‹ Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie, précédé de propositions renfermant la substance de la médecine physiologique (volume 2)Chapitre 16 sur 23 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

TRAVAUX DE M. LE PROFESSEUR ROSTAN SUR l'aNATOMIE PATHOLOGIQUE DU CERVEAU.

M. Rostan s'est attaché au ramollissement partiel du cerveau. On se souvient que Bayle et M. Gayol en avaient déjà parlé dans le Dictionnaire des sciences médicales^ comme d'un état cancéreux. MM. Rochoux, Abercrombie, Brichetau etMoulin en avaient aussi traité. Les deux premiers y voyaient une inflammation chronique de la substance cérébrale; M.Lallemand avait rais

la question hors de cloute, en rapprochant ce mode d'altération de plusieurs autres ; mais la conviction n'atteignit pas M. Pvostan. Il vit une maladie spéciale , différente de toute autre, dans le ramollissement partiel qui s'offre si fréquemment chez les vieilles femmes qui peuplent l'hospice de la Salpêtrière. Il refusa de donner, avec Abercrombie, le nom d'encéphalite chronique à cette altération, attendu qu'il lui sembla que le ramollissement n'était pas constamment inflammatoire. Il entreprit donc, en 1822, la publication d'une monographie sur l'entité morbide ramollissement du cerveau , considérée comme une maladie qui ne peut être confondue avec nulle autre, et nous lui devons ime précieuse collection de faits intéressans sur les encéphalites chroniques des vieillards, avec beaucoup de réflexions et d'observations fort instructives et qui prouvent que M. Rostan avait déjà subi , jusqu'à un certain point, l'ipAuence de la doctrine physiologique. En effet, si nous en exceptons l'admission d'un ramollissement partiel asthénique , et la fièvre adynamique essentielle, la plupart des dogmes de M. Rostan sont à peu près conformes à ceux de notre école.

Pour tracer son groupe de symptômes , M. Rostan partage d'abord sa maladie en deux périodes.

Première période. En suhsVànce^ phénomènes vagues qui n'ont de valeur que dans la deuxième période, . . Cela veut dire que ces symptômes indiquent l'irritation et la congestion du cerveau, états qui peuvent servir de prélude à plusieurs maladies cérébrales ; mais si l'on veut parler d'une manière physiologique, on dira que cet état est déjà par lui-même une maladie , mais qu'il n'a pas encore produit de désorganisation dans l'encéphale. Enfin , dire que les prodromes n'ont de valeur que dans la seconde période, c'est dire que les symptômes d'irritation du cerveau ne peuvent nous indiquer l'inflammation de

ce viscère que lorsqu'elle est arrivée à la période de suppuration ; proposition qui certes ne passera pas comme article éternel de foi dans le formulaire séméïotique de la médecine. Il continue...

Céphalalgie fixe , pouvant durer des inois^ vertiges y intellect obtus , idées confuses^ expressions brèves ^ morosité, somnolence , engourdis s emens dans les meni" bres y tact obtus, raideur des membres, point de symp^ tome fébrile , ou rarement; quelquefois démence senile , j^arement strabisme, et état obtus de la vue et de Vouie..,

Ces phénomènes, dit M. Rostan^ sont souvent légers et fort différens des préludes de l'apoplexie. Quoique Tauteur n'en fasse pas des signes du ramollissement, c'est-à-dire de la suppuration du cerveau, je crois que nous pouvons y voir des signes d'une irritation de ce viscère qui tient fortement de l'inflammation , et qui peut en avoir toutes les suites. En effet, l'expérience prouve que Thémorrhagie intra ou extra cérébrale, que prépare assez souvent l'état inflammatoire latent, peut survenir aux personnes affectées de cette forme de l'irritation cérébrale, aussi bien que le ramollissement de M. Rostan. L'assertion de cet auteur est donc trop hardie. Il continue; il dit en substance :

Des lésions gastriques peuvent exister; les urines meuvent être trop libres; le pouls est variable; plusieurs ijiflammations des viscères peuvent s'être Jor^ mées depuis un temps plus ou moins long.

