IV. ARTiÎMIDOBB D>lfPHiSB
Le nombre des citations tirées par Strabon des œuvres du géographe Artémidore d'Ephèse est fort notable, sans qu'on puisse , en admettant même que cette considération ait une valeur absolue, le comparer au nombre des citations d'Ëratosthène, de Polybe, ou même de Posidonius. Cependant quelques critiques, parmi lesquels M. Pais, ont cru que cet indice suffisait pour permettre de conclure que la Géographie de Strabon était une imitation pure et simple du livre d'Artémidore^^^ En thèse géné-
(^) Stinbon, I , II, 38 : il reproche è Dëmélrias de Skepsis de refuser à Homère la connaissance du voyage des Argonautes; I, m, 17 : Déméirius de Skepsis explique par les tremblemenis de terre les changements survenus dans la région des sources du Scamandre; VII, fr. 56 : Strabon cite une évaluation de distance de Périnthc à Byzance d'après Démétrius de Skepsis, et la rapporte à côté d'une autre d^Artémidore, sans se prononcer; XIII, 1, 33 : sur les limites du pays d^Ilion.
(') Strabon, VIII, m, 6 : Strabon rapporte qu^Apollodore emprunte à Démétrius de Skepsis la plupaK de ses données; XI V, ?, 33-39 * '^^ Strabon a intercalé une dissertation critique sur les erreurs d'Apollodore en ce qui touche la géographie homérique de TAsie; VI, i, 3 : sur les villes fondées par Philoctète en Italie; VII, III, 10 : discussion de certaines remarques d*Apollodore sur la Mysie.
^'> Ettore Pais, Slraboniana , p. 3^5, 366. Cette opinion est présentée avec quelques réserves, il est vrai, mais on sent bien qu^elle domine dans la conclusion de M. Païs : «rNoi |)Ossiamo, certo, osserire che la geografia di Strabone è condotla, in générale, sulla falsanga di Arlemidoro; . . . Per noi modemi, acui non è dato, puriroppo, leggcrc gli scritli dei suoi grandi predecessori c maestri, Topera
31â DEUXIEME PARTIE.
raie il est forl périlleux de signaler un lien de ce genre enlre deux ouvrages dont l'un est perdu pour nous, plus téméraire encore de considérer comme le moins original celui des deux qui nous reste et grâce auquel nous devinons tant bien que mal ce qu'était l'autre. Dans le cas particulier il nous semble que M. Pais a fait preuve d'un excès de perspicacité; nous tacherons de démontrer qu'il faut se résigner à en savoir beaucoup moins. Artémidore n'avait pas la réputation d'un novateur, si tant est que nous puissions déterminer la réputation dont il jouissait chez les anciens; Grecs et Romains l'ont bien cité pour lui emprunter une évaluation de distance ou quelque autre renseignement; mais ils ont plutôtdiscuté les matériaux du livre que le mérite propre de l'auteur. Ce n'est pas là une présomption d'originalité. L'abrégé de ses œuvres par Marcien d'Héraclée n'est pas davantage un document qui nous éclaire sur la nature du talent d'Artémidore. Enfin on voudrait savoir dans quelle mesure Artémidore lui-même avait mis à contribution les travaux de son prédécesseur Agatharchide : M. M Aller semble avoir élucidé cette question délicate en juxtaposant les fragments des deux écrivains. La comparaison prouverait tout le contraire d'une stricte indépendance d' Artémidore ; Agatharchide dut lui servir beaucoup; en certains passages les deux textes sont absolument identiques. Sans doute Artémidore avait beaucoup voyagé, mais surtout dans les parages déjà connus de la Méditerranée occidentale que Posidonius reverra après lui. Son ouvrage semble
di Strabone ba un immenso valore. . . ; ma pcr i dolli delP elà saa, ai quali gli scriUi di un Artemidoro e di un Poridonio erano accesnbili, la cosa si doveta preseolare in modo assai diverso.» Pour raisonner ainsi , il faudrait être assuré que les contemporains de Slrabon avaient un goul différent du sien, étaient passionnés pour les recherches scientifiques comme les entendait Posidonius, se comphiisaient à lire Artémidore. Les œuvres des deux faisant défaut, nous en sommes réduits aux hypothèses; et la première hypothèse qui vient à Tesprit des connaisseurs de la littérature du siècle d^Auguste, c'est que les gens instruits de cette époque étaient médiocrement portés vers les questions scientifiques, mais passionnés, comme Strabon, pour Tarchéologic et Thistoire. Cest une opinion généralement reçue que nous n^éprouvons aucun besoin de modifier.
