‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologique (volume 2)Chapitre 14 sur 23 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

A^ATOMIE PATHOLOGIQUE DE M. LE PROFESSEUR ANDRÀL (l).

Depuis la mort de Laennec, M. Andral a été proclamé le principal chef de l'école anatomico-pathologique de Paris. Dans son avant -propos, il signale la nécessité d'un livre qui, rassemblant les faits épars, résumerait le passé et préparerait l'avenir de la science*- Il ne se flatte point d'avoir rempli cette tâche; il se contente de publier la méthode qu'il a suivie pour étudier les rapports de l'anatomie pathologique avec la médecine pratique.

Son Précis danatomle pathologique est divisé en anatojnle pathologique générale j et en anatomie patho' logique spéciale.

Dans la première, il établit que dans toute partie

(i) Traite d'analomie pathologique, \>^Y M. Andral, 18*29.

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vivante s accomplissent trois actes fonctionnels : la cir-» culation capillaire, la nutrition , la sécrétion. Ces trois actes sont dominés par Finnervation.

Les vices de la circulation lui donnent Vhyperhémie et V anémie; ceux de la nutrition, V hypertrophie et V atrophie^ avec les ramollis s emens et les indurations ; ceux de la sécrétion^ les produits anormaux sécrétés à la surface ou dans Vintérieur des tissus : ce qui ne le dispense pas de considérations particulières surles altérations organiques, composées de ces divers genres de lésions. Les altérations du sang et des humeurs doivent être traitées séparément; et enfin les lésions pures et simples de l mner nation viennent former la dernière section de celte première partie.

La seconde, ou \ anatomie pathologique spéciale ^\\ est autre chose que l'application de ce qui précède aux différens appareils de l'économie. Pour y montrer des exemples des diverses lésions qui viennent d'être indiquées, l'auteur passe successivement en revue les appareils de la digestion , de la respiration , des sécrétions, de la génération , de l'innervation, qu'il envisage surtout sous le rapport de la pathologie interne.

Nous nous dispenserons d'une analyse détaillée de cet ouvrage important, qui se trouve entre les mains de tout le monde, que tout le monde lit, et que d'ailleurs l'auteur répète annuellement dans les leçons qu'il fait à la Faculté, en y joignant ce que les travaux incessans sur l'anatomie pathologique peuvent lui fournir de nouveau. Nous nous contenterons de quelques réflexions générales sur son plan, comparé à celui de M. Lobstein, et ensuite de réflexions et considérations particulières sur chacun des points principaux de la. doctrine qu'il professe.

M. le professeur And rai a donc pris les fonctions générales de l'économie pour base de son anatomie pathologique. A-t-il mieux fait que M, le professeui'

Lobsiein, qui choisit pour base de sa classification anatomico-pathologique les formes morbides comparées avec les normales? cette base est physiologique , mais celle de M. Andral l'est encore davantage. La question se réduit donc à savoir s'il reste toujours fidèle à cette méthode dans les détails.

M. Lobstein établit ses sous-divisions sur les causes spéciales qui sont subordonnées, comme effets, à la force vitale; ainsi la force vitale remplit chez lui le rôle que joue l'innervation dans l'ouvrage de M. Andral.

Ce point rapproche beaucoup les théories des deux professeurs ; mais la ressemblance diminue parle scepticisme de M. Andral, lorsqu'il vient à traiter de l'innervation. C'est ce que nous aurons occasion de vérifier par la suite.

M. Lobstein sous-divise encore d'après les tissus primitifs; et en ce second point il s'éloigne de M. Andral, qui se trouve beaucoup plus à l'aise dans les lésions des fonctions, que ne l'est son émule dans celles des tissus primitifs; car ces lésions sont plus rarement pures et simples, et beaucoup plus difficiles à distinguer et à isoler dans les différentes périodes des maladies, que les lésions de circulation, de sécrétion et de nutrition. Toutefois, M. Andral rencontre aussi des difficultés, puisque plusieurs fonctions s'allèrent presque toujours simultanément dans le même organe, à plus forte raison dans le même appareil organique. L'un et l'autre sont donc obligés de se contenter du prédominant C'est un inconvénient inséparable du plan que chacun d'eux s'est imposé.

La sous-division puisée par M. Lobstein dans les différens degrés ou les diverses nuances de la force vitale, nous parait une heureuse idée. M. Andral ne l'a point assez exploitée, et nous en sommes fâché, car elle est éminemment physiologique.

M. Lobstein termine par une théorie sur la patho-

génie des maladies organiques. C'est l'innervation qui donne la première impulsion au mouvement morbide, car elle préside à tout, même à la force plastique. La mort n'arrive donc que par la cessation de l'innervation. On découvre dans cet axiome un fond de physiologie qui constitue un progrès, si l'on compare la classification de M. Lobstein à celle de MM. Baillie, Cruveilher et Ribes de Montpellier. Nous nous dispenserons de faire mention de ces ouvrages, soit parce qu'il n'y a point de doctrine, soit parce que la doctrine qu'on y professe est tombée dans la prescription. Mais nous devons rechercher si la théorie du professeur de Paris l'emporte sur celle du professeur de Strasbourg.

M. Andral admet une force vitale qu'il place aussi dans le système nerveux; mais c'est par hypothèse, comme nous le verrons plus loin. Il affiche par conséquent le scepticisme, et c'est ce qui le distingue essentiellement de M. Lobstein, dont le système tout vitaliste n'est plus désormais en crédit dans Técole de Paris. Nous ne nous appesantirons pas sur l'ouvrage de cet auteur : on saura suffisamment ce que nous en pouvons penser lorsque l'on nous aura entendu disserter sur la méthode et sur la théorie de M. Andral.

Celui-ci fait agir d'abord tous les organes fonctionnant, sans les avoir préalablement soumis à aucune force primitive , sans même manifester aucune conviction sur les causes extérieures qui peuvent avoir amené leurs dérangemens. Toutes ses forces intellectuelles sont absorbées par les descriptions ; les causes sont pour lui un objet secondaire dont il fait peu de cas, et vers lequel il se contente de jeter un regard distrait à la suite de chaque description, afin de ne pas laisser de lacune dans son ouvrage. Il semble n'avoir pour but que de bien établir les faits matériels, laissant à d'autres le soin de les rapprocher et d'en tirer des inductions philosophiques qui puissent servir de

base à la médecine. Du reste, il paraît peu croire à la possibilité d'une doclrine définitive, et c'est pour cela sans doute qu'il n'essaie pas de la fonder ; il a bien l'air d'attendre un messie, mais on juge aisément qu'il ne compte pas sur sa venue.

M. Andral ne déprécie point avec aigreur, car son caractère est doux et bienveillant ; mais il marche constamment vers un double but, la désorganisation des systèmes, parce qu'il ne croit pas à leur utilité; la substitution du doute, car le doute lui semble plus sage et plus philosophique que tous les systèmes explicatifs des phénomènes de la vitalité. Ainsi , s'il a un système, ce n'est pas dans ce sens qu'il faut Tenten» dre; car son système à lui est de n'admettre aucune explication, mais de faire attention à toutes celles qu'on a données, au cas qu'il s'y trouvât quelque chose de bon. Malheureusement il ne peut pas toujours être fidèle à ce plan, comme on le verra; mais c'est un inconvénient attaché à la faiblesse humaine. M. Andral a ses affections , ses liaisons, ses engagemens , ses ressentimens peut-être, et personne ne peut lui taire un reproche de n'avoir pas abdiqué la condition d'homme social.

Quant à la question de savoir si un traité d'anatomie pathologique est mieux par ordre de fonctions que par ordre purement anatomique et d'après la comparaison du normal avec l'anormal, nous n'entreprendrons pas ici de la résoudre. Tout ordre nous semble bon pourvu que tout ce qu'il y a d'appréciable dans les faits soit bien saisi; et si quelquefois nous avons à nous inscrire contre un collègue dont nous faisons le plus grand cas, ce sera presque toujours pour lui faire observer que certains faits qu'il laisse dans le doute pouvaient être constatés et affirmés ou niés par lui, sans qu'il sortît de la roule sévère de l'observation.

Au surplus, M. Andral était encore bien jeune lors-

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qu'il recueillit et coordonna les immenses matériaux de son grand ouvrage. Il n'avait donc pas eu le temps de beaucoup fixer son attention sur chacun d'eux en particulier. Il ne me paraît pas impossible qu'à force de les voir repasser sous ses yeux dans la pratique, il ne finisse par trouver, dans un grand nombre d'entre eux, des caractères de certitude et d'importance qu'un premier coup d'œil ne lui avait pas permis de saisir. Je serai toujours très flatté de me trouver d'accord avec lui , et je désire qu'il ne voie pas d'autre sentiment que celui-îà, après celui toutefois de servir la science et rhumanité, dans la critique que je vais faire de son ouvrage.

M. Andral figure au nombre des auteurs qui tendent à soumettre la médecine à l'anatomie pathologique , par laquelle il semble avoir débuté dans 1 étude de cette science. Cette méthode d^instruction médicale est fréquemment suivie de nos jours. Le jeune élève, chargé d'ouvrir et non de traiter, de constater les altérations des organes et non de les prévenir, commence par s'exercer à prévoir les désordres qui vont apparaître à l'ouverture de chaque malade qui s'achemine vers la mort. L'anatomie pathologique se place ainsi en premier ordre dans son esprit.

La médecine s'étudie donc aujourd'hui par une mé-^ thode tout-à-fait opposée à celle que l'on suivait autrefois. On étudiait les groupes de symptômes , et Ton allait ensuite les comparer avec l'état des organes, lorsque la chose était possible, ce qui n'arrivait que bien rarement. Aujourd'hui que toutes les études commencent par l'anatomie , on débute par remarquer les différences qui existent entre l'état normal et l'anormal , et l'on fait toute sorte d'efforts pour soumettre les groupes des symptômes aux altérations matérielles telles qu'on les rencontre dans les cadavres, c'est-à-dire pour trouver l'explication des symptômes

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dans les lésions matérielles des organes. De là résulte un profond mépris pour les phénomènes de vitalité considérés en eux-mêmes , ou pour la physiologie pathologique, et le défaut de notions exactes sur la manière dont l'aberration de ces mêmes phénomènes arrive définitivement à la production des altérations organiques.

Cette manière d'observer a ses mécomptes dont les commençans n'ont garde de se douter. Le premier est de leur fermer les yeux sur l'action des modificateurs externes et de les empêcher pendant long-temps de devenir praticiens; c'est ce qu'il est facile d'observer dans tous les mémoires , et même dans tous les ouvrages publiés depuis Corvisart, dans le but de rectifier et de fonder définitivement sur l'anatomie pathologique les caractères de certaines maladies (travaux de Bayle , de Laennec, et de leur école); préexistence des lésions aux symptômes , et par conséquent subordination de ceux-ci aux lésions; efforts multipliés pour les accorder entre eux sans nuire à la prééminence de ces dernières; négligence de l'étude des modificateurs causatifs; négligence plus grande encore, et quelquefois ignoranceaffectée des modificateurs exaspérans ou curatifs; tels sont les caractères de toutes ces productions. Il n'y aurait qu'un moyen de parer à ce premier inconvénient ; ce serait d'avoir des professeurs de clinique qui s'attachassent à faire bien remarquer à leurs élèves les influences des puissances hygiéniques, et celles des médicamens et de tous les moyens curatifs sur la marclïeydes maladies. Ils le font, dira quelqu'un. Ils ne l'ont pas toujours fait, répondrai-je, puisque leurs élèves continuent, à l'instar de ceux de Pinel, à nous représenter les maladies comme des successions de symptômes indépendans du traitement , en s'efforçant au contraire de les mettre en rapport avec les altérations des organes.

Toutefois , comme il n'est pas possible que tous les médecins veuillent adopter une méthode qui n'apprend point à guérir; comme d'ailleurs cette méthode n'est praticable que pour les médecins d'hôpitaux, beaucoup de praticiens ont dû la rejeter, et ceux d'entre eux qui n'ont pas suivi la méthode physiologique n'ont eu d'autre ressource que de se jeter dans l'empirisme expérimental ,et c'est là, suivant nous, un des mauvais résultats de l'anatomie pathologique pure.

Le second mécompte de ceux qui en ont fait leur idole est de n'avoir jamais réussi à trouver, dans les groupes de symptômes, des phénomènes qui pussent correspondre à toutes les formes des altérations cadavériques. Cet accord , en effet , est devenu d'autant plus difficile, que ces formes se sont multipliées d'une manière prodigieuse par les rivalités des prosecteurs. Chaque nouveau venu s'est piqué d'ajouter quelque chose aux découvertes de ses devanciers ; il a dû s'attacher à donner de l'importance à ses propres découvertes , et lorsque les collecteurs des faits de la nouvelle science ont paru, ils se sont trouvés fort embarrassés pour satisfaire tant de prétentions. Mais ce qui les a mis dans le plus grand embarras, c'est la difficulté de trouver des groupes de symptômes qui pussent correspondre à la forme de lésion découverte par tel auteur, sans porter préjudice à celle déjà signalée par tel ou tel autre.

M. Andral a subi tous les inconvéniens attachés à cette position fâcheuse. Anatomo-pathologiste des plus minutieux, et donnant à toutes les formes des altérations organiques une haute importance, il se demande à chaque instant quels symptômes peuvent correspondre à telle ou telle de ces formes ; et comme il ne les trouve pas toujours, il laisse beaucoup d'incertitudes sur des questions dont il vient de faire désirer la solution ; accoutumé à préposer aux symptômes les

altérations des organes , il n'a pas assez cherché à connaître les rnodificateurs appréciables qui ont pu produire les premières lésions de l'action vitale nécessairement antérieures à tout désordre d'organisation , et reste dans le doute sur l'action des causes , dans bien des cas où il serait possible de la découvrir.

Il la méconnaît même souvent au point qu'il ne voit aucun rapport entre l'irritation et les formes diverses de l'altération organique; ce cpii le force à deux assertions singulières : la première consiste à dire que la plupart des altérations que l'on trouve constamment à la suite des irritations des organes peuvent également se présenter sans que cette irritation ait existé, et même dans des conditions organiques tout-à-fait oppose'es ; la seconde, que puisque des modifications contraires de nos organes peuvent être suivies d'altérations identiques, elles n'en sont que les causes apparentes, et que la cause réelle est le vice de la nutrition.

On reconnaît ici l'empreinte de l'école de Laennec; mais, comme M. Andral est une tête plus pensante et plus raisonnante, je me suis demandé plusieurs fois comment il avait pu voir si souvent les mêmes altéralions à la suite de modificateurs d'une action tout opposée, et j'ai trouvé ce qui suit. Lorsque M. Andral voit clair dans la causalité des désordres organiques, c'est qu'il en juge par des observations bien faites, soit par lui-même, soit par d'autres; lorsqu'il accuse des causes opposées, c'est qu'il s'en est rapporté à de mauvais observateurs ou qu'il n'a pu vérifier suffisamment les choses par ses propres sens. En un mot, je lui applique ce que j'ai dit de M. Gendrin; toutes les assertions venues de lui et qui sont contradictoires à celles des mé^decins physiologistes, ont pour cause des faits superficiellement observés ou dénaturés à dessein par d'autres que par lui ; mais qu'il a cru devoir admettre par

respect pour les autorités ou par esprit de conciliation.

Je me suis tourmenté pour deviner de quel intermédiaire il avait besoin, entre l'irritation d'un organe et la suppuration, ou l'induration, ou le ramollissement, ou le tubercule, ou le squirrhe , ou la cartilagination, ou l'ossification, etc.j du même organe, pour être convaincu que l'irritation produit ces altérations diversiformes, et je n'ai rien trouvé qui pût me satisfaire. J'ai bien reconnu qu'en effet ces altérations accusent un vice de la nutrition ; mais je n'ai pas compris comment il serait possible d'isoler ce vice de l'irritation, pour en faire la cause des susdites altérations, il m'a semblé, et j'en demande pardon à cet excellent collègue dont je prise le baut talent, il m'a semblé qu'il y avait là une déception opérée par le mot nutrition.

Ce mot lui représente sans doute une puissance, un agent; tandis que, dans son sens naturel, il ne doit représenter que le résultat de l'action des organes se nourrissant. Or, comme ils se nourrissent avec des matériaux étrangers alibiles, sous l'influence de ces matériaux, et sous celle d'autres agens non alibiles , la chaleur, les impondérables, les virus et tous les excitans non susceptibles d'assimilation , il est impossible de placer la nutrition comme puissance intermédiaire entre ces mêmes agens et les organes qu'ils viennent modifier, puisqu'elle n'existe qu'à raison des modifications qu'ils leur font subir. (Voyez d'ailleurs ce que nous avons dit sur le même sujet, en réfutant Laennec. )

De plus, ces agens excitent la vie et c'est'après qu'ils l'ont dépravée en l'exaltant , que paraissent les vices de nutrition. La nutrition ne saurait donc être conçue comme indépendante de l'irritation.

La nutrition peut aussi être lésée par le défaut des agens extérieurs alibiles et non alibiles; elle Test même

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quelquefois alors avec surexcitation , comme il arrive à Festomac de ceux qui se laissent mourir de faim; mais dans ces cas Tacte de la vie produit lui-même de l'excitation, puisqu'il excite les centres nerveux, et suranimalise les humeurs. Il y a donc encore alors des agens d'irritation qui président aux vices de la nutrition, et cet acte ne peut être ici considéré comme une puissance intermédiaire entre les agens et les organes.

Enfin la nutrition peut languir faute d'excitation ; ce qu'on observe dans les membres paralysés, immobiles, et dans ceux des sujets c|ui souffrent de la faim; mais alors la lésion de nutrition n'est pas plus primitive que dans les cas précédens. Celui-ci peut même servir à démontrer qu'elle est toujours en raison de la présence, de l'absence ou de la nature des divers agens étrangers à la matière animale fixe qui constitue les organes.

Quelques médecins pourraient penser que la nutrition est primitivement lésée chez certains sujets qui maigrissent sans accuser aucune douleur, aucune lésion dans leurs appareils viscéraux. Mais il en est de ce marasme comme de ces fièvres lentes que nos pères croyaient pnmitives ou essentielles : si l'on regarde de bien près , on découvre toujours la cause de la ^maigreur comme celle de la fièvre hectique; et nous ne saurions croire que notre collègue pût s'y méprendre dans la pratique, tandis qu'il serait possible que son respect pour certains noms lui fit admettre en théorie l'existence de ces sortes d'essentialités.

