APPLICATION DE L ANATOMIE PATHOLOGIQUE AUX MALA- DIES DES CÉPHALE
DIES DES VENTRICULES ET DE LA PERIPHERIE DE l'eN-
Nous venons de voir l'inflammation, l'hémorrhagieet la subinflammation dans les lobes du cerveau et du cervelet, et dans la protubérance annulaire. Les auteurs où nous les avons étudiées n'ont point rapproché ces maladies, ils ont fait au contraire tout leur possible pour les isoler, et pour les ériger en des entités dont chacun d'eux se constituait l'historien et s'efforçait de faire ressortir l'importance. Mais il est d'autres maladies encéphaliques dont nous n'avons encore dit que peu de choses , et c'est de celles-là que nous allons présentement discourir.
Il s'agit des irritations dont le principal siège est dans l'intérieur des ventricules latéraux, et qui peuvent se propager dans le troisième et le quatrième ventricule , et de celles qui affectent la périphérie de l'encéphale, où elles occupent le plus souvent les membranes qui sont le plus en rapport avec la substance nerveuse.
Les anatomo-pathologistes ont vraiment fait des recherches* curieuses et fécondes sur ces maladies, mais ils les ont traitées comme celles de la substance profonde, c'est-à-dire qu'ils les ont isolées les unes des autres par des monographies dont les conclusions constituent la doctrine présentement admise parmi nous sur ces affections- Avant d'aller plus loin, nous voulons dire notre opinion sur les fonctions des différentes parties de l'encéphale , nous l'avons déjà énoncée dans notre Cours de pathologie et de thérapeutique générales j mais nous espérons que ces pages paraîtront
avant les Leçons de pathologie où nous en avons traité, et d'ailleurs nous ne sommes pas fâché de revenir sur un sujet de cette importance.
On a fait voir qu'il y avait plus de nerfs destinés au sentiment, que les anciens ne l'avaient cru, puisqu'ils n'y plaçaient guère que l'optique, la portion molle de l'acouslique et l'olfactif; les autres leur semblaient pouvoir servir indifféremment au sentiment ou au mouvement, suivant la destination que recevaient leurs cordons.
Maintôdiant on sait que les fibres de mouvement se tressent souvent avec celles de sentiment dans leur trajet, et que les unes et les autres ont des points d'insertion différens dans le prolongement rachidien. Il n'est pas possible non plus de douter que les paires qui s'insèrent à la base et au centre de l'appareil encéphalique, n'y tiennent par deux ordres de racines, les unes destinées à la sensibilité, et les autres au mouvement, lorsqu'ils ont à remplir cette double fonction dans leur trajet.
Cela posé, nous professons l'opinion que la substance blanche qui dans la moelle épinière est postérieure , et donne insertion aux racines du sentir, conserve ce rôle en pénétrant dans le crâne , et de bas en haut, dans le quatrième ventricule, dans le troisième , dans les ventricules latéraux et dans les deux lames du septum lucidum; nous ne savons pas d'une manière précise si la surface supérieure du corps calleux est insensible, mais si la sensibilité proprement dite n'est pas à cette surface supérieure, comme nous le présumons, les fibres qui la composent doivent avoir des fonctions qui se rattachent à cette faculté, comme en étant une continuation.
Nous croyons que toutes les fibres blanches des régions qui viennent d'être nommées sont consacrées , les unes au sentiment , les autres à la pensée , qui en est une des conséquences; qu'après avoir été directe-
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ment ascendantes jusqu'à la |3artie supérieure du bulbe lachidien, les fibres de la surface postérieure de la moelle deviennent divergentes, et se rendent, les inférieures dans les lobes du cervelet, les supérieures dans les hémisphères du cerveau, pour y communiquer avec les fibres du mouvement musculaire.