Tout cela se conçoit à merveille, car un point d'irritation n'en exclut pas plusieurs autres; c'est plutôt Je contraire qu'on a coutume d'observer.

Deuxième période. Perte subite ou graduelle des facultés de relation : la connaissance se conserve ou se perd ; souvent retour aux relations et rechute , puis mort avec les symptômes adynamiques du professeur Pinel, et avec des engourdissemens et des fourmille-

ANAT. PATHOL. — PROFESSEUR ROSTÂN. 649

mens qui vont être ou qui sont, dès le premier moment, dans les membres affectés de paralysie; ces membres sont raides, mais rarement conndsés ; face pâle ou injectée ; céphalalgie augmentée, si elle existait; se déclarant, si elle n'existait pas; main portée du côté opposé à la paralysie, sur un point correspondant au siège du mal; état comateux; les sens finissent par s'émousser avant la mort; les yeux peuvent être d'abord sensibles, et les pupilles contractées : ensuite cette sensibilité s'émousse, et les pupilles sont immobiles. L'auteur insiste encore sur la céphalalgie, la soif, l'inappétence et les symptômes adynamiques , parmi lesquels il place le vomissement, la sensibilité et le météorisme du ventre; mais tout cela peut manquer aussi bien que l'incontiuence de l'urine.

Ce groupe de symptômes de la seconde période traduit non seulement une encéphalite partielle, avec solution de continuité des fibres cérébrales, mais encore plusieurs autres points d'irritations dont les observations rapportées offrent l'exemple. L'entité de M. Rostan est donc déjà fort complexe : voyons la marche ; elle est déjà tracée : état stationnaire des symptômes pendant quelque temps , ou marche rapide.... Cela doit dépendre ou de l'intensité de l'encéphalite primitive, ou des irritations concomitantes ou secondaires, formant son escorte. En tous cas, voici la succession la plus ordinaire : paroxysmes le soir, décubitus sur le dos ou sur le côté paralysé ; puis aggravation plus ou moins prompte des symptômes ci-dessus indiqués dans la seconde période, jusqu'à l'état comateux complet, la résolution générale, l'oubli de tous les besoins, le stertor de l'agonie, et la mort.

L'auteur fait remarquer qu'ici la marche du mal est l'inverse de ce qu'on la voit dans l'apoplexie , puisque la paralysie et la perte du sentiment sont subitement portées, de prime-abord, au plus haut degré, dans l'a-

poplexie, et qu'elles y arrivent lentement dans le ramollissement ;mais, lorsqu'elles y sont parvenues, loin de tendre à diminuer, comme dans les cas d'apoplexie, elles augmentent plus ou moins promptement jusqu'à la mort. En effet, ces lésions s'aggraventde plus en plus , et se compliquent de symptômes indiquant, dans l'économie, des points de phlegmasie qui s'exaspèrent et se multiplient jusqu'à l'entier épuisement des forces et l'extinction delà vie... Cela paraît d'abord sans réplique. Toutefois, comme nous l'avons fait remarquer plus haut, en suivant M. Rochoux, les différences caractéristiques des deux entités n'existent qu'autant qu'ellesveulent bien suivre la marche régulière qui leur est imposée, et que l'on a calquée sur la majorité des casj comme si les lois de la nature pouvaient se faire, comme les lois de la société, avec des majorités... Mais des cas contradictoires à ceux qu'on a pris pour exemples peuvent se présenter: l'hémorrhagie de M. Rochoux peut se former dans le ramollissement de M. Rostan , ce qui abîège toutes les lenteurs de l'état ataxo-adynamique 5 et précipite la mort. De même le ramollissement de M. Rostan, se déclarant immédiatement après l'apoplexie de M. Rochoux, peut empêcher la caverne de marcher tranquillement vers la rétraction nécessaire à la résorption du caillot, et développer toute la série des symptômes adynamoataxiques de M. Rostan, prolongés jusqu'à la mort, en place de cette marche progressive vers la guérison qui forme le caractère fondamental de l'apoplexie de M. Rochoux.

