CHAPITRE XLI
APPLICATION DE l'aNATOMUî PATHOLOGIQUE MODERNE AUX MALADIES lyVÏ CERVEAU , DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ET DES NERFS.
Nous ne prétendons pas donner une analyse complète des travaux des anatomo-pathologistes sur le système nerveux. M. Deseymeris s'est acquitté de cette tâche de manière à ne rien laisser à désirer sur ce sujet, aussi bien que sur toutes les acquisitions que
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l'anatomie pathologique a faites depuis trente ans (i). Nous ne voulons que saisir et présenter à nos lecteurs l'esprit des doctrines qui régnent dans les principaux ouvrages qui ont fait connaître à nos contemporains les altérations organiques du cerveau et de ses dépendances. Depuis l'anliquité, le délire , sous le nom de frénésie, élait considéré comme le signe de l'inflammation des méninges. Les Français y ajoutèrent les môuvemens convulsifsdes muscles extérieurs, comme on le voit par les thèses de MM. Lavergne-Lacombe , en 1802, et Herpin,en 1 8o5. On proposa aussi de substituer le nom de méningite à celui de frénésie, de même qua celui d'arachnoïdite ou d'arachnitis, parce qu'il fut reconnu que le principal siège de l'inflammation , et la cause des troubles intellectuels et musculaires était plutôt dans la pie- mère et à la périphérie du cerveau que dans le tissu propre de l'arachnoïde. On entrevoyait donc la lumière sur ce point, quoiqu'on ne pût encore se faire luie juste idée des délires fébriles, dits de fièvres ataxiques, où le cerveau stimulé par l'inflammation d'un autre organe, et surtout de la muqueuse du tube digestif, manifeste une partie des symptômes de la méningite , sans éprouver une véritable inflammation.
Malgré les travaux de Rorsieri en 13; 81, de Bang , de J. -P. Frank, et de quelques autres écrivains plus ou moins renommés, on était loin d'être aussi avancé sur les signes qui correspondent à l'inflammation de la pulpe cérébrale. Comme la méningite intense s'accompagne souvent d'une congestion générale du cerveau, qui se présente, à l'ouverture, très consistant et sablé de gouttelettes sanguines dans sa coupe, celte encéphalite générale élait fréquemment confondue avec les méningites, et l'on n'avait point une juste idée des
(i) Archives générales de médecine j juin 1829 et suiv.
phlegmons du cerveau , qui d'ordinaire découvraient inopinément leurs abcès , sans qu'on eût observé les signes d'une inflammation violente de cet organe avec douleurs atroces, fièvre violente, délire, grincemens de dents, convulsions, etc. ; telle, en un mot, qu'on pouvait se la figurer d'après les lois de l'analogie et les traditions des classiques.
On en était à ce point, lorsqu'un élève de M. le docteur Récamier , M. Dan de la Vauterie, fit connaître le résultat des recherches de ce médecin, dans une thèse en date de 1807. Les caractères de l'encéphalite profonde furent réduits à deux : »" douleur gravative et pulsative dans une région de la tête ; et, pour les cas où les malades ne peuvent s'exprimer par le langage , mouvement instinctif qui porte la main sur la région du crâne correspondante au point d'inflammation ; ô^ contraction permanente, quelquefois douloureuse, ou rigidité des membres du côté opposé, avec abolition, ou, pour le moins, difficulté très grande de la faculté de locomotion. Quant à la marche de la maladie, il s'établit plus ou moins vite un état comateux, avec paralysie générale, relâchement complet des membres; et la mort ne tarde guère à survenir avec une respiration stertoreuse.
C'est aux inflammations phlègmoneuses du cerveau, qui sont souvent chroniques, qu'on fit d'abord correspondre ce groupe de symptômes, ainsi que nous venons de le voir. Mais bientôt il y fut établi des coupes et des distinctions. Bayle et M. Cayol en assignèrent une partie à un ramollissement du cerveau, qu'ils rapportèrent à l'état cancéreux ; M. Rochoux , en décrivant, en 1812 et 18 13, l'bémorrhagie apoplectique qu'il attribuait à un ramollissement du cerveau, défendit de le confondre avec celui de Bayle , qu'il refusa toutefois de rapporter à une altération cancéreuse. Mais ce fut le professeur Lallemand qui^ des sa première
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lettre, en 1820^ rendit cette forme de lésion à son véritable caractère , en la déclarant Teffet d'une inflammation de la pulpe cérébrale. Il était alors auditeur de notre cours de médecine physiologique qui se faisait depuis Tannée i8i4» et en même temps élève interne dans les hôpitaux civils de Paris, et témoin de toutes les recherches qu'on y faisait sur les maladies du cerveau. M. Lallemand nous entendait donc rapporter journellement à l'inflammalion et aux diverses nuances d'irritation, ou qui en sont indépendantes^ ou qu'elle communique aux tissus, soit dans son voisinage, soit à des distances plus ou moins grandes, non seulement les abcès et les ramoUissemens, mais encore les indurations , les hémorrhagies diverses , les kystes , les carlilaginifications, ossifications, tubercules, squirrhes, cancers, etc. ; le tout sans que pous pussions entrer dans le détail des preuves , parce qu'il aurait fallu les tirer de f^iits nouveaux qui ne nous étaient pas assez connus, ou qui n'avaient pas encore été recueillis. Nous engagions en conséquence, à chaque séance, les élèves à rechercher et à rassembler les preuves affirmatives ou infirmatives de nos assertions, et à nous dire si définitivement les états de délire , de manie , de démence, de paralysie, d'épilepsie , de catalepsie, de tétanos, étaient autre chose que des formes diverses de l'irritation du cerveau et de ses dépendances, membranes et moelle épinière , dont le terme définitif était l'état comateux, l'apoplexie, l'abolition générale des phénomènes de relation, et la mort. Seul parmi nos auditeurs du temps, M. Lallemand entreprit la solution de ces grandes questions^ et le plan large et lumineux de son Traité des maladies encéphaliques, qu'il a publié sous forme de lettres, le distingue entièrement de tous les autres médecins qui ont traité de ces mêmes affections, à l'exception toutefois deM. le professeur Bouillaud. En effet, ce médecin distingué voulut aussi, dans le
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cours de ses études médicales, connaître à fond la méthode physiologique. Il l'ajDpUqua, dans la suite, avec beaucoup de succès aux maladies du cœur, et s'en servit avec non moins d'avantage en 1825, pour comparer et juger les écrits qui avaient paru sur l'encéphalite. Son travail est beaucoup moins étendu que celui de M. Lallemandj mais la doctrine en est saine, irréprochable, et fVanchemeui physiologique.
Tels sont les deux médecins qui ont embrassé en grand l'anatomie pathologique du cerveau en France , et qui se sont exercés à rattacher les maladies organiques de l'encéphale à l'irritation et à ses nuances diverses. Nous ferons connaître plus tard les principales vérités que leurs iraporîans travaux ont consacreras. Les autres écrivains, qui ont traité le même sujet, n'étaient point ou n'étaient qu'imparfaitement au courant des idées physiologiques ; aussi ont-ils divisé et morcelé leur sujet, affectant d'adopter, et s'efforçant d'établir autant de maladies qu'ils rencontraient de formes diverses dans les altérations organiques de Tencéphale et de ses membranes.
Nous traiterons séparément de ce qui a été fait sur l'anatomie pathologique de la moelle épinière ; mais nous allons d'abord nous occuper du cerveau , et jeter un coup d'œil critique sur les travaux étrangers à l'école physiologique , en nous bornant à ceux qui contiennent, de la manière la plus positive, la plus explicite, les élémens de la doctrine anatomico-palhologiqUe du temps, dont nous avons déjà étudié les dogmes dans leur application aux maladies de la poitrine et du bas-ventre.
Travaux de M. Rochoux sur l'anatoinie pathologique du cerveau.
M. Rochoux s'est particulièrement attaché à l'apoplexie cérébrale : profitant des idées de Fr. Hoffmann qui la considérait comme une hçmorrhagie du cerveau,
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et des recherches de Morgngni, qui avait décrit les épancheinens sanguins qui's'opèrent dans la pul{3e cérébrale, les caillots qui leur succèdent, et les cavernes qui en résultent , il chercha dans ces lésions les caractères propres de l'apoplexie.
JeanRivière(thèsesoulenueen 181 1 à Paris), que personne n'avait cité avant M. ledoctcurDeseynieris, l'avait pourtant précédé dans cette manière devoir: invasion brusque, marquée par l'abolition des rapports intellectuels et la résolution des muscles de l'un des deux côtés du corps ; pouls fréquent ou rare, petit ou grand, fort ou faible, dur ou mou ; respiration stertoreuse ou peu gênée, ou même naturelle; visage rouge on pâle, verdâtre ou violet, jaune ou livide; pupilles contractées, le plus souvent mobiles ; le tout par l'effet subit d'un épanchement de sang qui vient de se faire à l'extérieur du cerveau ou dans sa propre substance, et qui résulte de la déchirure des vaisseaux , avec altération plus ou moins profonde de la pulpe cérébrale.
Ici paraît un groupe de symptômes où toutes les lésions fonctionnelles sont mises sur la même ligna et rapportées indifféremment à l'altération organique que lauteur a choisie pour le sujet de son travail. C'est la méthode suivie avant les réformes de la médecine physiologique, M. Rochoux sentit cette imperfection et s'efforça d'y remédier. Cet auteur a porté depuis un grand perfectionnement dans l'allocation des signes de l'apoplexie, parles trois publications qu'il a successivement faites sur cette affection , d'abord dans sa thèse ^en 1812 , ensuite dans un ouvrage ex professa sur le même sujet en 1 8 1 3 , et enfin dans une seconde édition du même ouvrage en cette année i833. M. Rochoux définit l'apoplexie une hémorrhagle par une rupture suite d'une altération du tissu propre de V encéphale • et cette rupture peut se faire soit dans la substance
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soit dans les ventricules, soit à la périphérie du cerveau, du cervelet ou de la protubérance annulaire.
Il donne pour symptômes caractéristiques à cette rupture avec hémorrhagie, un trouble subit du sentiment, depuis la stupeur ou le simple étonnement, jusqu'à l'état comateux. Lorsque la perte du sentiment n'est pas complète, la stupeur est accompagnée ou suivie, dans quelques cas, d'éblouissemens , tournoiemens, sentimens de déchirures ou d'éclat dans la tête, de lourdeur, ou sentiment confusément douloureux du côté opposé à la paralysie , dans un point où le malade porte automatiquement (instinctivement) la main. La paralysie^ également subite^ arrive du côté opposé à l'affection cérébrale ; elle peut exister à différens degrés, depuis la perte d'un sens, l'impossibilité de la parole, de la déglutition , la torsion de la face, jusqu'à la résolution complète de tous les muscles d'un côté du corps , qui constitue Vhémiplégie. La paralysie est générale dans quelques cas dès le début, par exemple dans les hémorrhagies centrales de la protubérance annulaire , et dans un tiers à peu près de celles du cervelet; dans tous les autres cas, la paralysie ne devient générale que par les progrès de la maladie, ce qui parfois peut s'effectuer en fort peu de temps.
