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i Je ne puis demeurer d'accord, dit-il encore, « de ce qu'on avance, à savoir, que cette erreur c (il s'agit de l'erreur causée par un bâton qui « parait rompu dans l'eau) n'est point corrigée «par L'entendement, mais par l'attouchement; « car, ajoute-t-il, bien que ce sens nous fasse ju- « ger qu'un bâton est droit..., néanmoins cela « ne suffit pas pour corriger l'erreur de la vue ; « mais, outre cela, il est besoin que nous ayons « quelque raison qui nous enseigne que nous de- « vons, en cette rencontre, nous fier plutôt au « jugement que nous faisons ensuite de l'attou- « chement qu'à celui où semble nous porter le « sens de la vue : laquelle raison ne peut être « attribuée au sens, mais au seul entendement; « et, partant, dans cet exemple même, c'est l'ente tendement seul qui corrige l'erreur du sens ■ . »
Le cerveau est donc le siège exclusif de l'àme ; et tout ce qui est de la sensation, jusqu'aux opérations mêmes qui paraissent le plus dépendre du simple sens externe, est fonction de l'àme.
Gall se rejette sur Condillac, qui, bien moins
I. T. II, p. 358. « Les corps mêmes ne sont pas propre- « ment connus par les sens, mais par le seul entendement ; « et ne sont pas connus de ce qu'ils sont vus ou touchés , « mais seulement de ce qu'ils sont entendus, ou bien compris «par la pensée. » T. J, p. 262. — a Je comprends par la « seule puissance de juger, qui réside en mon esprit, ce que « je croyais voir de mes yeux. » T. !. p. 269.
là GALL.
rigoureux en cela que Descartes, dit que « toutes « nos facultés viennent des sens1. » Mais, lorsque Condillac parle ainsi, il parle évidemment par ellipse, car il ajoute aussitôt ces paroles : « Les « sens ne sont que cause occasionnelle. Ils ne « sentent pas, c'est l'âme seule qui sent à l'occa- « sion des organes2. »
Or, si. c'est l'âme seule qui sent, à plus forte raison est-ce l'âme seule qui se souvient, qui juge, qui imagine, etc. La mémoire, le jugement, Y imagination, etc. , en un mot, toutes nos facultés sont donc de l'âme, viennent donc de l'âme, et non pas des sens.
Nul philosophe n'a exagéré plus qu'Helvétius l'influence des sens sur l'intelligence. Eh bien, Helvétius a dit : « De quelque manière qu'on in- (( terroge l'expérience, elle répond toujours que « la plus ou moins grande supériorité des esprits « est indépendante de la plus ou moins grande « perfection des sens3. »
Mais je laisse Helvétius et Condillac, et je reviens à Descartes, à Willis, à Lapeyronie, à Hal-
1. « Le principal objet de cet ouvrage, dit-il, est de faire « voir comment toutes nos connaissances et toutes nos fa- « cultes viennent des sens. » Traité des sensations, préambule de V Extrait raisonné.