Que faire donc pour éviter ces confusions d'entités?... nous le verrons plus loin en rendant compte de la méthode suivie pour l'examen des mêmes altérations par M. Lallemand.

Les quarante observations rapportées par M. Rostan viennent à l'appui de toutes les réflexions que nous ve-

ïions de faire sur son entité: elles offrent, selon nous, à peu près autant d'exemples d'encéphalites partielles, siégeant le plus souvent dans les mêmes régions où M. Rochoux nous a déjà montré des hémorrhagies, mais pouvant aussi se présenter dans la substance blanche, non mélangée de matière grise; par exemple, au corps calleux, dans la voûte à trois piliers, dans le septum lucidum,dans les centres ovales, etc. Ces inflammations sont très rarement simples; elles se trouvent le plus souvent compliquées, soit d'autres formes de [l'irritation encéphalique, soit d'une phlegmasie des deux cavités viscérales inférieures, et plus particulièrement de celles delà membrane interne du tube digestif; ce qui donne souvent à la maladie la forme âesjiè^res adynamiques de Pinel on fièvres cérébrales dites apoplectiques : les inflammations du poumon y sont peu communes; mais on y trouve plusieurs exemples d'un état hypertrophique du cœur.

Une remarque importante que nous avons à faire pour continuer de rattacher les travaux de M. Rostan à ceux de M. Rochoux^ c'est qu'un grand nombre des observations du premier rentrent dans ce cjue M. Rochoux désigne par le titre de suites de V apoplexie. Nous avons vu, en effet, que lorsque l'hémorrhagie de M. Rochoux ne se terminait pas promptement par la guérison, les malades étaient exposés à périr au bout d'un temps plus ou moins long par le ramollissement consécutif, gris ou violet, et même blanc de lait, que M. Rochoux défend si expressément de confondre avec son ramollissement jaune, hémorrhagipare: eh bien! plusieurs des ramollissemens de M. Rostan se rencontrent chez de vieilles femmes qui avaient éprouvé une ou plusieurs attaques d'hémiplégie, c'est-à-dire de l'hémorrhagie de M. Rochoux, à des époques diverses, et chez qui les cavernes ont été trouvées, après la mort, plus ou moins près , et quelquefois au centre des ramollis-

semens. Ainsi, dans tous ces cas, nous ne pouvons voir autre chose qu'une phlegmasie chronique consécutive à rhémorrhagie de Tencéphale.

Les méningites chroniques, soit de la circonférence, soit des ventricules, surtout des latéraux, entraînaient des épanchemens séreux plus ou moins considérables, ce qui souvent était avec démence et paralysie générale incomplète; les tumeurs diverses de l'encéphale, telles que nous les avons vues dans l'ouvrage de M. Rochoux, ont fréquemment précédé et préparé le ramollissement oul'encéphalite partielle de M. Rostan comme nous les avons vues précéder ou amener les ruptures hémorrhagiques de M. Rochoux ; ce qui prouve que tous les modes d'irritation sont possibles, et même se provoquent ou se remplacent les uns les autres dans l'appareil encéphalique, et même, je pourrais dire, encéphalo-rachidien, comme ailleurs. Rien de plus diversifié que l'ordre de succession et la durée de tous ces phénomènes d'irritation encéphalique , et rien n'est plus rare que des exemples d'encéphalite partielle pure et simple ( ramollissement partiel ) qui puissent servir de type à l'entité.

C'est au point que M. Rostan, quand il s'agit de tracer la marche générale de la maladie , est obligé , comme nous l'avons vu , de la représenter avec un cortège fébrile , adynamo-ataxique , dont il croit devoir faire ses attributs, quoique ces symptômes dépendent de divers autres points d'inflammation, soit des méninges, soit des viscères inférieurs.