Tous les autres symptômes , comme tous les autres désordres cadavériques, sont variables, et par la même raison nullement caractéristiques de la maladie. Mais nous avons encore à tenir comptede la marche de cette maladie.
L'épanchement, d'abord arrêté par les déplétions sanguines, et par les autres moyens que l'art lui oppose, peut se renouveler dans l'espace de quelques heures à quelques jours ; alors les malades succombent dansl'état comateux avec une résolution générale des muscles.
Ils peuvent se rétablir, et dans ce cas ils restent affectés d'une hémiplégie qui diminue peu à peu ou
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reste stationnaire. La stupeur est toujours plus ou moins lente à se dissiper, et quelc|nefois les facultés intellectuelles sont affaiblies. Les affectives le sont aussi, caries paralytiques s'attendrissent et pleurent facilement. L'énergie morale est toujours trèsdiminuée. Toutefois, avant Kâge de quarante ans la guérison peut être complète; et toujours, dans les cas d'hémiplégie, les membres inférieurs recouvrent leurs mouvemens avant les supérieurs, dont la guérison bien complète est même assez rare.
Dans les cas de mort prompte , on trouve des caiU lots dans la substance cérébrale; ils sont situés, le plus souvent, dans les corps striés, dans les couches ôptiques ou dans le pourtour de ces deux renflemens; beaucoup plus rarement dans une autre région de la pulpe cérébrale ou dans le cervelet et la protubérance annulaire; plus rarement encore à la périphérie de l'encéphale. Les parois des cavités hémorrhagiques peuvent se rompre dans les ventricules ou à la^ périphérie, ce qui donne de vastes épanchemens, ordinairement mortels en fort peu de temps, avec une résolution générale et une abolition complète de tous lés phénomènes de rapport.
Lorsque la guérison s'opère, le sang épanché S6 Ooagule et le coaguium se rétrécit avec la cavité qui le contient. Il s'entoure d'une membrane que M.Rochoux considère comme une petite séreuse, et qui sans doute contribue à la résorption. La résorption complète, ce qui ne demande que deux ou trois mois, la cavité reste toujours un peu béante : elle contient ou non un liquide dont la consistance varie; elle est libre ou traversée par des brides cellulaires plus ou moins multipliées.
Si plusieurs attaques ont eu lieu, on voit autant de cavernes à différens degrés de vétusté qu'il a existé d'attaques; de sorte qu'on peut toujours compter sur
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le cadavre le nombre des attaques que le sujet a essuyées pendant sa vie.
Les parois des cavernes ou des cavités apoplectiques doivent maintenant nous occuper. La substance en est toujours jaune et ramollie dans la profondeur de quelques lignes, soit dans l'épaisseur, soit, à la périphérie de l'encéphale ; en cas de mort non retardée , il y a même fort souvent, à l'extérieur de ce ramollissement jaune , une couche plus ou moins épaisse de substance cérébrale qui est ponctuée de taches rouges ou brunâtres, de la grosseur d'une tête de petite épingle. Ces sablures sont autant de petits épanchemens de sang.
En cas de guérison , ces ponctuations disparaissent, et la couche jaune qui tapisse les cavernes se durcit en se revêtant de la membrane à forme séreuse ; mais elle reste comme un peu dense, et n'a jamais la belle couleur du cerveau sain qui l'environne
Voilà pour les cas les plus favorables ; M. Rochoux n'admet pas que les cavités puissent entièrement s'oblitérer, ni que leur fausse membrane puisse se rapprocher, adhérer par ses parois et se réduire'à un corps fibreux ou fibro-cartilagineux au milieu de la substance pulpeuse de l'encéphale plus ou moins dure et plissée dans son pourtour. C'est en ce point qu'il diffère de M. Riobé , dont l'opinion est pourtant appuyée de celle du professeur Lallemand.
Voici maintenant les accidens qui peuvent survenir pendant ce travail, et constituer des complications ordinairement mortelles au bout d\m temps plus ou moins long.
1 ° Le ramollissement de la substance cérébrale ; il s effectue dans le pourtour des cavernes ou dans une portion plus ou moins étendue du lobe; 2** Vépanchement de sérosité dans les ventricules ^ et même à la périphérie du cerveau. Nous disons du cerveau, car d'ordinaire les apoplexies cérébelleuses sont promptemeat mor-
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telles, et l'on n'a pas eu le loisir de bien observer quelles alte'rations organiques consécutives leurs cavernes peuvent entraîner. Ce sont ces deux altérations, soit isolées, soit re'unies , qui amènent successivement les sujets qui ont eu des attaques d'apoplexie , à la démence et à la paralysie générale; mais le ramollissement, quand il est seul et partiel , ce qui arrive d'ordinaire dans le pourtour des cavernes, se comporte souvent comme celui que M. Lallemand a si bien décrit, et sur lequel M. Rostan a fait un traité spécial.
Indépendamment des deux suites ordinaires et pour ainsi dire obligées de l'apoplexie chez les vieillards décrépits^ beaucoup de complications cérébrales sont mentionnées et décrites avec leurs symptômes par M. Rochoux; mais comme elles ne sont point particulièrement liées aux hémorrhagies de la pulpe, et qu'elles sont possibles dans toutes autres circonstances , elles n'ont garde de faire partie de la marche des apoplexies. Il s'agit des tumeurs, telles qu'indurations diverses , encéphaloïdes, liydatides, tubercules, tumeurs vasculaires sanguines, abcès, etc., qui peuvent se former dans le cerveau ou dans ses ventricules , et des inflammations , indurations, épanchemens de sang, caillots et autres altérations qui sont possibles dans les membranes et à la périphérie de l'encéphale.
Tout cela est soigneusement distingué de la forme hémorrliagique qui vient d'être décrite, et l'on n'en parle que pour établir le diagnostic différentiel de cette altération organique qui constitue la maladie de l'ouvrage. L'auteur prend même la précaution de comparer son apoplexie avec plusieurs maladies dont le siège n'est pas dans le cerveau ; ce sont les paralysies de la face par l'affection des nerfs, l'hystérie, l'asphyxie, le catarrhe suffocant, la fièvre pernicieuse apoplectique et la syncope. Mais nous ne leur trouvons pas assez de rapport avec l'apoplexie de M. Rochoux , pour
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nous croire obligé de nous y arrêter. Nous nous bornerons donc à consigner ici nos réflexions sur la distinction établie par cet auteur entre les hérnorrliagies dont nous venons de donner la description d'après lui, et les autres altérations de l'encéphale qui leur ressemblent par les symptômes et qui peuvent se confondre avec elles jusqu'au moment de l'ouverture des cadavres.
Le caractère essentiel de son apoplexie est de se prononcer subitement par la diminution ou la perte du sentiment, avec une paralysie plus ou moins étendue, et de ne pouvoir ensuite se guérir qu'avec lenteur.
Il ne tient compte des prodromes , tels que vertiges, éblouissemens , engourdissemens sans siège fixe , céphalalgies , somnolence, pesanteur de tête et du corps, embarras des idées, tendance insolite au sommeil, etc., attendu que tout cela est commun à plusieurs autres modes d'altération de l'encéphale , et ne témoigne autre chose que l'existence d'une congestion sanguine de cet appareil. S'il survient un état soporeux , profond , permanent, avec résolution générale des muscles, il le met en dehors de sa maladie , sous le titre de coup^ de sang ^ et le donne pour être d'une tout autre nature que l'apoplexie. Il fait commencer sa maladie, je le répète , au moment où paraît la paralysie partielle , prétendant qu'elle signale toujours la rupture de la pulpe encéphalique et l'épanchement. Le degré de la lésion du sentiment lui est indifférent ; il peut être fort léger, et se borner à l'étonnement et à une légère difficulté des opérations intellectuelles; mais il ne doit jamais manquer. Une fois la substance cérébrale résolue dans sa continuité et comprimée par du sang extravasé , il est clair qu'il faut du temps pour la guérison d'un pareil désordre; et voilà le second caractère justifié , la lenteur du rétablissement des paralysies, tandis que la stupeur peut se dissiper en peu de temps , quoi-
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qu elle soit nécessairement plus lente à disparaître que celle qui accompagne toute autre altération soit primitive, soit secondaire, de l'encéphale. M. Rochoux dit être le premier qui ait fait cette importante remarque.
Il résulte de cet aperçu que Tapoplexie de M. Rochoux ne peut être diagnostiquée au premier aspect , et qu'il faut l'avoir vue marcher pendant quelque temps pour en avoir réuni tous les caractères.
Yoici le moment de la comparer avec le ramollissement de M. Rostan.
Ce ramollissement peut être précédé des signes de la congestion cérébrale ; mais l'auteur, à l'imitation de M. Rochoux, les met aussi de côté, comme étant communs à beaucoup d'autres maladies de l'encéphale. Il f^\it commencer ses prodromes au moment où apparaissent des engourdissemens ou des raideurs, avec ou sans douleur, dans quelques muscles, et la maladie débute pour lui au moment où ces muscles tombent dans un état de paralysie.
La paralysie du ramollissement, une fois formée, ne tend point à la guérison, comme celle de l'hémorrhagie par rupture de la substance cérébrale; au contraire, elle s'accroît : la stupeur, si elle n'avait pas déjà commencé , se déclare ; elle dégénère en somnolence , en coma , et le malade succombe en peu de jours dans une résolution générale, quoi qu'on fasse pour dissiper la congestion du cerveau, au lieu de marcher plus ou moins lenternent vers la guérison , comme il arrive dans les apoplexies qui n'ont pas été foudroyantes.
Malheureusement pour la netteté du diagnostic de ces deux auteurs , il est des cas cités par M. Rostan où la paralysie vient tout-à-coup par ramollissement, sans avoir été précédée de symptômes convulsifs ; et d'autres se présentent dans l'ouvrage de M. Rochoux , où rhémorrhagie par rupture de la pulpe cérébrale s'est
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accompagnée de raideur et de mouvemens convulsifs interrompant les paralysies , attendu l'irritation que le sang fait éprouver à la déchirure.
La principale différence entre ces deux maladies se tire donc définitivement de la marche , puisque les épanchemens sanguins guérissent , et que les ramollissemens ne guérissent pas.
