‹ Examen de la géographie de Strabon: étude critique de la méthode et des sourcesChapitre 5 sur 31 · PRÉFACE. XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XVII

auecdotique et pittoresque des voyages, le tableau du développement des explorations, mais l'étude cohérente et combinée des cosmogonies, des doctrines physiques, des découvertes, des vicissitudes politiques qui tiennent à rinfluence du sol sur les peuples; elle est une philosophie, comme le dit et le montre si bien Strabon. Une histoire complète de la géographie doit montrer Tinfluence de toutes les connaissances d'ordres différents les unes sur les autres, indiquer ce qu'une époque a emprunté à la précédente, en cpioi elle a innové, et pour quels motifs. En Strabon se résument et se fondent des doctrines philosophiques, scientifiques, littéraires, qui jadis se combattaient : son œuvre est une sorte de compromis et de mélange de sciences mathématiques, physiques et naturelles, morales et politiques. Il importe, sans doute, d'indiquer les sources auxquelles il a puisé, les auteurs auxquels il a le plus emprunté, mais surtout de déterminer les origines multiples de son inspiration particulière. Et, puisque l'originalité de Strabon a précisément été contestée par quelques bons juges, nous aurons du moins montré comment le génie grec, bien ou mal représenté par ce géographe, a produit sous la domination romaine un dernier monument encore bien marqué de son empreinte. A ceux qui veulent rabaisser ce géographe au rang d'artisan anonyme, sinon de plagiaire, nous répondons qu'on reconnaîtra toujours dans son livre un dernier inventaire et une suprême glorification de ce que la science et le goût de la race hellénique ont produit de plus beau, de Thaïes au siècle d'Auguste.

C'est donc aux études de doctrine et de méthode que l'auteur de cet essai s'attachera de préférence. Après avoir

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pris connaissance des nombreux travaux d'érudition et de critique qu'a suscités l'œuvre de Strabon, il a aisément renoncé au projet d'aborder l'ensemble des questions qui pourraient rentrer dans un traité complet. Outre qu'il est impossible de les traiter toutes avec une égale compétence, chacun sait que certains problèmes spéciaux semblent aujourd'hui résolus ou à la veille de l'être d'une manière satisfaisante.

Tout d'abord les travaux de Casaubon, Coray, Kramer, Meineke et Millier nous ont donné un texte de Strabon, sinon définitif de tous points, au moins assez purifié pour permettre l'étude littéraire, historique et géographique de cette belle œuvre. En essayant de compléter leurs observations, on trouverait, sans doute, çà et là, quelques lacunes à combler, quelques réserves à faire sur des corrections audacieuses. Mais nous ne voulons point nous laisser aller à des hypothèses qu'une connaissance technique des manuscrits, qu'une éducation philologique très complète peuvent seules autoriser. Nous avouons simplement n'avoir point la compétence nécessaire; de sorte que nous rendrons peut-être un meilleur service aux philologues de profession en portant notre effort sur d'autres études qui nous sont plus familières.

On ne trouvera même pas, dans cet ouvrage, un exposé complet de la géographie proprement descriptive de Sti'abon : c'eût été d'ailleurs méconnaître l'intention exprimée par l'Académie qui réclamait surtout une étude de méthode et de doctrine. 11 y a peu de renseignements nouveaux à joindre aux travaux si consciencieux et pénétrants de Gossellin, de Letronne, de Bunbury, sur la

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