On objecte que les causes que nous venons de mentionner peuvent agir sans altérer la structure des organes... Eh bien! c'est que, dans ce cas, elles n'ont eu ni la force ni la durée d'action nécessaire pour produire ce résultat ; mais elles y tendaient manifestement, et c'est ce qu'il faut absolument reconnaître pour pratiquer la médecine avec succès. Si vous me dites: je ne crains pas cet irritant, celte substance

hétérogène, ce poison, ce virus, je sais positivement qu'ils n'amèneront de désorganisation que si la nutrition est entachée d'un vice qui leur prête des forces ; car c'est elle, et non eux, qui a le privilège de déstructurer les organes; si vous me dites cela , et si je vous crois, toute médecine est perdue pour moi. Confiant dans l'égide de Fentité nutrition , je me bornerai , dans la pratique, à modérer quelques symptômes dont le malade, les assistans et moi-même sommes effrayés , et je laisserai agir les modificateurs irritans en attendant ï issue fatale quelle qu'elle doive être : je n'écarterai pas tous les stimulans extérieurs ; je ne soustrairai pas avec assez de promptitude , de constance, et dans une mesure suffisante^ les stimulans intérieurs, par exemple, le sang dans les maladies inflammatoires; je négligerai la révulsion , ou je la pratiquerai sur des tissus irrités qui ne pourront pas la supporter; en un mot , je laisserai agir tout à leur aise les causes de destruction en calculant froidement les chances du combat d'après des observateurs qui n'ont pas été plus sages que moi , et sans avoir égard aux observations de ceux qui ont su combattre l'irritation , parce qu'ils la regardaient comme la cause de tous les désordres. Simon malade se tire d'affaire, après bien des souffrances que j'aurais pu lui épargner, je soutiendrai que j'ai bien fait de ne pas m'alarmer, et j'en rendrai grâce à son excellente nutrition ; s'il succombe , ce qui arrivera dans la majorité des cas graves, je me consolerai en le plaignant d'avoir été doué d'une nutrition si vicieuse et si peu digne de ma confiance : c'est dire que je me garderai bien de me corriger. En somme, les mots vice de la nutrition ou nutrition vicieuse , sont synonymes de ceux-ci : résultat de r action de certains agens perturbateurs ; car dire que la nutrition s'altère d'elle-même, c'est proférer une fausseté , puisque nous ne vivons qu'à la condition

très expresse cVétre incessamment modifiés par les agens extérieurs.

Mais aucun homme de sens, et M. Andral moins que bien d'autres , n'ont pu , dans la période de progrès où nous sommes placés, professer une telle hérésie ; il faut donc qu'ils aient voulu faire entendre toute autre chose. Or voici, selon nous, la seule intention qu'il soit possible de leur prêter : ils ont voulu insinuer que l'on ne connaît pas le pourquoi des altérations de structure de nos organes , ou que l'on ne peut suivre de l'œil la filiation des phénomènes, depuis l'action des agens perturbateurs, jusqu'à la désorganisation.

En ce point, nous sommes bien d'accord avec eux ; mais cette ignorance n'empêche pas que l'honnête homme ne se croie obligé de constater si la désorganisation n'arrive pas sous l'influence de tel modificateur plus souvent que sous celle de tel ou tel autre, et que sa conduite thérapeutique ne doive être réglée sur cette observation. Mais comme nous avons traité cette question en d'autres lieux, et particulièrement en analysant Laennec, il serait inutile d'y revenir.

Nous nous contenterons d'une comparaison qui nous paraît venir ici fort à point. Nous ne voyons pas les rapports qui existent entre une idée et les objets matériels ; nous n'en sommes pas moins certains que toutes nos idées nous viennent du monde extérieur (i), et nous n'en sentons pas moins vivement la nécessité d'écarter les causes de plusieurs d'entre elles. C'est ainsi ^ par exemple, que nous nous étudions à écarter

(i) Volv idées ^ nous entendons les ^représentations des objets quelconques qui ont frappé nos sens. Ces idées ne doivent pas être confondues avec les impulsions intérieures qui sont innées , comme on le fait encore aujourd'hui dans l'école de Lock et de Condlllac, Nous nous proposons de traiter cette question dans la seconde édition de V Irritation-folie, etc.

de l'enfance et de la jeunesse les exemples des actions perverses, parce que nous savons qu'ils peuvent induire nos enfans à commettre des actions semblables. Il nous serait trop facile de multiplier les exemples de l'influence de causes dont le mode d'action n'est pas explique'. Aussi briserons-nous sur ce chapitre en renvoyant nos lecteurs au premier volume de nos leçons de pathologie , etc.

Nos argumens ne sont point ignorés àç^s fatalistes ; mais ils se tirent d'affaire par la négative; ils affirment hardiment que les causes extérieures ne produisent pas nécessairement telles altérations organiques, parce qu'elles en produisent plus souvent d'autres. Mais c'est ici une affaire d'observation : de ce qu'ils n'ont pas remarqué cette production, il ne résulte pas que d'autres n'aient pu la constater. Oseront-ils nier que personne ne puisse mieux observer qu'ils ne l'ont fait ? ce serait un excès de présomption assurément très digne de blâme ; et cependant plusieurs d'entre eux nous ont mis dans la nécessité de les en croire souvent coupables. Lorsque nous leur disons que la prédisposition explique pourquoi, l'action des modificateurs étant donnée , certains sujets contractent telles altérations organiques dont les autres , placés dans les mêmes circonstances, se trouvent exempts, ils nous demandent comment nous expliquerons cette prédisposition. Ce n'est pas nous réfuter; il ne s'agit pas de l'expliquer, mais de la constater. Expliquent-ils mieux la prédisposition à tout autre mode de lésion ? ils constatent avec nous qu'elle est beaucoup plus commune, et c'est là tout.

Il n'y a que deux choses à constater dans la production des squirrhes, des tubercules, etc. : est-il vrai que l'irritation, sans congestion sanguine, préside à leur formation? Est-il vrai que tout ce qui irrite long-temps les organes hâte les progrès de ces altérations organi-

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ques ? Or nous disons que quiconque répondra par la négative à ces deux questions aura mal observé, et ce sera dans cette catégorie que nous placerons les fatalistes.

M. Andral attribue les tubercules à un vice de l'action perspiratoire des tissus intersticiels aréolaires et lamineux qui se trouvent partout, et leur ramollissement à l'irritation et à l'inflammation qu'ils excitent comme corps étrangers tendant à provoquer leur propre expulsion. Mais ce n'est pas assez : M. Gendrin a prouvé que tout produit morbide pouvait être résorbé. Il faut nous dire pourquoi ceux-ci ne le sont pas, et il n'y a que la persistance de l'irritation qui les a fait sécréter qui puisse donner cette explication. Pourquoi d'ailleurs nier cette irritation comme agent de leur formation, pour l'admettre l'instant d'après comme agent de leur expulsion?

Le vice primitif de nutrition est une chose incompréhensible; le vice des humeurs qu'on y substitue quelquefois est une hypothèse. I/irritation seule est prouvée ; pourquoi donc lui refuser la puissance de production pour ne lui accorder que celle d'élimination ?

Mais en voilà bien assez sur le vice prétendu primitif de nutrition accrédité par Laennec , et adopté par M. le professeur Andral dans l'ouvrage qui nous occupe.

C'est comme anatomo-pathologiste que cet auteur a déclaré la guerre au mot inflammalion ^ sous prétexte qu'il a vieilli : en examinant les organes, il tient note de la quantité du sang qui s'y trouve; s'il y en a beaucoup, il nomme cet état hyperhémie ; s'il en trouve peu, il prononce le mot anémie.

J/.hyperhémie existant, il est ensuite obligé de se demander si elle est active ou passive, et son hyperhémie active rentre dans l'inflammation.

Cette dichotomie est insuffisante; il y a des organes assez irrités pour retenir le sang et présenter la couleur rouge, sans être pour cela dans un état véritablement inflammatoire. Tout organe, soit sécréteur, soit moteur, soit sensitif, qui, pendant la vie, acquiert un surcroît d'action , s'injecte de sang, s'échauffe et se trouve dans un état d'irritation sanguine qui ne tend pas toujours à produire les altérations propres à l'in^ flammation, mais qui suffit pour occasioner des troubles fonctionnels; la preuve, c'est qu'on peut vivre plusieurs années dans un pareil état, et guérir ensuite sans que la partie conserve aucune altération organique.

Il y a d'autres états d'irritation qui ne retiennent point le sang, mais les fluides blancs dans la partie où ils ont leur siège, et nous les avons assez mentionnés ailleurs pour nous dispenser d'y revenir. Enfin il y a des cas où les parties, après avoir été long-temps injectées de sang par une irritation soit inflammatoire , soit sous-inflammatoire, perdent ce sang à la fin de la vie, parce qu'il est appelé dans un nouveau point d'irritation.

Il résulte de là que les mois hyperhémie et anémie, qui ne peignent que l'état actuel des organes après la mort, sous le rapport de la quantité de sang qu'ils contiennent, ne donnent point une juste idée des modifications tenant à l'état de vie qui ont précédé le dernier moment.

La pathologie ne saurait donc se déduire de l'anatomie pathologique. L'inflammation qui tend promptement ou lentement à la désorganisation ; l'irritation sanguine d'un moindre degré qui n'y tend pas, mais qui peut prendre tous les caractères de l'inflammation par un surcroît de stimulation; la subinflammation qui n'accumule pas d'abord, mais seulement à uneépoque plus avancée, le sang dans les organes, mais qui peut les désorganiser de plusieurs manières qui lui sont propres,

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sont des états appartenant à la vie, des états qu'il faut étudier sur les tissus toujours en rapport avec les modificateurs qui les produisent, les entretiennent, les calment, les raniment, les compliquent, les substituent les uns aux autres; en un mot, les modifient d'une manière quelconque (i). 11 le faut, disons-nous, car cette étude est celle de l'art de traiter et de guérir lorsqu'il y a possibilité d'y parvenir. Jamais l'anatomie pathologique n'apprendra tout cela : elle est utile comme complément de l'histoire des phénomènes de vitalité ; mais on ne saurait les déduire d'elle seule, encore moins apprendre par elle à modifier les agens extérieurs qui règlent la marche de ces phénomènes. M. Andral a espéré tuer l'irritation en proscrivant l'inflammation; mais il n'y parviendra pas, parce que c'est avec la vie, incessamment modifiée par les agens extérieurs, que la grande masse des médecins se trouve aux prises, et parce que les différens degrés de l'irritation des organes seront toujours leurs guides pour le diagnostic et le traitement. D'ailleurs l'histoire de la mort n'apprendra jamais à personne l'art de bien profiter des courts momens de la vie dans l'état morbide.

Nous savons que l'auteur parle toujours de l'état antérieur de vie en décrivant les organes morts; mais c'est rarement d'après une observation faite par luimême ; il s'en rapporte à des autorités trompeuses ; il cherche dans les auteurs des probabilités , des hypothèses, ou de simples assertions dénuées de preuves, dans la crainte peut-être de se laisser entraîner trop loin par la contemplation des phénomènes vitaux, et de devenir vitaliste exclusif. Toutefois nous n'entendons parler ici que de M. Andral composant son Traité d anatomie pathologique ^ et nullement de l'Andral actuel ni

(0 Nous donnons ces détails pour répondre à certains goguenards qui rient du mot modificateur.

de l'Andral futur. Nous savons que riiomme d'un vrai mérite est progressif, et nous osons espérer que notre savant collègue ne figurera jamais au nombre de ces entêtés qui ne suivent point les progrès des sciences, et qui tiennent à honneur de soutenir toujours , et quand même , les idées qu'ils ont émises à leur entrée dans la carrière.

Cet auteur paraît sceptique, et Test effectivement sur un grand nombre de points ; mais sur d'autres il s'en faut bien qu'il le soit; il Test toujours lorsqu'il s'agit déjuger les opinions des physiologistes; il exige là les démonstrations les plus rigoureuses, et suppose constamment que nous ne les avons point fournies, puisque jamais on ne le voit en rapporter aucune de celles qui sont sorties de notre école. Est-ce parce qu'il les ignore , ou parce qu'elles ne lui paraissent pas dignes de son attention? Nous ne voulons pas approfondir ses motifs ; mais nous avons remarqué qu'il nous présente toujours comme affirmant, et jamais comme prouvant nos dogmes fondamentaux. Je prendrai pour exemple la prétendue fièvre typhoïde, quoique j'en aie parlé à satiété à l'occasion de M. Louis. Mais la question est si importante, qu'on ne saurait que gagnera la considérer sous différens points de vue.

En le lisant, on serait tenté de croire que nous n'avons , pour l'attribuer à la gastro-entérite , d'autre motif que la rougeur qu'on trouve dans la muqueuse du tube digestif après la mort, et que nous ne présentons aucune expérience à l'appui de notre opinion. De là plusieurs chicanes, qui ne viennent pas toutes peut-être de lui , mais qui sont de son école , et auxquelles son ouvrage atteste qu'il applaudit. Les voici :

Cette rougeur peut exister sans symptômes typhoïdes; elle n'est pas exactement semblable à celle que l'on produit par certains agens irritans ; elle

peut dépendre de la position déclive des organes, d'un obstacle au cours du sang, d'une altération cadavérique ; elle peut ne pas être assez considérable pour expliquer tous les symptômes. Dans quelques cas, il est possible qu'elle manque; car des gens dignes de foi ne Font pas toujours trouvée. Il est donc permis d'en douter. C'est une inflammation, disent les physiologistes ; mais cette inflammation explique-t-elle tous les vices de sécrétion du tube digestif, que l'on peut trouver dans les cadavres? explique-t-elle cette prostration, celte nervosité, cette fétidité, ces ramollissemens divers, ces hypertrophies, ces atrophies, cette décomposition du sang et des produits sécrétés? Les physiologistes disent phlegmasles ; mais pourquoi ne dirait-on pas vice du sang ou altération primitive de l'innervation?.... On accompagne tout cela de longs détails sur les formes diverses des lésions , et l'on termine chaque investigation particulière en demandant ce que la chose peut avoir de commun avec l'irritation; et les lecteurs inexpérimentés de conclure qu'il faut effectivement être bien monomaniaque de l'irritation pour ne voir qu'elle dans des altérations si diverses, que de grands hommes de tous les âges ont attribuées à bien d'autres causes, et que les savans d'aujourd'hui , à œil perçant, à large vue , se gardent bien de circonscrire dans le cercle rétréci et mesquin d'une phlegmasie. Vivent les hommes qui voient au loin et au large, s'écrient alors les enthousiastes, et honnis soient les exclusifs qui réduisent toutes les maladies à l'inflammation , et leur traitement à l'eau de gomme et aux sangsues !

C'est ainsi que s'opère la séduction ; mais serait-elle aussi facile si l'on disait : « Pour soutenir que la gastroentérite est la cause du groupe de symptômes que l'on appelle fièvre typhoïde, les physiologistes s'appuient des considérations suivantes : cette fièvre ne se développe

suivant eux, que sous l'influence de causes qui délermi nent de l'irritation dans la membrane interne du tube digestif. Ils assurent que les troubles qui la précèdent, et quenous regardons comme des symptômes généraux, dépendent d'une irritation de cette membrane, et ils prétendent le prouver en les dissipant par les antiphlogistiques , ce qui rend cette fièvre, si nous devons les en croire, extrêmement rare parmi leurs cliens, et toujours beaucoup plus facile à guérir. Ils ajoutent à cette preuve celle tirée de la possibilité de faire reparaître ces troubles immédiatement après qu'ils ont cessé, en revenant trop tôt à l'emploi des stimulans , et celle de les faire disparaître de nouveau par le traitement qui les avait calmés la première fois, ce qui pourtant a un terme. Ils soutiennent que lorsque l'e'tat fébrile est développé depuis peu , tous les irritans l'exaspèrent et amènent promptement l'état typhoïde , tandis que les antiphlogistiques diminuent la fièvre, et dissipent les premiers symptômes de stupeur. Ils vont même jusqu'à affirmei que, dans un grand nombre de cas, ils ont vu cette stupeur, ramenée par un irritant administré malgré eux, céder une seconde fois au traitement antiphlogistique. Ils n'hésitent pas à soutenir qu'un grand nombre de fièvres ainsi traitées n'arrivent pas à l'état typhoïde, qui , d'après eux, n'aurait pas manqué de se former si on les eût traitées par les stimulans. Lorsque l'état typhoïde est bien prononcé ils n'y voient qu'un résultat de l'influence de la muqueuse enflammée sur le centre nerveux encéphalique ; mais ils ajoutent que ce centre trop irrité peut contracter secondairement l'inflammation, et que la résorption des matières putrides du tube digestif enflammé produit une infection des humeurs, qui contribue, avec l'irritation du cerveau et de la moelle, au développement de la débilité, de la fétidité,, de la nervosité, et de tout l'effrayant appareil des symptômes qui constituent les

fièvres typhoïdes , et même les vrais typhus par infection, du plus haut degré; car ils veulent que l'infection porte son action principale sur le tube digestif, et modifie les fonctions à peu près comme elles le sont dans la typhoïde sporadique. Ils soutiennent que dans cette période la phlegmasie est souvent accompagnée d'altération , soit dans les follicules, soit dans la membrane elle-même; mais que cela n'est pas constant, tandis que l'inflammation de la muqueuse Test toujours, et ils en jugent par leurs autopsies. A les en croire, le traitement tonique n'est pas encore convenable dans cette période; ils veulent seulement que l'on nourrisse les malades par des boissons sucrées ou légèrement féculentes ; mais ils n'accordent les boissons lactées et les bouillons les plus légers que lorsqu'ils ont vu disparaître la stupeur et renaître l'appétence, parce qu'ils soutiennent que ces signes sont ceux qui correspondent à la cessation de l'inflammation dans Testomac et dans la région supérieure du tube digestif.

