‹ Examen de la phrénologieChapitre 88 sur 92 · I. Voyez ci-devant, p · texte numérisé non relu

I. Voyez ci-devant, p

;!. II définit sou traitement nouveau : « Le traitement par

« les idées cl les passions. » Du traitement moral, etc., p. 154.

3. Locke le savait bien. 11 appelle l'association vicieuse des idées : une jolie. « C'est effectivement une folie, » dit-il. Et il ajoute : •■ Qu'il n'y a presque personne qui en soit exempt... » Essai philosophique sur C entendement humain, p. 311.

4. « Il faut, dit Locke, conduire la folie jusqu'à sa source, et " en expliquer la nature, de telle sorte qu'on fasse voir d'où ■ ce mal provient dans des esprits fort raisonnables. » Ibid.

I5i LEL'KET,

« sonnes qualifiées et nobles, et d'être témoin des « préférences dont elles étaient l'objet, lui inspira « un désir violent d'être, lui aussi, noble et qua- « lifié... A force d'y penser, il crut l'être...1 »

Et de même que l'on finit par croire aux mensonges que l'on répète, on revient aussi à la raison, on fait chaque jour un nouveau pas vers elle, par la seule habitude de ne dire jamais que des choses sensées, que des choses vraies. L'observateur, plein de sagacité, dont j'étudie la marche, dit d'un aliéné : « L'éducation de son esprit « a commencé par sa parole; il a dit des choses « vraies, conformes à la raison, et, bien qu'il « les ait dites à contre-cœur, après les avoir sou- « vent répétées, il y a ajouté foi 2. »

Ainsi, d'une part, la seule habitude du mensonge, de l'erreur, suffit pour conduire à cette erreur fixe, qui est la folie; et, de l'autre, la seule habitude d'actes sensés, de paroles sages, suffit pour rendre à fàme ce goût dominant, constant, ce goût fixe du vrai, qui est la raison.

Et de là deux vues qui constituent toute une méthode propre, tout un art nouveau.

1° La seule habitude des idées fausses, du

OU 1H lUAllKMKNl INTELLECTUEL DE LA FOLIE. J55

mensonge, conduit à la folie. Il faut donc détourner, à tout prix, l'aliéné de ses idées fol tes.

Or, pour en venir là, il y a deux moyens.

Le premier moyen de ne plus penser à une chose, est de n'en jamais parler. Qu'on ne souffre donc sous aucun prétexte que l'aliéné parle de ses idées folles.

Le second moyen est d'occuper fortement et assidûment L'esprit du malade d'idées tout opposées à celles qui le tourmentent'.

Le travail est la plus sure des distractions; mais il ne suffit pas d'occuper le corps, il faut aussi occuper l'esprit 2 . Au travail mécanique, au travail du corps, il faut donc ajouter le travail de l'esprit, l'instruction, l'étude. L'école (pie l'on joint aujourd'hui à l'hospice des aliénés était le complément nécessaire de la ferme et de l'atelier que Pinel y avait fait joindre.

Rien n'est plus ingénieux que le parti que Leuret tire de la lecture. Il fait lire ses malades tout haut, en public, devant un auditoire nombreux. Il leur fait lire des comédies. Il cherche des sujets qui les intéressent. Bientôt ses lecteurs

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s'animent; leur amour-propre se met de la partie ; ils oublient leur personnage de fou pour le personnage qu'ils jouent.

« Quand on se trouve en présence de beaucoup « de monde, dit Leuret, il en coûte de paraître a engourdi, maussade ; on ne peut pas, non plus, « quand on a dans la bouche des paroles spi- « rituelles, ironiques, conserver toujours le ton « languissant d'une complainte; on s'anime donc, « on s'identifie avec son rôle, et l'on finit par avoir <( soi-même de l'esprit, de l'ironie '... »

2° La seule habitude des actions sages, des paroles sensées, ramène ce goût dominant et fixe du vrai, qui est la raison. Il faut donc, à tout prix, forcer les aliènes à parler sensément .

Leuret attire ses malades à la raison par l'imitation.

«L'imitation, dit-il, est un levier si puissant « même sur les aliénés les plus paresseux et « les plus obstinés, que j'en ai vu plusieurs, « parmi ces derniers, qui, se refusant d'abord à « tout, ont bientôt consenti à travailler, quand « ils ont vu tout le monde travailler autour « d'eux*. »

OU DU TRAITEMENT INTELLECTUEL DE LÀ FOLIE. iîST

Aux effets de Y imitation, il en ajoute de plus énergiques, de plus hardis '.

Il force, il contraint ses malades à reconnaître que leurs idées sont folles2, à les rétracter : « Cer- *< tains aliénés, dit-il, rétractent une folie comme « on rétracte un mensonge3. »

« Il n'est pas aussi difficile qu'on le pense, ^dit-il encore, d'obliger un malade à parler h sensément, même sur l'objet de son délire4. »

Il dit enfin :

« Réduit a parler raisonnablement , l'aliéné « Unit tôt ou tard par s'identifier avec ce qui d'au bord n'était pour lui qu'un véritable rôle '. »

Leuret impose donc la raison à ses malades rt ; et cette raison imposée, jouée, devient peu à peu la raison spontanée, sincère, par cette seule force

1. Peut-être même, trop hardi?. Il exagérait tout à l'heure, quand il affirmait que l'homme aliéné ne diffère en rien de l'homme raisonnable^pii se trompe [Voyei ri-devant, p. 152 . Il exagère ici quand il veut ramener brusquement, violemment, par la crainte, ses malades à la raison. Il e>t souvent excessif '«•'est une remarque que j'ai déjà faite' : mais au fond, que de justesse, que de portée dans relie observation générale, que l'esprit se fjuérh comme il te iroul-le par le seul effet direct des lionnes ou des mauvaise* habitudes intellectuelles !

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secrète qui agit en nous, et qui soumet, qui plie toujours, à la longue, nos pensées à nos actes, et notre principe interne à nos habitudes externes.

IV. De l'applicaticm de la phrénologie à l'élude de la folie. Si Ton en croit Gall, c'est surtout dans l'application de sa doctrine à l'étude de la folie que sa doctrine excelle '.

Voyons les faits.

« Les débuts de Gall pour la localisation de la a folie, dit Leuret, n'ont pas été heureux. Gall, « qui, peu de temps après son arrivée à Paris, « appelait sur son système toute l'attention des a savants , visitait un jour la Salpètrière avec « M. Esquirol. D'abord, If. Esquirol faisait à Gall « l'histoire de la maladie des folles qu'il lui prête sentait, et Gall expliquait par les protubérances a du crâne la cause de leur maladie : toujours la « conformation de la tête et le* caractère de la « folie se trouvaient en harmonie parfaite ; jus- « que-là tout allait bien. Mais, voulant faire une « contre-épreuve, M. Esquirol engagea l'inven- « teur de la phrénologie à observer préalablement « les têtes de ses malades, et à lui dire, d'après « cette observation, quel était le caractère de

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