C'est qu'effectivement lorsque l'irritation inflammatoire est bornée à un point rétréci de l'encéphale, elle ne produit point de fièvre, point de ce qu'on appelle des symptômes généraux; elle se borne à occasioner des fourmillemens ou des raideurs dans les muscles du côté opposé, ensuite la paralysie de ces muscles, et enfin rhébétude, la stupeur, le coma, l'embarras de la res-

ANAT. BATItOL. — PllOFESSEtJR ROSTAX. 65^

piration, la détérioration de la fonction innervative et la mort.

Toutefois cette marche est rare , parce que , si les complications inflammatoires des autres parties de l'encéphale ou des voies digestives n'existaient pas d'abord, elles se développent par l'influence de l'encéphalite partielle qui va toujours s*aggravant , et le groupe ataxo-adynamique se prononce du plus au moins , avant le dernier moment.

Si tous les cas rapportés par M. Rostan eussent été assez inflammatoires, en d'autres termes, si les forces eussent toujours pu suffire à la production de la fièvre et de la chaleur, cet auteur ne se fût peut-être pas cru obligé de partager son entité en deux espèces. Il eût déclaré peut-être que tous les rarnollissemens encéphaliques {partiels ) étaient inflammatoires, comme ceux dont il avait rapporté des exemples, et qui nous ont effectivement paru tels sans exception ; mais il est toujours, dans le nombre des vieillards qui peuplent les hospices, des sujets faibles, quoiqu'ils ne soient pas nécessairement les plus vieux; des personnes dont la sensibilité est obtuse, l'irritabilité languissante, les sympathies et les synergies paresseuses, le cœur peu excitable, petit ou ramolli , incapable , en un mot , d'exciter , ou du moins d'entretenir la chaleur au degré où la routine la veut pour prononcer qu'il y a fièvre {fervorY Or, ce sont de tels sujets qui ont fourni à l'auteur ses exemples de ramollissement non inflammatoires de l'encéphale, quoique, nous le répétons, il ne s'en trouve point, du moins à notre estime, qui rentrent exactement dans cette catégorie, parmi ceux dont les exemples sont rapportés dans l'ouvrage.

C'est donc d'une manière générale, et sur des souvenirs de faits non rapportés par l'auteur, que ce ramollissement non inflammatoire est décrit , et voici les traits qu'on lui donne à l'article dit traitement ;

nous les avons tirés de là, parce qu'ils y sont mieux exprimés que dans tout le reste de l'ouvrage. « Stupeur des sens, somnolence, pesanteur des membres, paralysie sans délire, ^-^^îi* symptômes pléthoriques, sans force , sans développement du pouls , sans chaleur de la peau; face pâle, décolorée, yeux ternes, languissans ; sujet grêle, débile. »

Tels sont les sujets que Fauteur recommande de ne point débiliter, et qu'il conseille de traiter par les rubéfians appliqués sur diverses parties du corps , sur les membres, la nuque, la tête même; parles irritans , soit ingérés, soit pris en lavemens , tels que les drastiques à diverses doses , attendu que les phlegmasies du tube digestif, que M. Rostan regarde comme assez communes dans les autres cas, sont peu à redouter. Il prescrit même les toniques, les excitans aromatiques dans la dernière période, lorsque la face est pâle, décolorée, les lèvres violettes, la peau froide, la langue noirâtre, enduite d'une mucosité filante, le pouls petit et concentré; l'abattement porté au dernier degré, c'est-à-dire, selon nous, lorsque l'agonie est imminente ou même bien formée par suite des progrès du mal et de l'extension de l'inflammation.

Il faut convenir aussi , pour être juste , que M. Rostan admet des nuances intermédiaires entre cette asthénie pure et le ramollissement inflammatoire, et qu'il conseille de combiner en conséquence les moyens curatifs.