Telles sonten effet les considérationsd'après lesquelles les physiologistes concluent ; elles se réduisent à quatre, 1° l'action des modificateurs qui précèdent la fièvre typhoïde ; 2*" l'action des modificateurs qui en préviennent et de ceux qui en favorisent le développement; 5° l'action des modificateurs qui la calment et de ceux qui l'exaspèrent lorsqu'elle est développée; enfin, /j.** le rapport des altérations organiques avec les différens groupes de symptômes qu'elle peut présenter. «C'est ainsi, devraient ajouter nos adversaires, que les physiologistes prétendent établir le rapport de l'état de stupeur et de délire avec la prédominance d'inflammation dans l'estomac , dont la détérioration et le ramollissement anéantissent les facultés intellectuelles et affectives; le rapport de la prédominance d'inflammation des intestins grêles avec l'inertie des membres , la fétidité des excrétions et le météorisme ;

le rapport de l'inflammation prolongée de l'iléum dans le cœcum et la partie supérieure du colon, avec cette diarrhée copieuse sans ténesme, ou à forme lientérique, qui précipite en quelques minutes les ingesta par l'anus. *

Il serait encore nécessaire que des antagonistes de bonne foi ajoutassent : « C'est d'après la prédominance de l'mi de ces groupes de symptômes au moment de la mort, et d'après la succession de l'un à l'autre, que les physiologistes se rendent compte, i° de l'absence de la rougeur de l'estomac, à laquelle se sont substitués le ramolhsement et la décoloration , lorsque l'inflammation ne tue qu'après avoir consommé la détérioration de ce viscère", et de la rougeur vive du même viscère, lorsque les malades succombent durant les premiers jours de la suractivité de l'inflammation; 2" de l'absence ou de la rareté des plaques, lorsque l'inflammation a prédominé dans la moitié supérieure du tube digestif, ce qui est toujours sans diarrhée, et de leur présence lorsqu'elle a régné dans la moitié inférieure, et surtout lorsque la diarrhée a précédé Tétat fébrile , et n*a point été arrêtée durant les premiers jours; 5*" enfin , de la décoloration d'une région quelconque des intestins, malgré le ramollissement et l'ulcération de leur muqueuse , lorsque l'inflammation, après l'avoir désorganisée, s'est développée peu de temps avant la mort , soit dans une autre région du même tube, soit dans le péritoine, soit dans les poumons, soit dans les centres nerveux. »

Telle est en effet la somme des résultats obtenus par l'attention soutenue des physiologistes dans l'observation des gastro-entérites aiguës. C'est à tort qu'on leur suppose l'ignorance des altérations qui peuvent se former après la mort ; mais ils savent que les points du corps qui ont souffert de l'inflammation sont toujours les premiers à se putréfier. Ils possèdent des faits sem-

blables sur la plupart des phleginasies des autres viscères, et c'est d'après cela qu'ils c'tablissent leurs principes d'étiologie et de traitement. 11 n'y a point là de système à priori , de méthode exclusive des autres doctrines; c'est l'erreur, c'est la prévention, c'est l'ontologisme dont nous poursuivons l'exclusion. Si l'on prétend nous réfuter, c'est pied à pied qu'il faut nous suivre dans nos observations, et dans les conclusions que nous nous croyons forcé d'en déduire. On ne nous fera jamais tomber en dissimulant la force de nos argumens , et nous offrant au public comme des mo- Domaniaques ; il saura bien découvrir si, après avoir été observateurs, nous avons été logiciens. Ce que nous disons restera , parce que nous parlons aux sens et à la raison , parce que nous ne cachons rien de ce que nous observons, parce que nous ne dissimulons aucun des argumens qu'on nous oppose , et qu'il faut bien en définitive que la vérité soit reconnue.

M. Andral appuie son scepticisme, concernant la cause des ramollissemens de r estomac , sur des observations qui ne prouvent point l'absence de l'irritation. De ce que des lapins, suspendus la tête en bas pendant la digestion (et non lorsque l'estomac était vide), ont offert quelquefois le ramollissement de l'estomac, résulte-t-il que ces animaux n'ont pas eu l'estomac fort irrité ? Une semblable position , qui s'opposait à la progression dans les intestins des matières contenues dans ce viscère , qui leur donnait un degré de suranimalisation auquel il n'est point habitué, qui y retenait le sang, qui y faisait affluer la bile et tous les fluides intestinaux, pouvait-elle exister sans une terrible stimulation de tout l'organe?

L'auteur s'appuie des ramollissemens causés par la section des pneumo-gastriques, mais M. Gendrin a fait voir que ce sont d«s inflammations.

Des ahmens non appropriés à la vitalité de certains 4. 35

animaux ont produit le ramollissement de la cornée... Et pourquoi pas s'il en est résulté des gastrites et des humeurs mal assimilées, et par conséquent irritantes?

Il en est de même des en fans faibles chez qui le sevrage prématuré provoque le ramollissement de IVstomac. M. Andral trouve mauvais qu'on dise que les alimens iuconvenans ont iriilé l'estomac, et pense qu'on pourrait aussi bien dire : ils ne Vont pas réparé. Nous ne sommes pas ici de l'avis de notre confrère: ce qui s'assimile mal irrite toujours le tube digestif; l'indigestion le prome, l'irritation qu'elle produit tend à la phlegmasie chez les sujets prédisposés, si on les traite pardesstimulans, et de cette inflammation au ramollissement la distance n'est pas grande dans les tissus encore si tendres d'un eniant au berceau.

M. Cruveilher a fait de ces ramollissemens une maladie indépendante de l'inflammation , parce qu'il n'y a pas toujours trouvé de la rougeur.... M. Cruveilher a soutenu la thèse du docteur Yaeger que nous avons réfuté dans cet ouvrage. Voyez d'ailleurs les réponses que nous avons faites à MM. Louis et Gendrin sur le même sujet.

Quand on insisterait sur l'objection de notre auteur, ils ne Vont pas réparé ^ on n'aurait encore rien prouvé contre l'irritation et l'inflammation; car il est bien certain, et nous l'avons vériflé nous-rnéme, que le jeune produit d'effroyables gastrites.

Des enfans qui avaient pris du sidfure de potasse ont offert un estomac réduit à un état géiatiniformo.... Je le crois bien ; on leur a traité leurs gastrites par un irritant, qui , placé dans un estomac sain , aurait suffi pour y faire naître une phlegmasie des plus intenses.

Camererus a vu, dit-on , le liquide pris dans l'estomac d'en fans morts avec le ramollissement de l'estomac , ramollir et percer le même organe sur des cadavres d'hommes et d'animaux, et même chez des ani-

ANA.T. IȈTHOL. PROFESSEUR ANDRAL. 547

maux vivans , lorsqu'on aidait coupé les deux nerfs pneurno- gastriques — Ces expériences, qui ont pour but de faire du suc gastrique , dont l'existence est encore un problème, un acide équivalent aux minéraux en activité, sont- elles bien faites? Avant de s'en étayer il faut les répéter, quand on témoigne tant de répugnance pour les hypothèses, et qu'on affiche le doute sur les observations les phis positives des physiologistes. Ces matières ne perforent pas Festomac, nous diton, si les nerfs pneumo - gastriques sont intègres. Mais lorsqu'ils sont coupés, n'y a-t-il pas gastrite dépendant de ce que la membrane interne du ventricule n'est plus en mesure avec les ingesta qui surviennent? si cette gastrite se forme sans les matières dont il s'agit, y a-t-il lieu de s'étonner qu'elle se développe après leur introduction ?

Ne nous refusons pas ainsi à l'évidence. Il y va de la vie des hommes à méconnaître les effets des modificateurs irritans que nous déposons dans leurs entrailles.

Sur les perfoj'aiions de V estomac ^ l'auteur n'est pas trop sceptique ; l'irritation y joue pour lui le principal rôle; il se contente de dire qu'd y en a dont la cause est insaisissable.

Il se tient dans la circonspection sur le vice des sécrétions humorales du tube digestifs et n'accorde pas assez à l'irritation. Quant à la sécrétioji gazeuse, nul doute qu'elle ne puisse dépendre de la nature des i/igesta, et le tube en est toujours irrité par distension ; mais hors ces cas, je n'ai jamais vu qu'elle reconnût une autre cause que l'irritation, même dans l'hystérie, où ce phénomène n'est pas douteux. Quant au cas d'un météorisme par mort cérébrale que Fauteur dit avoir trouvé sans trace d'irritation dans la muqueuse, je ne m'en fais nulle idée; car je n'ai rien vu de semblable, et Fauteur ne donne aucun détail. Au reste, dire que

548 MEDECINE DE LA FllANCE.

la réaction toute chimique des principes élémentaires est souvent une cause de tpnpanite ^ ce n'est éclairer la question ni par l'exposition des causes, ni par l'action des modificateurs, et cette idée est bien vague pour un auteur qui professe tant d'aversion pour les hypothèses. Cette réaction n'est rien pour le médecin qui veitt guérir , s'il ne voit les agens avec lesquels elle est en rapport. Veut-on nous faire entendre que les solides n'y participent point? Pour moi, quand j'ai rencontré le météorisme, j'en ai cherché la cause, et je l'ai trouvée ou dans les ingesta ou. dans une irritation avec chaleur continue ou passagère, qui vaporise les fluides du tube digestif. J'y comprends la tympanite des hystériques.

Pourquoi dire, à l'occasion des produits nouveaux qui peuvent se rencontrer dans le tube digestif, que les épanchemens de sang peuvent dépendre de certains états du sang lui-même dans lesquels il tend à déborder et à sortir de ses vaisseaux? Il en donne pour exemple certains empoisonnemens par absorption dans les typhus... Un ennemi des hypothèses peut-il supposer que les solides, surtout le système nerveux, si bien fondu avec les capillaires sanguins, soit étranger, ainsi que ces capillaires^ à l'influence de miasmes capables de causer de la fièvre, des gastro-entérites, des encéphalites? IS 'est-il pas clair qu'il n'y a dans cette phrase qu'une concession faite par l'auteur aux humoristes, dans le but de se préserver du titre d'exclusif ? ]N'est-ce pas aussi s'engager dans les hypothèses que de placer les entozoaires au nombre des produits morbides ? "^^ Andral est-il bien sûr que le mouvement vital de l'homme et des animaux qui nourrissent des parasites, puisse, dans quelques unes de ses aberrations, engendrer des êtres vivans, les fournir d'organes sexuels, etc.? Comment peut-il admettre une chose aussi peu prouvée, après avoir exprimé le doute

sur l'existence de la gastro entérite dans les maladies typhoïdes?

Après l'énumération des vices de sécrétions et des produits qui en résultent^ notre auteur cherche les symptômes qui se lient à leur existence. Il trouve d'abord que souvent il n'y a rien, et surtout rien de local, et qu'on ne peut observer que des troubles de , l'ensemble des fonctions dont les causes sont inappréciables , tels que malaise, difficulté d'être, qu'on qualifie de névrose, souvent d'hypocondrie, jusqu'à ce que des symptômes locaux en décèlent le siège et la cause. Il assure que fréquemment une fébricule irrégulière, l'altération de la nutrition, et même le marasme, précèdent tout symptôme local capable de diriger l'attention du médecin sur le point de départ de tous les symptômes.

Pour nous, nous regardons cette assertion de M. Andral comme une concession faite à de mauvais observateurs ; car nous pensons que celui qui sait analyser les fonctions trouve toujours le point de départ des groupes de symptômes : nous ne voyons jamais un bon physiologiste s'y tromper. Mais si l'on veut s'étayer de l'ignorance desanciens classiques, de celle des observateurs superficiels de tous les temps, et de celle des hommes de mauvaise foi de toutes les coteries, on parviendra facilement à révoquer en doute ce qu'il y a de mieux avéré dans l'étiologie des maladies des hommes et des animaux. On finira par ne plus convenir que des causes qui se rattachent aux empoisonnemens , et des causes traumatiques ; je pourrais même ajouter^ en partant des principes de M. Andral, que celles-ci pourront le plus souvent être mises en problème. Eu effet, il répèle encore de l'irritation appliquée aux vices de la sécrétion, ce qu'il a dit Aç,^ causes en général : à l'en croire, quoique bien souvent l'irritation ait existé dans une fonction , ait apparu cprnjne cause

perturbatrice d'une sécrétion ^ ait laissé des traces dans l'organe qui en était chargé, elle ne saurait être considérée comme la cause du désordre, parce qu'elle peut précéder d'autres désordres ou n'en point produire, et que d'ailleurs elle n'existe pas toujours. Il faut à notre auteur, pour chaque effet, une cause qui n'en produise point d'autre, et qui ne manque jamais de produire toujours le même. Il résulte de cette logique, dont je n'ai point trouvé d'exemple ailleurs, qu'un homme qui se casse la jambe en tombant du haut d'un toit ne saurait^ s'en prendre à sa chute, et que la joie , qui d'ordinaire nous fait du bien, ne saurait jamais nous faire de mal. Mais je n'insiste pas; car notre savant collègue a sans doute reconnu cette erreur de sa jeunesse, et la fera probablement disparaître un jour de ses oeuvres.

L'auteur exagère , à notre avis , les transformations des organes les uns dans les autres : le tissu cellulaire peut fournir tous les tissus normaux que l'état morbide a détruit, parce qu'il en est la source commune; et quelquefois il reste seul dans les organes après la disparition de leur tissu propre.... Ce dernier point est vrai; mais pour le précédent, il fallait dire qu'il se substitue aux tissus pour continuer les fonctions de l'organe où ils ont disparu ; mais il s'en faut de beaucoup qu'il en acquière tous les attributs et qu'il exécute les fonctions exactement comme ils les exécutaient.

Quant aux causes de ces transformations, M. Andral commence par dire qu'elles dépendent souvent de l'irritation ; puis il ajoute que souvent aussi elles n'en dépendent pas, et qu'on ne peut alors s'en prendre qu'au trouble de la nutrition. On sait que telle est sa méthode; mais pour répondre, il ne s'agit que de remonter à la maladie qui a déterminé l'altération du tissu normal. Or, comme elles proviennent toutes de rirritation , à l'exception d'un très petit nombre ? il en

résulte que les transformations s'opèrent presque toujours à la suite des irritations. Allons plus loin, et disons toujours, car les maladies purement asthéniques n'ont point assez d'aclivité pour déterminer la formation de tissus nerveux. En a-t-on observé dans les organes paralysés ? en voit-on naître dans les masses d'engorgemens blancs où l'irritation a disparu ? non ; s'ils s'y forment, c'est dans les portions de ces engorgemens où la vie subsiste encore, et où elle est exaltée , Les plaies, les fractures, les luxations spontanées ou traumatiques non guéries offrent assurément les exemples les plus fréquens des tissus nouveaux , et toujours ils y sont la conséquence d'un travail chronique d'inflammation. Ce travail est en effet suivi du retour des fonctions de l'organe, et c'est alors que le tissu cellulaire voisin acquiert les qualités nécessaires pour qu'elles puissent se continuer.

Quant aux transformations qui se font à la suite des maladies par causes internes ou réputées médicales , comme les membranes des trajets fistuleux, etc., elles sont dues ou à l'inflammation ou à la subinflammation, ou à l'hémorrhagie, c'est-à-dire à l'irritation , car c'est elle qui, sous ces noms divers, altère l'inlégrilé des viscères; et lorsque le lieu altéré est rendu aux lois normales, le mal qui a été fait est réparé, autant que possible , par la formation des tissus nouveaux qui , certes, n'aurait point lieu s'il n'existait une sur-activité nutritive , puisqu'on ne l'observe jamais dans les tissus où la vie est rendue languissante par l'extrême diminution de la puissance innervative. Lors même qu'un tissu normal a été enlevé par un état morbide, et qu'il n'est resté que le cellulaire, comme on le voit dans les prétendues transformations graisseuses des muscles, c'est encore à l'irritation qu'il faut s'en prendre; c'est elle qui a fait disparaître la fibrine des muscles comme l'attestent les douleurs cju'ont fait percevoir les nerfs

qui s'y distribuaient. 11 en est de même dans tous les parenchymes qui disparaissent après de longues souffrances, et ne laissent à leur place que le tissu cellulaire. Je défie que l'on me cite un cas de transformation d'un tissu normal dans un autre dont je ne trouve la cause appréciable dans l'irritation.

L'article des liétérocriîiies [aberrations de sécrétio7i)(\), ne prouve point que les humeurs, qui sont propres à un organe sécréteur, aient été fabriquées par un autre ; car, dans tous les cas cités, le tissu qui a sécrété soit une humeur spéciale , soit du pus, existait; et d'ailleurs M. Andral s'appuie souvent, dans ce passage, sur des autorités peu dignes de foi. Les plus authentiques des faits qu'il nous rapporte prouvent seulement c[ue certaines Jiumeurs résorbées ont été trouvées disséminées dans le sang ou déposées dans les tissus cellulaires et séreux, ou éliminées par ime surface de ra[qiort. L'auteur ne dit rien sur les causes qui pourraient avoir dévié l'humeur sécrétée de sa route normale, ni sur l'irritation cpi'elle fait éprouver aux organes qu'elle traverse ou qui en reçoivent le dépôt. Mais n'oublions pas qu'il fait de l'anatomie et non de la physiologie pathologique. Cette dernière ne doit paraître, le plus souvent, que pour être mise en échec; mais il lui fait grâce ici... En plaçant au nombre des aherraliojis sécrétoires les débris de germes trouvés ailleurs que dans les organes sexuels, et même que dans l'abdomen , l'auteur n'a point pensé à ces exemples d'embryons doubles dont l'un périt, et est enveloppé par l'autre dans le tissu duquel il se trouve inséré.

INons n'entrerons point dans les détails des sécrétiojis morbides, où nous retrouverions toutes les idées déjà consacrées parla médecine physiologique, avec cpiel-

quos changemens dans les termes ; car ce que nous ixppelions produit de l'irritatio7i clans les différens tissus, l'auteur le nomme sécrétion morbidi' ; encore ces derniers mots avaient-ils été prononcés par les pliysiologistes, comme nous l'avons fait remarquer en analysant les anatomo-pathologistes du grand Dictionnaire.

