‹ Examen de la question du mariage de la reine IsabelleChapitre 3 sur 8 · ARTICLE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ARTICLE DEUXIEME

« Ministres d'une reine de quatorze ans , d'une reine jeune, par oui toutes les choses doivent passer sans queUe puisse manifester résolument sa volonté ; car, si forte quelle toitj elle n'a que quatorze ans. »

( Le ministre des finances , dans la séance du congre^ du 11 janvier 1845, Jowmal des Séances, p. 56.)

Le mariage de la reine , considéré sous le rapport de la convenance publique, offre de prime-abord une question de laquelle dépendent les autres : « Devra-t>on chercher, dans ie prince qui obtiendra la main d'Isabelle, quelque importance politique, soit dans ses qualités personnelles, soit dans son origine , ou bien devra-t-on chercher à placer à côté du trône un prince qui ne sera que le simple mari de la reine ? »

Pour nous, cette question $*enchaine et s'identifie à cette autre : « Dans Tétat actuel de l'Espagne, le trône est-il assez fort pour qu'il ne soit pas nécessaire de le fortifier davantage ? Si le trône est assez fort, si le pouvoir est assez solide pour gouverner la société , s'il y a dans le palais de nos rois une pensée de gouvernement sur les affaires intérieures et extérieures , s'il y a une main ferme pour diriger les rênes de la monarchie , alors nous conviendrons qu'il suffit à*un prince de plus; mais s'il n'y a rien de tout cela, si l'âge et le sexe de notre auguste souveraine ont besoin d'uh conseiller habile et d'un bras fort qui la secondent dans la tâche difficile de conduire les destins de cette nation ébranlée, si l'expérience nous offre une preuve convaincante de cette vérité , alors il faudra dire qu'il est nécessaire de chercher pour la couche royale un prince d'importance politique , un prince qui soit un peu plus que le simple mari de la reine. »

Il est inutile de dire dans laquelle des deux situations se trouve l'Espagne : les peuples ne le savent que trop par leurs souffrances, le trône ne le sait que trop par les outrages répétés qu'il a reçus et par les dangers qu'il court sans cesse , l'Europe le sait trop par les scandales et les catastrophes dont elle a été témoin.

Nos maux se sont-ils terminés avec la majorité de la reine ? Les événemens, depuis la solennelle déclaration, sont là ; la situation actuelle est là avec son incertitude, avec ses inquiétudes, avec ses dangers; là sont les insurrections incessantes , là sont les exécutions. Toutes les questions, tous les problèmes à résoudre ; la constitution de l'État sujette à des discussions et à des change- ^mens ; le peu qui reste des vieilles institutions sociales menacé chaque jour, et les œuvres élevées par la révolution mai assurées, vacillantes, craip:nant à chaque instant pour leur existence ; aucune des grandes puissances n'ayant reconnu de nouveau; les négociations avec le Saint-Siège sont sans aucun ré* sultat; on avance peu dans l'organisation intérieure; on n'obtient rien pouP

occuper à Textérieur un rang plus digne ; des alternatives d'anarchie et de despotisme; Fisolement de la communion européenne : voilà l'Espagne. Si cela n'est pas vrai, que Ton nous démente. Nous dirons peu*de choses pour appuyer ce que nous avons avancé; nous montrerons du doigt les faits, ces faits, les uns très récens, d'hier, les autres encore présens. Et de toutes les déclamations, de toutes les exagérations , de toutes les vaines paroles, de toutes les apparences trompeuses, dont on veut éblouir ceux qui ne sont pas sur leurs gardes , nous appellerons au tribunal de l'opinion publique ; nous dirons au peuple : « Parlez , parlez, vous autres; dites si ce n'est pas là ce que vous voyez, ce que vous touchez; dites s'il nous est possible, à vous et à nous, d'avouer que nous ne voyons pas ce que nous voyons. »

Que déduirons-nous de là? Une conséquence fort simple : que tout le mal n'était pas dans la minorité , car on n'y a pas remédié avec la majorité.