avoir consiste en un périple de cette grande mer intérieure , pour la majeure partie, avec quelques additions relatives aux pays plus lointains de l'Occident et de l'Orient; il ne pouvait savoir et ne savait rien de plus quEratosthène sur Tlnde; et Posidonius censurait vivement ses données concernant Tlbérie occidentale. Rien ne nous prouve, en somme, qu'il ait avancé la science géographique depuis le temps de Polybe : tout indique qu'il avait écrit un périple, mis au courant avec conscience, et non une œuvre d'un genre nouveau et d'un mérite personnel bien marqué.
Strabon lui demande ce qu'on peut demander k un recueil de cette nature, et traite l'auteur avec une indifférence que justifient ces considérations d'histoire littéraire. On nous accordera que le géographe d'Amasée cite ses sources avec une parfaite bonne foi et ne fait rien pour dissimuler ses emprunts. Eh bien ! Artémidore n'est mis par lui ni au rang des véritables géographes, comme Eratosthène, Polybe, Posidonius, ni parmi les écrivains qui, sans mériter ce titre, ont contribué au progrès de la science géographique. Strabon n'engage contre lui aucune discussion de doctrine, ne dit rien de la manière dont il avait compris son métier de géographe, ne parle d'aucune innovation cartographique à laquelle son nom serait resté attaché. Bref, les citations qu'il lui emprunte, pour être assez nombreuses, n'en restent pas moins, en général, insignifiantes, indifférentes, secondaires; et nous avouons en cette matière attacher plus d'importance à la qualité qu'à la quantité. Ajoutons que les controverses fréquentes d'Artémidore contre Polybe ne devaient pas disposer Strabon en sa faveur ^^^ Posidonius, d'autre part, semble avoir peu goûté les fantaisies physiques de ce prédécesseur; et l'on sait que le géographe d'Amasée fait grand cas de l'avis de Posidonius en ces questions ^^K
En résumé les citations qui, dans les recjypa(piHd^ portent le
^^) Slrabon, X, m, 5.
(') Sirabon, III, i, 5 : sur le coiicber du Mileil à Gadès; cf. X, ui, 5.
nom d'Artëmidore consistent surtout en ëvalualions de distance ^^K Demander à un devancier des données statistiques, surtout quand on prend soin de ies discuter ^^^ ne prouve ni qu'on Tait imité de près, ni qu'on ait composé un ouvrage sur le même modèle que lui. Ce sont les emprunts les moins compromettants pour loriginaiité d'un auteur et les moins significatifs. Que pèsent ces transcriptions de chiffres auprès de la relation étroite de dessein, de goût, d'inspiration que nous avons signalée entre Strabon et Polybe? Et combien la manière d'emprunter importe plus que la somme brutale des emprunts!
Il serait inexact de dire que Strabon n'a point pris dans le livre d'Artémidore autre chose que des chiffres. Mais si 1 on met de côté toutes les citations de cette catégorie, il ne reste plus au compte de Strabon, (grand indice des larcins que de pointilleux critiques ont signalés, non sans quelque ironie). Tout se réduit à une dizaine de renseignements d'histoire anecdotique, d'onomastique comparée et d'archéologie; de sorte que si Artémidore était une des sources principales de Strabon, il faudrait convenir que le géographe a bien peu puisé chez ses prédécesseurs, ce qui est loin de notre pensée.
Enfin, si l'on veut bien remarquer que toutes ies citations d'Artémidore consignées dans le livre de Strabon, longues ou brèves, statistiques ou archéologiques, sont relatives aux côtes, aux lies, aux ports, et jamais aux pays de l'intérieur des terres, on arrive à la conviction que cette œuvre avait la forme d'un périple. Dès lors la question se simplifie. Comment Strabon, qui proclame la nécessité d'un plan différent en matière de géographie, aurait-il attaché tant d'importance à l'auteur, sauf les qualités de ponctualité et d'exactitude? Nous disions que notre
l»î SiraboD, VI, m, 9 et 10; VI, i, 11; VI, 11, 1; VI, i?, 10; VU, fragm. 56; la majeure paKie des évaluations de dislances que Strabon demande à Artémidore est relative aux pays de Fllalic méridionale, de la Sicile et de la Grèce : ce sont celles qu^il discute le moins.
