Lobes ou hémisphères cérébraux
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vements voulus qui conduisent l'aliment jusqu'au pharynx : ce point atteint, le mouvement voulu s'arrête , et le mouvement involontaire commence.
J'ai fait voir, par mes expériences, que le cerveau pris en général, l'encéphale, se compose de trois parties principales, essentiellement distinctes : le cerveau proprement dit (lobes ou hémisphères cérébraux), siège de l'intelligence; le cervelet, siège du principe qui coordonne, qui équilibre les mouvements de locomotion ; et la moelle allongée, siège du principe même de la vie1.
De ces trois parties, une seule, le cerveau proprement dit, est siège de l'intelligence; et par conséquent seule elle est siège de la folie, de l'idiotisme. Dans l'idiot, le cerveau proprement dit n'agit pas. L'idiot est dans le même cas, dans le même état que l'animal qui a perdu ses lobes ou hémisphères cérébraux, son cerveau proprement dit tout entier.
Dans la démence, le cerveau agit et l'intelligence paraît, mais une intelligence très faible. Il y a des idées, mais interrompues, fugitives, éparses. Ce qui manque, c'est la chaîne, la suite,
1 . Voyez mes Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système uerveur. seconde édition.
pour ^parler comme Leibnitz, la consécution des
idées.
Dans l'étude des maladies mentales, le philosophe commence souvent le tableau que le médecin achève. Pinel cherche un exemple du premier degré de la démence et il le trouve dans le Menai que de La Bruyère. Ménalque entreprend vingt choses qu'il interrompt pour passer à d'autres : il ouvre sa porte pour sortir et il la referme : il se rase à moitié ; il se marie le matin et l'oublie le soir
Je cherche un exemple du second degré de la démence, et ce n'est plus La Bruyère, c'est Pinel qui me l'offre. « Je puis citer, dit Pinel, un aliéné « que j'ai eu souvent sous les yeux. Jamais image « plus frappante du chaos que ses mouvements, « ses idées, ses propos, les élans confus et mo- « mentanés de ses affections morales; il s'ap- « proche de moi, me regarde, m'accable d'une « loquacité exubérante et sans suite. Un moment « après, il se détourne et se dirige vers une autre « personne qu'il assourdit de son babil éternel et « décousu... Entre-t-il dans une chambre, il a « bientôt déplacé- et bouleversé tous les meubles, « il saisit avec ses mains une table, une chaise « qu'il enlève , qu'il secoue , qu'il transporte « ailleurs... ; il va, vient et revient sur ses pas; ce il s'agite sans cesse sans conserver le souvenir
« de son état antérieur, de ses amis, de ses pro- « ches. . . ; et il semble être entraîné par un « roulement perpétuel d'idées et d'affections « morales décousues qui disparaissent et tom- « bent dans le néant aussitôt qu'elles sont pro- « duites1. »
Locke dit très bien « qu'il ne paraît pas que les « fous aient perdu la faculté de raisonner, mais « qu'ayant joint mal à propos certaines idées, ils « les prennent pour des vérités, et se trompent « de la même manière que ceux qui raisonnent ajuste sur de faux principes2. » Il faut entendre, par les fous dont Locke parle ici, les mélancoliques et les maniaques; car, au contraire, le caractère essentiel du fou qui est en démence est précisément, comme on vient de voir, de manquer de liaison, de suite, dans ses idées, en un mot, de raisonnement.
Le raisonnement tient à la suite des idées. Qui observe la suite des idées raisonne bien; qui rompt cette suite raisonne mal; qui mêle et confond les idées déraisonne. Plus le mélange est incohérent, plus le déraisonnement est sensible. Le déraisonnement général, continu, permanent, est la clémence.
1 . Traité médico- philosophique sur l'aliénation mentale, p. 197.
2. Estai philosophique sur l'cnienderiiciu humain, p. 110, traduction de Coste.
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Le mélancolique raisonne juste, mais il part d'un faux principe. uVous verrez un fou, dit Locke, « qui, s'iinaginant être roi, prétend, par une juste « conséquence, être servi, honoré et obéi selon « sa dignité *. » — « Le fou, dit Pinel, qui se «croit Mahomet, coordonne tout ce qu'il fait, u tout ce qu'il dit avec cette idée 2... »
Le mélancolique n'est fou que sur un seul point; sur tous les autres points il est sensé. C'est un fou partiel. Le maniaque est un fou universel, il n'est sensé sur rien. «Le fou universel, dit Leihnitz, « manque de jugement en toute occasion 3. »
On voit quelle est la marche des faits dans les quatre espèces de folies distinguées par Pinel. L'idiot n'a. point d'idées; le fou par démence a des idées, mais il ne peut les associer, les suivre ; le mélancolique associe mal ses idées, juge mal sur un sujet donné; et le maniaque associe mal ses idées, juge mal sur tous les sujets.
Un des résultats les plus curieux des observations de Pinel est celui qui nous montre les divers éléments de l'entendement humain susceptibles de