Gela n'est pas nouveau pour nous; nous l'avions prévu. En février 18^3, nous écrivions ce qui suit :

« Nous sommes d'avis que l'avènement de la majorité de la reine est un événement heureux ; nous convenons que la prolongation de la minorité de S. M. serait pour la nation une calamité dont on ne peut calculer les fatales conséquences; nous pensons qu'alors se présentera une excellente occasion po jr entrer dans une nouvelle ère, l'une de ces conjonctures heureuses qui se sont offertes plusieurs fois, et dont autant de fois on n'a pas profité lorsqu'on ne s'en est pas servi pour aggraver les maux de la nation ; nous ne doutons pas que si la Providence donnait à la jeune souveraine des conseillers habiles, prévoyans , et doués surtout d'intentions saines et de la supériorité suffisante pour s'élever à la hauteur que réclamera la difficulté des circonstances ; nous ne doutons pas qu'il fût possible de combler l'abîme des révolutions et de conduire la nation par le bon chemin vers lequel elle s'avance de son propre mouvement ; mais nous sommes tellement éprouvés, tani d'espérances se sont si souvent évanouies, qu'il n'est pas étonnant, en les concevant flatteuses pour un temps déterminé, que de tristes réflexions se présentent à l'esprit, et viennent, nous ne dirons pas les dissiper, mais les obscurcir.

» Et qui est capable d'assurer que les événemens se passeront comme quelques uns le pronostiquent? Qui est capable de dire que notre situation si compliquée se débrouillera si paisiblement par le seul avènement de la majorité de la reine? Laissons de côté la grave question agitée déjà dans la presse périodique; faisons complètement abstraction de la situation tout-à-fait nouvelle dans laquelle nous nous trouverions placés par un semblable événement ; mettons de côté tout ce qui touche à telles ou telles personnes, et ne considérons que l'assemblage des choses dans leur complication , dans leur complexité. Croit-on, par hasard, que les ambitions >ivales, que les intérêts en présence, tous pouvant compter sur des moyens puissans d'action et d'influence, abandonneraient si facilement le champ de la politique? Gela nous paraît difficile; et si grande que soit notre confiance dans la sagesse de la nation espagnole ; si sûr que nous soyons de la force du sentiment monarchique en Espagne et des admirables effets qu'il doit produire, nous doutons encore que

le simple fait de raccomplissement des quatorze années de Tauguste enfant doive amener des résultais si décisifs et si salisfaisans. Fasse le ciel que les grandes espérances fondées sur ce jour ne soient pas trompées; car l'idée seule qu'il pourrait être reculé, a suffi pour semer une alarme vive et faire pousser un cri de réprobation unanime. Nous les partageons aussi ces espérances; mais il ne nous est pas donné de les ressentir comme nous le voudrions , en considérant les événemens qui peuvent s'accumuler auparavant, ceux qui peuvent se présenter dans les momens critiques , ceux qui peuvent survenir ensuite.

» Nous concevons très bien que la simple présence de la jeune souveraine à la tête du gouvernement, puisse imposer davantage aux passions et aux partis, que celle d'autres personnes quelles que soient leurs qualités; nous reconnaissons très bien que rien ne peut suppléer à cette absence ; mais en reconnaissant ce qu'il peut y avoir d'heureux dans le moment où cessera la minorité d'Isabelle, nous ne pouvons croire qu'avec cejour doive arriver le remède à tous les maux. Lorsque nous nous figurons la jeune reine au moment d'entrer dans l'exercice du commandement, il nous semble voir une jeune enfant prenant en mains le timon d'un vaisseau qui lutle contre une tourmente furieuse; à ses pieds s'ouvrent à chaque instant les abîmes de l'Océan, la tempête mugit sur sa tête ; l'enfant inquiète lève les yeux au ciel en invoquant . ï Etoile des mers; alors nous unissons nos prières à ses prières, et nous rappelant qu'il est un Dieu protecteur de l'innocence, notre esprit se tranquillise un peu sûr les destins de l'auguste descendante de saint Ferdinand. »> { La Société^ tom. I.)