(') Strabon , V, 11 , 6 : Strabon conteste son évaluation des dislances entre riialie , la Corse et la Sardaigue.
géographe n'avait pas jugé Artémidore : nous nous trompions. Il a caractérisé, sans le nommer, son périple avec tous les travaux de détail du même genre : ce sont des matériaux utiles mais non pas des œuvres personnelles. Aucun scrupule littéraire ne l'eût donc empêché d'y puiser, sauf son antipathie pour la nomenclature et les catalogues.
T. — AUTEURS DB MtdpiSarixd ET DE UapOixd^^K
Nous avons déjà observé que Strabon, refusant d'admettre le témoignage d'Hérodote sur les régions limitrophes du Pont-Euxin et celui des historiens des campagnes d'Alexandre sur la Bactriane et l'Hyrcanie, invoquait en revanche l'autorité d'un groupe d'écri* vains de MiOpiSarind et de UapOind. Il en nonunc seulement quelques-uns. Nous serions portés à croire qu'il eut entre les mains une véritable collection , un recueil de réelle importance.
Si les campagnes des Romains en Gaule, en Ibérie, en Bretagne, avaient mis à la disposition des géographes nombre de renseignements sur l'Europe occidentale, les grandes guerres de Mithridate Eupator et des princes parthes avaient contribué à mieux faire connaître l'Orient. Strabon rapproche, non sans intention, les résultats dus au peuple romain et ceux que procurèrent les conquêtes des souverains asiatiques; il met cet accroissement des connaissances géographiques à l'est, au nombre des causes qui l'ont déterminé à entreprendre la composition de son livre : ^l\ nous a semblé que, malgré l'habileté avec laquelle nos prédécesseurs avaient traité, ceux-ci telle partie, ceux-là telle autre, ils avaient laissé dans le reste encore beaucoup à faire, et que, si peu que nous pussions ajouter à leur travail, ce peu suffirait encore à justifier notre entreprise. Or la génération actuelle a vu ses connaissances géographiques s'étendre sensiblement avec les progrès de la domination des Romains et des
^*) Cf. Karl J. Neumann, Slraboru Quellen im elften Bûche, Leipzig, 1881, p. 9*3, sur Théophan^ de Milylène.
Parthes Quant h la contrée ultérieure jusqu'aux confins
des Mœotes et à la partie du littoral qui aboutit à la Goicfaide, c'est par Mitbridate Eupator et par ses lieutenants que nous la connaissons. Enfin, grdce aux Parthes, FHyrcanie, la Bactriane et la portion de la Scythie qui s'étend au-dessus de ces deux contrées, nous sont mieux connues qu'elles ne Tétaient de nos prédécesseurs; n'y eût-il que cela, nous aurions donc, on le voit, quelque chose à dire de plus qu'eux ^^\ 9 Certes Strabon ne considère pas ce motif comme le plus puissant de ceux qui Font induit à renouveler l'œuvre de ses devanciers : et il ne se fût sans doute pas décidé à mettre sur le métier cette mkoaaoupyla s'il n'eût désiré en même temps appliquer plus radicalement la réforme ébauchée par Polybe.Mais enfin, il exprime une idée qui devait être familière à ses contemporains et qui, en somme, était sans doute assez juste; car d'aussi graves événements ne s'étaient point accomplis sans que les connaissances géographiques en eussent profité. Reste à savoir si , dans ce renouvellement notable des descriptions de provinces éloignées, l'initiative lui appartient véritablement, ou s'il a pris cbes quelque devancier, et son estime de cette catégorie particulière d'écrivains, et les renseignements provenant de leurs ouvrages.