Très bien. Mais il est possible que l'hémorrhagie survienne dans le ramollissement de M. Rostan, comme il l'est que ce ramollissement se forme dans le pour-tour, ou plus ou moins loin , des hémorrhagies de M. Rochoux.
Dans ce cas, la marche des symptômes cesse d'être caractéristique de Taffection primitive, et le jour ne peut plus luire qu'au moment de l'ouverture cadavérique.
M. Rochoux soutient que son ramollissement jaune, qu'il regarde comme préparateur et cause unique de riiémorrhagie, est d'une autre nature que le ramollissement grisâtre , jaunâtre , rougeâtre, verdâtre ou purement blanc et même perlé de M. Rostan ; et il se fonde sur ce que le sien donne des épanchemens de sang , tandis que celui de M. Rostan n'en donne pas , et sur ce que le sien guérit , pendant que celui de M. Rostan ne guérit pas. Voilà qui est à merveille pour les cas où les choses vont comme il le dit; mais pour ceux où la marche est toute contraire et telle que nous venons de la représenter, la différence de nature disparaît, et les deux ramollissemens sont bien près de se confondre.
Le ramollissement non précurseur des hémorrhagies a coutume de se faire , au bout d'un certain temps , dans le pourtour des sacs à vieilles hémorrhagies , à caillots , et dans celui des cavités sans caillots, comme dans le voisinage des squirrhes , des tubercules , des tumeurs sanguines et autres, qui peuvent s'être formés
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dans la substance de l'encéphale. 11 en est de même du ramollissement qu'on regarde comme naturellement hémorrhagifique. ]N'est-il pas bien singulier que ces deux natures différentes se montrent dans des circonslances si parfaitement identiques ; et ne pourrait-on pas résoudre la difficulté en s*en rapportant à M. Lallemand, qui nous apprend que , lorsque les ramollissemens ne sont pas arrivés au degré de la collection purulente, il s y trouve toujours du sang épanché en masses plus ou moins petites ou plus ou moins grosses , de telle sorte qu'un épanchement sanguin considérable peut s'y former, si quelque stimulation subite vient à y pousser le sang avec une violence extraordinaire? Mais il s'agit de noter ces circonstances, et M. Lallemand l'a fait, dans sa critique des mauvais traitemens, avec une sagacité qui devrait servir de modèle. En bon physiologiste , il a tenu compte de l'influence des modificateurs venus du dehors , non seulement sur la marche des symptômes , mais aussi sur les altérations , au moment où elles se formaient ; et c'est l'unique moyen de ne pas prendre les nuances diverses d'une altération pour autant d'altérations différentes.
M. Rochoux a beau jeu lorsqu'il prend les exemples de ses ramollissemens jaunes, purement hémorrhagifiqueSjdans les cas qui se sont terminés par la résorption, c'est-à-dire chez des sujets jeunes ou du moinsjnon usés et encore robustes. La maladie est claire dans ces cas-là. Mais en est-il de même lorsque M.Rostan, M. Lallemand et M. Rochoux lui-même nous citent des cas où le ramollissement et l'hémorrhagie étaient à peu près simultanés, de manière qu'on ne voyait qu'une bouillie, autant sanguine que purulentePCes auteurs nous rapportent aussi des exemples où l'épanchement consécutif s'est hâté de paraître àla suite des attaques d'apoplexie, où une grande partie d'un lobe y a participé, et où l'inondation séreuse des ventricules et de la périphérie s'y est ajoutée
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dans l'espace de quelques semaines. Qui nous prouve que dans ces cas, qu'on a trouvés chez des sujets vieux et faibles, ou épuisés par des maladies antécédentes; dans ces cas, où les parois de la cavité n'ont point déployé cette force contractile nécessaire à la compression du caillot et à sa résorption , où elles se sont présentées ramollies au lieu d'être dures, élastiques, suppurantes et mollasses , offrant en même temps des collections de sang et de pus , au lieu d'être simplement sablées de points rouges ; eh bien î dans ces cas-là , qui nous prouve que le ramollissement qui a fourni l'hémorrhagie n'ait pas été primitivement un ramollissement suppuratoire , de la nature de ceux de MM. Lailemand et Rostan ? Voilà pour les distinctions de nature tirées de l'état des parois des cavités apoplectiques. Voyons présentement ce qu'il faut penser des distinctions puisées dans les symptômes avant la mort.
M. Rochoux reconnaît qu'il y a des cas où le diagnostic de son apoplexie est difficile , et peut même devenir impossible.
Il cite comme difficiles et incertaines ce qu'il nomme des apoplexies troublées dans leur marche ^ et des maladies simulant V apoplexie par troubles survenus dans leur marche.
Ce sont tout simplement des altérations organiques de l'encéphale, par suite de Tirritation chronique de la pulpe ou des méninges, auxquelles s'ajoute l'épanchement, dont l'apparition ne peut être remarquée. Ces maladies sont primitivement cérébrales , ou le cerveau n'est affecté qu'à la suite d'une autre affection, comme une pneumonie, une phthisie pulmonaire, une fièvre continue quelconque (une gastro-entérite), et autres e^*sentialités de M. Rochoux. Mais ces circonstances ne changent rien à la nature de l'affection cérébrale proprement dite ; elle est toujours ce que nous venons d'annoncer. En effet, si Ton examine bien les faits relatés
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OU indiqués par l'auteur, on reconnaît que Tépanchement par déchirure peut s'effectuer dans un lobe enveloppé déjà depuis long-temps par une méningite, avec ou sans épanchement; dans lesenvirons d'une méningite centrale des ventricules ; dans le pourtour des tumeurs, de quelque nature qu'elles soient, et par cause interne ou externe ; enfin dans le centre même des ramollissemens que ces tumeurs ou les affections des méninges ont pu produire en un point quelconque de l'appareil encéphalique. M. Rochoux connaît donc bien ces cas ; mais il se contente de dire, afin de ne pas trop nuire aux caractères spécifiques de son ramollissement jaune , qu'on voit rarement les hémorrhagies apoplectiques dans les affections chroniques du cerveau.
Plus nous allons, plus nous voyons s'affaiblir les caractères extérieurs de l'apoplexie de M. Rochoux ; ils vont se ternir bien davantage dans la section que voici. Il s'agit des cas où le diagnostic est impossible , attendu que les maladies ressemblent parfaitement à V apoplexie. L'auteur en cite assez pour ne rien laisser à désirer sur ce point; mais, en homme qui compte sur la puissance des mots , il a soin de les nommer maladies qui simulent l'apoplexie.
A la tête de ces perfides simulatrices figure le ramollissement non précédé de prodromes , dont nous avons déjà parlé , en faisant remarquer qu'il trompait également M. Rostan , lorsqu'il était suivi de mort subite, Nous avons vu en même temps que , lors même que ce ramollissement aurait avec lui quelques fourmillemens ou tiraillemens convulsifs, les deux auteurs ne seraient pas à l'abri de toute anxiété sur le diagnostic, attendu que le contact du sang épanché sur les fibres rompues peut aussi bien les provoquer que la simple solution du ramolUssement ; ce qui se conçoit très bien , puisque enfin , dans l'un comme dans l'autre cas, les fibres de la pulpe nerveuse, préalablement devenues surirri-
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tab]es par un travail local (pour ne pas dire une irritation, de peur d'offenser personne ) , sont déchirées , et en contact avec des corps étrangers.
En second ordre se trouvent , parmi les simulatrices de l'apoplexie, les héniorrhagies par altération des "Vaisseaux , sans ramollissement ni rupture delà substance encéphalique. Il s'agit ici , non plus des capillaires disséminés dans cette substance, mais des branches artérielles de l'encéphale: ce sont les artères basilaires qui en ont offert les exemples les plus fréquens. Il suffit, en effet, pour que la ressemblance soit complète , que ces hémorrhagies se lassent subitement d'un seul côté, ou d'un côté plus que de l'autre, afin que l'hémiplégie soit bien marquée au moment de l'attaque. Il peut se présenter encore ici des convulsions parle contact du sang sur la surface de l'arachnoïde ; mais ce que nous venons de dire tout à l'heure démontre que cet accident ne saurait faire disparaître l'équivoque.
Les exhalations subites de sang dans les ventriculesy^ ou même, quoique plus rarement, au pourtour du cerveau, ne sont pas moins trompeuses et moins funestes à l'entité de M. Rochoux. Supposez seulement que, comme dans les épanchemens par rupture des gros vaisseaux , l'hémorrhagie prédomine d'un côté , vous voilà tout-à-coup en face d'une hémiplégie sans prodrome convulsif, avec perte complète ou non de la connaissance, avec ou sans mouvemens convulsifs ou rigidité de quelques muscles, et vous pourrez très bien prendre le change et pronostiquer une caverne bémorrhagique que la nécroscopie ne viendra pas justifier.
M. Rochoux essaie ici un petit tour de force pour sauver son entité du coup que lui portent ces espèces d'hémorrhagies : on a cité des exemples d'hémorrhagies ventriculaires où la connaissance s'était conservée, du
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moins pendant quelque temps. A ce propos, notre auteur assure qu'il est impossible qu'elle reste intacte dans les hémorrhagies par rupture de la substance encéphalique. Cette assertion est évidemment trop hardie; nous avons vu plusieurs fois se former des paralysies d'un côté du corps sans perte de connaissance et les guérisons , et les récidives, et les ouvertures nous ont montré qu'elles dépendaient de l'hémorrhagie intra-pulpeiise. Lorsque l'épanchement est léger, il ne dérange pas , pour l'instant, les phénomènes intellectuels de relation.
Quoique M. Rochoux n'ait pu trouver dans les symptômes de caractères fixes et constans pour son entité morbide, il la maintient toujours, et lui en cherche de nouveaux dans le siège de t apoplexie. Un homme de sens et de raison, dont le jugement n'aurait pas été faussé par l'ontologie des analomo-pathologistes purs, répondrait par ces observations dont il vient d'être donné connaissance, et dirait : « R.ien de plus simple ; puisque vous voulez de l'hémiplégie pour donner un sens spécial au mot apoplexie, le siège sera dans toutes les réglons de chacune des deux moitiés de l'encéphale où il peut se faire tout-à-coup une effa^ sion sanguine , soit par rupture de pulpe ou de vaisseaux, soit par exhalation , et dans toutes celles où une solution de continuité pourra s'opérer dans la pulpe sans hémorrhagie ^ mais de manière à interrompre l'influence de l'encéphale siu' un ou plusieurs sens ou muscles de l'une des deux moitiés du corps. »
Répondre ainsi, ce serait raisonner juste ; mais raisonne-t-on juste lorsqu'on est créateur d'une entité morbide puisée dans plusieurs années de lectures et d'autopsies cadavériques , et lorsqu'il s'agit de la soutenir envers et contre tous? Je ne sais si quelqu'un de nos créateurs de maladies peut offrir un exemple de cette justesse que nous désirons ; mais à coup sûr
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ce ne sera pas M. Pvochoux. Il élude ici la question de manière à donner le change à tous les inattentifs, sorte de ruse extrêmement usitée de nos jours : il calcule , et nous apprenons par plusieurs tableaux statistiques, d'ailleurs fort intéressans , qu'il nous communique , que sur trois cent quatre-vingt-six cas d'hémorrhagie par rupture de la substance r:erveuse dans l'axe cérébrospinal 5 deux cent deux ont eu leur siége^soit dans les corps striés et les couches optiques , soit dans les intervalles ou le pourtour de ces renflemens. Je note aussi que sur ce total de trois cent quatre-vingt-six on ne trouve que seize cas affectant les lobes latéraux du cervelet, et dix le mésocéphale.