Les paroles affligeantes de M. Mon, que nous avons copiées à la tête de cet ai'ticle, sont assez significatives. Il est vrai, c'est là un fait que personne n'ignore; mais il est bon de l'entendre de la bouche d'un ministre et dans le congrès même : « Une jeune reine, par qui toutes les choses doivent passer sans qu'elle puisse manifester résolument sa volonté ; car, si forte qu'elle soit, ..elle n'a que quatorze ans. » Ainsi parlait M. Mon, et ces paroles, peu diplomatiques peut-être de la part d'un ministre en présence des chambres, recèlent un fait dans lequel se trouve l'origine de la plupart de nos maux. Oui, de la plupart ; car à cette société féconde en élémens d'ordre, à cette société d'elle-même résignée et obéissante, il lui suffirait d'un monarque de trente ans pour dissiper les élémens qui la troublent. Et certes l'on n'aurait pas besoin d'un génie extraordinaire ; un talent ordinaire suffirait avec un caractère ferme.

« Vos observations sont très fondées, nous dira-t~on; nous'ne nions pas que l'auguste Isabelle, quelque éminentes que soient ses qualités personnelles, jsoit après tout soumise à la condition de l'humanité qui a ses époques marquées de développement intellectuel et moral, et elle n'a que quatorze ans- Nous ne nions pas que dans des temps si agités et si séditieux, l'innocence est une faible arme à opposer au crime ; la candeur n*est pas ce qu'il y a de plus convenable pour surprendre et attaquer la malice dans ses sentiers ténébreux» et la faiblesse du sexe n'est pas très propre pour résister h l'audace des passions farouches qui mugissent dans les émeutes des rues, ou rugissent dans

les entrailles de la terre, annonçant des explosions terriUes; nous ne nions rien de cela, et s'il était possible d'ajouter quatorze ans à la seconde Isabelle, et de lui donner tout d'un coup l'expérience, un talent mûr, le caractère viril qui ornaient la première Isabelle aux meilleurs jours de son gl<H*ieux règne, nous le ferions aussitôt, nous le regarderions comme un bienfait particulier de la Providence, et la nation entière verserait des larmes de consolation, sauterait de joie, transportée d'allégresse et d'espérance. Mais, puisque cela n'est pas possible, puisque cela n'est qu'un beau rêve qui nous distrait un instant d'une inquiétante réalité, puisqu'il est nécessaire d'attendre au milieu de cette triste réalité le lent passage du temps et le développement des événemens incertains, fatals, formidables peut-être, il est juste aussi de remarquer que l'innocente Isabelle a un conseiller naturel, sincère, qui ne peut que désirer la splendeur du trône et la félicité de la nation. »

Nos lecteurs comprendront facilement qu'une telle objection nous place dans une position embarrassante et délicate, et que nous ne nous sommes décidé à y répondre que pour procéder avec pleine franchise et loyauté dans la grave question qui nous occupe. Nous désirerions l'épuiser, si nos forces étaient assez grandes pour cela ; et nous voudrions que personne de ceux qui ne seraient pas de l'opinion que nous défendons, ne pût nous reprocher d'avoir procédé avec réserve, de n'avoir présenté que le côté favorable à notre but, et d'avoir omis quelque donnée importante. Ces considérations seules nous ont décidé à aborder un point auquel nous aurions pu nous soustraire, en considérant la question sur le terrain légal et ostensible. Mais comme nous avons la conviction qu'il est nécessaire, pour la solution de cette sorte de problème, de fie mettre en ouWi aucune donnée qui, sans être ni légale ni ostensible, ait néanmoins une importance réelle et effective, nous avons cru convenable et jusqu'à certain point nécessaire de ne pas mettre de côté celle que nous venons d'indiquer , surtout lorsque nous ne croyons pas impossible de le traiter avec la circonspection et les hautes considérations que l'on ne doit jamais oublier pour tout ce qui a rapport aux égards dus au trône et au respect envers la famille royale.

Nous faisons à l'auguste mère de la reine la justice de la croire incapable d'avoir d'autres désirs en politique que la sécurité et la splendeur du trône de son auguste fille doua Isabelle II. et la félicité de la nation; on ne peut supposer autre chose dans le cœur d'une mère et d'une princesse qui partagea la couche du monarque des Ëspagnes. Si des fautes ont été commises depuis la mort de Ferdinand VU , si les calamités les plus grandes ont fondu sur notre malheureuse patrie, les accusations doivent être dirigées contre les gouvernans responsables; il ne doit pas ê(re permis de les porter plus haut ni danâla presse ni k la tribune; Dieu seul est juge de la responsabilité qui pourrait peser en pareil cas sur des têtes augustes.

