‹ Examen de la théorie de M. Longet relative à la transmission des impressions sensitivesChapitre 5 sur 7 · A COUPÉ EN TRAVERS LES CORPS RESTIFORMES AU NIVEAU DU BEC DU CALA · texte numérisé non relu

A COUPÉ EN TRAVERS LES CORPS RESTIFORMES AU NIVEAU DU BEC DU CALA

mus.— Ce fait, qu’ après une section transversale des cordons postérieurs à l’endroit où ils prennent le nom de corps restiformes, la surface inférieure est extrêmement sensible et la supérieure dépourvue de sensibilité (1), est décisif contre la théorie de M. Longet, parce que, sui-

(l) Voyez pour les détails le rapport de M. Broca, Gaz. Méd., 1855, p. 496, et Mémoires de la Soc. de biologie pour 1855, p. 48-49, exp. XI, pl. II, fig. 5c.

vaut celle théorie, nous devrions Irouver : 1° la surface inférieure insensible ; 2“ la surface supérieure très-sensible.

Lorsque nous avons fait cette expérience, nous croyions, avec tout le inonde, qu’à l’état normal les corps restirormes sont doués d’une sensibilité très-vive. Nous nous trompions : ils ne sont pas sensibles, ou s ils le sont, c’est à un très-faible degré. Ce sont surtout les assertions de M. Longet qui nous ont trompé à cet égard. Cet auteur déclare d’une manière tellement positive avoir constaté que les corps rcstiformes jouissent d’une exquise sensibilité (1), que nous avions admis l’exactitude de son assertion. Mais en cherchant si vraiment il y a dans cette partie du bulbe une extrême sensibilité, nous avons été profondément surpris de trouver qu’elle est insensible ou à peine sensible. Si donc il était nécessaire, comme M. Longet l’a cru, qu’une partie fût sensible pour être capable de transmettre les impressions sensitives, il y aurait lieu de conclure que les corps reslifonnes ne transmettent pas les impressions, puisqu’ils ne sont pas sensibles.

9° Ablation du cervelet.— Il est très-certain que les animaux qui ont subi cette opération sont souventdans un état d’hyperesthésie très-marqué. Or si le cervelet était le lieu de passage d’un très-grand nombre de fibres sensitives, ainsi que M. Longet a été forcé de l’admettre par suite de ce fait anatomique incontestable que la majorité des libres des corps restiformes se portent au cervelet, la sensibilité devrait être notablement diminuée après l’ablation de cet organe.

10°Section transversale des pédoncules cérébelleux antérieurs.— M. Longet a été conduit forcément à imaginer que les fibres sensitives qui se portent, suivant lui, des corps restiformes au cervelet, se rendent de ce dernier organe au cerveau par les pédoncules antérieurs ou les processus cerebelli ad lestes. Si cette partie de la théorie était vraie, nous trouverions la sensibilité diminuée dans le tronc ou les membres, ou dans quelques-unes de leurs parties, après la section transversale des processus ad testes. Or il n’en est rien, et il semble, au contraire, que l’animal soit hyperesthétique. Il ressort donc de cette expérience que ces processus ne sont pas ce qu’a supposé M. Longet.

1 1° Section transversale de la substance grise centrale de la moelle

(1) Traité de physiol., 1850, t. II, B. p. 32, et dans nombre d’antres endroits, et entre autres la page 209, où l'auteur déclare que « le moindre attouchement des corps restiformes a occasionné les douleurs les plus vives. »

épinière.— Nous avons décrit ailleurs (1) des expériences variées, mais consistant essentiellement dans la section transversale de la substance grise. Nous avons dit que cette opération empêche entièrement la transmission des impressions sensitives venues des parties situées aune certaine distance en arrière du lieu de la section.

Ce fait est en opposition complète avec la théorie de M. Longet, puisqu’alors les cordons postérieurs n’étant pas altérés, la transmission des impressions sensitives devrait continuer à se faire. M. Longet, qui n’a pas cherché quelle est l’influence de la section des divers cordons de la moelle épinière sur la sensibilité, parce que les animaux sur lesquels il mettait la moelle à nu dans la région lombaire perdaient invariablement la sensibilité dans le train postérieur, par suite, croit-il, de cette simple exposition de la moelle à l’action de l’air (2), M. Longet dit que la destruction de la substance grise de la moelle, sur des chiens, « dans une longueur aussi considérable que possible, à l’aide d’un stylet, n’a aucunement modifié la sensibilité des faisceaux médullaires postérieurs (3). » Nous ne pouvons tenir aucun compte de cette expérience, attendu qu’il nous est impossible de deviner : 1° ce que l’auteur appelle une étendue aussi considérable que possible ; T quelle est la grosseur du stylet employé; 3° quelle est l’étendue transversale de la partie de la substance grise qui a été détruite; 4° quelle est la partie des faisceaux postérieurs qui est restée sensible.