Strabon ne pouvait manquer d'être bien informé sur les campagnes des généraux de Mitbridate. Ses ancêtres avaient eu des relations amicales avec le roi de Pont, jusqu'au jour ob, pour des raisons qu'il nous explique, son aïeul maternel passa au parti de Lucullus. A Amasée, on était mieux placé que partout ailleurs pour recueillir les récits encore populaires de ces grands événements. Strabon, en donnant un sommaire àes faits les plus saillants, montre ceux qu'il visait spécialement dans sa déclaration générale des Prolégomènes. Ce sont les expéditions de Mithndate en Arménie et en Golchide et celles de ses lieutenants Diophante et Néoptolème jusqu'au Tyras et au Tanais, contre
(» Strabon, XII, m, 33.
les Roxolans et les Sarmates. Des guerres entreprises pour pro* léger des villes grecques avaient sûrement trouve leurs historiens enthousiastes parmi les hommes instruits de cette race.
Cependant, bien qu'un des parents de la mère de Strabon, Moaphernès, eût gouverné la Golchide au nom de Mîthridale Eupator, notre géographe n'a pas décrit ce pays avec une préci* sion remarquable de tous points. On a souvent loué son étude des colonies grecques de la c6te asiatique du Bosphore Gimmérien^ des peuplades du Caucase, des Colchiens, des Achéens, des Zyges et des Hénioques, enfin des Ibériens et des Albaniens : il y a là d'excellentes observations sur les mœurs de toutes ces tribus, sur l'aspect général du pays. La peinture de la vie agricole des Ibériens, qui habitaient la Géorgie actuelle, de la vie nomade des Albaniens, plus proches de la mer Caspienne, est au nombre des plus intéressantes que renferme son livre ^^K Mais on est étonné de constater que les passages consacrés aux peuples qui habitaient au nord du Palus-Méotide ^^^ soient d'une brièveté, pour ne pas dire d'une sécheresse extraordinaire. Cette remarque a surtout frappé les défenseurs de la géographie d'Hérodote qui n'ont pas manqué de comparer à la description si vivante et si colorée de la Scythie par le conteur d'Haiicar^ nasse la médiocre nomenclature de son détracteur.
A coup sûr la comparaison n'est pas à l'avantage du géograpàe d'Amasée; nous voudrions seulement rechercher si elle est légitime. Il faut concéder, c'est un fait, que les historiens des guerres de Mithridate, dont Strabon fait mention, ne sont ni nombreux ni souvent cités. Métrodore de Skepsis, philosophe ami de Mithridate Eupator, chargé par ce prince de plusieurs missions importantes, n'est nommé que deux fois, l'une à propos des Amazones, l'autre à l'occasion d'un récit sur des animaux fabuleux ^^K Théophanès de Mitylène, compagnon et partisan de
(^) Straboo, liv. XI, chap. iii-r.
l«) Strabon, XI, ii, t.
(') Strabon, XI, ▼, i ; XVI, iv, 16.
Pompëe, auquel Strabon rcconnatt un grand mérite d'historien, apparaît en tout cinq fois dans les Ttoaypafpixi^ dont deux seulement pour les pays du Caucase et TArmënie ^^K Enfin Heeren propose de classer encore parmi les auteurs de Miikndatica un certain Apoilonidès dont le nom revient deux fois à propos de l'Arménie et de i'Atropatène ^K
La présence, dans ces mêmes chapitres, d'évaluations de distances analogues ou semblables à celles d'Artémidore ne me semble pas un argument suffisant pour affirmer, avec M. Neu> mann^^^ que cet auteur de périple a été mis h contribution autant et plus que les historiens de Mithridate. Si l'on voulait, à toute force, découvrir l'inspirateur plus ou moins dissimulé des études de Strabon sur les régions du Caucase et du Palus- Moéotide , mieux vaudrait supposer que les larcins ont été faits à Posidonius. Le célèbre philosophe, dont notre géographe estimait fort les œuvres, est d'ailleurs nommé une fois au début, presque autant que Métrodore de Skepsis^^^; et nous savons quil avait continué l'histoire de Polybe jusqu'à la fin des guerres de Mithridate. Mais on peut, à la rigueur, se passer des services de cette méthode d'insinuations. Pourquoi ne pas nous en tenir à la liste restreinte des sources que Strabon veut bien nous indiquer? Tout autorise à croire que cette catégorie particulière d'historiens, dont il fait l'éloge, lui était familière. Ses souvenirs de famille l'auront d'ailleurs dispensé d'avoir recours trop exclusivement aux livres; et il aura employé, par exemple, pour son étude des Albaniens et des Ibères » la ressource, nullement méprisable, des témoignages oculaires, des traditions orales. N'oublions pas qu'il était né dans un pays voisin de l'Arménie et du Caucase, que sa famille, riche et puissante, avait entretenu des
(*) Strabon, XI, ii, a : sur les sources de Tanaïs; XV, t, i : sur les Amaiones et les Albaniens; XI, xiv, /i; XI, xi?, 8 : sur retendue de rArménie; Xtl, m, 98. ^*} Strabon, XI, xiii, 3; XI, xi?, U, <*ï Op. ciu, p. 9-16.