Après avoir recherché les caractères et refait l'histoire, r des produits non organi sables y matière d'apparence aibumineuse, pus et tubercules , matière d'apparence gélatineuse, substance colloïde, matières grasses, matières salines, matières colorantes; 2° des produits organisables ^ matières organisables (A) déposées à la surface des organes; pseudo -membranes, fibrine prouvée (B), déposées d?.ns la trame des organes, fdjrine présumée, tels que squirrhes, sarcomes simples, sarcomes charnus, vascuîaires, médîdlaires encéphaloïdes, fongus hématodes, et avant de passer à sa troisième classe; enfin 7)" produits organisés jouissant d'une vie individuelle^ M. Andral aborde franchement la grande question du cancer^ et c'est ici cjue nous trouvons le plus nettement exprimé un des principaux dogmes de la doctrine physiologique, nn dogme qui parut pour la première fois, en 1809, dans V Histoire des phlegmasies j qui fut consigné dans l'Examen de i8i(i, qui n'a jamais cessé d'être reproduit dans nos ouvrages, et c|ue nous venons de consigner dans celui ci en réponse à M. Gendrin. J'avoue que ma surprise n'a pas été médiocre en lisant dans les réflexions de M. Andral, de cet auteur qui craint tant de passer pour médecin physiologiste, que s'il n'a pas placé le cancer dans les variétés des produits organisables, il ne l'a pas non plus placé ailleurs, attendu ciuà son avis ce n'est point une altération à part, et que toutes les lésions, soit de nutrition, soit de sécrétion, arrivées à ce terme où elles se terminent par une ulcé-

ration qui s'ctend de plus en plus, soit en superficie , soit en profondeur, constituent le cancer (i). Il insiste ensuite sur ce point, par nous si vivement soutenu, que les ulcères incoercibles viennent dans tous les produits morbides de nutrition et de sécrétion ^ organisables ou non (v3), dont il a donné la description, l'étiologie, la marche, etc. C'est ainsi qu'il termine la deuxième classe de ses produits morbides; et comme nous ne nous flatteiions pas de mieux plaider que lui la cause des physiologistes sur cette question, nous nous contenterons de renvoyer à son ouvrage (2).

Quel dommage que M. le professeur Andral ait méconnu le rôle de l'irritation dans ce cancer dont il a si bien tracé l'anatomie pathologique ! 11 a fait un travail savant; il aurait fait une œuvre utile. Mais les phénomènes de vitalité sont plus difficiles à saisir que les faits (l'anatomie. Encore une fois il faut attendre; la vérité ne parvient que difficilement aux masses, et peu d'hommes ont le courage de braver les inconvéniens attachés à certains mots, à certains noms, etc.

La section rv^ du tome i" de VJnatomie pathologique de M. Andral , est entièiement consacrée à plaider la cause de Vhumorisme , non pas dans l'intention (\'^n fln're la base d'un système de médecine, mais dans le but de porter l'incertitude et la confusion dans le solidisme , h tel point que l'on soit entraîné, avec l'auteur, vers le scepticisme , que tout soit mis en problème , et que, par conséquent, la méthode physiologique soit discréditée.

Il commence par nous dire que le solidisme ne pouvant tout expliquer, on revient à l'humorisme qu'on avait abandonné.... Ces retours vers le passé se

(0 et (2) Ouvrage cité , t. I, p. 5oi.

(3) Pourvu que le degré d'irritabilité et de congcslibilité sanguine qui leur correspond y soit possible : condition de rigueur.

voient en toutes choses ; car aucune connaissance n'est comj3lète, et les nouveau -venus, qui n'ont point été éduqués selon les anciennes méthodes , qui n'en ont point éprouvé l'insuffisance et le dégoût , croient qu'ils iront plus loin que leurs maîtres en y revenant. 11 leur faut l'expérience pour les détromper; et l'expérience dans une science est bien lente à produire ses résultats. On flottera encore long-temps, peut-être toujours, entre les vieux et les nouveaux systèmes. C'est ainsi qu'en religion nous voyons aujourd'hui la réaction contre le xvrii^ siècle; en politique, la réaction contre i';792; en philosophie, le retour vers Platon et vers Aristote. Pourquoi donc ne verrions-nous pas la médecine rétrograder vers l'humorisme et vers le chiraisme ?

Toutefois, ces pas rétrogrades ne sont pas ceux d'une génération tout entière. Il-y a toujours quelques têtes fortes qui , d'un premier coup d'œil , découvrent les vices des vieux systèmes , et qui n'ont pas besoin d'y retourner et d'y divaguer vingt ans pour juger si c'est à tort ou à raison qu'on les a mis de côté. Ces hommes précieux sont les conservateurs des vérités que le temps nous fait conquérir, et ce sont eux qui les rendent parées d'un nouvel éclat aux masses studieuses, lorsque celles-ci ^ détrompées, reviennent enfin vers le mouvement progressif d'amélioration. Revenons à notre sujet.

M. Andral distingue dans le sang trois forces, dont la première est pour les mouvemens intestins du sang en circulation ; la seconde pour la fixation de ce fluide dans les solides, et le départ des molécules de ceux-ci pour lui revenir ; la troisième pour l'organiser lorsqu'il se trouve en repos. Il aurait pu les multiplier bien davantage ; mais laissons-le s'arranger, sur tous ces points litigieux des théories microscopiques , avec les physiciens et les chimistes, qui sont bien loin d'en avoir

fini avec leurs expériences d'endosmose, d'exosmose , d'éleclricilé moléculaire, animale et végétale, de pola- 1 ités diverses , etc. , etc. , et venons à ses conclusions. Nulle li£[ne ri.o:oureuse de démarcation ne saurait être tracée sous le triple rapport des phénomènes de vitalité, de structure intime, et de composition chimique; donc Tune de ces trois choses ne saurait être modifiée sans que les autres le soient; donc l'état des solides est influencé par cekii du sang; donc les solides ne peuvent subir de modifications sans qu'il en survienne aussi dans la nature et la quantité des matériaux destinés à former le sang et à s'en séparer; donc à la suite de toute altération des solides il y aura altération des liquides, et à la suite de toute modification: des liquides, modification des solides ; donc l'économie n'est qu'un grand tout indivisible en santé et en maladie. Voilà certes des vérités auxquelles nous aurions maiivaise grâce de ne pas applaudir, car nous les avons consignées , dès l'année 1822, dans notre Traité de physiologie ^ et, en 1828, dans celui de Vlrritation et de la folie. Nous n'avons pas eu beaucoup de mérite à cela; c'est de la monnaie courante; ce sont les grandes et les premières généralités de la physiologie; mais il y a loin de là à la pratique ou application des modificateurs qui nous font vivre et mourir; application qui constitue la médecine par excellence. C'est pour cela que nous avons séparé les phénomènes de vitalité de ceux de chimie vivante ou organique, quoique nous sussions fort bien que la sensibilité et la inotilité ne peuvent pas s'exécuter sans des modifications de composition des solides et des liquides du corps vivant.

Aussi cessons- nous d'être de l'avis de M. Andral lorsqu'il ajoute en substance : donc la distinction entre les solides et les liquides est peu importante ., et non toujours juste ; puisqu'elle cesse d'être réelle dan? la

trame des parties; doncles disputes entre les solidistes et les humoristes n ont plus de sens. ( Ouv. cité, t. I^ p. 5:?5 à 529. )

Il me fâche de me trouver ici en désaccord avec un confrère et un collègue aussi distingué que M. Andral; mais je ne crois pas en conscience devoir laisser passer de telles assertions.

La distinction entre les solides et les liquides a peutêtre peu d'importance pour le chimiste qui met un cadavre dans son creuset, pour en connaître les matériaux et les principes constituans; pour le physicien moîéculiste qui passe sa vie aux théories spéculatives ; mais elle en a beaucoup pour le physiologiste, parce que les solides sont fixes, et les fluides mobiles; parce que les solides déterminent la forme, la consistance, la situation , la couleur; parce que les solides meuvent, et que les fluides sont mus; parce que, partant des notions que lui procure l'anatomie, il est obligé de distinguer chaque portion de l'édifice vivant, et de déterminer le rôle qu'elle joue dans les phénomène qui frappent ses sens ; parce que, enfin, ces notions sont positives, matérielles, saisissables par tous les sens , tandis que celles de transformation des liquides en solides, des solides en liquides, et d'un liquide en un autre, sont purement rationnelles, puisqu'elles ne s'obtiennent qu'au moyen de la déduction.

Les disputes entre les solidistes et les humoristes peuvent n'avoir point de sens pour les chimistes et les physiciens ou les philosophes transcendans; mais elles en ont beaucoup pour les médecins qui pratiquent, et pour les malades qui attendent d'eux le calme ou la souffrance, la vie ou la mort. En effet , c'est d'après les phénomènes de mouvement , et d'après ceux de sentiment qui frappent ses sens dans tel ou tel organe de son malade , que le médecin juge de sa maladie ; c'est d'après la naanièie dont ces deux ordres de phénomènes

sont modifiés par les moyens qu'il lui oppose , qu'il juge s'il doit en continuer l'emploi ou en essayer de nouveaux. Il faut qu'il apaise la douleur, qu'il calme la convulsion , qu'il régularise le mouvement de la masse des fluides dont le cœur , cet organe si éminemment irritable , est le moteur principal. S'il néglige d'avoir égard à ces grands phénomènes pour se conduire d'après des vues tirées des transformations moléculaires, c'est-à-dire d'après des vues purement humorales, il fait une mauvaise médecine : en ne voulant qu'évacuer des sabures, de la pituite ou de la bile, il stimule à contretemps le tube digestif et tous ses annexes ; en ne se proposant que de corriger la putridité du sang, il exaspère l'irritation de tout Tappareil nerveux avec celle de ce même tube digestif; en s'opiniâtrant à dépurer le sang dans une foule d'affections chroniques, il détériore, et souvent pour toujours, la force assimilatrice de l'estomac, rend les malades nerveux, hypocondriaques, et souvent multiplie les maux qu'il voulait guérir. Un médecin puremen t humoriste est un vrai fléau pour l'humanité ; il brise les organes et extermine les malades sans s'en douter et sans éprouver un remords qui puisse le ramenerdans une voie meilleure. Il faut donc absolument que le praticien associe le solidisme avec l'humorisme; s'il tire un bon parti des données que lui fournissent ces deux sources, il n'est plus ni solidiste ni humoriste; il est judicieux : et comme, pour l'être, il faut savoir bien observer l'état de vie et les agens qui le modifient , il est médecin physiologiste.

Supposons maintenant un solidiste pur, il fera sans cloute moins de bien que le rationnel vraiment physiologiste ; mais si son solidisme n'est pas de mauvais aloi , il fera beaucoup plus de bien que l'humoriste pur, et rarement du mal comme celui-ci a coutume d'en faire. Rencontrera-t-il une plénitude^ une dépra*

ÀNAT. PATIIOL. — PROFESSEUR ANDRAL. SSg

vation humorale clans les premières voies , il en accusera les solides seuls; et s'il fait un sage emploi des moyens qui portent les noms de débilitans, de stimulans, de toniques , de caïmans et d'antispasmodiques, dénominations qui n'annoncent que des idées de solidisnie, il guérira sans avoir eu besoin de s'occuper des phénomènes moléculaires, des transformations ni des corruptions humorales , et même sans avoir évacué le tube digestif. Il en sera de même dans les fièvres avec diathèses bilieuse,muqucuse ou pituiteuse, avec fétidité desexcrétions; si le solidistefait à ces maladies unejusle application des antiphlogistiques , des débilitans, des toniques, des révulsifs, dçs dérivatifs que lui indique le pur solidisme, il réussira beaucoup mieux que celui qui , préocciq>é des théories humorales, ne pense qu'à évacuer , qu'à corriger la putridité, et qu'à favoriser les prétendus efforts de la nature pour l'expulsion d'un principe délétère. La raison en est bien claire, c'est que ces vues conduisent l'humoriste à l'emploi de moyens qui agissent défavorablement sur le mouvoir et sur le sentir de l'homme malade. Enfin cela s'applique aux maladies les plus chroniques : avec des idées d humorisme on veut dépurer un cacochyme , qui , dans la grande majorité des cas , n'ect tel que par l'effet d'une inflammation pi'olongée; on veut surtout le forcer prématurément à élaborer des alimens de bonne qualité: avec des idées de solidisme, on peut comprendre quelle est la cause de sa langueur, des mauvais sucs qui suintent de ses excréteurs , et lui prescrire le régime et les médicamens les plus propres à détruire le point local d'irritation , qui est la source de tous ses maux. Le solidisme , qui a pour base l'irritation , fut-il exclusif, prévient toujours bien des maux :il empêche le médecin de traiter un dartreux par des stimulans que l'humoriste appelle des dépuratifs; un porteur de diiodénite chronique par des fon-

56o MÉDECINE DE LA FRANCE.

dans , des amers, des purgatifs , sous prétexte de désobstruer le foie ; un scrofuleux par des amers, des alkalins, des fondans , qui ne font !e plus souvent que lui donner une gastrite ou une entérite s'il en est exempt; un asthmatique par des incisifs, des dissolvans de la pituite, des expectorans ^^^a/zr/ même , moyens qui ne vont point directement au but; tandis que l'idée d'une irritation des poumons par un obstacle au cours du sang conduit directement le solidiste le plus pur à la médication la plus rationnelle.

En somme , dans la grande , l'immense majorité des cas de pratique , on réussit infiniment mieux avec le pur solidisme en télé cju'avec le pur Iiumorisme. C'est un fait c[ue nous ne craignons nullement d'avancer, en déclarant mauvais observateurs et mauvais pi*aticiens ceux qui soutiendraient le contraire... par couvlciioîi; car nous savons que bien des gens soutiennent ce qu'ils ne croient pas.

Tout médecin tant soit peu imbu des idées de physique et de chimie, et surtout de physiologie pathologique, n'ignore pas qu'il y a des altérations dans les liquides toutes les fois qu'il y en a dans les solides; cjue les liquides peuvent être le véhicule de certains poisoîis, de certains virus, de certains miasmes qui n'attaquent les solides qu'après avoir altéré les humeurs ; c|ue les inflammations des membranes muqueuses inondent le sang de mucosités corrompues; que celles des tissus cellulaires, aréolaires et de la . peau l'infectent d'albumine et de fibrine corrompues, de pus souvent infect et réellement vénéneux comme celui de la variole, etc., etc. Tous ces faits sont tellement vulgaires, on a tant fait et tant publié d'expériences sur les ingestions d'alimens putréfiés dans les voies digestives , sur les insertions de chairs putrides sous la peau, sur les injections de sanies infectes, de pus corrompu dans les veines des animaux,

AN AT. PATHOl. •— PROFESSEUR AN DR AL. 56 1

qu'il faudrait n'avoir pas ouvert un seul journal, un seul livre de médecine composés depuis trente ans, pour ignorer tout cela. Personne aussi ne peut avoir perdu de vue les infections du sang par certains gaz, par les morsures des ophidiens. Eh bien ! rien de tout cela n'oblige le médecin à fonder ses indications uniquement sur rhumorisme, et tous ceux qui ont cru devoir le faire, ont eu plus de revers que de succès dans leur pratique. La médecine n'est pas une manipulation chimique; les réactifs exercent bien quelque action s,ur les substances étrangères lorsqu'elles ne sont que dans les voies digeslives, encore faut il tenir compte de la vitalité de leurs parois ; mais dans les secondes voies, dans celles de l'absorption, de la circulation , de la sécrétion , et dans la trame intime où s'opère la nutrition, l'œil du chimiste ne voit rien , la main du manipulateur ne dirige rien, c'est d'après d'autres données que celles tirées de la chimie brute qu'il faut opérer. Ce sont les lois vitales, constituant la providence intérieure de l'organe, qui opèrent les transformations, les déparls, les éliminations, les dépurations , et, /e plus souvent, il ne faut que modérer ou ranimer l'excitation à propos pour qu'elles réussissent dans ce travail. Aussi les solidistes purs qui s'en rapportent à cette providence vitale, et qui ne discutent point ses œuvres, mais qui s'attachent à modérer ou à ranimer Texcitalion , guérissent-ils plus souvent et plus solidement que les humoristes purs qui vont sans cesse cherchant un évacuant pour certaines humeurs, un neutralisant pour d'autres, ou un correctif spécifique, sans s'enquérir de l'influence de ces agens sur l'excitation. Faut-il en reproduire encore une fois la raison? c'est que les modificateurs n'opèrent sur les fluides qu'après avoir agi sur les solides , et que l'on n'a, pour apprécier leurj> bons comme leurs mauvais 4. 36

effets, d'autres guides que la manière dont ils agissent sur le sentir et sur le mouvoir.

Conclusion. Si l'iiumorisme a toujours besoin du vitalisme ; si le vitalisme peut, le plus souvent^ se j3asser de l'humorisme; si l'humorisme pur fait toujours beaucoup de mal dans la pratique; si le solidisme pur fait très souvent du bien et rarement du mal quand il est de bon aloi , et qu'il ne repose pas , comme celui de Brown et des ontologistes, sur des abstractions, il est impossible de soutenir que les disputes entre les humoristes et les solidisles n'ojit plus (fe se?ts. Il faut absolument confesser qu'elles en ont beaucoup malgré tous les progrès des sciences pby- &iques et chimiques, et qu'elles en auront toujours quelles que soient les innovations que le temps puisse introduire dans les théories qui sont relatives à l'art de guérir.

Arrêtons-nous un instant à quelques unes âes preuves de Valtéi-ation du sang que M. Andral énumère pour faire sentir riinportaiice de l'humorisme.