Si l'on se rappelle ce qui a été dit à l'occasion de M. Rochoux, on sait déjà que le défaut de la couleur rouge, grise ou verdâtre dans les ramollissemens, n'atteste pas qu'ils ne soient point de nature inflammatoire. Si l'on convient, avec nous, qne l'irritation peut agir sur les tissus jusqu'au point de les ramollir et de les réduire en pulpe, sans qu'on y voie figurer des globules ou des filets sanguins en masses un peu considé-

rables, on sentira que le caractère non inflammatoire, c'est-à-dire purement asthénique, des ramollissemens de l'encéphale, n'était pas facile à établir d'après les ouvertures de cadavres. Aussi, M. Rostan s'y est-il fort peu arrêté; il a mieux aimé tirer ses caractères du groupe de symptômes; il n'a pas cru, en conscience, pouvoir admettre l'inflammation de quelque viscère que ce fût dans des corps aussi appauvris que ceux dont il nous a donné la description; aussi n'a-t-il rien négligé pour que sa peinture de l'asthénie vivante fut assez fortement colorée pour frapper tous les yeux, pour faire taire toutes les objections, et ne laisser, en im mot, aucun motif de réclamation aux partisans de l'opinion contraire.

Toutefois, ceux-ci ont réclamé; ils ont dit, d'un commun accord, ce que nous répétons depuis la publication de V Histoire des phlegmasies (iSog): que la fair blesse et l'âge avancé n'excluaient point l'inflammation; qu'elle pouvait et devait se comporter autrement chez les sujets débiles que chez les robustes , c'est-à-dire être moins sanguine , moins chaude , plus difficile à résoudre, plus prompternent désorganisatrice chez les premiers que chez les derniers ; mais qu'elle n'en était pas moins une inflammation. M. Rochoux lui-même a été de cet avis dans sa dernière édition, et s'en est référé, sur ce point, à l'opinion si nettement exprimée par M. Lallemand.

Toutefois, celle que M. Rostan exprimait en iSaj compte encore des partisans. Nous ignorons s'il la professe aujourd'hui dans les mêmes termes, et nous voulons en douter jusqu'à ce qu'il l'ait exprimée luimême dans une nouvelle édition ; car M. Rostan nous paraît être dans le progrès, et n'a sans doute pas juré de ne point abandonner ses premières croyances, s'il vient à découvrir qu'elles ne sont pas bien assises sur les faits

656 MÉDECINE DE LA fRANCE.

Nous ne pouvons nous dispenser ici de relever un argument dont ce professeur s'est servi pour établir la possibilité du ramollissement non inflammatoire de Tencéphale : de ce que ce ramollissement eût été trouvé cent fois de suite inflammatoire , on ne pourrait pas conclure, assure l'auteur, qu'il doit toujours 1 être , attendu qu'il peut s'offrir un cent-et-unième cas où il ne le sera pas (i). Certes on ne saurait réfuter l'argument de M. Rostan ainsi posé; mais il n'en est pas moins vrai qu'il conduit à un scepticisme dont les suites peuvent être graves , et voici comment :

Ce qu'il dit du nombre cent peut être appliqué à celui de mille et à tout autre , quelque élevé qu'on puisse le supposer. Alors, comment un médecin, procédant d'après ce principe, acquerrait - il une conviction sur la nature inflammatoire ou asthénique d'une maladie quelconque?

D'autre part , comme le traitement diffère essentiellement dans les deux natures en question , si le médecin doute toujours , il sera réduit à ne rien prescrire d'énergique , et les pneumonites , et les pieurites, et les péricardites , et les péritonites, et les gastro-entérites, etc., iront leur train, ou courront risque d'être exaspérées par un traitement opposé à leur véritable nature.