Tous ces calculs font bien voir quelle est l'organisation de notre pulpe nerveuse qui la rend le plus propre à éprouver des ruptures hémorrhagifîques ; mais ils ne prouvent point que le groupe de symptômes qui résulte de ces ruptures ne puisse être confondu avec celui que produisent les autres modes de lésion que nous résumions tout à l'heure. Ces calculs ne rétablissent donc point l'entité de M. Rochoux.
Cet auteur, toutefois, veut tirer parti de l'organisation dont il s'agit pour corroborer cette entité. Voici ce qu'il va faire ; il nous dira (p. 383) : « Jusqu'à présent on n'a peut-être pas observé d'apoplexie dans les parties centrales du cerveau , qui cependant sont assez souvent le siège du ramolHssement inflammatoire ; d'où il suit que, si la disposition très grande que, d'après la remarque de M. Lallemand, les corps striés montrent à être affectés de ce ramollissement, semble les rapprocher de celui qui détermine les hémorrhagies ,il n'est plus permis d'admettre l'identité de nature de çe%deux affections, en voyant les parties blanches centrales du cerveau n'être, on peut le dire, jamais affectées d'hémorrhagies. «Heureusement pour les lecteurs qui veulent comprendre, l'auteur résume celte
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phrase entortillée en disant que deux affections, dont Tune respecte presque toujours certains organes^ et lautre les atteint très fréquemment, ne peuvent être de même nature , et cette réflexion doit appuyer beaucoup, selon lui , la distinction qu'il a établie entre le ramollissement inflammatoire et le ramollissement hémorrhagipare.
Appelons-en aux lecteurs qui ne sont pas nés pour les illusions de l'ontologie, et demandons-leur ce que c'est qu'une hémorrhagie qui atlaque. Avec un pareil langage on traînerait encore la science à reculons jusqu'à la replonger dans le bourbier le plus immonde. Qui m'empêcherait de dire , en suivant cette méthode, des trivialités telles que celles-ci : l'hémorrhagie i\ attaque pas les os ni les tendons ; elle préfère les membranes muqueuses ou les poumons; le phlegmon n'attaque pas les cartilages ni les tissus fibro-cartilagineux ; l'hystérie n'attaque pas les hommes; le paraphimosis ne s'adresse pas aux femmes, etc., etc., ce qui équivaudrait à dire, les aveugles ne voient pas, les sourds n'entendent pas, etc.
Si au lieu de parier ce langage, M. Rochoux nous eût dit: il paraît démontré, par de nombreuses observations, que les vaisseaux sanguins se développent rarement dans la pulpe blanche des centres nerveux, au point de se prêter à une effusion sanguine considérable, quoique l'inflammation y soit possible au point d'amener le ramollissement et les collections purulentes, il aurait été entendu de tout le monde, et n'aurait pas été amené à poser des différences de nature entre les ramollissemens qui sont avec hémorrhagies, et ceux qui existent sans cela. Il n'aurait donc pas eu dans son ouvrage , sous beaucoup d'autres rapports fort intéressant, 1 énigme àhine maladie qui attaque rarement^ quoiqu'il soit possible qu'elle attaque quel-
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qiiefois une partie qu*nne autre maladie attaque plus fréquemment, quoiqu'elle puisse aussi s'y montrer rare, et Tune et l'autre, à raisonne leurs différences de nature»
L'auteur se sert à peu près de la même méthode pour se donner le plaisir de lancer un trait contre deux hommes supérieurs. Il a remarqué, aussi bien qu'un sien ami, que dans les plaies qui intéressent la substancedu cerveau, l'inflammation n'arrivait pas jusqu'au rouge foncé, mais qu'elle se bornait à produire des ponctuations rouges ou brunâtres fort petites, tandis que la présence des globules purulens ne permettait pas de douter de l'état vraiment inflammatoire de la partie. Il part aussitôt de là pour faire remarquer que ces observations ne sont nullement d'accord avec celles de MM. Lallemand et Bouillaud, qui ont fait débuter les ramollissemens du cerveau parle contour rouge, comme autant de phlegmons , pour de là passer au gris jaunâtre , etc. Mais cette réflexion est bien loin d'être à propos ; car MM. Lallemand et Bouillaud ont décrit ce qu'ils ont vu ; ils ont dit cela surtout des encéphalites des régions où la substance grise est assez abondante pour fournir beaucoup de sang , et ils ont très bien noté que l'absence de toute rougeur dans les ramollissemens des régions où la substance grise n'existe pas , n'infirmait point leur nature inflammatoire. D'ailleurs n'est-il pas possible qu'un molimen inflammatoire, qui date toujours de loin lorsque apparaissent les signes du ramollissement, accumule plus de sang dans la substance cérébrale que les phlegmasies traumatiques?
Dire que le cerveau ne rougit point pour s'enflammer, si ce n'est à l'intérieur des foyers apoplectiques de cicatrisation ou des kystes de certains abcès qui se sont formés dans l'intérieur de la substance cérébrale
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parle développement des bourgeons charnus; ajouter, pour mettre le comble à la singularité, et mieux dérouter ses lecteurs, que cependant la substance cérébrale s'injecte fortement de sang dans les fièvres typhoïdes, d'après le rapport de M. Louis, maladies de nature toute opposée à l'inflammation, c'est se montrer impropre à l'appréciation des faits et à toute déduction capable d'éclairer la marche de la science.
M. Rochoux fait plus que viser à la singularité et au désappointement de ses lecteurs; il s'érige en censeur de son siècle et en prophète de honte et de regrets^ pour une classe nombreuse de savans, parmi lesquels figurent des collègues très respectables. C'est à cette heure, après les beaux travaux de Spurzheim , et lorsque les sociétés phrénologiques se multiplient dans les principales villes de l'Ancien et du Nouveau-Monde, que M. Rochoux ose écrire que le système de Gall est faux , et qu'il est la plus singulière mystification qualt éprouvée le mojule savant depuis celle du mesinérlsme. Si M. Rochoux eut tenu à connaître la science qu'il voulait juger, et s'il eût tant soit peu craint de se compromettre, il eût commencé par suivre, pendant quelques mois^ les séances d'une société phrénologique , et je veux croire qu'il eût été plus circonspect et plus décent dans son langage.
Au surpins, le jugement de M. Rochoux sur la méthode physiologique vaut bien celui qu'il a porté sur la phrénologie. L'un et l'autre ont la même cause, et nos lecteurs la découvriront sans peine en rapprochant tout ce que nous avons dit de ce médecin.
En recherchant les causes de V apoplexie ^ M. Rochoux commence par déclarer que les médecins de nos jours ont négligé les autres branches de la médecine , pour ne se livrer qu'à l'anatomie pathologique.
C'est un aveu que nous sommes charmés d'obtenir de sa bouche ; car il y a déjà long-temps que nous répétons ce reproche dans les Annales de la médecine physiologique. Dégoûté que l'on était des distinctions scolastiques , on s'est, ditil , borné à la recherche des causes les plus évidentes, prédisposantes et efficientes. La pathogénie est, selon lui, une science encore à faire, et sur laquelle il ne cite que Hufeland et kiimême (i). Jadis, dans la longue enfance de la science, le groupe de symptômes était, suivant notre auteur, la maladie. C'est dans ce sens que Bayle l'envisageait encore dans le Diciionnaive des Sciences médicales , art. Cause. Avant lui, le nom de maladie était donné à la cause, continue notre auteur; et c'est dans ce sens qu'il croit devoir prendre aujourd'hui ce mot.
Je suis fort aise d'entendre un érudit, dévoué au culte des vieux classiques , déclarer qu'ils nous ont laissé la science dans un état d'enfance. Mais voyons quel emploi M. Rochoux va faire des causes pour former son entité telle qu'il la propose à notre raison.
Après avoir recherché où en sont nos connaissances sur la nature des maladies ., et sur leur essence., tout se réduit, pour lui, à savoir que tantôt elles consistent dans une altération matérielle dans le tissu de nos organes, et tantôt en un trouble des fonctions, sans lésion de structure appréciable.
Voilà d'abord la profession de foi de tous les anatomo-pathologistes purs de notre époque ; en voici le vice. Toutes les maladies, à peu d'exceptions près, exceptions à la tête desquelles se trouvent les affections traumatiques, ne sont dans leur début que des lésions de fonctions, sans lésion de structure appréciable. En fliisant commencer son apoplexie au mo-
(i) Dict. en 20 vol.; art. Pathogcnie j t. XVI.
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ment delà rupture de l'encéphale, M. Rochoux la mettra sans doute dans l'exception ; mais le groupe de symptômes qu'il lui assigne n'en donnera pas la certitude, puisque l'exhalation du sang dans un ventricule, exhalation qui est sans lésion de structure, peut le fournir. Cette première distinction, tirée des causes secondaires ou prochaines, ne peut donc lui fournir des caractères inamovibles pour son entité. Mais que gagne la science, ou plutôt l'humanité, à ce que l'idée d'apoplexie ne se présente à l'esprit que lorsque le cerveau est déchiré par un épanchement ? pourquoi la cause' des prodromes est-elle séparée de celle du désordre organique, comme s'd s'agissait de choses tout-à-fait différentes? Ces questions reviendront un peu plus tard.
Pour aller plus avant et approfondir la question des causes, il faudrait, selon notre auteur, scwoir ce que c'est que la vie , et en quoi consiste V organisation ; mais la structure intime nous est inconnue... et certes il n'a pas de peine à le prouver.
Si , pour se faire une idée des causes des maladies , telle qu'un médecin doit l'avoir pour pouvoir les traiter, il fallait avoir deviné l'énigme de la vie, nous ne pourrions traiter ni les lésions traumatiques , ni les physiques, ni les chimiques d'origine, car l'action de toute la nature extérieure sur nos organes est fondée sur les différences cpii existent entre nous et les corps qui ne sont pas nous. Cette vérité est incontestable : M. Rochoux exige donc , pour la connaissance des causes , une condition qu'il est impossible à l'homme de remplir.