Le sang tiré des veines olfre des changemens considérables; variations multipliées dans lès proportions et la consistance du caillot auquel le cruor est ou n'est pas adhérent , ce qui établit l'absence ou la présence de la couenne; proportions diverses du carbone, de Toxigène ; force de cohérence très variable entre les molécules , au moindre degré de laquelle le sang reste liquide ; sérum plus ou moins visqueux , plus ou moin§ richeen albumine ; couche muqueuse au fond du vase dans le sérum, ou suspendue en énéorénie, ce qui serait, suivant M. Gendrin , Tindice de la présence du pus résorbé dans le sang; sang rouge dans les maladies inQammatoires, pale dans les asthéniques; sang altéré par diverses substances qui ne s'y trouvent pas ordinairement, tels que matières encéphaloïdes, entoiWres , concrétions calculeuses (elles peuvent s être

ANA.T. PATïïOt. *-^ PROCESSEUR ÀNDRAL. 50^

détachées (les vaisseaux), sang g-rumeléiix, friable, décoloré, d'un gris sale, comme purulent ousûnieux; lê tout localement ou généralement : souvent alors', ajotite-t-on, des sécrétions purulentes existant quelque part; des caillots, des encéphaloïdes contenus dans les gros vaisseaux figurent encore ici. ' Maintenant, que pi'ouveiit ces faits en faveur de :niurnorisme? que le sang est plus ou moins riche en -fibrine, en cruor , et qu'il est le dépôt momentané du produit de toutes les résorptions. N'est-ce pas l'inflammation non arrêtée dans son essor qui lui fournit tous ces matériaux hétérogènes? Mais ne sait-on ])as aussi qu'ils en sont incessamment éliminés par les lois vitales? Faut-d, à cause de ces altérations passagères, revenir aux vieilles théories ; oublier les mocîitîcatious que les médicamens et les alimens font éprouver à la motilité, à la sensibilité? Doit-on , pour établir la thérapeutique de tous ces cas, aller porterie sang et les matières excrétées dans la cornue, dans le creuset du chimiste , pour savoir quels principes sont en plus, quels autres sont en moins, ou essayer les réactifs pour reconnaître ce qui rétablit la couleur, îa cohérence, ce qui neutralise ou précipite les matières purulentes, sanieuses, qui ont été absorbées; ce qui dissout les concrétions, les caillots, etc.; et puis de là se rendre à la pharmacie pour établir ses formules sur ces données, sans aucun égard à l'irritabilité, à la sensibilité des organes? Faut-il, pour cela, négliger le point de phlegmasie qui trouble l'assimilation, la nutrition? ou bien faut-il agir sur lui par des réactifs chimiques, au lieu de se servir des données foiu'nies par l'observation physiologiqiie pour y apaiser l'irritation, pour laugmenler si elle est en défaut, on bien pour modifier ce point de phlegmasie par la stimulation ou la sédation des organes qui correspondent le plus directement avec le mobile de l'irritation ? Or ,

nous soutenons que modifier la vitalité des points d'irritation est le seul pcirti qui soit raisonnable, et que le thérapeutiste doit s'en rapporter aux lois vitales pour la récomposition dessoudes et des fluides.

Dans quelques cas, à la vérité, on peut s'aider des données que fournissent l'inspection et l'analyse du sang ; mais ces données ne sont jamais l'unique base de la thérapeutique. Ou sait très bien qu'il y a indication de saignée lorsque le sang est trop fibrineux ou couenneux , mais l'aspect du groupe de symptômes vous conduit au même résultat; le sang pauvre et dissous exige des matériaux nutritifs réparateurs , mais la faiblesse , le sentiment du malade , l'état de la nutrition vous fournissent la noême indication , et vous ne pouvez la remplir qu'en ménageant l'irritabilité et la sensibilité des organes digestifs. Si vous voulez à toute force restaurer un malheureux que l'inflammation de ses organes empêche de bien assimiler , vous le tuerez; il faut attendre, il faut même parfois augmenter pour quelque temps la faiblesse , l'appauvrissement du sang ; • et, dans la convalescence^ graduer la nourriture en proportion du retour des forces et de la diminution des susceptibilités organiques. On nous parle beaucoup des succès du fer dans la chlorose: fort bien, comme tout autre tonique , si l'estomac languit par anémie; fort mal , si les règles sont retenues par une irritation viscérale. Il faut donc toujours en juger par Tirritation , c'est- à dire par les solides.

Il en est de même d'un sujet affecté de scorbut : vous ne rétablirez point chez lui la bonne assimilation , vous ne corrigerez point la corruption de ses humeurs avec les réactifs suggérés par l'analyse de ses fluides ou de ses solides ; mais si vous pouvez trouver Taliment frais , soit du règne végétal , soit de l'animal, qui convient à la susceptibilité de son tube digestif, souvent alors fort irritable , les lois de la yie reprendront

ANAÏ. PATHOL. — PBÔFHSSEUR AJNDRAL. 565

leurs droits, et toutes les dépravations des solides et des fluides seront corrigées , et toutes les éliminations et dépurations nécessaires seront exécutées jusqu'à la plus parfaite guérison.

On peut appliquer la même remarque aux cas de purulence : tant que nos pères ont voulu résister à la corruption du sang par le kina , le bon vin , les balsamiques dans les grandes plaies et les suppurations des organes intérieurs, qui inondent le sang de pus rér sorbe, ils ont fait beaucoup de mal et hâté lé dernier nioment. Les modernes ont été beaucoup plus heureux depuis le développement de la méthode physiologique , en s'imposant la loi de combattre Tirritation locale qui fournit le pus à la résorption, et de ne pas ajouter, par des drogues stimulantes, à l'irritation qu'il fait éprouver aux viscères et surtout aux centres nerveux. II est peu de cas où le sang soit inondé de plus de pus que dans la troisième période de la variole confluente ; mais les médecins qui ont suivi le mouvement de la science se gardent bien de soumettre les malades à la stimulation prétendue antiputride. Us se contentent , comme dans tous les autres cas de purulence , de nourrir les malades avec les substances féculentes , lactées ou gélatineuses que l'estomac peut supporter , et s'en rapportent aux lois vitales pour la dépuration et la restauration du sang. Ils n'ignorent pas que le pus résorbé peut concourir avec l'habitude inflammatoire qui domine l'économie, à produire des phlegmasies secondaires et des apostèmes ; mais cela ne les empêche pas de combattre les accidens par la méthode antiphlogistique, et ils le font avec succès.

Depuis que l'on a constaté ce que nous avions signalé dans notre physiologie pathologique , que l'in» flammation remontait souvent des foyers de phlegmasie dans tout l'arbre circulatoire par la voie des capillaires et des branches de second ordre, on a cru

566 piuacmiL DE la ikajnce*

pouvoir expliquer toiiles les inflammations consécn-' tives oiîx foyers inflammatoires par la présence du pus fians le sang ; c'est une exagération ; car dans une fouie de cas, dans les plus nombreux sans contredit, celte purulence du sang ne proiiuit pas de. dépôt consécutif; ils correspondent bien plutôt à l'irritation du foyer primitif; car, d'ailleurs , ce foyer ne fùi-il pas piunilent , peut également provoquer des inflammations secondaires. Eh bien 1 malgré l'âpreté avec laquelle nos opposans se sont jetés sur ce fait , dans l'espoir de réhabiliter le vieil humorisrae, ont-ils proposé des spécifiques destinés à neutraliser ie pus résorbé? Ils se sont contentés des moyens qu'ils ont crus propres à combattre ces inflammations et la phlébite que le pus détermine quelquefois , comme nous l'avions dit, en remontant vers le centrecirculatoire ; l'état delà science ne leur a pas permis d'oser davantage ; ils ont cru qu'ils avaient beaucoup nui cà la méthode j)hysiologique : ils l'ont servie , car ils l'ont confirmée , et voilà tout.

JVouvelles preuves de V aller alion du sang , s'écrie M. Andral (i)etdesuite il allègue l'injection du sang d'un animal dans les veines d'un autre, il y a déjà long-temps que les expériences de nos pères sur la transfusion nous ont appris qu'un sangqui n'était point assimilé par l'individu, lui servait souvent de poison, et les expériences qu'on a voulu faire de cemoyen en Angleterre contre le choléra n'ont que trop confirmé cette triste vérité. Elles ont prouvé en même temps la vérité du vieil adage, que V expérience des pères est perdue pour les enfans, et nous ont ainsi montré qu'il faut s'attendre à voir sans cesse renouveler sur la pauvre espèce humaine tous les essais qui ont eu jadis les plus funestes résultats.

Mais que prouvent ces expériences en faveur de l'humorisme? elles déposent contre son application

: (i,) Ouvr. cite, t. 1^ p. SSg- \ .

ANAT. PATHOL. — PROFKSSEUR ANDTUL. 567

directe à la thérapeutique , car elles font voir, conjointement avec les mauvais effets des injections de médicamensdans les veines, qu'il faut s'en rapporter aux lois virales dans l'administration des moyens qui doivent corriger les vices du sang, et qu'il y a beaucoup de danger à vouloir modifier immédiatement les hi:meurs vivaiiles sans consulter rirritabililé et la sensibilité des organes de rapport par où doivent pénétrer les substances qui sont destinées pour l'intérieur des tissus.

M. Andral allègueensuile la production du charbon et des pustules malignes par l'inoculalion du sang des animaux morts de ces maladies; mais ce fait rentre dans les précédens : la résorption ne garantit point l'assimilation ni la neutralisation des matières hétérogènes. Ces mêmes chairs et ce même sang ont été plusieurs fois ingérés sans inconvénient, et s'ils en ont occasioné, aussi bien que tous les alimens de mauvaise qualité, les voies digestives en ont souffert le$ premières. Elles ont donné le signal de l'état morbide commençant, et ont enseigné au praticien à ne rien tenter sur les fluides sans consulter les lois vitales.

Bien plus, les cas d'empoisonnemens miasmatiques, où des venins malheureusement trop sjibtils s'introduisent furtivement dans les fluides , continuent de déposer contre la médecine à base humorale; car s'ils produisent des effets nuisibles, c'est le tiouble des centres nerveux qui en donne le premier signal ; viennent ensuite les inflammations des voies digestives et de leurs annexes sécréteurs , 'par où doivent se faire les éliminations des poisons qui ont pu circuler dans les humeurs ; quelquefois même les inflammations de la peau et des sm^Faces respiratoires , en un mot de toutes les voies d'excrétion^ c'esî-à-dire de tous les tissus d'où part la sensibilité , et qui partagent avec les muscles cette irritabilité qui veille à la conservation de

568 MEDEGIjyt DE LA. FHAINCf.

Tindividu , et que les vieux classiques n'ont jamais pu braver imjDunément daus leur utopie de restauration immédiate des humeurs.

Le sang extrait d'alimens malsains, ou imprégné de certains poisons ou venins absorbés, est- il affecté morbifîquement avant les solides, et cette affection peut-elle constituer une maladie toute humorale? M. Andralle pense : il va même jusqu'à dire que ce sang est corrompu, parce qu'il se disgrège et se putréfie plus promptemeiît qu'à l'ordinaire après qu'on l'a tiré. Nous trouvons ces assertions exagérées : comme les fluides sont incessamment échangés avec les solides , si toutes les molécules circulantes sont dépravées, les solides doivent y participer et être malades avec eux. Mais comment en acquérir la certitude , si les lésions delà sensibilité et de l'irritabilité n'en donnent le signal? On le peut d'autant moins, que quelques sujets soumis à ces causes ne sont point malades. S'il n'y a qu'une partie des molécules circulantes qui soient altérées , les solides pourront , à la vérité , les rejeter et ne s'approprier que celles qui sont saines ; mais le sang devra- t-il , pour cette raison , être dit malade tout seul dans ce cas ? non , sans doute ; car rien ne peut l'attester, et l'on voit très souvent despersonnesjouirdela meilleure santé du monde en absorbant des substances malsaines, et qui rendent malades d'autres personnes. C'est parce que les premières ontacquis l'habitude de ces impressions intérieures, et qu'il sefait, parles éliminateurs, une dépuration continuelle, qui maintient l'harmonie des fonctions. Mais si , malgré cette harmonie, on voulait soutenir qu'un homme est malade parce qu'il a des particules délétères flottantes dans ses humeurs, il faudrait placer au rang des malades .toutes les personnes qui respirent les émanations des varioîeux et celles de tous les fébriciîans à fièvres graves , à suppurations résorbées , et surtout les personnes

AjNAT. PAÏHOL. -— PIlOIESStljK AIVDUAL. 509

qui, comme les écarisseurs et les aiiatomisten , vivent coiifiniiellemenl , et clans la meilleure santé possible, au milieu des émanations putrides.

Quant aux corruptions du sang par les morsures des ophidiens, les expériences (Je M. Fanau de la Cour, qui s'est fait mordre lui-même, prouvent que raffection des solides est plus rapide de celle des fluides, puisque dans la minute de la morsure il se sentit Fépigastre douloureux et ijrùlant. Nul doute que dans ces infections , et dans beaucoup d'autres des plus rapides dans leurs effets , c'est le système nerveux qui reçoit fa première atteinte et qui donne le premier signal. Tous les empoisontiemens par les gaz éminemment délétères rentrent sans contredit dans cette catégorie.

Nous ne nous arréteroïis pas à répondre aux objections de notre auteur, tirées des lésions de l'électricité du sang dans {enfièvres graves , des changemens de la consistance et delà coagulabilité du même Ouide par les innervations, par la ligature des nerfs pneumogastriques, par le cornage chez les chevaux, c'est-à-dire par la dyspnée, etc. Si de tels faits suffisaient pour ramener la médecine à Thumorisme , il faudrait, sans balancer, renoncer définitivement au solidisme, et abdicjuer tous les progrès que vient de faire l'art de guérir; car il n'y a point de maladie, tant soit-elle comte et légère , il n'y a même pas d'affection morale, pour peu qu'elle soit iiitense , qui ne modifie à l'instant même l'électricité et la composition des humeurs, ne fût-ce que localement. Personne n'ignore qu'un accès de colère peut rendre le lait d'une nourrice vénéneux pour l'enfant qui va le sucer; que la colère rend la bile acre et fort irritante ; et nous-même pensons que cette passion peut faire de la salive un venin subtil et rabifique.

Certes , de toutes ces maladies il n'en est point qui déprave et corrompe le sang plus profondément et

5;0 MÉDECINE DE LA. fRAKCi:.

plus généralement que les inflammations étendues ries grands viscères, surtout des abdominaux : elles comme:.cent à l'airérer dès leur début; mais elles l'aftectent bien plus gravement lorsqu'elles persistent, qu'elles dépravent la mucosité , et qu'elles fabriquent des flots de pus fétide et de sanies virulentes dont la résorption s'empare aussitôt. Eb bien! ces dépravations, ces corruptions , que personne n'ignoie , que personne ne songe à mettre en doute, et qu'il ne faut pas aller cbercberbien loin, comme on voit, queprouvent» elles en faveur de ces tbéories biu^jorales du bon vieux temps, que quelques modernes (je ne parle plus de M. Andral) affectent de tant regretter ? Nous ne répondrons pas; ce serait nous répéter. Nous nous contenterons d'une réflexion dont les médecins de bonne foi apprécieront la valeur : c'est qu'il n'y a que l'igno^ rance, la légèreté, ou l'esprit de spéculation qui puissent pousser un écrivain de l'époque actuelle à représenter les médecins physiologistes comme des solidistes exclusifs , qui n'ont jamais pensé aux altérations des humeurs.

Le dernier passage de M. Andral , sur la question de rhumorisme , roule sur les maladies chroniques par vice primitif' du sang.

Le régime surazoté, et le défaut d'exercice, produisent la pléthore , disposition aux maladies inflam* matoires... Qui le nie? Mais qu'on ne nie pas non plus qu'il y a hypersarcose en même temps. Au surplus, la pléthore n'est morbide que lorsque les solides ténioignent leur souffrance ; ils sont donc encore ici les guides du médecin ; ils le sont à tel point que rien n'est aussi variable que la pléthore; l'homme peu irritable la supporte sans en souffrir, et vous ne le déclarerez j>as malade parce qu'il a p!us de fibrine et de cruor qu'un sujet très irritable que vous êtes forcé de saigner au plus léger degré de pléthore ; celui qui a

ANAT. PATHOL. — PROFESSEUR ANDRAL. 5n|

long.temps vécu avec peu de sang, et qui est très irntab!e, succombe à une pléihore qui n'incommode pas un sujet robuste et peu sensible. C'est donc toujours d'après l'irritabilité et la sensibilité qu'il faut se guider.

].a sécrétion surabondante de Vurée et la gravelle sontsouvent l'effet de cette pléthore surazotée... C'est ce que nous professons depuis vingt ans ; mais nous disons aussi qu'il s'y joint une irritabilité particulière du rein qui n'existe pas chez tous les hommes ,' et que la sensibilité et l'irritabilité sont lésées dans les voies urinaires plus qu'ailleurs. La maladie n'est donc pas bornée aux humeurs? toutes les indications ne sont donc })as fournies par elles?

L'auteur achnet dans ces cas, ou sans eux, une diathèse sur-urique qu\ occasione des ilépôts dans diverses parties du corps. Il veut parler des goutteux que plusieurs médecins considèrent comme ayant le snng surchargéd'acide urkiue et de sels calcaires qui vontse déposer autour des articulations. Ces auteurs pensent que la vieillesse, qui affaiblit les dépurations, et le régime suranimal, qui les rendrait cependant plus nécessaires, déterminent un état du sang particulier à la goutte, et en vertu duquel leshmelhs circimi articulaires , Tintérieur des articles, la peau et une foule d'autres tissus se mettent à sécréter des matières surazotées et calcaires.