Je sais très bien quel moyen de sortir d'embarras va nous être proposé par bien des personnes. Ce moyen consistera sans doute à bien retenir la physionomie du groupe de symptômes qui se présente dans les cent cas inflammatoires, afin de bien saisir le disparate dans le cent et unième cas, s'il arrive qu'il ne soit pas inflammatoire ; mais si Ton prouve aux médecins qui feront cette réponse, que dans l'encéphalite partielle très circonscrite, pure et sans complication, il ne

(i) Ouvr. cite.

ÀTV/.T. PATHOL. — PHOFESSETTR ROSTAIV. GS")

peut pas y avoir, sur les fonctions circulatoire, respiratoire , sécrétoire , et sur la génération de la chaleur individuelle, des influences assez fortes pour produire inie exaltation considérable d'action , quelle que soit la force des sujets; si Ton fait voir, d'autre part, que la nature du ramollissement est la même, soit qu'il y ait, soit qu'il n'y ait pas excès de forces habituelles dans le sujet, ni production de symptômes offrant momentanément l'image de cet excès de forces ; si on leur démontre que le défaut de réaction circulatoire , le défaut de réaction convulsive, de plaintes, de délire, et même la perte totale de tout mouvement musculaire, et de tout rapport sensitif et intellectuel, correspondent plus souvent (hors les cas d'épuisement, d'agonie) à l'excès qu'au défaut de l'irritation des centres nerveux , puisque c'est cet excès qui y accumule les fluides et y détermine la compression, je ne sais plus comment les médecins qui auront proposé le moyen de diagnostic dont il s'agit, pourront en faire l'application au ht des malades.

L'argument qu'employait en i823 M. Rostan pour s'excuser de ne pas donner le nom d'encéphalite aux ramollissemens partiels, n'est donc que spécieux. Il est une conviction, une foi médicale qui vient avec la répétition de l'observation, et qui ne peut être séduite par les subtihtés de la dialectique. Or , dans le cas présent, cette conviction nous vient, comme elle est venue à M. Lallemand, par les ouvertures multipliées qui donnent occasion de comparer la lésion locale chez un grand nombre de sujets d'âges, de constitutions et de forces différentes ; par l'observation des causes ou des modificateurs externes, sous l'influence desquelles cette lésion est survenue ; enfin par l'influence qu'elle a reçue dans ses progrès en mieux ou en pire des divers moyens de traitement, suivant les systèmes des divers praticiens, et par les épreuves et les contre-

658 Ml^DECmE PE LA FRANCE.

épreuves que l'on a pu faire soi-même de ces moyens. Voilà vraiment le principal point de doctrine que nous trouvions à relever dans l'ouvrage de M. Rostan. Quoique ce professeur prenne toute^les précautions que la prudence lui suggère pour bien caractériser son entité , il se trouve forcé de convenir qu elle ne peut être constatée que par l'ouverture des cadavres, et que, par conséquent, il n'est pas certain de l'avoir guérie dans deux cas où il en a fait disparaître les prodromes, ou même la première période déjà assez prononcée (p. 171 et 172).

Voilà toujours Técueil des anatomo-pathologistes purs qui s'exercent à créer, par un certain nombre d'histoires terminées par la mort, des entités morbides dont ils puisent les caractères dans la dernière période de l'affection principale; ou dans la désorganisation et la mise définitive hors de fonctions de l'organe qui en est le siège. Comme M. Rochoux , M. Rostan n'a fait commencer sa maladie qu'au moment où la continuité des fibres cérébrales de mouvement a été rompue , et prenant cette méthode pour le plus haut degré de la perfection en médecine, et ce modèle de maladie comme le seul que la saine raison autorise , il nous a déclaré que les symptômes d'une maladie ne suffisent pas pour la caractériser (ibidem).