Le phénomène principal de la vie est , continue l'auteur, un mouvement de composition et de décomposition auquel le concours de la circulation et de l'innervation est nécessaire dans les classes élevées. Nous
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découvrons parla quelques voies d'altération, vu la liaison de ces deux fonctions, dont l'une ne peut être lésée sans l'autre. L'usure du corps animé amène déjà ces troubles, mais le mauvais régime des fonctions , spontané ou forcé, en est la cause la plus fréquente.».
Celte tirade est vraiment philosophique; on y reconnaît l'école de Bichat, et l'on croirait lire Tin de nos médecins physiologistes. Pourquoi M. Rochoux n'a-t-il pas continué|ces emprunts; pourquoi a-t-il voulu sortir de cette voie , où il aurait trouvé tout ce qu'on peut connaître sur la question, pour faire des frais superflus d'érudition exotique ?
11 commence par trouver une cause différente de celles qu'il vient d'énoncer dans Xinjlucnce toute-puissante des agens physiques sans lesquels la vie s'^éieindrait aussitôt ; une autre dans les violences physiques extérieures.... Une s'est donc pas aperçu que cette influence est comprise dans ce qu'il vient de nommer tout à l'heure V usure du corps animé et le mammis régime ou la mauvaise gouverne spontanée ou forcée des fonctions. Eu effet, il ne peut s'agir ici que d'une action plus forte des agens physiques , et nullement d'une action d'une autre nature, puisque les impondérables, la chaleur, l'air et les phénomènes qui se rapportent à l'attraction (quelque nom qu'on veuille lui donner) , sont les conditions par lesquelles la composition , la décomposition, l'innervation et la circulation nous font vivre et mourir, c'est-à-dire usent notre corps , et par là même cessent de pouvoir s'exécuter.
Un autre ordre de causes est indiqué dans les virus, dans les poisons et dans certains composés chimiques.... M. Rochoux peut-il donc ignorer que l'action de ces causes ne peut se révéler que par des troubles dans la composition, la décomposition, l'innervation et la
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circulation? 11 aurait peut-être pu s'en tenir, avec les physiologistes, à ces lésions, comme au point le plus élevé où nos moyens de connaître puissent nous conduire, et se contenter de l'énuméralion des causes qui peuvent les produire, au lieu d'extraire quelques unes de ces causes de leurs complices , comme si elles pouvaient agir autrement qu'en troublant la composition, la décomposition, l'innervation et la circulation. Nous allons bientôt repondre à cette question.
Les poisons, les agens chimiques d'une part; les violences extérieures de l'autre, constituent, suivant l'auteur, deux ordres de causes dont les modes d'action nous sont assez bien connus; les autres, nous les ignorons complèiejiiejit.. . C est encore là une des sentences routinières de l'opposition à la méthode physiologique. L'occasion s'offre d'y répondre; ne la laissons pas échapper.
Nous savons que ces deux ordres de causes peuvent agir de prime-abord en altérant la structure de nos organes ; mais c'est une connaissance toute du domaine de nos sens et de la portion la moins relevée de notre intelligence. Nous savons qu'il faut écarter ces causes , lorsque leur action continue; autre connaissance de bas aloi. Mais aussitôt qu'il s'agit de se rendre compte des procédés que la nature emploie pour réparer les désordres qu'ont produits ces actions désorganisatrices, nous rentrons dans le domaine de la vitalité sur lequel M. Rochoux a déclaré son incompétence. Mais le médecin n'est-il donc médecin que pour faire de la mécanique?...
Oh! dira-t-il, nous faisons davantage, puisque nous appliquons le neutralisant du poison chimique : soit; mais si vous n'êtes que chimiste, vous n'apprécierez ni Faction des neutralisans sur l'organe, ni les suites de l'empoisonnement, de la vulnération, du rapprochement ou de la division artificielle des tissus ; en 4. 40
Cad MEDECINE. DE LA. FRANCE.
un mot, vous êtes médecin pour diriger Faction des modificateurs sur la vie , et si vous ne la connaissez pas assez pour les empêcher au moins quelquefois de la détruire, vous cessez d'être médecin. Ne tirez donc pas vanité de votre ignorance delà vie; ne vous figurez donc pas que vous allez vous faire passer pour des hommes de haute portée, en vous flattant de ne connaître que la partie mécanique de votre science. Si pourtant vous voulez vous parer de l'ignorance de la vie corrime d'un titre de haute importance, n'insinuez pas que personne ne peut en savoir plus que vous sur ce phénomène; car le fait est que , sans définir la vie et sans expliquer la structure intime, on peut très bien diriger, d'une manière fort avantageuse à l'homme, l'action des modificateurs, en prenant jjour moyen la manière dont ils agissent sur Tinnervation, la circulation, la respiration , les sécrétions et la nutrition.
En effet, nous avons prouvé, nous autres physiologistes , qu'en prenant pour guides les phénomènes cîu mouvement et du sentiment, dans l'art de rapprocher et d'écarter du corps vivant les modificateurs dont nous pouvons disposer, on arrivait à des résultats bien supérieurs à ceux où peuvent parvenir les hommes qui s'en tiennent aux phénomènes purement mécaniques, ou qui se jettent dans le mysticisme des entités. Mais l'auteur travestit nos vues et notre manière d'envisager l'action des organes , par les expressions suivantes : « On s'est borné, en gâtant la théorie de Théniison , à réduire tout à deux modes d'affections : slhénieet asthénie, irritation et abirritation... et il cite Brown, Broussais et Dugez,.. Je voudrais d'abord savoir ce qu'a lait de si relevé, de si supérieur aux travaux des modernes physiologistes, ce Thémison dont nous avons fait connaître la doctrine dans le tome F de cet Examen. Thémison date de \ enfance êe tarU Nous sommes donc bien au-dessous de cette
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enfance ? Sommes-nous des embryons ou des atomes? M. Rochoux nous ferait bien plaisir s'il voulait se donner la peine de nous définir.... Mais non , il n'en prendra pas la peine. Il se contentera de nous traiter comme il a traité les phrénologistes...Maïs arrêtez, M. Rochoux! nous comptons sur un éloge de la théorie de ïhémison que vous nous devez comme enthousiaste bien prononcé , ainsi que vous l'êtes , des vagissemens de l'antiquité.
Quant à la légèreté avec laquelle Broussais est mis sur la même ligne que Brown , nous ne pouvons que renvoyer à ce qui a été dit de Brown dans cet Examen^ tome II. Nous attendrons, au reste, pour juger des motifs de ce rapprochement, que quelque phrénologiste, ami de l'auteur, nous ait f^iit connaître l'état de ses organes de conscience et de jugement, dans leurs rapports avec ceux de la propre estime et de la circonspection ; car nous n'avons jamais palpé sa tête.
Mais, ajoute ce régent de l'époque actuelle, quoique ces deux modes de lésions produisent beaucoup de maladies , il en est un bien plus grand nombre où l'on est forcé d'admettre un mode particulier de souffrance plus ou moins différent des autres.
Quel est ce mode? nous Talions voir : ce mode est subordonné à la spécialité de la cause déterminante (et il cite Hufeland^ Pathogénie, et lui-même : Des systèmes en médecine. Journal hebdomadaire^ 28 mars 1829), la nature de la réaction étant toujours déter^ minée, d'après une loi de l'économie, par celle de l'action.
Voilà le grand mot lâché , et vous voyez, cher lec^ teur-, que nous ne pouvons vraiment nous dispenser d'aller chercher les objections des sectes diverses dans les auteurs qui s'en constituentlesreprésentans. Celle-ci est, je crois , du docteur Hufeland , dont M. le docteur.
Gââ MÉDECINE Dé LA FRANCF.
Rochoux aura lu quelques lignes ou quelques titres de chapitres , comme il a fait pour les ouvrages des médecins physiologistes ; car je croirais l'offenser en supposant qu'il les a lus d'un bout à l'autre. Voyons donc si nous pourrons apprécier la valeur de cette terrible objection. Son air de profondeur, ou, si vous aimez mieux, de hauteur philosophique , nous en fait un devoir, et nous espérons, pour ce motif, obtenir grâce à vos yeux pour les développemens dans lesquels nous allons être forcé d'entrer.
Si , toutes les fois qu'on observe dans la réaction que nos organes déploient contre l'action des agens extérieurs des différences correspondantes à cette action , il fallait renoncer à la connaissance des causes et nous déclarer incapables d'en arrêter les effets , je pose en fait que nous serions hors d'état de remédier aux suites de toutes les modifications pathogéniques que nos organes reçoivent des corps extérieurs, et que nous ne saurions pas traiter même les accidens qui résultent des contusions ; à plus forte raison ceux que produisent les indigestions , le froid et surtout les affections morales. C'est comme si je disais que nous n'aurions aucune notion utile à la conservation de nos semblables sur les causes de ces mêmes maladies dont M. Rochoux assure que nous possédons assez bien la paîhogénie. En effet, il n'y a pas deux agens extérieurs qui nous modifient exactement de la même manière, et le même individu est affecté et réagit différemment contre le même modificateur suivant la disposition où il se trouve lorsqu'il est soumis à son action. Rien de plus réel que ce fait ; et comme on est forcé de l'admettre, il s'ensuit qu'il n'y a qu'une différence du plus au moins dans les notions que nous avons sur la pathogénie des diverses maladies de notre espèce. Or, si cette différence est la seule, il n'est pas vrai, comme l'avance M. Rochoux, que nos notions sur la plupart des causes
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de nos maladies soient absolument nulles , tandis que celles que nous possédons sur un petit nombre d'au* très sont assez satisfaisantes.
Effectivement, il nous a dit que les modes d'action des violences physiques et chimiques nous sont assez bien connus , mais que les autres modes d'action , nous les ignorons complètement ; et comme ces expressions tracent une forte ligne de déaiiircation entre ces deux ordres de modes d'action, nous avons été forcés de supposer qu'il ne nous accorde que les notions mécaniques et chimiques de la médecine, et qu'il nous refuse toutes les physiologiques. Présentement, il va nous concéder quelques notions de l'ordre vital.