Les hommes monarchiques et religieux, ceux qui affichent le moins d'amour pour les théories constitutionnelles , sont ceux qui ont respecté le plus scrupuleusement Tinviolabilité du roi consignée dans la constitution ; ils l'avaient consignée dans une autre partie plus sûre, dans leur conscience. Ainsi, tandis que la révolution s'est déchaînée à diverses époques en terribles in-

vectives contre la reine Christine, ils se sont tus, ils ne se sont pas permis de rinsulter ni de lui adresser des reproches, quoiqu'on les ait opprimés plus d'une fois au nom de cette auguste personne, bien sans doute que cela eût lieu contre sa volonté. Il y a long-temps que la presse monarchique se trouve engagée dans de vifs débats ; elle s'est vue attaquée de mille manières, traitée avec une excessive rigueur, provoquée par des injures, excitée en quelque sorte à descendre à des personnalités; mais elle ne s'est jamais crue autorisée à s'écarter des considérations élevées que lui imposent ses principes et ses sentimens ; jamais elle n'a fait cause commune avec la révolution en ce qui pouvait offenser tout ce qui approche du trône; et, accusée de complicité avec les révolutionnaires , elle n'a pas manqué à un devoir dont elle se serait sûrement écartée si elle eût été dirigée par la mauvaise foi ou l'esprit de parti.

En soutenant donc , comme nous le soutenons, que l'avenir de la nation ne doit pas se reposer sur les seuls conseils de la reine Christine , nous ne sommes guidé par aucun dessein hostile à cette auguste princesse ; notre opinion «st fondée sur des considérations politiques que nous allons exposer.

Si respectable que soit une influence , elle ne suffit pas pour le bonheur d'un pays dès l'instant où elle est repoussée par des partis nombreux et qu'elle a contre elle des préventions nées de l'histoire de longues années de guerre civile et de bouleversemens révolutionnaires. La personne qui a exercé la régence aux époques de la plus vive discorde et de la guerre civile la plus sanglante, qui a apposé sa signature à tous les décrets qui ont changé radicalement l'organisation sociale et politique du pays ; la personne qui a été l'objet de la colère d'un parti, et qui s'est vue par suite chassée du royaume, dépouillée de la tutelle^ privée de sa dotation, traitée en proscrite et même comme ennemie de la tranquillité publique, cette personne nécessairement doit avoir 4e fortes préventions contre elle ; son influence doit être mal considérée par un grand nombre; à son nom doivent se rattacher des souvenirs, source perpétuelle de resscntimens , de haines , de vengeances. Que l'on suppose cette personne si innocente, si généreuse , de vues si élevées que l'on voudra , il y a, dans la nature des choses, une force supérieure aux qualités personnelles » force indestructible, parce qu'elle se fonde sur des faits également indestructibles»

Ce ne serait donc pas une pensée très politique que celle qui compterait perpétuer ou faire durer de longues années une influence semblable, si juste, si raisonnable, si désintéressée, si salutaire qu'on la suppose. £t de longues années doivent s'écouler, de très longues années, avant que l'auguste Isabelle « avec son cœur candide et innocent , ait appris à connaître la duplicité et la perfidie des hommes; avant qu'elle ait appris , avec les désenchantemens et l'expérience du commandement, à déchirer avec hardiesse et majesté le voile épais que la flatterie , l'ambition et d'autres passions plus viles encore , ont <x)utume de jeter sur les yeux des rois; de longues années doivent s'écouler avant que l'auguste enfant acquière , avec l'âge et la réflexion , cette gravité majestueuse^ sévère, imposante, qui sied si bien au monarque en certaines •occasions critiques ; gravité qui contient dans les limites du devoir les personnages les plus élevés, et qui ne permet pas, même à un président du conseil, de demander une signature, nous ne dirons point avec violence ni avec

ane exigence en dehoi^s des règles, mais même arec importunité. Personne n'anra oublié le fait d'Olozaga. Jusqu'à ce que cette époque que nous venons de retracer arrive , il convient que l'auguste orpheline ait auprès d'elle un conseiller naturel , inviolable, un défenseur-né sur qui elle puisse jeter iesr yeux dans toutes les circonstances difficiles, dont elle puisse réclamer la coopération dans les crises graves, et de qui elle puisse attendre des secours en cas de danger.