(*) Strabon , XI , 1 « 5 : sur la largeur du ISstbrae Ponto-Gaspien.
relations avec les princes du Pont : il y aurait quelque tëmérité à lui faire subir, à propos de contrées limitrophes de sa patrie, une enquête soupçonneuse qui n'est pas sans danger, mémo appliquée à d'autres passages de son livre.
Quant à la brièveté de son étude sur les nomades riverains du Palus-Méotide et du Tanaîs, il n'est point difficile d*en démêler la cause. Nous avons eu déjà plusieurs occasions de constater qu'il estime absolument inutile h l'instruction des hommes politiques, ses lecteurs, l'examen détaillé de la géographie des pays barbares, et qu'il pousse l'indifférence en cette matière jusqu'à omettre les noms propres d'une prononciation malaisée. Il aurait donc laissé de côté, à dessein , les descriptions qui avaient séduit un artiste et un poète comme Hérodote. Qui snit s'il ne reprochait pas à son prédécesseur de s'être livré à l'inutile travail d'une classification de ces nomades, auxquels il donnait d'ailleurs pour voisins toutes sortes d'êtres fantastiques? Tous ces sauvages n'intéressaient point Slrabon; il Ta dit; nous pouvons l'en croire. C'est un des traits de sens pratique romain que Von constate dans le caractère de ce Grec.
Les historiens auteurs de Parthka que nomme Strabon sont au nombre de deux. C'est d'abord Apollodorc d'Artémite qu'il cite à plusieurs reprises dans sa description de l'Hyrcanie et de ia Bactriane; tout porterait à croire que cet écrivain vivait à peu près à la même époque que notre géographe ^^^ Adelphius ou Dellius , compagnon d'Antoine dans l'expédition contre les Parthes , et commandant d'une partie de l'armée romaine, est son autorité principale pour la description de la Médie^^'l Sans être fort développée, son étude de ces régions renferme quelques traits du plus haut intérêt, comme par exemple la mention des Sères et
^*î StraboD, II, v, a : Apollodore d^Arlëmite a instruit les hommes de la présente génération sur THyrcanie et ia Bactriane; XI, tu, 3 : sur le fleuve Ochus en Hyrcanie; XI, ix, i : évaluation de dislance en Parthie; XI, xi, t : sur les princes grecs de Bactriane; XI, xii« 7 : évaluation de distance en Hyrcanie; XI, xiii, 6 : évaluation de distance en Médie.
(*> Slraboo, XI, xiii, 3 : évaluation de dûtance en Médie.
GéoGRAPUIB DE StRABOK. 91
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des tissus de Sérique. li met bien en relief la fertilité de la Bactriane comparée aux déserts des nomades. Mais ne savonsnous pas que, plus il s'éloigne des pays gréco-romains « moins il se croit tenu de fournir à ses lecteurs des renseignements détaillés et abondants? Il n'estimait pas que les Massagètes valussent la peine d'une étude spéciale. Donc, si de récentes révélations, dues aux campagnes contre les Partbes et aux Parthes eux-mêmes, avaient développé, à l'époque de Strabon, la connaissance de ces contrées lointaines, c'est le dessein particulier de noire auteur, et non sa négligence, qui nous a privés du bénéfice de leur ex[M)sé. Regrettons notre mauvaise fortune qui nous a envié le plaisir de constater un progrès de la géograpbie ancienne, sans accuser d'ignorance un écrivain qui ne nous a dit que ce qu'il voulait apprendre à une ctasse particulière et restreinte de lecteurs.