La cause prochaine est, nous dit-il, l'appareil morbide résultant du mode d'impression qu'éprouve le solide vivant, dans la réaction toiijours proportionnée à l'action de la cause (p. 4»^). Or, poursuit-il, cette cause est impossible, peut étre^ à pénétrer dans ce qu^elle a d'intime. Cependant elle a toujours occupé les médecins, et tout se réduit à savoir, cVune manière générale^ que divers modes d'affection sont le point de départ de tous les autres, de tous les phénomènes morbides dans les maladies organiques comme dans les vitales. Tel est le point de doctrine que M. Rochoux dit avoir posé dans sa Thèse pour l'agrégation , p. ^. Nous n'avons pas lu cette Thèse , et cependant nous allons traiter cette question.
Est-il vrai que nous ne savons que d'une manière générale^ que divers modes d'affection sont le point de départ de tous les autres ou de tous les phénomènes morbides?... Ces dii^ers modes d'affection, communs à tant de maladies , doivent être des lésions d'innervation ^ de circulation, de respiration, de sécrétion et de nutrition. Mais M. Rochoux a dédaigné de nous les indiquer. Or, si nous ne savons leur rôle dans les maladies que d'uiiC manière générale, notre
tootion se réduit à ce qu'exprime la phrase de M. Ro^ choux. Alors, comment sait-il que le vice de nutrition est la cause prochaine de l'apoplexie? En supposant que cette notion soit juste , ce dont nous allons bientôt nous assurer, elle est spéciale , puisqu'il s'agit d'un cas particulier, et comme nous devons supposer qu'il en possède d'autres qui ne sont pas semblables à cellelà, quoiqu'elles soient du même ordre, sur plusieurs autres cas morbides , nous devons en conclure qu'il a plus qu'une notion générale sur les causes prochaines des maladies. Nous savons d'une manière générale que l'homme est mortel , qu'il est vivant, qu'il parle , qu'il marche, qu'il mange, etc. , parce que, dans chacune de ces notions, il n'y a qu'un fait unique qui se reproduit chez tous les hommes; mais il n'en est pas ainsi des causes prochaines des maladies: ces mots sont appliqués à des états fort différens de ces organes ; nous avons donc sur ces causes une foule de notions spéciales, ou du moins nous croyons en avoir, sauf à les rectifier si nous venons à découvrir qu'elles ne sont pas justes.
L'auteur s'est donc mal exprimé ; il a fait un mauvais emploi du mot général, et s'est rendu inintelligible.
Voyons maintenant si l'on peut réduire ces notions diverses à un terme général. M. Rochoux nous l'a offert lui-même. La cause prochaine est pour lui ïappareil morbide qui résulte de la réaction de nos organes contre les agens perturbateurs.,. Mais cette définition est celle de la maladie elle-même, en tant qu'elle manifeste des symptômes de réaction. La cause prochaine est donc une maladie, qui produit, puisqu'elle est cause, une autre maladie. En d'autres termes , c'est un état morbide résidant dans certains organes qui produit j un autre état morbide secondaire dans l'organisme. 1
C'est fort bien si tous les médecins sont d'accord \ pour lui donner cette signification, et si elle est appli-
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cable à toutes les maladies. Mais nous n'en sommes pas là. Si une fracture, une luxation, une plaie vive, une cautérisation , une asphyxie , etc. , sont des maladies, il faut convenir qu'elles manquent de causes prochaines, et que ces causes ne pourront exister que pour les accidens consécutifs s'il s'en développe, et que le malade n'ait pas d'abord succombé.
Le modèle de la cause prochaine de M. Rochoux est pris dans les maladies qui sont aiguës et fébriles, et dans lesquelles l'appareil de symptômes peut être rapporté à l'état morbide d'un organe dont la souffrance a mis et entrelient le désordre dans un grand nombre de fonctions, par exemple, une phlegmasie de l'une des trois cavités splanchniques.
Mais comment cette définition pourra- t-elle être appliquée à une foule d'états morbides peu prononcés, n'excitant point encore de troiibles dans les grandes fonctions, et qui sont le premier résultat de cette réaction dont parle l'auteur? S'ils s'accroissent, et qu'ils produisent des troubles secondaires, ils pourront mériter le noni de causes prochaines ; mais s'ils se dissipent sans cela^ ce ne seront plus des causes; il en sera d'eux comme des prodromes qui avortent; ce seront simplement des maladies.
Il faut aussi qu'on les reconnaisse pour tels ; car s'ils persistent, ces états morbides , ils pourront produire de graves maladies. Us sont nés, ils naissent à chaque instant en nous sous l'influence des causes éloignées ; ij faut donc étudier ces causes dans leurs rapports ^vec les organes; il faut arriver au point de voir najtre pette réaction proportionnée à V action dont l'auteur jious a parlé. Puisqu'on admet son existence, c'est qu'on a pu la constater un assez bon nombre de fois pour y croire; si on a pu la constater, il est naturel de penser que dans bien des cas on a pu la détruire en écartant l'agent extérieur d'irritation ; il est pro-
bable aussi que si on a pu la soumettre à l'analyse on Faura soumise à la synthèse en rapprochant la cause après l'avoir éloignée, afin de s'assurer si la réaction était bien en proportion de sa nature et de son intensité. Or, si tout cela a été fait, nous ne voyons pas pourquoi on ne pourrait pas le répéter et porter , à l'imitation des physiologistes, l'observation dans les rapports des modihcateurs avec les organes, c'est-àdire bien au-delà de la cause prochaine.
Je sais très bien que probablement l'on ne saisira pas toutes les causes éloignées au moment de leurs rapprochemens des organes; mais du moins on en connaîtra plus qu'on n'en connaît ; on sera en voie de progression scientifique et d'amélioration sur le rapport de l'art de guérir ; c'est dire , en d'autres termes, qu'en suivant la méthode physiologique, on ira bien au-delà du point où veut nous fixer l'anatomie pathologique pure.
Mais ne perdons pas de vue notre question qui consiste à savoir si la définition de la cause prochaine, donnée par M. Rochoux, est bonne et doit être adoptée. Nous venons de nous assurer que cette cause ^ telle qu'il la conçoit , n'est pas applicable à toutes les acceptions qu'on donne au mot maladie. Voyons maintenant si elle s'applique à ce qu'il appelle une apoplexie. L'apoplexie est à ses yeux une déchirure de la substance nerveuse encéphalique avec hémorrhagie , et la cause prochaine qu'il lui assigne est un vice de nutrition d'oii résulte la dimiimlion de la cohésion de cette substance.... Est-ce le vice de nutrition ou la
cohésion diminuée qui est la cause prochaine.^ si c'est le vice de nutrition, comment se prouve-t-il? sans doute par la diminution de la cohésion. Mais qui prouve cette diminution? Ce ne peut être que la rupture. La définition de cette cause prochaine a donc été suggérée à Fauteur par le raisonnement que voici : le cerveau
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s*est déchiré, donc il était déchirable ; il ne s'était pas encore déchiré , -donc il n'avait pas encore été déchirable ; il est devenu plus déchirable , donc sa cohésion a diminué : or, sa cohésion dépend de sa nutrition; donc sa nutrition s'est faite d'une manière moins bonne que lorsqu'il ne se déchirait pas; donc sa nutrition était vicieuse.
Il est claii' qu'on peut faire bien des objections contre ce raisonnement ; par exemple , on peut demander si les déchirures hémorrhagiques sont toujours en raison directe de la faiblesse de cohésion du cerveau. La réponse sera facile. Dans presque toutes les affections chroniques des méninges et de la périphérie du cerveau, la substance cérébrale est ramollie ; c'est ainsi qu'on la trouve chez le plus grand nombre des anciens maniaques qui meurent en état de démence et de paralysie générale ; et cependant , de l'aveu^ de M. Rochoux lui-même, rien n'est plus rare que son apoplexie chez ces sortes de sujets, quoique la congestion sanguine, ou coup de sang, y soit très commune. INous pourrions faire bien d'autres objections, même sans épiloguer M. Rochoux, te.l les que celles-ci : le cerveau des enfans, celui des vieillards très âgés, est moins sujet à Tapoplexie-Rochoux que celui des sujets de cinquante à soixante-dix ans, quoiqu'il soit plus mou. Il en est ainsi des sujets valétudinaires qui deviennent rarement apoplectiques : il faut avoir égard à d'autres changemens qu'à celui de la cohésion du cerveau; car chaque âge e2i amène dans les grandes fonctions, l'inneivation , la circulation, les sécrétions.... Mais nous n'irons pas plus loin, dans la crainte d'être ennuyeux.
Rien n'est donc moins prouvé que le défaut de cohésion apoplexipare de M. Rochoux. Il n'a donc pas signalé la vraie cause de la disposition à la déchirure hémorrhagique. C'est parce qu'il ne l'a pas cherchée, par
Ja voie de Tobservation et du rapprochement, dans l'action des modificateurs sur les organes, et qu'il s'est payé de mots et trompé îui-méme en prenant l'expression du fait en d'autres termes, pour la cause de ce même fait. Au surplus^ comment s'étonner qu'il n'ait pas fait cette recherche, puisqu'il ne la croit pas à la portée de l'intelHgence humaine, qui, selon lui, ne voit clair que dans ce qu'il y a de mécanique ou de chimique dans l'action de ces mêmes mo(hfîcateurs, çt qui ne peut jamais rien découvrir de satisfaisant dans l'action qu'ils ont sur la vie, par la puissante raison qu'elle ne saurait la définir.
Nous venons de prouver que M. Rochoux admet pour cause prochaine de son apoplexie l'existence du fait de cette apoplexie, c'est-à-dire cette déchirure du cerveau, puisque la déchirabilité ne se constate que par la déchirure déjà effectuée : comment donc eettp déchirure pourra-t-elle être la cause d'elle-même?... Qu'il nous le dise ; pour moi , ce que je vois clairement ici, c'est que si l'apoplexie consiste essentiellement dans la déchirure hémorrhagique , elle n'a point de cause prochaine, telle que M. Rochoux l'a définie, et que, par conséquent, la cause prochaine de l'apoplexie de M. Rochoux n'est nullement applicable à l'apoplexie de M. Rochoux. S'il nous eut dit que la maladie apoplexie consiste dans le groupe de symptômes, il eût été le maître d'en mettre la cause prochaine dans la décliirure hémorrhagique du cerveau , sauf à le prouver toutefois; et nous eussions avoué que sa définition générale de la cause prochaine était bien appliquée à celle de l'apoplexie ; mais aussitôt que l'apoplexie cesse d'être dans les symptômes, et qu'elle se trouve transportée dans l'affection organique, cette application est nmi laite, et M. Rochoux reste convaincu d'inconséquence et de contradiction.