Nous ne pouvons encore dire de quels points partent ces dernières; mais nous pensons qu'il est de toute nécessité qu'elles soient en communication dans la substance, et non loin de la périphérie du cervelet et du cerveau, avec celles du sentiment et de la pensée. Il nous paraît aussi que cette communication doit se faire dans la substance grise qui doit toujours s'y trouver entremêlée. Voici comme nous formulons notre pensée à cet égard.
De tous les points de la périphérie du cerveau et du cervelet, et de la substance grise qui s'y trouve, partent des fibres rentrantes et convergentes qui sont toutes de mouvemens musculaires. Celles du cerveau viennent former les pédoncules de ce viscère; celles du cervelet, fournissent les unes ses pédoncules et se réunissent sur la protubérance; les autres, les corps resliformes, car les pi^ocessus cerebelli ad testes nous paraissent être les fibres de sentiment qui vont tapisser les ventricles du cervelet, et qui seraient aussi bien nommées processus iestlum adcerebellum. Ce qui nous semble également certain, c'est que les fibres des corps restiformes sont de mouvement , et qu'elles descendent avec celles des pédoncules du cerveau jusqu'à l'extrémité de la moelle, établissant ainsi la communication du cervelet avec tout l'appareil musculaire.
Nous disons maintenant : i^ la surface blanche venant de la moelle, pour tapisser les parois des quatre ventricules, donne aux nerfs cérébraux les racines du sentiment; 2« la substance blanche provenant des pédoncules du cerveau et du cervelet et des corps resti-
formes leur donne les fibres du mouvement musculaire. Même mécanisme tout le long de la moelle, et sur les parties latérales au point de contact des fibres et des cordons antérieurs du mouvement, et du cordon postérieur ou de sentiment.
Voyons maintenant ce que produit l'irritation inflammatoire agissant sur les divers ordres de fibres du sentiment et du mouvement.
1° Placez l'irritation dans les fibres rentrantes avant qu'elles forment, ou lorsqu'elles ont formé les pédoncules du cerveau , aussitôt vous aurez des convulsions dans les muscles du côté opposé ; et dès que cette irritation aura produit la solution de continuité, soit par l'épanchement , soit par la suppuration ou le ramollissement , les muscles convulsés deviendront paralytiques; c'est ce qui résulte des travaux de MM. Rochoux et Rostan , et surtout des beaux rapprochemens de M.Lallemand. Dans l'un comme dans l'autre cas, les lésions du sentiment et de la pensée seront en raison de l'irritation qui sera communiquée auxfdires centrales formulait le système du corps calleux, et en raison de la congestion générale des hémisphères ; mais la douleur n'existera pas.
s° Placez l'irritation au-dessous de l'entrecroisement du bulbe rachidien,et d'un seul côté seulement, c'està-dire dans le trajet de la moelle : mêmes phénomènes par suite des résultats de cette irritation, mais du côté correspondant à Tirritalion, et au-dessous de la lésion, à moins que la congestion ne devienne assez considérable pour léser toute l'épaisseur du cordon médullaire, cas qui affecte le mouvement et la sensibilité de l'un et de l'autre côté à des degrés dont les variétés correspondent à ceux de la lésion organique.
3° Placez l'irritation dansle centre delà protubérance annulaire ou mieux du bulbe rachidien, paralysie de quatre membres , et même de tous les muscles de la
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locomotion et de la voix, le sentiment restant intact ; mais si la congestion devient assez forte pour presser la substance médullaire contre les parois osseuses, elle annule toutes les fonctions du point affecté, et la sensibilité se trouve lésée comme dans le trajet de la moelle* Cette lésion entraîne ordinairement la mort, parce que le besoin de la respiration ne peut plus être ni perçu, ni satisfait, attendu que le bulbe rachidien est le point où s'insèrent les racines du nerf pneumogastrique. On conçoit des nuances de lésion où le sentiment et le mouvement peuvent s'exécuter péniblement ; mais comme l'espace est peu étendu, et qu'il est bientôt envahi par la désorganisation, la mort est ordinairement le terme de cet état de lutte douloureux ; car les muscles respirateurs , qui s'insèrent audessous de l'altération organique, ne peuvent plus communiquer avec le point d'insertion de la huitième paire qui vient d'être détruit et ne peut plus provoquer des mouvemens inspirateurs.