C'est la théorie de Musgraw, de Sydenham et de plusieurs autres classiques que nous avons cités dans cet ouvrage. Les mots sont seulement changés : au lieu de terre surabondante dans le sang par le vice de lelaboration et de la dépuration, on parle de sels de chaux, d'urée et d'acide urique, etc., et la spécialitéde la goutte est consacrée de nouveau. S'il ny avait que cette dépravation dans la goutte, elle serait trop facile à guérir, et à prévenir dans les récidives dont elle menace. Il suffirait de changer le régime des goutteux. Mais

0^2 MEDJiCilVJi DE LA. fllAJNCE.

explique-t-elle l'opiniâtreté de cette affection lorsque l'habitude en est prise? rend-elle raison de toutes les irritations viscérales qui tourmentent les vieux goutteux, lors même que leur constitution est détériorée par le régim.e sévère, les pertes de sang , et qu'ils sont ai loin de la pléthore et de la surazotation? montret-elle la cause de l'aclivilé des sympathies qui s'établissent, au bout d'un certain temps, entre les articulations souffrantes, les centres nerveux, le cœur et l'estomac? Y voit-on l'explication de ces hypertrophies du cœur si communes chez les vieux goutteux ? Pourquoi 5 malgré l'affaiblissement et l'anémie de ces sujets, les articulations continuent-elles de se phlogoser et de se subenflammer dans plusieurs nuances différentes, depuis le phlegmon jusqu'à l'infiltration gélatiniforme et l'état calcaire ? Dans ce cas, la surabondance azotée n'existe plus; les sels calcaires n'ont pas abau' donné les os qui ne sont point malades dans les lieux exempts de goutte, et cependant toutes les vicissitudes atmosphériques, toutes les stimulations un peu trop vives des centres nerveux et des voies digestives vont retentir dans les articulations, y font renaître la douleur, et y redoublent les congestions dont chacune laisse un dépôt de matière muqueuse ou albumineuse, ou, si l'on veut même, un peu fibrineuse , dépôt qui n'a pas le temps d'être résorbé avant qu'une autre survienne. Irrité dans sa matière nerveuse , irrité dans ses capillaires sanguins, dans ses aréoles blanches, où la fibrine ne peut pénétrer, le pourtour des articles, inondé de ces matières en partie extravasées, en partie soumises à l'action des vaisseaux du lieu, éprouve différens vices de nutrition qui le détériorent de la manière la plus déplorable. De plus, les cartilages inter-articulaires se fondent, tombent en détritus ; les os s'usent, s'amincissent, dépourvus de ces tapis protecteurs ; et quelquefois autour de ces tissus ou l'inflammation

ANAT. PATHOL. — PROFESSEUR ANDR Vt. 5^5

languit, il se développe toul-à-coup, clans ceux qui sont restés vierges d'irritation, une phlegmasie véhémente qui aboutit au phlegmon , à l'érysipèle ou à la gangrène.

Rendez-nous compte de tant de souffrances , de tant de désordres par la surabondance de l'urée et des sels calcaires dans le sang, ô vous, messieurs de l'himiorisme, qui regrettez ce bon temps où l'on laissait souffrir un goutteux de peur de contrarier la nature qui voulait absolument faire passer les immondices terreux du sang au crible des membranes arlicidaires! ou bien soutenez-nous que , pour être sage et heureux dans la thérapeutique anti -goutteuse, il vaut mieux s'occuper à corriger le vice du sang qu'à faire avorter le plus tôt possible, comme nous le faisons, les irritations articulaires, de peur que l'habitude s'en établisse. Moquez-vous des physiologistes lorsqu'ils s'attachent à détruire tous les points d'irritation qui peuvent se trouver dans l'estomac, le duode'num , le foie des goutteux, dans leurs intestins, dans leur cœur ou dans tel autre point sensible de l'économie, parce qu'ils savent qu'une irritation en réveille une autre, que les articles qui l'ont éprouvée y restent long-temps exposés, et que tant que la constitution conserve de l'énergie, les lois qui la régissent, tendent à rejeter vers les parties extérieures les plus irritables les congestions actives qui se forment dans les grands foyers de la vie. Soutenez-nous, si vous l'osez, qu'il faut substituer à ces vues physiologiques les médications anti-humorales, c'est-à-dire, avec le régime non azoté, les spécifiques neutralisans des particules uriques, phosphoriques, calcaires, qui restent divagantes dans les humeurs plusieurs années après que la diathèse pléthorique et sur-animale qui les avait mises dans le sang a été détruite. Mais non, vous ne tiendrez pas ce langage; il est trop suranné, trop choquant : vous vous

574 M^DECiJSfE DE LA FRANCE,

jetterez dans roiitologie, dans le spécificrsme^ dans IVmpirisme pour les cas de souffrances polysphlanchniques qui surviennent aux anciens goutleux. Vous in z donc tâtonnant un joun. avec un calmant, l'autre avec un purgatif, le troisième avec un ionique ou un excitant diffusibîe, variant tous les jours vos formules , et sans être corrigés par voire échec de la veille , parce que vous ne daignez jamais interroger d'avance la susceptibilité des organes, ni vous familiariser avec les sympathies qui les unissent entre eux. Agir ainsi, ne pas empruiiteren huit jours des remèdes à huit théories difiérenles, ce ne serait pas être éclectique ; ce serait avoir un système, c'est-à-dire des notions coordonnées dans la téle. Vous en rougiriez; vous auriez raison. Cette méthode est celle des physiologistes; ils vous laisseront rire derrière vos nialades en torture, et s'attacheront à enlever le plus tôt possible toutes les irritations qu'ils découvriront chez les leurs, laissant aux lois vitales le soin de dépurer leurs fluides , et de restaurer leurs solides (i).

Oui , certes , il y a dans la goutte et dans les maladies calculeuses, autre chose que des sels surabondans et divagans dans l'économie; il y a de l'irritation, et le secret de la cure consiste à n'en pas laisser prendre la pernicieuse habitude, ou bien à la détruire lorsqu'elle n'a pas encore porté atteinte à l'organisation des tissus nerveux et des principaux viscères. Les causes en sont appréciables, et quoi qu'en puissent dire les pyrrhoiens,ceux qui les chercheront au flambeau de la physiologie les découvriront.

M. le professeur Andral place au nombre des maladies qui ont leur pohit de départ dans la viciation des

(i) Il est bien clair que celte apostrophe, adressée aux humoristes en général, n'est nullement dirigée contre M; Andral. Il en est ainsi de plusieurs atiiies du mômô genre que l'on a lues ou que l'on pourra lire dans cet article.

ANAT. PATHQL. — PftOFJESSECB ANDRAL. b'j^

solides, Y hydropisie produite par les alimens aqueux et crus que nos organes ne peuvent assimiler^ et d'où résulte un sanCx mal élaboré. Cette classification suppose que les soiides ne participent point à ce vice d'assimilation: que devient alors la sentence qu'il a prononcée plus haut sur l'identité des solides et des fluides?... 11 s'enhardit ensuite, et nous présente toutà-coup le sang tourné en eau sans aucune cause appréciable. Une telle assertion est-elle bien de cet esprit philosophe qui s'est montré naguère si difficile sur les preuves ?...

Le scorbut, si on l'en croit, a rendu plus d*un solldisie infidèle. J'ignore encore pourquoi il nous réduit au solidisme exclusif; mais je sais qu'il répète tout ce que nous avons dit des causes du scorbut; aprrs quoi il lui plaît de le faire paraître, comme i'hjdropisie, sans cause appréciable. Niera-t-on, ajoute-t'il , que dans ces cas il n'a pas de cause, parce qij'on ne les voit pas?... Non, certes ; mais on niera que ceux qui n'en ont pas trouvé aient bien observé! C'est encore ici le vice que nous avons reproclié à M. Gcndrin : celui de se livrer à iX^s^ affirmations ou à des négations pures et simples sur la fui de mauvais observateurs.

Celle déférence pour des noms imposans peut avoir des molifs louables ; mais ii faut aussi songer au temps qui ne peut manquer de porler un coup" funeste aux dogmes mal fondés, et préserver sa réputation du blâme qui doit rejaillir sur ceux qui les ont admis trop légèrement. On doit aussi se garder de croire que d'autres ne puissent découvrir au-delà de la portée de notre vue. Quant à moi , je ne balance jias ici à m'exécuter sous ce rapport. Long-ienjps je n'ai pas cru qu'il existât un raj)port constant, appréciable, entre les formes de l'encéphale, et les facidtés des animaux. Je e crois maintenant , parce que j'ai voulu m'en assurer.

Je ne pense pas insulter un confrère en lui disant qu'il n*a pas encore assez vécu dans l'observation des faits, ou qu'il a observé, jusqu'à inie époque donnée, trop superficiellement pour croire ce qu'affirment des hommes dii^nes de foi. Nous débutons tous dans la vie par la présomption, l'orgueil, et la disposition à critiquer nos aînés; mais malheur à ceux qui ne se corrigent point de ce travers î

Toutes les fois qiCun grand nombre dorgajies sont simultanément affectés , dit notre auteur, on doit admettre une condition morbide préexistante , résidant dans le sang et dans le système nerveux^ et il invoque en preuve la constitution scrofuleuse qui dénature toutes les sécrétions, et produit les tubercules pulmonaires, qui, dans d'autres cas, peuvent être ime affection purement locale. (Ouv. cité, t. I, p. 56o.) Voilà encore une sentence contre laquelle nous nous croyons en conscience forcé de nous inscrire; car nous ne trouverions peut-être pas unç autre occasion de traiter cette importante question.

Cette assertion est évidemment dirigée contre celle des physiologistes , portant que toute maladie est primitivement locale. Mais si nous l'avons émise, c'est que nous avions des motifs; c'est parce que nous remarquions que l'on peut toujours prévenir ces états morbides où plusieurs organes sont affectés simidtrmément , lorsqu'ils ne dépendent pas de causes traumatiques , ou de violences extérieures «agissant tout-à-coup sur l'ensemble de l'économie, comme l'immersion, la foudre , etc. On y réussit en effet en détruisant, dès son origine, le point d'irritation par où commence le désordre. Ce n'est donc pas spéculativement que nous avons prononcé ; et nous ne trouvons pas mauvais que ceux qui n'ont pas assez long-temps vécu dans le mode d'expérimentation qui a porté la conviction dans noire esprit , ne nous croient pas sur parole.

AîfAT. PAtîTOLi — PROî'ESSEllîl ANDRAL. Sj^

Nous leur dirons donc que la plus grande majorité des maladies épidémiqiies peut être prévenue en détruisant le premier point d'irritation , et nous n'en excepterons pas le choléra -morbus ; que la goutte ne devient point une maladie polysplanchnique lorsqu'on a soin d'en arrêter de bonne heure les premiers accès ; que l'hypocondrie cède à la destruction complète du point d'irritation viscérale d'où part le groupe de symptômes nerveux qui la constitue; enfin, que le scrofule lui-même ne se multiplie pas dans les tissus divers , lorsqu'on s'oppose de bonne heure à l'irritation locale de son début. Ce dernier fait mérite de nous arrêter quelques instans.

Les anciens avaient admis un vice strumeux qu'ils attribuaient à un acre, à un acide, à la plasticité des sucs lymphatiques, mais que plus tard on s'était accordé à considérer comme un état de sous-animalisation , tenant à la faiblesse de la nutrition, et à la prédominance du tempérament lymphatique.

Dans nos dissertations sur cette maladie (i), nous arrivâmes à conclure que le défaut de chaleur et de lumière, plus encore que les mauvais alimens, empêchait l'assimilation d'être parfaite, et la composition destissus blancs, tels que ceux de liaison et de support, d'être solide. Nous donnâmes pour preuve de ce fait la facilité avec laquelle l'irritation se développe par la stimulation la plus légère, dans ces tissus où elle pénètre si difficilement dans les constitutions bien nutritionnées. En effet, ce ne sont pas seulement les ganglions lymphatiques, les absorbans, les follicules muqueux , qui s'enflamment et se subenflamment, à l'occasion des stimulations accidentelles, chez les scrofuleux; ce sont aussi les tendons, les iigamens, le périoste, la

(i) Voir les Commentaires sur les propositions de l'Examen et les 'annales ea plusieurs passages.

§jB ,- MÉDKCrNE DE LA. F^ANCF.

membrane niéclullaire et les os , qui , par le froid , par les contusions, par le poids du corps, etc., se tuméfient perdent leur consistance, et suppurent diversetnent. Il y a donc dans ces tissus une irritabilité superjQOrmale qui les expose à cet accident; et lorsqu'iuie fois la pblegmasie et la subinflammation y ont pénétré, elles y opèrent comme dans tous les tempéramens -possibles; elles déterminent le départ des sels calcaires d'où dépend leur solidité, et les assimile aux parties molles.

Si l'on admet ce fait, qui nous parait incontestable, il faudra convenir que le vice scrofideux n'est pas borné aux fluides, mais que les solides y participent; il faudra aussi confesser que le tissu nerveux n'est pas affecté de préférence aux autres tissus ; mais que toute la trame vivante participe au vice dont il s'agit. Par conséquent , si ce vice est une maladie, elle n'a point son siège primitif dans le sang et dans le système nerveux.

Mais la disposition scrojideiLse doit- elle vraiment être considérée comme une maladie ? Celte question vaut bien la peine d'être traitée.

Les formes scrofulcuses , les grosses lèvres , le nez arrondi, les yeux bleus et ternes, une mauvaise dentition, des oreilles grosses et saillantes, un visage rond, et desmuscles à peine reconnaissables sous un tissu cellulaire abondant , annoncent bien la prédisposition au scrofule; mais ces attributs constitutionnels ne le con^ stituent pas, puisque nous voyons une foule de personnes ainsi organisées passer leur vie sans en éprouver les atteintes. Sur une famille composée de dix cnfans ainsi constitués , il n'y en a souvent qu'un ou deux chez qui cette maladiesedéveloppeàroccasion de l'impression du froid^ d'une contusion, ou d'une pblegmasie du tid^e digestif; «t si ces deux étaient allés habiter un climat chaud et sec, ils n'en auraient peut-être pas été attaqués. Eh bien !

AIVA.T. PATHOL. -^ PROFESSEUR ÀNDRAL. 5'J^

nousdemancIonsmaintenantànaessieursderhumoHsme, en quoi les humeurs des premiers diffèrent de celles des seconds, et s'ils ont quelque preuve d'un état morbide antérieur à l'apparition des phénomènes du scrofule? S'ils n'en ont point, ils ne pourront nous dire lesquels de ces dix enfans deviendront scrofuleux; et quant à ceux qui ne le deviennent jamais, ils n'admettront pas chez eux ^ nous osons le croire, un état morbide des humeurs que rien ne révèle.

Tous ces sujets sont fragiles, nous le savons; tous guérissent plus difficilement de leurs phlegmasies que ceux qui sont bien constitués; tous courent le risque de voir se prolonger dans h chronicité les inflammations dont ils seront attaqués, si on ne les en déhvre promptement; tous seront plus exposés au développement des tubercules lorsqu'ils auront à souffrir long-, temps d'une phlegmasie. Nous avons dit tout cela-: nous l'avons prêché sur les toits , et nous avons attribué la fréquence des phthisies pulmonaires tuberculeuses et des altérations or^ânique!^ de tout genre à cette langueur de la nutrition jjii premier âge , si commune dans les grandes villes, et qui finit par amener la dégé^ nération des fan^illes. Mais tout cela ne constitue pas des états mor|^ides : ce sont des prédispositions dont il est très passible d'annuler les conséquences, puis-^ qu'on peut être blond, délicat, peu musculeux, à chairS' molles , à formes arrondies, etc. , sans être malade ou sans l'être gravement, pourvu que l'on se trouve dans une position sociale qui permette d'écarter les causes excitantes, ou de détruire les excitations aussitôt qu'elles apparaissent.

Si les fatalistes doutent de cela, nous n'en doutons, pas, nous, le moins du monde, et nous en concluons, relativement au scrofule, que rien ne peut démontrer une condition morbide des humeurs jusqu'au moment Qà l'affection strumeuse fait ex losion.

53ô MiDtciifÉ i>R tÀ rnANèp.

Mais la roici : elle se répand sur plusieurs orgâiieSt ou elle se généralise, comme le disent les sectaleurS des théories humorales et ontologiques. Ils vont triompher peut-être ; je les entends déjà qui s'écrient que si la diathèse humorale n'a pu être déterminée à priori^ elle peut du moins Tétre à posteriori ^ puisque tant de tissus se mettent de concert à vivre anormalement et à sécréter des humeurs toutes particulières.

Attendez , niessieurs , attendez : si les affections locales du scrofule se multiplient ainsi , c'est que vous les traitez fort mal et d'après de fausses théories. Votre entêtement sur ce point, votre acharnement dans la négation, votre refus de tout essai capable de vous faire juger la question , sont vraiment extraordinaires. A^ous ne voulez pas seulement accueillir l'idée du doute : il faut absolument que vos scrofuleux soient stimulés et vigoureusement secoués par les plus fortes batteries pharmaceutiques, parce que telle est la pratique générale des classiques passes et des lumières de votre temps, et qu'il n'est pas possible qu'un petit nombre de physiologistes aient raison contre ces masses imposantes.

Eh bien! nous vous déclarons formellement, et sans crainte de nous compromettre, que si l'on attaque les phlegmasies et les subinflammations des scrofuleux, dès leur début , par les mêmes moyens que Ton oppose à celles des autres sujets , on réussit à s'en rendre maître et à prévenir leur répétition dans divers organes.

N'allez pas, selon votre habitude , messieurs, dénaturer nos assertions , et proclamer à tout venant que nous ne proposons que les sangsues et l'eau de gomme contre les maladies scrofuleuses. Nous vous disons de les combattre comme les autres phlegmasies; c'està-dire , non seulement par les saignées locales ou générales, et par le régime antiphlogistique, mais encore parla révulsion , par la contre-stimulation ou stimula*

AN AT. PATHOL. — ]É»KOFESSEtJR AJVDRAL. 58 1

tion du lieu malade , lorsque 1 époque en est arrivée^ comme dans toutes les autres phlegmasies de Texte-» rieur; car les phlegmasies externes ne se traitent pas , dans toute leur durée , comme les internes , et nous l'avons déjà dit depuis bien long-temps. Nous ne prétendons pas que vous persistiez dans le régime et les boissons débilitantes au-delà du terme convenable, pas plus que nous ne l'avons prétendu pour le traitement des irritations non scrofuleuses : nous vous avons dit plusieurs fois que l'indication de fortifier et de nourrir se présente et devient toujours prédominante à une certaine époque dans les irritations communes; nous vous le répétons relativement aux scrofuleuses ; mais nous ajoutons qu'il faut savoir la saisir cette indication , et ne la point dépasser autant qu'il est en soi. Stimulez à l'extérieur, dès le début , et aérez les scrofuleux qui n'ont point de fièvre ; mais gardez-vous de leur faire prendre des amers et des alkalins ; à plus forte raison faut-il éloigner ces drogues de ceux qui ont de la fièvre.

Prenez toutes ces mesures; vous en devez l'essai à l'humanité souffrante , puisque des confrères dignes de foi vous affirment , devant le public , qu'ils se sont bien trouvés de les avoir prises pour la soulager. Prenez-les, et vous acquerrez la conviction que le scrofule n'est pas plus une maladie générale dans son début que toutes les aulres ; que, pour la bien traiter, il faut, comme dans tous les cas d'irritation organique, parlementer avec la sensibilité, Tirritabilité des tissus, et qu'on réussit fort mal en voulant se substituer aux lois vitales, et en se figurant qu'on va porter directement dans les humeurs les agens de dépuration etd'év limination que l'on suppose nécessaires.