Après la cause prochaine viennent les causes éloi*
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gnées, et cî abord les prédisposantes. M. Rochoux divise ces dernières en indwiduelles et hygiéniques»
Sur les individuelles, il combat l'opinion accréditée par les auteurs, que les hommes à col court, à tête trop grande ou trop petite, sanguins , gros, et doués d'un cœur hypertrophié, sont plus prédisposés à l'apoplexie que les autres. Il veut bien qu'ils le soient aux congestions sanguines et aux coups de sang; mais, se fondant sur des tableaux statistiques , il leur refuse la prédisposition à la déchirure hémorrhagique de la pulpe encéphalique.
Ses tableaux ne nous ont point persuadé ; car les malades des grandes villes qui proviennent en majorité des hôpitaux, appartiennent aussi en majorité à une classe malheureuse, affectée de passions tristes ou violentes, presque toujours intempérante, et par conséquent soumise à des influences hygiéniques qui peuvent l'emporter sur la prédisposition tenjpéramentale. Une statistique de ce genre, pour être probante, aurait besoin de distinction et de détails dont celle qu'il cite n'offre point d'exemple.
M. Rochoux a beau dire que l'âge amène des changemens chiniiques dans la composition du cerveau , qui seuls peuvent expliquer la déchirure hémorrhagique de ce viscère; tant qu'on en trouvera des exemples dans tous les âges, depuis vingt ans jusqu'à quatrevingt-dix , il ne me convaincra pas. Les conditions de l'âge peuvent manquer , mais la congestion sanguine préalable du cerveau ne manque jamais. Je verrai donc toujours cette congestion comme là prédisposition la plus évidente; et tout ce qui la favorise, comme ses causes prédisposantes et souvent même déterminantes. Or, ces causes peuvent agir sur nous dans tous les âges de la vie. Ainsi, comme elles ont pliis d'effet lorsque la circulation devient difficile, et que l'âge de retour accroît cette difficulté chez les constitutions dites apo-
plectiques et chez les sujets qui souffrent du cœur, je n'abdiquerai pas le bon sens, la raison, mon expérience et toutes mes notions de physiologie, pour embrasser, avec M. Rochoux , Topinion que toutes ces influences sont nulles, et quaucun signe extérieur appréciable ri' indique la disposition à V apoplexie. Il trouvera sans doute des médecins faits sur son modèle, amis du paradoxe et de la singularité , qui l'approuveront; mais je ne crois pas qu'il entraîne la masse des bons esprits et des véritables observateurs.
M. Rochoux accorde de l'influence aux causes prédisposantes hygiéniques des auteurs , telles que la chaleur après le froid , le froid après la chaleur , Tair humide et chargé d'électricité, les affections tristes, la colère, l'ambition déçue, la vie molle et oisive, les excès dans le boire et dans le manger, etc. Mais il se garde bien de dire comment ces causes agissent ; car il ne pourrait pas prouver qu'elles n'ont d'action qu'en amenant le défaut de cohésion de l'appareil encéphalique. Toute* fois, comme s'il lui fâchait de laisser couler de sa plume quelques pages sans se singulariser, il avance hardiment, sans preuve aucune, et surtout sans recourir à son moyen favori, la statistique, que les excès d'études, loin de favoriser l'apoplexie, en sont le meilleur des préservatifs; son motif, c'est que ce genre d'exercice yor^//?e le cen>eau y et doit, par conséquent, en augmenter la cohésion; comme si tout le monde ne savait pas que tout exercice cesse d'être fortifiant pour l'organe qu'on fait agir, lorsqu'il dépasse certaines limites. Pour moi , j'affirmerai , contradictoirement à l'auteur, que le travail intellectuel congeste l'encéphale de sang, lorsqu'il est trop soutenu, et que s'il est moins puissant pour occasioner les conséquences de cette congestion, comme le coup de sang, la folie , la démence et la paralysie, générale, ou l'apoplexie, suivant les âges et les prédispositions, il est toujours
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extrêmement nuisible lorsque l'âge avance et que la fonction circulatoire est devenue un peu difficile. M. Rochoux s'est montré, sur cette question, beaucoup moins observateur et physiologiste que médecin de cabinet prêt à sacrifier les faits à ses paradoxes.
L'auteur convient que les causes prédisposantes, par la continuation de leur action , peuvent devenir efficientes. Les auteurs accusent de plus, dit-il, l'intligestion dans le bain, le coït, surtout chez les vieillards, les frictions très fortes, les blessures des méninges ou leur convulsion^ les vives affections morales , J'épilepsie, les convulsions, la grossesse, les efforts d'accouchement , le refoulement du sang par le froid vif et subit, les suppressions des exanthèmes, toute espèce de métastase et l'influence sympathique des divers organes, et surtout de l'estomac. Mais M. Rochoux pense que ces causes ne peuvent que congestionner le cerveau; il en excepte pourtant les metaistases et les influences sympathiques qui n'ont même pas ce pouvoir. Je m'attendais à cela de la part d'un homme qui joint à la passion de surprendre son monde par des propositions extraordinaires , le défaut d'aptitude à l'observation des phénomènes de la vie.
Mais que dire à un médecin qui n'a aucune idée «des influences irritatives des organes les unes sur les lautres, en santé comme en maladie, ou qui affecte lâ'igîîorer comment l'action se transmet et se propage dans l'économie?... Nier l'influence des excrétions supprimées sur la production de l'apoplexie, paraît wn peu fort ; mais il se tire d affaire à la manière de I^ennee plaidant pour ses tubercules à priori; il assure, sans hésiter, que si toutes ces influences ont paru provoquer l'apoplexie, c'est que le vice de nutrition y avait prédisposé l'encéphale. Le moyen, en effet, d'attribuer à une irritation métastatique, et par conséquent congestive et densifiante du cerveau, une
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influetice <^\ii lui fasse perdre sa cohésion !... C'est ainsi qu'an premier paradoxe nous mène à beaucoup d'autres.
Très souvent les apoplectiques sont attaqués an ïnoment où ils peuvent le moins s'y attendre, en se levant, en conversant avec leurs amis, etc. : oui ,mais beaucoup le sont à la suite d'une colère , du coït (i), d'un effort , ne fut-ce que pour aller à la garderobe. D'ailleurs cette circonstance prouve seulement que le ramollissement précurseur de la déchirure exige vSouvent du temps pour arriver à son terme , et nullement (ju'il n'a pas été opéré par l'irritation.
Traitement de l'apoplexie.
Nous n'avons aucun reproche à faire à M. Rochoux touchant l'article du traitement. Il en a soigneusement banni tous les stiunilans, même les tentatives de révulsion que bien des gens ont encore l'habitude de se permettre sur le tube digestif et sur la peau, par les vésicatoires et les rubéfians. Les saignées générales et les locales sont prescrites en temps opportun et cîans la mesure convenable. Il s'esl montré fidèle aux p^réceples de Lallemand, qui sont ceux de la médecine p hysiologique la plus pure. Mais cette conduite nous a fait faire des réflexions qui ne sont point du tout favorables à la théorie de l'auteur sur la nature de l'apoip lexie.
(i) Un médecin espagnol très distingué, anciennement préposé aux eaux minérales de Saint-Hildephonse , m'a répété bien souvent que la plupart des liémiplégiques qui venaient prendre les eaux, lui déclaraient avoir été attaqués en faisant la sieste avec leur femme, et se livrant à l'acte du coït. Je n'oublierai jamais cette observation qiii me vient du docteiu' Guarnario, pratiquant
'inaintenant à Limoux, et qui avait traduit en espagnol la Noso^
'graphie dePineh
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Pourquoi , si M. Rochoux croit vtaiment à la dimi-^ liution de la cohésion du cerveau , ne propose-t-il pas quelque moyen de rectifier la nutrition de ce viscère ? Tous ses moyens sont dirigés contre la congestion encéphalique, c'est-à-dire contre l'irritation; et alors rtiéme que les accidens hémorrhagiques sont conjurés^ -et que la maladie est en voie de guérison , il ne lui vient pas à l'esprit de proposer un seul moyen spécial qui favorisie l'assimilation. J'avoue que je m'attendais à autre chose : j'espérais voir paraître , pour le moins , quelques toniques, ne fût-ce que des ferrugineux à faible dose, substances que nos modernes régénérateurs vantent comme les meilleurs moyens de perfectionner l'hématose. Mais lorsque j'ai îu, dans M. R.o* choux, qu'un régime sévère, et même un sage cura famis étaient les meilleurs moyens de favoriser la cicatrisation des plaies hémorrhagiques de l'encéphale; lorsquej'ai remarqué qu'il écartait, avec le plus grand soin, toutes les stimulations vives des extrémités nerveuses qui pourraient se répéter dans les centres ; enfin lorsque j'ai comparé ces préceptes avec l'influence accordée par l'auteur sur la production de l'apoplexie à presque toutes les causes de stimulation que l'on désigne sous les noms de causes prédisposantes et efficientes, }e n'ai pu m'empécber de voir un désaccord des plus frappai) s entre la théorie et la pratique de M. Rochoux. Il ne craint que l'irritation, que la congestion de l'encéphale; il ne combat que cela pendant les attaques; il ne se propose d'écarter que cela pour favoriser la guérison, pour prévenir les récidives; et cependant le mot irritation ne figure point dans sa théorie. La congestion n'y obtient aucune place comme force efficiente de l'hémorrhagie ; on la voit constamment produire touteautre chose, par exemple des ramoU lissemens, que l'on avoue, avec I^allemand, être constamment inflammatoires ; des méningites, des coups
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de sang, maladies terribles dont on atténue le danger pour donner plus d'importance à l'iiémorrhagie de la pulpe; on permet à la congestion de rompre les vaisseaux du cerveau, non seulement lorsqu'ils sont dégénérés, friables, anévrismatiques , mais même quand ils sont parfaitement sains; on va même jusqu'à lui concéder le pouvoir de provoquer des exhalations sul)ites et copieuses de sang dans les ventricules et à la périphérie du cerveau ; mais on lui ravit d'un ton tranchant le droit de préparer et même d'effectuer une hémorrhagie de la substance cérébrale.
Si encore on attendait, dans la thérapeutique, que riiémorrhagie fût effectuée pour attaquer, détruire, prévenir les retours de sang vers l'encéphale, cela passerait ; car on pourrait alléguer que le sang épanché est un corps étranger dont la présence peut nuire au travail réparateur de la nature ; mais on porte la précaution contre l'influence de l'action sanguine sur le cerveau, au point de ne rien trouver de pius efficace que le régime qui modère la formation et l'activité du sang pour prévenir l'apoplexie; et cependant l'abondance de ce fluide et l'activité de son mouvement ne sont pour rien dans la production de la maladie : le tout afin de bien isoler le ramollissement jaune, que l'on regarde comme cause de la déchirure hémorrhagique, de toute autre modification imaginable du cerveau , et pour faire répéter à toutes les trompettes de l'anatomie pathologique qu'on a seul eu la gloire sinon de découvrir le ramollissement jaune , au moins de l'avoir bien distingué de toute autre altération organique, et de lui avoir assigné en propre et exclusive propriété un groupe de symptômes dont personne, jusqu'à M. Rochoux , n'avait eu qu'une idée vague.