Si l'on suivait ce modèle dans la manière de concevoir toutes les maladies, comme le proposent tous les anatomo-pathologistes exclusifs, car il ne s'agit pas ici de la personne de M. Rostan , mais d'une méthode d'instruction; si l'on suivait ce modèle, disons-nous, il n'y aurait d'autres maladies que celles qui dépendraient de la détérioration des organes, telle qu'on peut la rencontrer dans les cadavres. Il en résulterait que tous les phénomènes morbides qui préparent et amènent les lésions de structure , ne seraient rien que des ombres fugitives qu'il n'y aurait nul mérite à faire

AlVAT. PATHOL. -f* PROFESSEUR ROSTAN. 669

disparaître ; que tous les me'decins qui ne vivent pas au milieu des morts dans les hôpitaux , seraient condamnés à passer leur vie au milieu des chimères ; que ceux même des hôpitaux qui n'auraient pas ouvert leurs malades, seraient dans une telle ignorance, malgré leurs ouvertures passées, sur la nature des maux dont ils les auraient délivrés, qu'ils n'aborderaient jamais une maladie qu'avec incertitude sur sa nature , et hésitation sur les moyens qu'il serait convenable de lui opposer.

C'est une singulière doctrine que celle de ne vouloir reconnaître les maladies que lorsqu'elles sont parvenues au degré où on les trouve dans les cadavres , c'est-à-dire à l'agonie ; c'est un singulier aveuglement que celui de s'obstiner à ne vouloir pas étudier les phénomènes qui préparent ces agonies, et de se condamner à ne jamais savoir comment les arrêter, et comment prévenir le foudroiement des organes. Telles sont pourtant les conséquences du refus obstiné d'étudier l'irritation pour se borner à l'étude de la désorganisation. Mais nous espérons bien que la masse de la génération qui s'élève reviendra de ces erreurs, et que justice sera rendue à la bonne méthode.

Après avoir posé les symptômes de son entité telle qu'il la conçoit, M. Rostan la compare avec toutes les maladies qu'il croit capables delà simuler: c'est le diagnostic différentiel dont l'idée n'est pas d'aujourd'hui , car les séméiologistes ont épuisé ce moyen ; et nous avons déjà vu que M. Rochoux en avait fait usage dans l'espoir de mieux caractériser sa maladie. Notre auteur en use de même : c'est une ressource précieuse pour les monographes, qui, sans l'accumulation d'une foule de faits détaillés , plus ou moins rapproches ou éloignés de leur maladie, ne produiraient que des mémoires et n'auraient pas assez d'étoffe pour faire de gros livres, à moins de cum.uler à supersatiété les obser--

660 MÉDTÎCINE DE t\ FRANCE.

valions particulières. Il est pourtant juste de dire que M. Rostan s'est contenté de décrire les maladies qu'il compare à son ramollissement , et qu'il n'a pas enflé son livre d'observations de maladies dont il ne traitait pas, comme l'a fait M. Rochoux, qui n'a pas moins traité, dans sa Monographie des maladies qui ont quelque rapport avec la sienne, que de la sienne même.

Parmi les maladies que M. Rostan compare au ramollissement, nous en trouvons plusieurs touchant lesquelles l'équivoque nous paraît impossible ; mais en revanche, il y en a quelques unes où elle est si facile , que, de l'aveu de l'auteur , la distinction est impossible. J'y vois d'abord un fait d'hémorrhagie entre la pie-mère et l'arachnoïde ; une autre d'hémorrhagie entre cette même membrane et la dure-mère; vine autre encore d'induration du cerveau , d'un côté, avec hémorrhagie dans les méninges.

Dans tous ces cas, les prodromes congestifs ont'donné le premier signal ; les membres opposés ont été fourmillans ou tiraillés; les facultés intellectuelles ont plus ou moins souffert; et enfin, lorsque la paralysie opposée s'est déclarée , elle n'a plus cédé et s'est accrue jusqu'à la mort, en même temps que s'accroissaient les troubles de l'intelligence , que se formait l'état comateux, et que divers points d'irritation se développaient dans les cavités viscérales.

