DE BROUSSAIS
Broussais semble n’avoir vécu que pour imaginer ou pour propager des systèmes.
Guidé par des faits qu’il saisit avec une sagacité rare, Broussais commence par ramener certaines affection-s à leur siège (1);
(1) Voyez son Histoire des phtegmasies chroniques , 1808.
mais bientôt, généralisant outre mesure ce beau résultat, il voit toutes les affections dans la meme affection, toutes les maladies dans la même maladie; il imagine une affection abstraite , au moyen de laquelle il explique toutes les autres affections : les fièvres ne sont que des irritations de l’appareil digestif; la folie n’est qu’une irritation du cerveau (I); lui, qui souffre si impatiemment les personnifications faites par les autres, fait unie personnification de plus; enfin ce génie exclusif et emporté, sortant de lui-même et comme pour se délasser de ses propres systèmes, se jette dans la phrénologie , et s’y plaît d’autant plus qu’il y retrouve et sa méthode accoutumée, et ses idées, et son langage : toujours des facultés à ramener h leurs organes, toujours des localisations à faire.
11 ne faudrait pas juger Broussais sur son
1) Voyez son livre intitulé: De V Irritation et (te la Folie , ms.
Cours de phrénologie (I). Les cinq on six premières leçons ou, comme il dit, les généralités (2), ne sont qu'un mélange confus des idées de Condillac, passées par Cabanis, et des idées des plirénologistes.
Il dit que la sensibilité est V origine commune des facultés (5), il appelle la perception une faculté primitive (4), etc., etc.; et Condillac ne dirait pas autrement.
Mais, d’un autre côté, il dit qu’il ’} a autant de mémoires que d’organes (5), que les instincts et les sentiments ont leur mémoire comme les perceptions externes ((>), que l’esprit n’est que l'ensemble des facultés (7), etc.; et Gall ne dirait pas mieux.
(1) Cours de phrénoloyie, 1 vol. in-8°, 183G.
(5) « La mémoire n’est point une faculté isolée , et il y a « autant de mémoires que d’organes. » P. 131.
(6) « Les instincts et les sentiments ont leur mémoire n comme les perceptions externes. » P. 30.
(7) « .... L’étude de l’esprit humain, non pas, bien entendu,
Broussais en veut surtout au moi de Descaries. « Séduits par le moi de Descartes, « dit-il, des philosophes ont raisonné d’après « le témoignage de leur conscience (I)... » Et d’après quoi Broussais veut-il qu’on raisonne?
11 trouve plaisant d’appeler le moi, entité intra-crânienne (2), être central intra-crânien (5), personne par excellence (4), etc., etc.
11 se moque du moi de Descartes ; il oublie que le moi de Gall n’est que l’ensemble des facultés intellectuelles ou n’est qu’un mot ; et il se fait un moi particulier (5) qu’il place dans
« d’un être fictif portant ce nom mystérieux, mais de l’en- « semble des facultés mentales de l’homme. » P. 82.
(2) Les fauteurs de l’entité intra-crânienne... » P. 153.
(3) « Leur être central intra-crânien auquel ils accordent « toutes les facultés. » P. 153.
(4) « Qu’on ait appelé cet être personne par excellence..,. » P. 7 5.
(5) Il faut voir, sur ce. moi particulier , toutes les variations
l'organe de la comparaison , « Nous devons, « dit-il, à l'organe de la comparaison géné- « raie la distinction de notre personne, ex- « primée par le signe moi (\). »
Broussais n’était pas fait pour se plier aux idées des autres; le joug lui pèse; il n’est véritablement Broussais que lorsqu’il combat ; en 18 IG, il publie un volume (2), et les doctrines médicales sont ébranlées pour un
de Broussais. Ici le moi ne vient que d’un seul organe (l’organe de la comparaison générale) : « Nous devons à l’organe de la « comparaison générale la distinction de notre personne, ex- « primée par le signe moi. » ( Cours cle phrénologie , p. 684.) Plus loin, il vient de deux (l’organe de la comparaison et celui de la causalité) : « L’organe de la causalité est autant néces- « saire à la distinction du moi et de la personne que l’organe « de la comparaison générale. » (Ibid., p. 685.) Puis, il n’a point d’organe : « Assigner au moi un organe particulier, je « ne crois pas que ce soit chose possible. » (Ibid., p. 119.) Et puis, il vient de partout : « 11 n’y a point d’organe particulier « et central, et la perception de nous-mêmes a pour base les « perceptions sensitives. » (Ibid., p. 119.)
(1) Cours de phrénologie, p. 684.
(2) Examen de la doctrine médicale, etc., l S 1 G.
demi-siècle : il faut relire ce volume et ou blier le Cours de phrénologie ( I).
(I) Cours de phrénologie, etc., 1S36.