‹ Examen de la question du mariage de la reine IsabelleChapitre 5 sur 8 · SI · texte numérisé non relu

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sibilité dtt jeter janois le gant à aacime<E\ines\ ni dé le relever si on nou» lè jetait La jeune reine peut vivre plus d*nn demi-siècle; ses cousins sont aussi peu âgés ; et pendant leur vie, et dés années après , nous serons forcés de. rester dans cette position ; la puissance qui se montrera aMère et qui accompagnera ses exigences d'une menace sérieuse, obtiendra ce quelle voudra. Estce de la pc^tiqne , est-ce de la prévision , est-ce agir en hlonnne d'État que de ne pas songer à prévenir de si grandes dîBRcnités ? Est-ce là travailler pour rindépendance nationale ?

Jetez les yeux sur cette France, qui a subi effe aussi, une révolution récente.. Quels germes de malaise ! que d'éventualités dans l'avenirl quelle complication la prétention dynastique n'ajoute-t-elle pas aux questions sociales et politiques ! Si le prince qui occupe le trône de France avait en son pouvoir un moyen anssi facile que nous , sans doute il l'adopterait sans hésiter. Que . les hommes de tous les: partis méditent sur ces réflexions ; qu'ils voient si elles méritent de peser dans le jugement d'un homme d'État; qu'ils voient si les. mépriser n'est pas compromettre notre grandeur et notre indépendance jusque dans un long avaiir.

Si la question dynastique se résout complètement, la position de l'Espagne devient libre de tout embarras relativement aux puissances étrangères. Alors celles-ci n'ont plus de resswt pour faire mouvoir les partis ; alors il ne leur reste plus la ressource de vaincre les Espagnols par des Espagnols. Nous serons plus ou moins faibles , plus ou moins forts , mais nous n'aurons pas la faiblesse qui provient de la division ; nous aurons la force qui naît de l'union. Nous n'aurons rien à craindre d'une rupture avec les puissances du Nord, qui ne peuvent amener par terre leurs armées dans la Péninsule , qui ne pourraient, qu'à grand'peine commettre des hostilités contre nos ports , sans jamais tenter de débarquer une armée pour pénétrer à l'intérieur du pays, sans être sûres de la voir périr.

L'Angleterre pourra plus que nous sur mer; mais elle aurait à payer du sang anglais ses avantages dans les ports de la Péninsule et des Colonies ; . et avant de se hasarder à faire pénétrer une armée au cœur de l'Espagne , elle, n'oublierait pas les leçons que les Français reçurent dans la guerre de l'indépendance sous les yeux de ses soldats.

S'il n'existait point de division entre les Espagnols, que pourrait tenter la France ? Que l'Espagne soit unie , et qu'on laisse passer quand on le voudra les Français par les gorges des Pyrénées. Eux, qui conservent vivant le souve^ nir de l'invasion de Bonaparte ; eux, qui ont vu de près la lutte de Navarre , d'Aragon et de Catalogne pendant les sept ans que dura la guerre civile ; eux, qui ont pu juger de combien sont capables les Espagnols, même divisés, ils se garderaient bien d'introduire une armée dans la Péninsule , s'ils nous voyaient unis. Avec le caractère belliqueux qui distingue notre nation; avec les* habitudes guerrières créées en Espagne par seize années de combats durant ce siècle; avec ce caractère énerçique qui reste dans les esprits des naturels d'un pays habitué à vivre en faisant une guerre à mort , non seulement la France ne se hasarderait point contre l'Espagne , mais encore , dans le cas où elle aurait une guerre sur le Rhin, elle ferait tous les sacrifices imaginables , ou pour

acquérir notre alliance , ou , si cela lui était impossible, pour obtenir que nous restassions neutres.

