‹ Examen de la géographie de Strabon: étude critique de la méthode et des sourcesChapitre 3 sur 31 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

sens; et l'on croirait volontiers qu'elle s'explique par une erreur de méthode.

Les philologues eux-mêmes, auxquels nous devons de pouvoir lire enfin l'œuvre de Strabon presque pure et cohérente, n'ont pas toujours échappé au danger de cette passion littéraire; nous en donnerons la preuve en exposant l'histoire de la constitution du texte de notre auteur. L'impartialité semble, en principe, plus facile aux correcteurs du texte qu'aux littérateurs chargés de se prononcer sur le mérite de l'œuvre. En fait le livre de Strabon échappe à celte loi commune, précisément parce que le talent d'écrivain du célèbre géographe est plus contestable que la grandeur et l'originalité de son dessein; l'idée est infiniment supérieure à la forme; le projet est d'un homme de génie, et l'exécution du détail révèle un écrivain de mérite secondaire. Cette sorte d'inégalité, de contradiction que l'on n'a pas assez vivement mise en relief, et qui tient, suivant les uns, à la nature d'esprit de Strabon, suivant les autres, à des négligences de rédaction qu'expliquerait la vieillesse de l'auteur, a beaucoup embarrassé les philologues. En présence d'un passage mal écrit, languissant, de répétitions insipides, faut-il hésiter, plein de respect, même pour les défauts de Strabon, ou bien rétablir, en supprimant à titre de glose et d'interpolation les mots gênants, un texte digne de lui? On comprend que chacun prend parti en raison de son degré d'admiration ou de dédain pour l'œuvre du géographe. M. Cobet ne ménage point celui dont il dénonce les plagiats^ et venge parfois avec excès et hors de propos la mémoire d'Hérodote en dénigrant son prétendu persécuteur. Au contraire, Goray et Groskurd

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