M. Magendie avait déjà fait, il y a longtemps, une expérience analogue. Mais lui aussi n’a pas donné, à cet égard, de suffisants détails. Il dit seulement : « J’ai plusieurs fois enfoncé des stylets dans presque toute la longueur de la moelle, sans que les mouvements ni la sensibilité de l’animal me parussent diminués (4). » Nous avons fait une expérience analogue : nous avons coupé en travers la moelle épinière à la région lombaire sur des chiens adultes et de taille moyenne, et nous avons enfoncé un stylet d’argent de 1 millim. 1/2 de diamètre dans la partie centrale de la substance grise du segment céphalique de la

(1) Gaz. Méd., 1855, p. 594, et Mém. de la Soc. de biologie pour 1855, p. 73.

(2) Traité d'anat. et de piiysiol. du syst. nerv., 1843, t. I, p. 276, et Traité de piiysiol., 1850, l. 11, B. p. 186.

(3) Traité de piiysiol., 1850, t. II, B. p. 188.

(4) JOURN. I)E PIIYSIOL. EXPÉRIM., 1823, t. 111, p. 154.

moelle, dans une étendue de 6 à 7 centimètres. La sensibilité a été diminuée, mais à un faible degré seulement, dans les racines postérieures qui naissent de la portion de moelle dans laquelle 1 instrument était enfoncé. Dans cette expérience grossière, on introduit le stylet dans le canal central de la moelle épinière, canal dont les parois sont dilatables, ainsi que le montrent les cas d’hydropisie ; on détruit sans doute la couche épithéliale qui tapisse ces parois et en même temps une certaine quantité de substance grise. Mais quelle quantité? C’est ce qu’il n’est pas possible de savoir. Il faut donc laisser de côté ce mode d’expérimentation et avoir recours aux sections transversales de la substance grise. Dans ces dernières expériences, on sait ce que l’on fait, ou du moins l’autopsie le montre d’une manière incontestable. Nous n’avons pas besoin de répéter que par ce dernier mode de recherche, nous avons constaté et fait constater par un trèsgrand nombre de personnes, que la section transversale de la substance grise centrale et de la base des cornes grises empêche complètement la transmission des impressions sensitives venues des parties situées à une certaine distance en arrière de la section.

12° Section d’une moitié latérale de la moelle épinière. — M. Longet admet (1), avec tous les anatomistes modernes, que le sillon médian postérieur s’étend jusqu’à la commissure grise, c’est-à-dire que les deux cordons postérieurs ne communiquent aucunement l’un avec l’autre, à moins que ce ne soit par l’intermédiaire de la substance grise. Eh bien ! s’il en est ainsi, en admettant que les cordons postérieurs sont la seule' voie de transmission des impressions sensitives, et que la substance grise ne serve en rien à cette transmission, ainsi que le veut la théorie de M. Longet, nous devons trouver que la section transversale d’une moitié latérale de la moelle épinière fait perdre complètement la sensibilité aux parties qui sont en arrière et du côté de la section. En est-il ainsi? Tout au contraire, là où il devrait y avoir de l’anesthésie, c’est de l’hvpersthésie qui existe (2). Il

(1) Traité d’anat. et de piiysiol. du syst. nerv., 1843, t. I, p. 229.

(2) Voyez à ce sujet le rapport de la commission du prix de physiologie expérimentale, commission composée de MM. Flourens, Rayer, Duméril, Pclouze, Serres et Magendie, in Comptes rendus de l’àcad. des sciences, 1852, t. XXXIV, séance du 22 mars.

résulte de là nécessairement que les impressions sensitives passent par la substance grise.

Nous bornerons-là notre exposé des principales expériences contraires à la théorie deM. Longet. Nous pourrions ajouter àces preuves expérimentales un grand nombre d autres tout aussi décisives. Mais il est évident que nous en avons rapporté beaucoup plus qu’il n’en faut, car si le lecteur veut prendre au busard l un quelconque des faits que nous venons de décrire ou de mentionner, et s il veut réllécbir quelques instants sur la valeur de ce fait, il le trouvera sulflsant pour démontrer l’inexactitude du système de M. Longet. Pour ceux qui désireraient connaître les autres preuves expérimentales qui existent contre ce système, nous les renvoyons aux faits qui sont rapportés dans un de nos précédents mémoires (1), et aux faits que nous rapporterons bientôt contre la théorie des physiologistes allemands (Stilling, Scliiir et autres).

En nous résumant à l’égard des faits expérimentaux relatifs à la théorie de M. Longet, nous dirons :

1° Que ce physiologiste ne fonde cette théorie que sur un seul fait, qui, en admettant qu’il soit exact, ne prouve rien autre chose que l’existence de la sensibilité dans les cordons postérieurs et son absence dans les autres parties de la moelle épinière;

2° Qu'il existe un nombre très-considérable de faits expérimentaux très-variés prouvant chacun d’une manière incontestable que la théorie de M. Longet est erronée.

Ainsi il n’y a aucun fait direct en faveur de cette théorie, et il en existe, au contraire, un très-grand nombre qui lui sont absolument opposés.

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