Tout ce que nous venons de dire des scrofules est applicable au rachitisme et ^^XouXqsXqs ostéomalaxies. C'est une inflammation formée, ou dans le périoste,

OU dans les ligaracns , ou dans les fibro-cartilages, ou dans le diploé , ou dans la membrane médullaire, etc., qui détei^mine le départ du phosphate calcaire et donne lieu à toutes les déformations. Ces inflammations dépendent, comme ces scrofiileuses , de ce qu'une nutrition languissante n'a pas assez intimement uni le phosphate calcaire avec la gélatine du tissu osseux et ligamenteux, ce qui a laissé ces tissus trop irrita^ blés , trop accessibles aux stimulations venant de l'ex^ térieur ou de l'intérieur. Le froid , une chute , un coup porté , un effort musculaire insolite , sufnsent pour déterminer des courbures , des flexions, des tor-» sions, dans les os longs et courts, plats du cylindri-ques, durs et compacts ou poreux et dilatés. Les déplacemens, les luxations , les caries peuvent s'ensuivre dans bien des cas. Voilà pour l'influence des agens extérieurs de stimulation ; quant à celle des agens internes , c'est presque toujours à la gastro-entérite qu'il faut remonter pour la trouver. Ces sujets délicats ne sont point en mesure avec les stimulans alimentaires : ils contractent des entérites^ et celles-ci réagissent sur le système fibreux et médullaire des os durs comme^ des os mous , y développent directement la phlogose, ou la rendent plus facile à produire par les violences extérieures.

C'est de cette double source , i° l'irritabilité anormale des tissus de suppôt et de connexion , 2° la réaction exercée sur eux par les phlegmasies viscérales , et surtout par celles du tube digestif, que découlent toutes les ostéomalaxies du jeune âge. Que l'on juge présentement si les théories humorales peuvent aller à ces maladies, et si le médecin a quelque chose à gagner en perdant de vue l'irritabilité et la sensibilité dans le traitement qu'il se pre'pare à leur opposer (i).

( • Tous ces faits de physiologie pathologique avaient été pré-

M. Andral avait essayé de démontrer qu'il existait Itération des qualités du sang lorsqu'il y avait altéraion des sécrétions. Nous avons vu qu'il n'avait point éussi à prouver qu'aucun organe n'avait sécrété, ou ju'on n'avait point introduit par l'injection dans les eines, ou enfui par l'absorption, les humeurs hétéroènes que manifestait leiimination.

Maintenant il revient sur ce sujet , et établit en prinipe que, par suite de la vîclalion des sécrétions ^ ap*paraissent divers états morbides auxquels les qualités ht saiîg contribuent; puis il cite la jaunisse, qu'il Itribue à ce que le foie ne sépare plus du sang, en uantité convenable, des matériaux de la bile, ou à ause d'une altération de texture qu'il aurait éprouvée, arce qu'il ne peut suflire à leur abondance,

Mais ce fait n'est rien moins que prouvé, et notre onfrère, qui se montre si difficile sur les preuves des hysiologistes , ne devrait pas , ce nous semble , affirler que le foie n'a point sécrété la matière colorante lune dans les cas d'ictère ; car tout porte à croire le ontraire, puisque le foie est l'organe sécréteur de la ile, et qu'il n'existe point d'expérience directe quirouve que la jaunisse soit survenue après son ablaion. Comment n'a-t-il pas avoué qne la cause raaléielle de l'iclère est un obstacle à l'écoulement de la ile, obstacle qui ne dépend pas toujours de calculs ngagés dans les canaux excréteurs, comme le pensait ullen; mais, dans la grande majorité des cas, de l'ir-^ tation du duodénum et des canaux susdits, ou de irritation du foie lui-même, dans lequel cette humeur )t résorbée à mesure qu'il la sécrète ? Des accidens non détaillés sont attribués, par Tau-

is et annoncés par nous à plusieurs reprises depuis plus de vingt )S ; ils viennent d'être confirmés par M. le docteur Duval , élève stingué de I4 médecine physiologique. (Voyez Aperçu sur les incipales difformités dû corps humain , etc, Paris, i833.)

téur , à la présence de la bile dans le sang ; il en résulte bien quelquefois un malaise et des démangeaisons avec quelques pustules cutanées ; mais lorsqu'il attribue, avec StoU, les fièvres dites bilieuses à ces matériaux retenus qui corrompent le sang , il est encore évident qu'il rentre dans l'hypothèse. En effet, l'expérience prouve que lorsque la jaunisse est bien déclarée, le pouls est plutôt lent que précipité, et que lorsque l'ictère est avec fièvre, il y a des signes de gastro-entérite, ou du moins de duodénite. Quant à l'hépatite, il est assez rare que la jaunisse y soit complète; ce qui tend à prouver que la résorption de la bile correspond plus à l'irritation de l'intestin où ses excréteurs aboutissent, et qui se propage dans leur intérieur, qu'à l'affection de la substance ou du parenchyme hépatique, à moins que celle-ci ne siège à la surface concave de l'organe où convergent ces mêmes excréteurs. D autre part, si les affections morales causent la jaunisse, on ne saurait nier qu'elles n'agissent sur le système nerveux gastro-duodénohépatique, c'est-à-dire sur le point qui reçoit la bile du foie , et sur les excréteurs de ce fluide , plutôt que snr le parenchyme et les granulations sécrétoires. On ne saurait donc tirer de ce fait des inductions en faveur du système de M. Andral , et ce système se réduit à une hypothèse avancée pour faire prévaloir les anciennes opinions de l'humorismc sur les données que fournit l'observation physiologique.

yous ne combattez pas Vétat bilieux encore sans fièvre parles émissions sanguines ^ dit notre auteur... à quoi nous répondrons : vous êtes mal informé sur notre pratique : l'observation ayant démontré aux physiologistes que la résorption de la bile et la jaunisse correspondent, le plus souvent, à une irritation plus ou moins inflammatoire du duodénum , ils s'empressent d'apposer des sangsues à l'hypocondre droit, après

ANAT. PATHOL. — PROFESSEUR ANBRAL. 585

avoir phlébotomisé si des congestions sanguines l'exigent , et tôt après ils voient diminuer ou même cesser entièrement ce malaise que vous attribuez à la présence de la bile dans les humeurs. Ils reviennent , s'il le faut j à la saignée locale; ils prescrivent les adoucissans, le régime et les boissons appropriés aux gastro-entérites, et ils obtiennent des succès prompts et constans lorsqu'il n'existe aucune complication grave. Tels sont les motifs qui les ont mis et qui les maintiennent dans leur opinion ; ils ne l'ont point conçue à priori; elle leur a été suggérée, d'une part, par la longueur des cures ou l'incurabilitd de l'ictère sous l'influence des médications purgatives et fondantes, et de l'autre, parles nécroscopies, qui leur ont prouvé jusqu'à l'évidence que la jaunisse se lie le plus souvent aux gastro-duodénites et aux hépatites qui intéressent la partie concave du foie. Ce n'est donc pas par hypothèse (t. P% p. 562) qu'ils attribuent la jaunisse à l'irritation.

M. Andral dit avoir ouvert une ictérique, dont les organes n'ont offert aucune trace d'irritation, et dont la mort, par conséquent, ne dépendait que de l'infection bilieuse. Dieu nous garde d'accuser ici sa véracité; mais on peut se tromper dans l'appréciation des signes cadavériques de l'irritation, ou être induit en erreur par quelqu'un. M. Andral n'était encore qu'un très habile prosecteur de clinique à l'époque où il recueillit cette observation , et nous permettra d'en appeler à M. Andral devenu praticien, et mûri par l'observation de la vie et par la controverse de ses premières opinions.

Les graves accidens provoqués par la ligature des uretères chez les animaux , et par la suppression de t urine chez Vhomme^ ne prouve pas mieux en faveur de la thèse de M. Andral, puisqu'ils n'empêchent pas l'urine d'être sécrétée. Personne ne s'avise de mettre en doute que les produits résorbés d'une sécrétion

dépurative sur-animale, comme l'urine, ne soient fort importuns pour l'économie. Toutefois s'il en résulte des fièvres putrides ataxiques avec odeur urineuse, etc., elles ne dépendent pas de la corruption du sang , et ne sont pas des affections générales : elles proviennent des inflammations que ces matières déterminent dans les principaux viscères , particulièrement dans la membrane muqueuse du tube digestif. De même aussi les indications ne se tirent pas de cette prétendue putridite : elles sont fournies par l'irritation , comme le prouvent les expériences faites à Alfort sur des cbevauxdans les veines desquels on avait injecté de la sanie putride ou du pus : on les sauvait par d'abondantes saignées ; ils périssaient si l'on employait toute autre méthode. Tel est aussi le résultat des observations de M. Fanait de la Cour sur l'inoculation du venin de la vipère. Dans tous ces cas, ainsi que dans les typhus par infection, dans les varioles, dans les rougeoles, l'indication est d'arrêter les inflammations viscérales; si l'on y réussit, on n'a nullement besoin de s'occuper de la dépuration du sang, la nature s'en charge et l'effectue avec d'autant plus de bonheur que l'on dérange moins, par ces stimulans, les mouvemens qu'elle a combinés. Tant il est vrai qu'on peut très bien se passer des théories humorales, même dans la cure des maladies où l'infection des humeurs est le moins contestable.

Le lait retenu et résorbé chez les femmes en couche, imprime, suivant M. Andral, une forme spéciale à leurs maladies. Nous lui demanderons, cependant, si c'est le lait ou l'inflammation que l'on combat aujourd'hui dans les métro-péritonites des puerpères, et ce, qu'est devenue la vogue du petit lait de Weiss. Quand on aurait trouvé dans le péritoine, dans les œdèmes des membres, ou dans les sueurs, le lait supprimé par une frayeur ^ qu'est-ce que cela pourrait ajouter â ce que nous savons ? n'est-ce pas toujours un produit

de sécrétion résorbé et déposé ensuite dans les tissus où Tinflammation l'aurait appelé, ou bien éliminé par les excréteurs de la dépuration lorsqu'au eu n poinf intérieur d'irritation ne l'aurait retenu? n'est-ce pas là l'histoire générale de toutes les résorptions, de celle de l'urine et des dépôts qui s'ensuivent, de toutes les injections de fluides irritans dans les voies circulatoires, histoire telle, exactement telle que nous l'avons tracée dans notre Physiologie appliquée à la patho^ logie , dans les Commentaires , et dans les* annales en plusieurs endroits? N'avons-nous pas formellement exprimé une loi de l'économie qui veut que toute stimulation vive imprimée à l'économie se termine ou par des secousses convulsives , si elle reste bornée ait système nerveux , sensitif et moteur , ou par des excrétions soit sanguines, soit humorales, si elle remue les appareils viscéraux et le cœur au point de précipiter, penflant quelque temps , le cours du sang et Je produire de la fièvre ? Or ces excrétions seront normales si des molécules hétérogènes n'ont point été introduites dans les humeurs, comme à la suite des accès de fièvres éphémères et des intermittentes simples. Elles se présentent au contraire plus ou moins éloignées de l'état normal , plus ou moins altérées et modifiées, si des molécules étrangères, putrides surtout, ont pénétré directement dans la circulation, ou si l'inflammation a eu le temps de se former.

Puisque la nature a dressé ce plan , ce n'est pas au médecin qu'il appartient de prendre sa place : ce qu'il doit faire, c'est d'observer quels inconvéniens sont attachés à ces mouvemens de révolte éliminatrice : or ces inconvéniens sont l'excès de spasme qui menace d'épuiser promptement la force nerveuse, et l'inflammation, qui arrive au même résultat avec moins de promptitude, et parfois même avec beaucoup de lenteur.

Ainsi il est dû devoir du médecin de rompre le

spasme qui suit une vive frayeur, et de combattre l'inflammation qui succède à la résorption d'un poison ; et pour cela le solidisme pourrait, dans la rigueur, lui suffire , quoiqu'il lui soit utile de connaître la nature du poison. Mais il est évident qu'il ne peut se servir avec avantage des théories du vieil humorisme, puisque, encore une fois, ceux qui l'ont mis en pratique, n'ayant aucun égard à l'irritabililé et à la sensibilité qu'ils ne connaissaient pas suffisamment, ne nous ont laissé que des règles dont l'application est nuisible (i).

Pour prouver l'influence de la composition du sang sur celle des divers liquides sécrétés, M. Andral s'appuie des expériences de M. Magendie, quiarenda la bile des animaux carnivores semblable à celle des herbl^ voves en modifiant leur nourriture , c'est-à-dire le sang; il aurait pu ajouter et les solides ; car on sait que les chairs des animaux prennent la saveur des alimens dont ils se nourrissent. Les grives ont la chair ferme, sèche, amère, et aromatiqiie, lorsqu'elles vivent des baies du genévrier, tandis qu'elles l'ont fort tendre, plus blanche, et d'une saveur plus délicate, lorsqu'elles sont engraissées par le raisin. Les poules et les perdrix , qui ne se nourrissent qu'avec de la chair dans les parages de

(i) Hahnemann et ses homœopatlies prclendent que les irrilations que Ton remarque dans les maladies chroniques sont des efforts impuissans de la nature pour expulser une cause matérielle importune pour les organes , une sorte de poison matériel. Ils croient donc devoir venir à son secours, et ils le font avec des médicamens très actifs, capables de produire des symptômes semblables à ceux qui caractérisent la maladie; mais ils les donnent à des doses infiniment exiguës, à des millionièmes, à des décillionièmes de grain , en écartant d'ailleurs toute excitation bygiéliique. Si les succès qu'ils proclament se vérifient et se soutiennent, il restera à déterminer s'ils ne dépendent pas plutôt du défaut d'excitation que d'une excitation spéciale , ou bien si ces médecins ont découvert une loi vitale encore inconnue.

AKAT. i^AfrtOL. — MOFÉSSEtfA ANDRAL. ÔSQ

Buenos- Jyves et de Monte^ideo^ ont la chair filandreuse et d*une saveur désagréable, fort différente de celle de nos gallinacés domestiques qui vivent de grain. Plusieurs animaux amphibies, qui se tiennent le plus souvent le train de derrière seul plongé dans Teau, ont le goût de poisson dans leur queue et dans leurs extrémités postérieures, tandis que le devant du corps offre exactement la saveur des animaux terrestres.

Tous ces faits sont bien connus ; mais que prouventils en faveur de l'humorisme, puisque, enfin, les solides sont modifiés comme les lluides?

Ils prouvent que la nutrition s'accommode de matériaux très différens, quoique souvent la vie en souffre beaucoup, ils font voir que le choix d'uïie nourriture appropriée au rôle que l'animal doit jouer sur la terre, estun article d'hygiène et de thérapeutique fort important , ce que d'ailleurs le scorbut démontre bien mieux encore; mais ils ne prouvent point que le médecin soit autorisé à perdre un seul instant de vue l'action des modificateurs sur les propriétés vitales dans la production et le traitement des maladies, ni qu'il ne soit pas forcé à étudier les rapports sympathiques des organes entre eux pour parvenir à leur diagnostic. Ces faits n'ôtent donc rien à l'importance de la médecine physiologique; ils ne sont point de nature à répandre aucun doute sur la prééminence de cette doctrine, ni, par la même raison, à la faire abandonner aux médecins pour se jeter dans le scepticisme. Elle les connaît , elle les embrasse dans ses bases larges et fécondes; et, bien loin de les craindre, elle s'en est emparée dès qu'elle a commencé d'exister. Elle redoute si peu les faits nouvellement découverts , que la phrénologie, qui a pris tant de consistance, et l'homéopathie qui peut en acquérir beaucoup, sont accueillies par elle comme devant contribuer à ses progrès et assurer sou triomphe.

S^tO MÉDECINE DE LA. FRANCE,

Dajis le diabète sucré ^ que M. Andral invoque, le sang a fourni à MM. Nicolas et Queuedeville plus de sérosité et moins de fibrine; et Fauteur en conclut que la composition du sang iriflue sur les sécrétions. Mais certes personne n'en doute, et nous ne pouvons pas suppoer que M. Andral nous prête l'intention de le nier : ce serait nous faire trop simples, trop ignorans; ce qui ne ferait pas beaucoup d'honneur à nos opposans. Toutefois il n'en restera pas moins prouvé que ce diabète n'est pas l'effet pur et simple du régime végétal et mucoso-sucré; car tous les hommes qui en font un usage prédominant ou même exclusif, ne deviennent pas diabétiques. Les nègres ne le sont pas dans les colonies lorsqu'ils consomment tant de sucre ^ si l'on en croit certains voyageurs, et qu'on les voit engraissés par cette nourriusre dans le temps du broiement de la canne à sucre. Mais supposons que le fait soit contesté, les paysans de plusieurs provinces de la France, de la Hollande, et de bien d'autres pays, qui ne vivent que de lait, de végétaux, et qui mangent à peine de la viande une fois par semaine , ne deviennent pas diabétiques pour cela. Il faut de force admettre un vice de l'action vitale pour la production du diabète, il faut encore que ce vice ait son siège principal dans les reins, soit que les voies digestives et respiratoires y contribuent, soit qu'elles n'y prennent aucune part. Il en résulte que , si les solides ne sont pas primitivement affectés dans cette ma^ ladie, ils le sont concurremment avec les fluides, et qu'il est impossible de prouver la préexistence de l'affection des humeurs. Quant au traitement , il n'est pas encore bien déterminé; les succès du régime azoté, suggéré par les chimistes , sont loin d'être constans et durables ; je ne sais même si l'on en possède de bien avérés. Il arrive fort souvent que ce régime répugne à l'irritabilité des voies digestives; car, quoi g^u'eu di-

sent les humoristes , i! y a fréquemment gastrite chez les diabéliques, et la soif, et la rougeur de la langue, et l'ardeur de l'estomac, et la fièvre, ne sont pas le seul effet de la supersécrétion uririaire, comme ils le soutiennent. Il est encore certain que le traitement de la gastrite a réussi dans des cas où celui qu'avait dicté l'humorisme venait d'échouer.