Que faut-il de plus pour établir que le groupe de symptômes de M. Rostan correspond à plusieurs formes d'altérations organiques de l'encéphale , et que, par conséquent, il n'est nullement caractéristique du ramollissement partiel de cet appareil ?

Ajoutons à cela que dans plusieurs exemples , également rapportés par M. Rostan, de tumeurs squirrbeuses et inflammatoires traumatiques, la marche et la terminaison ont été les mêmes, à quelques douleurs et convulsions près qui peuvent manquer, puisque

ANAT. PATHOL. — Pl^OFESSElJR ROSTAN. 66 i

cela dépend de la susceptibilité des sujets dont les variétés sont infinies ; ce qui se trouve aussi prouvé par d'autres observateurs; et nous serons forcés de conclure que l'entilé morbide de M. Rostan ne peut rester telle qu il l'a conçue.

A l'instar des autres anatomo-pathologistes exclusifs, notre auteur ne traite des ca^^^e^- qu'après avoir épuisé les symptômes et leurs diverses complications : il les énumère en effet, mais c'est d'une manière pure et simple, sans aucune explication physiologique sur leur mode d'action. On trouve dans ses pages une liste d'excitans qui sont sans contredit ceux qui produisent aussi les autres affections irritatives du cerveau ; mais au lieu de nous dire que ces causes agissent soit en cumulant le sang dans la pulpe nerveuse, soit en déterminant un mode d'action qui peut ou l'enflammer ou l'asthénifier au point de la rendre fragile et ramollissable plutôt dans un point que dans un autre , on se contente de l'assertion vague qu'elles peuvent produire le ramollissement. Par cette méthode^ l'auteur évite de se compromettre : il prévient les objections que des explications trop physiologiques pourraient élever contre sa distinction toute brownienne des deux ramollissemens , et contre sa prétention de ne faire commencer la maladie qu'à l'époque de la solution de continuité du cerveau, c'est-à-dire à l'invasion de la paralysie. Mais il se prive aussi des données que l'hygiène aurait pu lui fournir pour prévenir cette même maladie , c'est-à-dire qu'en dérobant aux yeux des lecteurs la part que prennent les irritans extérieiirs à la production et à l'entretien de l'inflammation partielle et solutive du cerveau , il les empêche de découvrir les moyens les plus efficaces d'en arrêter les progrès.

Le traitement indiqué par M. Rostan pour le ramollissement auquel il accorde le caractère inflammatoire, est fondamentalement antiphlogistique; mais nous

n'approuvons pas la concession qu'il fait de plusieurs stimulans, soit internes , soit même externes, à titre de révulsifs, et nous préférons la thérapeutique toute physiologique de M. Lallemand ; thérapeutique d'ailleurs qui, peut-être, deviendra ou est devenue celle de notre auteur.

, Il résulte de ce qui vient d'être dit, que la doctrine médicale de M. Rostan était mixte en 1823, mais toutefois plus physiologique que brownienne, empirique ou éclectique. Quant à son genre de foi sur le mécanisme de Faction nerveuse, nous ne savons trop qu'en dire; elle est faiblement exprimée dans cet ouvrage. M. Rostan s'en rapportait encore à MM. Foville et Pinel-Grandchamp , sur les rapports des affections des corps striés et des couches optiques avec les paralysies des membres inférieurs et supérieurs. Il leur accordait aussi que la substance grise de l'encéphale pouvait être l'organe des facultés intellectuelles. Toutefois , comme il n'a point approfondi ces questions ^ nous ne prendrons point à tâche de les discuter, ni de les controverser avec lui ; M. Rostan doit avoir présentement, sur la pathologie, comme sur la physiologie proprement dite, des opinions différentes de celles qu'il avait en i823; car les faits s'accumulent, la science ne cesse de marcher, et nous ne saurions croire qu'il ait renoncé à la suivre dans ses progrès.

A^NATOMIE PATHOLOGIQUE MODERNE. 663

Page 1