La faiblesse du sexe, l'instabilité de la position , accompagnée en outre de la prévention des partis ne pourraient remplir un tel but, auquel on ne saurait parvenir que parla présence d'un époux de la reine , qui sera inviolable, inamovible , qui ne pourra tomber sans que tombe le trône lui-même. Ce sera une influence que personne ne pourra contrarier , que personne n'osera combattre, qui s'identifiera en quelque sorte avec la personne du monarque. Il n'y aura point de parti qui puisse se promettre que la reine ne doit pas consulter son époux, il n'y aura point de ministre qui fasse monter si haut son exigence; et quelles que soient les prescriptions de la loi^oiidamèntale, elles n'empêcheront pas que le mari de la reine exerce une puissante influence sur les grandes affaires du royaume, qu'il soit entouré et respecté par tousies^ hommes remarquables du pays, que son vote soit d'un grand poids dans tous les conseils, et qu'en cas de danger il soit le premier à marcher pour la défense des droits de la couronne, contre les perturbateurs lorsqu'il s'agira de la tranquillité intérieure, et contre les étrangers lorsqu'il s'agira de l'indépendance. Ce sont là des vérités incontestables, palpables pour tous; vérités indestructibles en tant qu'elles sont fondées sur les sentimens les plus intimes du cœur humain , sur les nœuds les plus sacrés de la religion , sur le cours naturel et nécessaire des choses, sur la situation où se trouve l'Espagne et dans laquelle elle doit se trouver à l'avenir.

Yoilà pourquoi , respectant on ne peut plus la personne de la reine-mère , nous voudrions trouver ailleurs un conseil et un appui permanent II faut se convaincre de la nécessité de sortir des intérims, des situations transitoires; i| &ut chercher des points d'appui solides , stables, fixes, qui ne soient sujets à des oscillations d'aucune sorte. Ces intérims tuent toute espèce de gouvernement, rendent tout système impossible. Tant que des éventualités pourront amener la chute de telle ou telle personne, il y aura des espérances insensées ; les conspirations se succéderont les unes aux autres ainsi que les projets de boulevcrsemens ; la tranquillité de la nation sera troublée ou mal assurée. C'est pourquoi il convient, il est nécessaire, il est urgent que l'on ferme la porte àf de folles espérances, que l'on ne voie pas la possibilité de détruire ce qui existeaujourd'hui par les éventualités de demain ; il est urçent que tous les parti» voient un fait définitif contre lequel il leur soit impossible de lutter, et qu*il» se soumettent tous à la nécessité de ne point soutenir d'autres combats que ceux qui sont permis parla loi.

Nous croyons avoir démontré jusqu'à l'évidence ce que nous nous somme» proposé dès le commencement, et l'avoir fait sans manquer au respect dû à une auguste personne , en nous tenant uniquement à des raisons de convenance politique , et en mettant absolument de côté tout ce qui a rapport aux quali-

tés personnelles. Nous avons la profonde conviction que tous les hommes judicieux et honorables conviendront de l'exactitude des observations qui précèdent : il se peut qu'il y ait de la dissidence lorsqu'il s'agira de signaler le point où Ton doit rencontrer l'appui et le conseil, mais non quant à la nécessité de le chercher. Cette nécessité est évidente, parce qu'il est évident que rien de ce qui est ne suiBt ; quiconque ne voit pas cela, ou procède de mauvaise foi, ou €St aveugle.

Lorsque la reine-mère revint de l'exil, nous avons dit franchement que, va le jeune âge et le délaissement d'Isabelle II, son influence était naturelle, nécessaire, tant que cette auguste princesse vivrait auprès de son auguste flUe ; mais cette situation est passagère, et ne peut servir que comme un moyen de transition à un état de choses solide et permanent. Personne n'est plus intéressé que la mère de la reine à faire sagement cette transition ; car, lors même que nous supposerions qu'elle met absolument de côté ce qu'il peut y avoir d'avantageux pour elle dans un avenir tranquiJle et prospère pour la nation et les formidables hasards auxquels l'exposerait un bonleviersement, il n'est jamais permis de penser qu'elle perde de vue ce qu'exigent la sécurité et la splendeur du trône de son auguste fille ainsi que la félicité de l'Espagne.