Nous Le nous lasserons pas de le répéter : que les hommes d'Ëtat, que les hommes de jugement, que ceux qui aiment sincèrement leur patrie méditent sur ces réflexions. Ces suppositions ne sont point absurdes, elles sont possibles, plus que possibles; la réalisation de Tune ou de l'autre d'elles est très probable. Le statu qito de FEurope se trouve soumis à mille hasards ; une multitude de complications, de conflits peuvent survenir et surviendront probablement, et dans Tun ou Tautre de ces cas, TEspagne se verrait engagée dans les difficultés les plus graves. Voyez les changemens, les bouleversemens qu*a éprouvés l'Europe en un demi-siècle, et calculez ceux qu'elle peut éprouver, ceux qu'eUe éprouvera sans doute à l'avenir.

Pouvez-vous oublier l'instabilité des choses humaines? Pouvez-vous oublier les leçons de l'histoire et de l'expérience de chaque jour? Et, en pareil cas, est-il possible que vous méconnaissiez la gravité, l'imminence des dangers que nous venons d'indiquer ? La prévision humaine est certes très hmitée, très restreinte; mais les faits qui font conjecturer les nombreuses tourmentes dont est gros l'avenir de l'Europe ne sont-ils pas évidens? Quelles seront ces tourmentes , en quel sens , quels en seront les résultats : nous ne le savons pas ; mais nous savons que si la question du mariage de la reine ne se résout pas avec prudence , quelles que soient les vicissitudes de l'Europe , quel que soit le sens dans lequel elles se réaliseront, quel qu'en soit le résultat, l'Espagne se verra exposée à de grands embarras.

Voulez-vous que nous signalions quelques uns de ces faits auxquels tient l'incertitude de l'avenir ? Voici que la France peut avoir à traverser les périls d'une minorité et d'une régence , peut-être non sans rivales ; le prince qui règne laisse une opposition dynastique qui dispose des sympathies des puissances du Nord ; il laisse une nation dont les entrailles nourrissent des sociétés monstrueuses et dans les veines de laquelle circulent l'irréligion et l'esprit révolutionnaire. Voici la rivalité entre la France et la Grande-Bretagne ; voici les questions sur le trafic des noirs et le droit de visite ; voici la question d'Orient qui, déjà en 18^0, mit la paix de l'Europe dans un péril imminent ; voici l'ambition de la Russie, avec son immense puissance ; et nous sommes limitrophes de la France; et Alger, qui est à notre vue,, appartient à la France; et nous possédons des îles très importantes dans la Méditerranée, et dans l'Océan les Canaries, les Antilles et les Philippines; et nous ne nous occupons point de résoudre le problème de l'esclavage dans les colonies ; voici Gibraltar occupé par les Anglais, et le Portugal soumis à l'influence de la Grande-Bretagne ; voici beaucoup d'autres circonstances qui peuvent nous envelopper daas les complications et les conflits qui surviendront en Europe pour quelque motif que ce soit.

Il est donc inconcevable que nous ne cherchions point, par tous les moyens possibles, à fortifier notre nationalité, à effacer les traces de la discorde, et à extirper les élémens qui pourraient reproduire la guerre civile. Ne l'oublions pas : résoudre à jamais la question dynastique est une condition nécessaire pour acquérir une position forte en Europe et pour n'être pas le jouet

des autres puissances. Nous croyons FaToir démontré jusqu'à l'évidence; et certes, les adversaires du mariage de la reine avec le iils de don Carlos ne pourront méconnaître la solidité des raisons à l'aide desquelles nous avons prouvé cette importante vérité. Sans doute, ils ne choisiront pas , pour soutenir leur opinion, le terrain de la politique étrangère, mais celui de Tintérieur ; eh ! bien, nous accepterons partout la lutte.

Nous ne méconnaissons pas les préoccupations qui obscurcissent de ce côté la lumière de la vérité ; nous croyons néanmoins qu'elle arrivera à se faire jour. Quoi qu'il en soit, nous consacrerons les articles suivans à examiner la question sous tous les aspects.

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