‹ Examen de la doctrine physiologiqueChapitre 13 sur 14 · PIÈCES A CONSULTER · texte numérisé non relu

PIÈCES A CONSULTER

Sur la demande de M. Broussais , médecin en chef de l'hôpital militaire d'instruction du Val-de-Grâce à Paris , et d'après l'autorisation de M. le sous-intendant militaire chargé de la police des hôpitaux militaires de la place de Paris , je soussigné , officier principal d'administration , directeur dudit hôpital , déclare que vers la fin du mois d'avril dernier :

« Une personne se disant attachée au secrétariat-général du ministère du commerce et des travaux publics , s'est présentée à mon bureau vers trois heures après midi , de la part de M. Edmond Blanc , secrétaire-général dudit ministère , pour me demander un relevé par service de chacun de MM. les médecins du Val-de-Grâce, des cholériques entrés , sortis , guéris , morts et restant en traitement, à l'époque où cette demande m'a été faite.

» La personne qui m'a fait cette demande n'a pas dit son nom : c'était un jeune homme de vingt-cinq à trente ans, d'une taille élancée et assez élevée , figure très-brune et maigre , nez un peu épaté, cheveux , barbe et sourcils noirs , œil grand et très vif, un peu enfoncé , parole très brève et précipitée , montrant beaucoup d'assurance. Il était porteur d'un rouleau de papiers assez volumineux , qu'il tenait sous son bras • il les a déployés sur une table , et , pour justifier la démarche qu'il faisait auprès de moi , il m'a fait remarquer les états de situation des cholériques que M. le ministre de la guerre a ordonné à tous les hôpitaux militaires de la place de Paris de fournir chaque jour à M. le ministre du commerce. Ces états sont nominatifs , sans distinction des services de MM. les médecins qui les traitent. Ils portent en résumé et numériquement les restans de la veille au matin, les entrans du jour, ceux sortis, ceux morts , et enfin les restans à l'hôpital ; j'ai reconnu les états du Valde-Grâce, ceux de l'hôpital militaire des Invalides et du Gros- Caillou , et j'en ai vu des hospices civils.

» J'ai dit à cette personne que, malgré la présentation de tous

ces papiers, qui pouvaient faire croire jusqu'à un certain point à la mission dont elle disait avoir été chargée par M. Edmond Blanc , secrétaire-général du ministère du commerce et des travaux publics, je ne fournirais aucun des renseignemens demandés sans une autorisation formelle de M. le ministrrede la guerre, laquelle devait m'être transmise officiellement par la voie hiérarchique établie dans l'administration militaire ; qu'il n'avait qu'à faire écrire à ce sujet par M. le ministre du commerce à celui de la guerre, et que jusque-là je ne communiquerais rien. Ce particulier s'est retiré, disant que , dans le jour même, il serait écrit dans ce sens au ministre de la guerre par celui du commerce.

» Le lendemain il est revenu vers midi , toujours ayant sous le bras le même rouleau de papiers qu'il avait la veille , pour me demander si j'avais reçu les ordres de M. le ministre de la guerre ,. pour lui fournir les notes qu'il désirait avoir, m' assurant qu'en rentrant la veille au ministère du commerce, il avait fait écrire au ministre de la guerre pour me faire donner l'autorisation en question, que je devais avoir reçue. Je lui répondis que je ne l'avais point reçue, et que jusque-là je persistais dans mon refus de lui fournir des informations.

» Je crus devoir rendre compte dès le même jour à M. le sousintendant militaire charge' de la police de l'hôpital de ce qui arrivait, et de l'insistance du soi-disant commis du secrétariat-général du ministère du commerce, Il approuva ce que j'avais fait, et m'engagea à ne rien fournir jusqu'à ce qu'il m'eût transmis les ordres du ministre de la guerre.

» Le jour d'après , le même particulier , toujours avec son rouleau de papiers sous le bras, est revenu à la charge, me témoignant sa surprise de ce que je n'avais pas encore reçu les ordres qu'il avait fait solliciter auprès de M. le ministre delà guerre.

» Il était alors auprès d'un bureau où un employé était occupé à préparer un travail relatif aux cholériques , qui devait être remiîe lendemain à M. le sous-intendant militaire chargé de la police de l'hôpital. Il eut l'air d'observer avec beaucoup de curiosité les pa~

piers épars sur la table ; il voulut même y toucher et les voir de plus près. On lui fit remarquer sou indiscrétion. Je lui dis que je n'avais pas encore reçu d'ordres , et que je ne lui donnerais rien jusqu'à ce que je les eusse reçus. Depuis, je ne l'ai plus revu et n'ai pas reçu d'ordres. S'il a recueilli des chiffres sur la table, cette indiscrétion n'a pu lui donner que des résultats très-imparfaits • car, pour avoir un travail exact sur cet objet, il fallait faire des dépouillemens , de concert avec MM. les médecins traitans qui seuls connaissent les mutations opérées dans leur service : toute autre manière ne pouvait produire que des résultats incertains et même fautifs, et si le particulier en question s'est prévalu de chiffres qu'il aura pris à la volée , son indiscrétion n'a pu que l'induire en erreur. Il est donc constant que je ne lui ai donné aucune note ni renseignement , et que j'ai fourni uniquement, soit au ministre de la guerre, soit à celui du commerce , soit aux autorités qui m'ont été indiquées , les seuls états sus-désignés, en vertu d'ordres positifs. Paris, le 11 mai i83a.

