placée par Kant dans la classe de qualité, au même rang et avec la même importance que la Négation et la Limitation {il les a considérées, en elîet, toutes trois comme des déterminations diverses, mais d'une valeur égale d'une même conception logique). Cette notion de Réalité enveloppe pourtant le concept suprême à'essence. N'est-il pas étrange de voir la Réalité essentielle, ij oucia, cet Objet perpétuel de notre Raison, ramenée ii ne représenter qu'une dénomination logique et une simple expression ordinale? On est donc en droit d'attribuer aux principes de la Doctrine critique et à cette classilication des éléments de notre connaissance qui en est la base, ces