Si l'influence des personnes très élevées doit être utile il faut .qu'elle puisse être libre, ouverte, sans considération pour d'autres influences d'un ordre inférieur et qui puissent continuellement se mettre au dessus d'elle, faisant servir d'instrument ce qui devrait être cause principale. Autrement, toute la responsabilité morale des maux, aux yeux de l'opinion publique, a coutume -de tomber sur les plus hautes régions, et on ne leur attribue pas toujours tout le bien qui en émane : les peuples, plôrtés d'eux-mêmes aux extrêmes, se laissent entraîner par les suggestions de la colère comme par les inspirations de Tenthousiasme, et l'enthousiasme et la colère exagèrent toujours. Ainsi lisonsnous tous les jours des inainualioDS sur l'inflaence d'ane auguste personne, •des déclamations contre les tendances réactionnaires ; et cependant quiconque a suivi attentivement la marche des événemens , trouve des indices puissans pour croire que cette influence a été beaucoup moins efficace qu'on n'aurait pu l'espérer. Nous ne nierons pas qu'on lui ait dû quelques mesures réparatrices; mais 11 est certain que ces mesures sont d'un ordre subalterne, et que tout ce que Ton a fait relativement aux matières les plus graves a été plutôt le résultat de la force même des choses, du cours irrésistible des événemens, du poids de l'opinion publique, de la situation dans laquelle se sont trouvés les hommes gui se sont emparés du pouvoir à la chute d'Olozaga.

Dut-on par hasaM à de hautes influences le ministère Gonzalès Bravo, la mise en état de siège de la nation entière, le désarmement de la milice nationale, la détention des chefs du parti progressiste et les massacres d'Alicante? vQuelquesuns de ces événemens furent le résultat de ce qu'il y avait de pressant dans les circonstances, et il ne fut pas possible en ce qui les touche qu'il y eût combinaison ni même prévision. Quant à la suspension de la vente des biens du clergé, contre laquelle on a tant déclamé, les hommes dé la situation pouvaient-ils s'abstenir de la décréter, au moins quelque temps après leur avènement au pouvoir?- Et ce temps pouvait-il dépasser août 1844? En politi-

— loque, n*a-t-on pas établi les mêmes formes arec de légères modifications teacées à une autre époque par le parti modéré ? Si l'on n'a pas maintenu le système progressiste, Ton n'a pas non plus permis que le système contraire fût intronisé. En sorte que les hommes de la situation ont fait a^ec l'influence combattue, à peu près ce qu'ils auraient fait sans elle.

Cela n'aurait pas lieu avec l'influence du mari de la reine; lorsqu'elle existerait , elle serait eflicace, et il n'y aurait point de ministres qui pussent la contrarier. Avec une position libre et perpétuelle, avec un puissant ascendant sur l'esprit de son épouse, et surtout avec un caractère mâle , naturellement plus fort, plus énergique et par conséquent plus respecté, il est bien sûr que tant d'ambitions ne s'agiteraient point, ou du moins qu'elles seraient plus modestes. Il est bien sur que l'on prendrait une marche politique plus ferme, plus constante, et que la nation ne passerait pas continuellement de mains en mains, payant de son argent, de ses souffrances, de ses soucis, et souvent de son sang, l'incapacité des uns, la cupidité des autres et les fautes de tous. Il ne convient donc pas de placer à côté de Sa Majesté un prince qui ne soit que le simple mari de la reine ; ce serait prolonger indéfiniment le mauvais état de la nation, ce serait permettre aux factions qui ne servent qu'à rendre impossible tout bon système de gouvernement , ce serait leur permettre de se fortifier sous la protection du trône. Il faut un prince influent, il faut un prince dont le vote pèse dans le conseil et dont la main porte l'épée. Quel sera-t-il? Nou&. l 'examinerons dans les articles suivans.

Page 1