Cet auteur pousse la précaution dans ce genre, au point qu'après avoir recommandé tout ce qui peut diminuer l'hématose et modérer le cours du sang pour
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prévenir l'apoplexie, il assure que la saignée n'y peut servir en rien. 11 se fonde sur un seul fait auquel sans doute il n'a pas pris le temps de réfléchir, a Portai rapporte, dit-il, qu'un homme de soixante ans fut atteint d'une hémorrhagie cérébrale mortelle , le jour même où il avait perdu deux livres de sang par une blessure d'une artère de la main. » Si M. Rochoux eût employé ce fait pour prouver que le ramollissement hémorrhagipare exige du temps pour se former, et s'il eût ajouté qu'une fois qu'il est formé la saignée ne suffit pas pour Tempécher de produire son effet, il eût raisonné d'une manière vraisemblable. Mais ce fait ne prouve point que quelques jours, semaines ou mois plus tôt, la saignée n'eût pas eu la vertu de prévenir ce funeste événement.
Ainsi, M. Rochoux n'a point résolu les questions les plus importantes sous le rapport de la thérapeutique : 1** sous quelles influences extérieures ap{3réciables se forme le ramollissement hémorrhagique ? 2° l'a-t-on observé avant l'apoplexie, et lui a-t-on constaté des degrés différens de maturité, de manière à pouvoir assurer qu'il est antérieur à l'hémorrhagie ? 3° quels sont les moyens les plus propres à prévenir sa formation , ou bien à l'empêcher de produire l'hémorrhagie, c'est-à-dire à le guérir dans le cas où son antériorité serait bien prouvée (i).
(i) Cette question est d'autant plus importante que plusieurs médecins pensent que le ramollissement jaune n'est point antérieur à rhéraorrliagie , et qu'il dépend de l'infiltration du sang épanché dans la gubstance cérébrale. Au surplus ils attribuent la rupture hémorrhagique à une irritation de nature inflammatoire dont le siège est dans les capillaires; et comme la substance grise en contient plus que la blanche, on explique par là la fréquence de l'hémorrhagie dans les corps striés, les couclies optiques , la périphérie du cerveau, la protubérance annulaire, et la rareté de cet accident dans les régions où la pulpe blanche est sans mélange de substance grise,
Conclusion sur M. Rochoux.
Résimions maintenant les principaux points de doctrine de notre anatomo-pathologiste, et joignons-y nos réflexions. Cela sera toujours de quelque utilité pour la science.
M. Rochoux a exprimé d'abord l'idée que la maladie ne doit point consister dans le groupe de symptômes, parce que cette méthode doit conduire à un terme extrême de déraison^ et que toutes les maladies dépendantes de lésions appréciables aux sens doivent être uniquement nommées et définies par ces lésions. (Préface.) Plus tard, il a voulu que la dénomination de maladie ïiil donnée à la cause des symptômes, sans dire si c'est à la cause prochaine ou bien à la cause éloignée, prédisposante ou efficiente. Plus tard, enfin , il a distingué deux classes de maladies, les unes consistant en une altération matérielle dans le tissu des organes ; les autres en un trouble des fonctions sans lésion de structure appréciable; ce qui partage les maladies en i"" affections vitales ; 2" altérations des tissus (p. /jo8 ou 409).
Il n'a donc pas songé qu'on est malade avant que les tissus soient altérés (hors les cas traumatiques , les asphyxies , etc.), que la maladie spontanée est toujours vitale dans son commencement, et que, par conséquent, pour faire une pathologie interne fructueuse , il faut s'exercer à apprécier la valeur des groupes de symptômes dès qu'ils se présentent, afin de pouvoir agir avant que la structure des organes soit altérée, puisque la cure est à cette époque plus difficile que dans la précédente. Il a donc avancé une proposition erronée lorsqu'il a dit que toute définition (de maladie) reposant sur renoncé d'un certain nombre de symptômes ^ doit conduire à un terme extrême de déraison, ( Préface, p. lO.)
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M. Rochoux a donné aux maladies en général des causes prochaines, et il n'a point senti qu'un grand nombre n'en a point, si la cause prochaine est, comme il lentend, un état morbide primitif, produit par la réaction de nos organes contre les modificateurs, et qui produit un état morbide secondaire. De plus, il a fait une application vicieuse de son principe à la cause prochaine de son entité apoplexie.
M. Rochoux a voulu que l'attention des médecins ne se fixât que sur les altérations déjà produites, et a soutenu, contre l'évidence, que l'action de la très grande majorité des modificateurs morbifîques, au moment où ils provoquent l'altération des fonctions, n'était point à la portée de l'intelligence de l'homme; d'où il résulterait que la physiologie serait inutile à la pathologie et à la thérapeutique, ce qui est faux.
M. Rochoux a fait consister l'apoplexie dans une rupture de la pulpe encéphalique, accompagnée d'hémorrhagie ; mais il a rendu par là le diagnostic de l'apoplexie,ainsi conçue, impossible, puisque le ramollissement inflammatoire (encéphalite partielle), l'épanchément par rupture des vaisseaux d'un gros calibre et les exhalations sanguines peuvent fournir le groupe de symptômes qui correspond à son apopIexie,€t que, dans une foule de cas, il est impossible de s'y reconnaître. Or, comme une maladie doit être connue avant la mort* afin qu'on puisse la traiter, sa définition de l'apoplexie doit être rejetée , et le groupe de symptômes peut seul fournu' les caractères de cette maladie telle qu'on doit la concevoir. En d'autres termes, le groupe de symptômes consistant en paralysie plus ou moins étendue des muscles et des organes des sens d'un des côtés du corps ' diminution ou perte complète du sentiment, peut correspondre aux trois modes d'altération organique dont nous venons de parler, et peut-être encore à d'autres, aussi bien qu'à la rupture hémorrhagique de
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la substance de l'encéphale, telle que l'indique M. Rochonx. Le plus ou le moins de fréquence de ces cas, dits exceptiojinels , ne fait rien à la nature et au caractère de la maladie, puisqu'il est impossible d'affirmer que le cas qui se présente rentre ou ne rentre pas dans les exceptions. D'ailleurs que signifie le mot exception? il ne fait qu'annoncer l'insuffisance de nos moyens de connaître.
M. Rochoux a bien jugé, vu l'état actuel de nos connaissances, de la valeur des signes que des auteurs ont voulu assigner à chacun des différens sièges de l'hémorrhagie cérébr5ile,par exemple à celles des corps striés, des couches optiques et de leurs environs, du centre et de la périphérie des lobes, des péduncules du cerveau , de la protubérance annulaire et du cervelet, puisqu'il déclare : i° que les hémorrhagies d'un côté du cerveau produisent toujours la paralysie du côté opposé , mais que celles des corps striés ne déterminent pas exclusivement la paralysie des membres inférieurs opposés, ni celles des couches optiques la paralysie des membres supérieurs ; 2° que celles des péduncules du cerveau et d'un des côtés de la protubérance annulaire donnent aussi des paralysies opposées; 3° que celles du cervelet donnent le plus souvent la paralysie opposée, et quelquefois la directe ou la générale ; 4* que celles du centre de la protubérance donnent des paralysies générales; 5° que la paralysie des muscles phonateurs ne correspond pas toujours à l'hémorrhagie de la partie antérieure des hémisphères cérébraux, et peut correspondre à plusieurs autres, surtout à celles du bas. Mais il n'a pas toujours bien expliqué, suivant nous, le prétendu désaccord entre le siège de la solution encéphalique et les paralysies.
M. Rochoux a fort mal jugé la phrénologie ; il a fait preuve là d'une légèreté extrême en voulant prononcer un jugement sur une doctrine qu'il ne connaît
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pas , et en cherchant à flétrir des travaux dont l'importance est désormais seutie par la plupart des intel^ Jigences de premier ordre. Il a voulu donner, à cette occasion , un échantillon de sa force en idéologie ; mais en subordonnant toutes nos déterminations et tous nos actes aux facultés intellectuelles , sans tenir compte des impulsions des instincts et des sentimens moraux dont il n'a nulle idée , il a prouvé qu'il n'avait point assez étudié la phrénologie.
M. Rochoux a très mal jugé la médecine physiologique en prononçant qu'elle tendait à faire négliger les signes des maladies et à replonger la science dans la confusion. Il a prouvé par là qu'il ne l'avait pas mieux étudiée que la phrénologie , et qu'il ne s'était point éclairé par l'observation et le rapprochement des phénomènes de la vie, sous l'influence des modificateurs extérieurs. En se déclarant incompétent pour celte partie de l'anthropologie et de la zoologie , et rapportant toutes les certitudes de la pathologie aux altérations de la structure des organes, il s'est classé parmi les anatomo-pathologistes exclusifs , sous le rapport de la théorie.
M. Rochoux a bien rendu compte des altérations qui surviennent fréquemment dans l'encéphale, à la suite des hémorrhagies cérébrales, telles que les épanchemens , les ramoUissemens, etc.; mais il n'a point dit qu'il fallait les considérer comme un travail d'irritation 1^ chronique, inflammatoire, subihflammatoire ou sécrétoire ; ce qui était fort important pour en fixer la nature et en éclairer le traitement. En ce point, il n'a donc été qu'anatomo-pathologiste , et nullement physiologiste.
M. Rochoux a très bien décrit les maladies qui peuvent comphquer et simuler l'apoplexie; mais il n'en a pas toujours fait connaître la nature irritative, et na
été là encore, le plus souvent, qu'anatomo-pathologiste.
M. Rochoux, après avoir mal indiqué la cause prochaine de l'apoplexie , a bien signalé la plupart des causes éloignées ; mais il n'a nullement compris leur mode d'action ; ce qui l'a conduit à en rejeter plusieurs qui sont très réelles, et qu'il importe de redouter pour sentir la nécessité de les écarter.
M. Rochoux a bien tracé les règles du traitement du groupe de symptômes qui caractérise l'apoplexie, quelle que soit l'altération dont elle dépende, et a mis par là sa pratique en opposition, jusqu'à un certain point, avec sa théorie, puisque tous ses efforts sont dirigés contre l'irritation et la congestion des centres nerveux, quoiqu'il refuse à ces phénomènes une influence appréciable sur la production de l'apoplexie telle qu'il la conçoit, et puisqu'il n'a rien proposé contre le vice de nutrition , par lui supposé , qui tendrait à affaiblir la cohésion de la substance nerveuse encéphalique.