IS officier principal d: 'administration, directeur.

Signé BOURDIN.

Vu par nous, sous-intendant militaire chargé de la police de l'hôpital militaire du Val-de-Grâce.

Signé EVRARD.

La pièce précédente contient toute l'histoire des suppôts de la médecine brouillonne des entités , réduite aux abois. N'ayant aucun argument supportable à opposer aux médecins physiologistes , qu'ils trouvent toujours inexpugnables sur le terrain de l'observation physiologique , ils n'ont plus de ressource que dans la fureur et dans l'imposture. Ils essaient de persuader au public que nous n'obtenons pas dans la pratique les résultats que nous annonçons. Ils cherchent aussi à brouiller le médecin en chef du Val-de-Grâce avec ses collaborateurs, en flattant l' amour-propre de ces derniers par les

avantages qu'ils leur accordent sur lui dans les résultats nécrologiques. Cette tentative, qu'ils avaient faite autrefois, ne leur ayant pas réussi, ils la renouvellent aujourd'hui dans l'espoir d'un meilleur succès. Ils ont vu cependant, avec tout le public, qu'il existe toujours un accoid parfait entre le professeur Broussais et les autres professeurs du Val-de-Grâce , ses collaborateurs , puisque ceux-ci n'ont point cessé de déposer dans les Annales les résultats de leurs observations et d'y consigner des principes de médecine parfaitement semblables aux siens; mais cette preuve authentique de l'identité de nos doctrines ne les a point fait renoncer à leur projet : ils ont pensé que le choléra-inorbus serait une belle occasion , et qu'il importait de la saisir pour semer la division parmi nous. Sils parvenaient à prouver que les médecins du Val-de-Grâce ne sont pas d'accord, et que, avec une pratique opposée à celle de M. Broussais, ses collaborateurs obtiennent de meilleurs résultats, ils seraient au comble de leurs vœux; ne pouvant y réussir, ils s'abstiennent d'aborder cette question et ils se contentent d'assurer que les gu élisons sont plus multipliées dans le service des autres médecins du Val-de-Grâce que dans celui de M. Broussais, avec l'espoir que le public en tirera la conclusion que leurs principes de médecine , et par conséquent leur pratique , diffèrent des siens. Ils ne prennent point en considération un fait de haute importance : que M. Broussais, chargé de l'enseignement clinique , s'imposent constamment la loi de rassembler dans ses salles des maladies graves, et que, par conséquent , lorsque ces maladies sont peu nombreuses dans l'hôpital, on en trouve, toujours plus dans ses salles que dans celles de ses collaborateurs; c'est ainsi que furent déposés dans son service les premiers cholériques qui parurent , et qu'il ne s'en trouva dans les autres que lorsqu'ils se furent multipliés , au point que les salles de la clinique ne pouvaient plus y suffire. Ajoutons que le traitement que les autres médecins du Vaille -Grâce adoptèrent alors , était le même que celui que M. Brous s ais avait institué.

Voilà les faits : maintenant , qu'il y ait eu quelques différences dans les résultats, et que ces différences aient été en faveur des au-

très médecins, question qui n'a pas été approfondie ; qu'en pourraiton conclure, puisque la pratique a4 été la même , et puisque les chirurgiens de garde avaient reçu de M. Broussais l'ordre de faire déposer les cholériques les plus malades dans la clinique , ce à quoi ils étaient d'ailleurs portés par l'intérêt de leur instruction , attendu que M. Broussais leur donnait , sur ces malades , des détails et des explications que les autres médecins n'étaient point chargés de leur donner ? Il suffit du plus simple bon sens pour comprendre que les choses n'ont pu se passer autrement.

Au surplus , M. Broussais n'a jamais eu l'idée de comparer ses résultats avec ceux de ses collaborateurs , et il ne l'aura jamais , quelles que soient les différences qui puissent s'y rencontrer. Son but n'est ni de se faire valoir aux dépens d'excellens amis qui tous professent la même doctrine que lui , en cas d'avantages nécrologiques en sa faveur , ni de descendre à des explications minutieuses pour se justifier dans le cas contraire : ces petitesses sont étrangères à son caractère bien connu. Heureux du bon accord et de l'uniformité de doctrines qu'il voit régner depuis si long-temps au Val-de- Grâce , il se contente de faire son devoir dans le poste qu'il doit à la confiance du gouvernement , et se place tranquillement . au-dessus de la médisance et de la calomnie. Les autres médecins du même hôpital ont aussi toujours tenu la même conduite.

Paris ? le 1 2 mai 1 832 .

Les médecins du Val-de-Grâce ,

Signé Pierre, Damiron, Gasc, Broussais.

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