‹ Examen de la phrénologieChapitre 71 sur 92 · PLNEL · texte numérisé non relu

PLNEL

se conserver ou de s'éteindre séparément. Condillac, voulant démêler ce que nous devons à chacun de nos sens, imagine une statue qu'il doue successivement de l'odorat, du goût, de l'ouïe, de la vue, du tact. Dans les observations de Pinel, ce n'est plus une statue, c'est l'homme lui-même qui conserve ou perd séparément chacune de ses facultés: le jugement, la mémoire, la volonté, les instincts, etc. La statue de Condillac est l'analyse abstraite de l'intelligence humaine; les observations de Pinel en sont l'analyse expérimentale.

Dans le plus haut degré d'un accès de manie, toutes les facultés i sont perdues ou perverties : la mémoire, le jugement, etc. Cependant il arrive quelquefois, au milieu du trouble général, qu'une

1. Par le mot faculté, on n'entend point (ai -je besoin de le dire?) les intelligences individuelles de Gall (voyez, ci-devant, p. 21). Les facultés sont les modes de l'esprit. » Je trouve en « moi, dit Descartes, diverses facultés de penser qui onl clia- « cune leur manière particulière,... d'où je conclus qu'elles sont « distinctes de moi, comme les modes le sont des choses. » (Voyez, ci-devant, p. 24.) L'esprit de l'homme est un et multiple. 11 est un par son essence, il est multiple par ses facultés, par ses modes. Et ces facultés s'altèrent isolément. Elles se développent isolément aussi; elles s'éteignent de même. Ceiles qui dominent à un âge ne sont pas celles qui dominent à un autre; tandis que quelques-unes s'affaiblissent, d'autres s'élèvent; par ces facultés successives l'esprit du vieillard même se renouvelle, etc.

faculté subsiste : l'attention, par exemple. « Dans « plusieurs cas de manie, dit Pinel, les écarts de « l'imagination n'empêchent point les aliénés « de mettre de l'enchaînement dans la plu- « part de leurs idées , et de concentrer avec « force leur attention sur quelques-unes 1... »

D'autres fois, c'est la mémoire. « On ne doit « pas méconnaître, dit Pinel, que les aliénés court servent, dans plusieurs cas, la mémoire de tout « ce qui s'est passé durant leur agitation fougueuse; « ils en témoignent les regrets les plus vifs lors « de leurs intervalles lucides ou de leur entière. « guérison, et ils fuient la rencontre de ceux qui « les ont vus dans cet état, comme si on pouvait « se reprocher les suites involontaires d'une ma- « ladie 2. »

D'autres fois encore, c'est le jugement : « Les « hospices des aliénés, dit Pinel, ne sont jamais « sans offrir quelque exemple d'une manie mar- « quée par des actes d'extravagance avec une a sorte de jugement conservé dans toute son « intégrité 3. »

On a vu, d'un autre côté, des attaques d'apoplexie déterminer la perte d'une seule faculté, de la mémoire seule, et même d'une seule espèce de

1. Traité mérfico- philosophique de Catien dion mentale, p. 79.

Page 1