Qu'on ne se hâte donc pas de tirer des conclu-», sionsdu diabète en faveur de l'humorisme. Il y a encore à découvrir sur cette maladie ; mais ce que nous savons suffit pour nous prouver qu'on ne saurait la traiter avec sécurité en se bornant à agir d'après des vues puisées dans les doctrines humorales et dans la chimie.

On peut aller plus loin , ajoute M. Andral , et attribuer les productions morbides qui remplacent le liquide perspiraloive dans le tissu cellulaire {tubercules , squirrhes , encéphaloïdes) , tantôt à un vice du sang, tantôt à un vice d'action ou de texture locale; mais dans combien de cas ce dernier ne manque t-ilpas ? Et alors il faut bien accuser le sang, surtout si des productions identiques se répètent simultanément en divers lieux.,.* Oui , ou peut faire ces raisonnemens, tirer ce^ conclusions, si Ton veut se contenter d'une observation superficielle; mais \x\\ esprit sévère n'en sera point satisfoit; il ne concevra pas, en partant des principes posés par M. Andral iui-méme, que les fluides puissent être affectés sans que les solides y participent ; il voudra éclairer les cas obscurs par ceux qui sont évidens; il ne pourra se dispenser de s'attacher à ce fait, que la grande cause de ces productions est \q froid; il n'oubliera jamais que cet agent qui diminue l'action vitale à l'extérieur l'augmente nécessairement à l'intérienr des tissus, et que ces productions £ont aussi rares dans les pays chauds qu'elles sont communies clans les pays froids.

Ô92 MKDECmE DE L\ FRANCE.

Il ne fera pas moins d'attention à cet autre fait , qne plus un organe engorgé de fluides blancs souffre d'irritation , et plus l'engorgement fait de progrès. Si on lui dit que le froid déprave les humeurs en s*opposant aux dépurations y il répondra que celte dépravation n'est point prouvée par les analyses chimiques du sang , et que, d'ailleurs, elle rendrait les pays froids inhabitables ; tandis que l'irritation primitive de l'organe est démontrée dans tous les cas où l'observation a été bien faite; car c'est toujours une contusion ou une suraclion prolongée de l'organe affecté que l'on rencontre comme condition préalable des tubercides, des carcinomes et de tous les tissus extraordinaires. Il restera la question de la prédisposition à éclaircir, comme nous l'avons fait voir en parlant de M. Gendrin ; mais il faut y mettre de la patience et du temps ; cela nous paraît plus sage que de se jeter légèrement dans des théories purement humorales que rien ne justifie et qui ne servent qu'à rendre ceux qui s'y livrent mauvais praticiens.

Quant â la répétition simultanée des altérations dont il s'agit, dans plusieurs lieux différens, elle n'accuse pas plus le vice des fluides que celui des solides, puisque les échanges des uns pour les autres se font simultanément dans toutes les parties du corps , et puisqu'il est bien prouvé , pour tous ceux qui ont observé la marche des irritations, que lorsqu'elles ne sont point détruites dans leur berceau, elles tendent à se propager et se propagent presque toujours par une double voie ; l'extension de proche en proche et, les sympathies ou associations synergiques. Celui qui n'a point été frappé de ce fait ne figurera jamais parmi les bons observateurs.

C'est par les lésions de l'innervation que M. Andral termine ses généralités sur l'anatomie pathologique. Il ne s'agit point d'une classe de maladies nerveuses ,

ANAT. PATHOL. — PllOFESSEtJïl ANDRAL. 5gS

isolées des autres maladies; mais de l'affection des nerfs dans les maladies en général. Ce sujet est intéressant, mais difficile à traiter; car s'il faut s'arrêter dans la recherché des phénomènes nerveux au point où l'induction ne peut plus rien tirer du témoignage de nos sens, il n'importe pas moins d'admettre tout ce qu'ils peuvent nous démontrer. Mais l'auteur se conformet-il à cette règle lorsqu'il dit que ce n'est que par hypothèse qu'on peut considérer le système nerveux comme l'instrument de la force vitale. De quelle force vitale veut-il parler? Si c'est de la force vitale en général, elle n'est pas seulement dans le tissu nerveux , elle est chez nous comme chez le zoophyte et chez la plante, dans toutes les molécules vivantes , soit fixes , soit mobiles ^ tant que la désorganisation et l'extravasation , avec certaines conditions, ne les ont pas isolées de l'ensemble; car il est une foule de circonstances qui viennent à chaque instant priver certaines molécules de la participation avec la vie générale, au sein du mixte organisé et vivant, surtout lorsque la vie approche de son terme.

Yeut-il plutôt parler de l'influence innervative ? Dans ce cas, il aurait tort de placer ce fait dans l'hypothèse; car il est bien démontré que tout point de l'économie humaine qui cesse pendant quelque temps d'être en communication avec les centres nerveux, cesse aussi de manifester les phénomènes qui nous donnent l'idée de l'état de vie. J'avoue donc que je n'ai nullement compris ce passage.

C'est encore par hypothèse qu'il admet un fluide dans les centres dits nerveux : et en attendant qu'on démontre son identité avec le fluide électrique , il l'appellera yZw/c/e vital. En cela , il ne fait qu'imiter les polaristes , comme on peut le voir dans le troisième volume de cet ouvrage. Assurément il n'y a ici qu'une hypothèse ; mais on peut s'en passer ; car elle n'est nécessaire ni pour le signalement des modificateurs qui 4, 38

dérangent nos fonctions et qui les rétablissent , ni pour la vérification des influences des organes les uns sur les autres , c'est-à-dire pour le diagnostic. Aussi M. Andral n'a-t-d point essayé de s'en servir, et je crois qu'il a bien fait. Ce que je blâme, c'est d'avoir mis des faits et des hypothèses sur la même ligne.

Tantôt les lésions de rinnermtion sont suivies de lésions appréciables des tissus , et tantôt d'une simple lésion des actes des organes, c'est à dire de leurs fonclions... Oui sans dotite , et c'est là la clef de la médecine physiologique , et c'est là ce qui fait voir aux anatomopalhologistes que la pathologie ne pourra jamais être fondée sur les altérations de texture. Il est bon que cette remarque soit faite par un anatomo-pathologiste, afin qu'il soit forcé de convenir quel'étude des phénomènes vitaux peut fournir des données pour l'étiologie , le diagnostic et le traitement, qu'on attendrait en vain de la méthode préconisée par Laennec et ses partisans. De là souvent, continue l'auteur, identité parfaite des symptômes, les lésions qui deviennent patente j par Vanatomie pathologique étant différentes ou nulles • et par conséquent le peu de rapport entre les symptômes et les organes après la mort... Ce désaccord n'existe, dans la réalité, que pour les médecins qui çnt contracté de bonne heure l'habirude de ne voir dans les symptômes qu'une représentation des altérations organiques du plus haut degré. Quant aux médecins qui s'attachent toujours à ce qui frappe leurs sens, ils sont certains qu'un organe souffre primitivement ou secondairement lorsqu'il fournit des symptômes, parce qu'ils se contentent de constater ce qui est. De plus, ils sont assurés de trouver dans les organes d'où sont partis les symptômes des traces suffisantesdes lésions innervatives pour soutenir leur conviction, parce qu'ils n'ont point l'habitude de regarder comme inévitables des désordres qui pourraient bien ne pas exister,

ANàT. PATHOL. — PROFESSEUR ANDRA.L. SgS

et qu'ils savent apprécier les nuances légères des altérations organiques. Ce désaccord sur lequel on gémit, est d'autant moins fréquent dansleurcarrière d'observation qu'ils sontbien informés que la mesure des souffrances se trouve dans l'organisation de la substance nerveuse, et non dans les altérations delà texture des instrumens plus grossiers de nos fonctions. Rendons ceci plus clair par un exemple : les hommes sensibles, et dont le cerveau est conformé d'une certaine matière, deviennent hypocondriaques et névropathiques à l'excès pour une légère phiegmïisle chroiiique très circonscrite du tube digestif ou du cœur ; ceux à sensibilité obtuse et à conformation différente du cerveau , supportent jusqu'à la fin les altérations les plus graves et les plus étendues de ces appareils, non seulement sans être névropathiques, mais quelquefois avec peu de souffrances ou du moins avec des souffrances peu manifestes à l'extérieur. Eh bien ! il y a dans ces deux faits de quoi dérouter tous les anatomo-pathologistes purs ou exclusifs ; de quoi fournir matière à leurs déclamations sur l'incertitude des signes , sur le vague de notre science, et de quoi leur inspirer les prophéties les plus sinistres sur son avenir.

Ce qui est fait pour ces hommes , ce sont de grosse altérations organiques qu'ils voudraient toujours voir associées à des souffrances vives et diversifiées dans la même proportion. Ce qui est/aii pour l'observateur physiologiste, c'est tout ce qui frappe ses sens : une petite irritation locale qui produit de grands phénomènes d'innervation , la possibilité de les faire cesser et de les reproduire plusieurs fois avec cette irritation; les circonstances de l'âge, du tempérament, du développement de certaines régions des centres nerveux aux dépens des autres, ou avec quelques unes d'entre elles • ce qui fait beaucoup varier la manière de sentir et celle de se plaindre ; la d?iirée de l'action des causes qui ont

exalté l'innervation et la répétilioncle leur action à plusieurs reprises; tout cela, et beaucoup cl autres choses qu'il est également possible d'observer, sont des faits uour l'observateur physiologiste; et lorsqu'il les a vus, rapprochés, comparés un certain nombre de fois, il ne trouve plus, entre les symptômes et l'état cadavéricjue, ce désaccord auquel il avait pu croire, s'il avait débuté dans l'étude de la vie par l'observation de la mort, c'est-à-dire par l'anatomie pathologique exclusive.

Ceci explique pourquoi M. Andral, après avoir distingué les lésions de l'innervation de celles de l'organisation des parties, a pu écrire que le médecin retrouvera ces deux grandes divisions en étudiant les maladies des différens appareils; qu'il verra les fonctions digestive, respiratoire, circulatoire, sécrétoire, diversement troublées , sans rien découvrir ensuite dans les organes , et plus souvent encore des troubles d'innervation dont la cause ne sera pas' découverte dans les centres nerveux. Par cette sentence, l'auteur jetterait une grande défaveur sur l'anatomie pathologique si elle était vraiment tenue à fournir à la pathologie toutes les données dont cette science a besoin, et si tout ce qui n'est pas sanctionné par elle n'était que vanité et Drestic^e * car la grande majorité des cas morbides retomberait dans le vague des vices d'innervation. Heureusement il n'en est point ainsi dans la réalité : on demande trop à l'anatomie pathologique en exigeant d'elle seule toutes les certitudes. L'observation de la Vie vient avant elle , se passe d'elle le plus souvent pour le bonheur de l'humanité, et supplée, dans tous les cas, à ce qu'elle ne peut donner.

Nous n'irons pas chercher bien loin les preuves de la tendance quant les anatomo-pathologistes à se jeter dans le vague aussitôt qu'ds ne trouvent pas de grandes lésions de structure après la mort. Il est des cas, selon notre auteur , où les lois physiques tendent à repren-

A.NAT. PATHOL. — PilOFiUSSl.Un ANUHAL. 697

dre leur cours avant que la vie ail cessé, et il cite l'alTaiblissement de la loi qui maintient Téqnilibre du calorique, et laputridité qui sedéveloppe pendant la durée de la vie... Mais il fallait détailler les faits. Toutes les lésions de l'organe moteur de la circulation , même celles qui sont purement nerveuses, font varier le dégagement de la chaleur vitale ; l'auteur est-i! bien sîirque les cas dont il s'appuie aient élé bien observés et parfaitement exempts de ces lésions? Ou nous a beaucoup parlé du froid et des chaleurs des femmes bystéricjues ; mais ces femmes ont des iiuiervations vicieuses qui dérangent singulièrement Taclion du cœur. Les porteurs de cardites, de péricardites, d'anévi-ismes, ont des causes suffisantes de froid et de chaud : un cœur malade pousse trop ou ne pousse pas assez loin lesang dans leis artères. Nous avons vu luie époque . dans l'école de Paris, où l'on nous faisait varier la distribution de la chaleur animale au gré d'un principe d'ataxic que l'on avait lancé vaguement dans tout l'organisme, et qui pourtant n'était qu'une chimère. Les anciens ne nous ont pas laissé manquer de ces putridités spontanées que Pinel vint placer, après Brown , dans l'adynamie pour les maladies aiguës, et dans la langueur du principe vital pour les gangrènes dites séniles. Ces illusions vont chaque jour s'évanouissant devant Tobservation qui montre la source de l'alaxie dans les irritations primitives ou secondaires des centres nerveux ; celle delà putridité fébrile dans d'énormes phlegmasies qui infectent solides et fluides de leurs produits résorbés . et celles des gangrènes dites séniles dans des phlegmasies vasculaires. Si M. Andral avait d'autres autorités que celles-là, il devait les faire connaître, et bien spécifier les faits. Dans ces cas graves, l'assertion ne suffit pas. On ne fait pas disparaître, par une sentence, l'exercice régulier des lois vitales [)Our exténuer la valeur des faits bien observés et rangés d'mie manière

5q9 médecine de la. erance.

régulière, d après leurs affinités, sous prétexte qu'aucun système ne peut être vrai. Il faut refaire les observations mal faites et les changer de place s'il est nécessaire ; mais il ne faut pas proscrire tout arrangement systématique des faits, et toutes les inductions qu'on a tirées de ceux qui ont été bien observés.

Notre auteur indique bien les principales causes des

variations de l'innervation , qu'il appelle force vitale :

certains poisons^ venins, miasmes, provenant de la

décomposition des mixtes qui ont eu vie, absence

d'insolation , humidité trop grande de l'air, variations

de l'électricité , etc. Il fallait dire tous les modificateurs

de l'économie et tous les états morbides. Mais , comme

il lui faut du vague, il signale, d'une manière général»,

une foule de causes qui peuvent se former, sans qu'on

sache comment ni pourquoi,. dans l'organisme. Nous

n'approuvons pas ce vague : il ne s'opère point de

grands changemens dans l'intérieur du corps qui ne

correspondent à des agens extérieurs , soit de près ,

soit de loin. Si tous ces agens ne sont pas connus, il

faut les chercher ; mais on ne doit pas se plaire à jeter

la confusion dans la science , et le découragement parmi

les médecins , en exagérant le nombre des faits qui

échappent à toute recherche , et ne se rattachent en

rien avec les faits bien observés et systématiquement

disposés.

L'auteur admet trois modes d'altérations de la force vitale , c'est-à-dire de l'innervation ou action du système nerveux : excitation, abaissement au-dessous du type normal , perversion. Ce dernier mode , dans lequel rentrent naturellement les deux autres , nous semble mal défini, et nous n'y attachons aucune idée , quoique l'auteur le traduise par le mot ataxie^ voile d'ignorance sur lequel nous avons disserté en tant de passages de nos écrits , qu'il serait inutile ici d'y revenir. On voit que M. Andral a surtout déclaré la guerre

ANAT. PATHOL. -~ PROFESSEUR ANDRAL. Bgg

à l'irritation : c'est ce qui nous a forcé à tant nous ar-? rêter sur son ouvrage. Ce nous était un devoir; car ai c'est temps perdu que de s'attacher à connaître l'action des agens extérieurs sur le mouvoir et sur le sentir, il faut renoncer à ce genre d'étude, et en chercher un plus utile à l'homme qui souffre, puisque c'est là le but dér finitif de tous nos travaux. Mais nous croyons avoir démontré , long-temps avant le moment actuel , qij^ notre méthode est préférable à toutes les autres pour obtenir de bons résultats. Notre auteur a lu nos ouvrages ; mais ils ne l'ont point amené à notre manière devoir. Il accorde bien quelque chose à l'irritation, mais c'est à condition que toutes les autres explications jouiront des mêmes privilèges. Son scepticisme peut se ré-p sumer en fort peudemots: une altération organique se découvre-t-elle,il vous dit:« Il est certain que Tirritation peut la produire; mais il n'est pas moins vrai que le défaut d'action vitale , aussi bien que le vice des humeurs, peuvent y présider, et que souvent elle se forme sans cause appréciable.»

Tel est le secret de M. Andral : prouver n'est pas son affaire; chercher s'il n'y a pas exclusion de certaines causes par d'autres , si quelques unes ne rentrent pas dans les autres, si plusieurs ne sont pas purement hypothétiques, n'est pas sa tâche; elle grossirait trop son ouvrage. Faire passer rapidement sous les yeux de ses lecteurs le plus de formes d'altérations organiques que faire se pouria, c'est-à-dire multiplier les objets le plus qu'il est possible, et ne jamais manquer, en signalant chaque lésion , de prévenir les spectateurs qu'elle peut avoir toute sorte de causes ou n'en pas avoir d'appréciables , voilà son fait. C'est ainsi qu'il s'est préservé de la réputation d'homme exclusif, et qu'il s'est acquis celle d'éclectique que son amour-propre arnbitionnait.

Nous ne nous arrêterons pas plus long- temps sur M. le

600 MlÎDECriVE DK LA FlllNCE.

professeur Andral ; nous éviterons surtout de le suivre dans les détails d'anatomie pathologique de son second volume, de peur de nous voir réduit à des répétitions. Notre unique objet était de faire connaître sa doctrine , et la méthode qu'il a employée pour Texposer , et cela dans le but unique d'avancer vers la solution de la question qui nous occupe : Vanatomie pathologique peut-elle devenir la base de la pathologie?

Or, il est évident que le grand ouvrage de M, Andral ne répond point affirmativement à cette question, puisqu'il consacre exclusivement la méthode dont voici le résumé définitif : Chaque forme d'altération des organes, perceptible après la mort^ constitue une maladie; chercher des causes extérieures à ces maladies est de peu d'importance, car toutes ne font qu'agir sur la nutrition qui seule en est la cause évidente ; les rertiedes de ces maladies se trouvent en cherchant dans toutes les doctrines ^ et essayant successivement tous ceux qu' elles proposent; car il suffit d'une autorité pour mettre le praticien à Vabri de tout reproche.

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