CHAPITRE III
PHILOSOPHES, L060GRAPHES ET HISTORIENS GRECS AVANT L'ÉPOQUE D'ALEXANDBE. SAVANTS ET VOYAGEURS.
Un lecteur moderne qui, assez familier avec la littérature grecque de la plus ancienne période, ouvre pour la première fois le livre de Strabon et lit le début des Prolégomènei , est vivement surpris. A c6té d'un éloge enthousiaste et assez développé des qualités géographiques d'Homère, il rencontre une flatteuse mais très brève mention des philosophes-physiciens de l'Ionie, qui cependant ont largement payé tribut aux recherches cosmogoniques:Thalès, Anaximandre, Anaximène,sont nommés parmi les premiers géographes de la Grèce, sans que Strabon nous expose les motifs de son admiration, fût-ce en quelques mots. Hécatée de Milet, logographe et géographe, est à peine mieux traité, quoique avec les mêmes égards. En6n, parmi les hisUn riens proprement dits, Hérodote et Ctésias sont l'objet des plus violentes critiques; Théopompe, plus souvent cité que Thucydide et Xénophon, ne peut pas être considéré davantage comme une source importante des reoyypa(pixà[. Ephore seul semble avoir été consulté d'une manière suivie. Comment expliquer ces anomalies de jugement qui choquent, au premier abord, notre estime traditionnelle des chefs-d'œuvre de la littérature grecque non moins que nos connaissances historiques?
Une considération peut rendre compte de la brièveté avec laquelle Strabon étudie les origines helléniques de la géographie. Voulant reprendre et corriger l'œuvre d'Eratosthène , il n'a pas besoin de recommencer le dépouillement et la cri-
tique détaillée des vieux écrivains que son prédécesseur a consultés. Mais alors pourquoi attacher tant d'importance aux travaux d'Éphore, si peu à ceux de Théopompe et, surtout, d'Hérodote?
Enfin pourquoi ces appréciations si peu conformes à la tradition presque unanime de la littérature grecque? Pourquoi ces acerbes critiques contre Hérodote, le merveilleux conteur? 11 y a là une singulière inégalité dont on ne découvre pas aisément les causes.