Voilà l'histoire très sommaire des lésions du mouvement; voyons celle du sentiment et de la pensée.
4° Placez l'irritation dans les ventricules latéraux , vous aurez la douleur rapportée à la tète, et vous l'aurez par excellence, si l'irritation est vive et dans le mode inflammatoire aigu ; mais aussitôt que celle-ci aura produit l'accumulation d'un liquide, l'assoupissement se déclarera. Il sera d'abord fréquemment interrompu par la douleur, puis il restera prédominant jusqu'à la mort. Les convulsions seront passagères , et s'observeront plus fréquemment dans les muscles des yeux, dans ceux de la face , et dans les respirateurs supérieurs; car le troisième ventricule, et toute la base du cerveau , où s'insèrent les nerfs de ces organes, seront irrités et compromis. L'abolition générale du sentiment sera en raison directe de la compression des hémisphères du cerveau par i'épanchement , produit de l'irritation, qui les ira
pressant de plus en plus contre Tinlérieur de la boîte osseuse. La paralysie ne sera donc point ici directe ni primitive, comme dans les maladies des fibres de mouvement; elle sera d'abord consécutive à la perte du sentiment et de la pensée ; ensuite elle sera le résultat définitif de la torpeur du cerveau , comprimé, ramolli, désorganisé, etc.
5o Placez l'irritation à la surface du corps calleux , entre ce corps et les deux replis des hémisphères , elle n'y sera pas douloureuse , si elle est locale et circonscrite, comme elle le serait dans les ventricules, quoique elle puisse déterminer quelques douleurs ; mais on manque de faits suffisans sur les résultats de semblables irritations : ce que l'on sait pourtant , c'est que si l'irritation y engendre des produits qui compriment , elle pourra causer des convulsions intermittentes, et ensuite l'état obtus et l'abolition du sentiment et de la pensée, d'où résultera la torpeur musculaire; mais les muscles respirateurs et ceux des sens ne souffriront pas comme dans les affections des ventricules , parce que le mal ne tend pas à envahir la base de l'appareil encéphalique. Ici encore point de lésion primitive ni directe du mouvement musculaire; mais, pour résultat commun, l'impossibilité de penser et la perte du sentiment de tous les rapports aussitôt qu'arrive la période de compression.
j ()° Placez l'irrilation à la périphérie du cerveau, vous aurez des phénomènes morbides différens, suivant son siège et ses effets. Supposez-la siégeant sur le sommet des hémisphères et circonscrite : produira-t-elle un épanchement de sang qui puisse déprimer un hémisphère? paralysie des muscles du côté opposé. Un abcès, une tumeur quelconque, circonscrite, également déprimante, occupant la même région , occasionneront le même accident, précédé ou non de fourmillemens, de convulsions , s'il y a eu solution dans la substance ner-
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veuse^ ou phlegmasie locale des méninges... Des fongosités, des tumeurs sanguines, etc., s'y seront-elles développées? paralysies opposées, s'il y a dépression du lobe; mais si les os cèdent sans celte dépression, il n'y aura que des tiraiilemens musculaires opposés , des raideurs, des convulsions, des lésions diverses des sens, et la paralysie viendra difficilement... Est-ce une phlegmasie circonscrite , intéressant à la superficie la substance cérébrale grise, et même un peu la blanche, ou l'endurcissant , que vous voulez supposer dans ces mêmes régions? vous observerez des phénomènes convulsifs divers, le plus souvent opposés; mais s'il n'y a pas compression exercée sur le lobe, point de paralysie opposée non plus que dans les précédentes lésions.
Enfin vient rirritalion étendue de l'arachnoïde, ou plutôt de la pie-mère , enveloppe vasculaire sanguine , en contact immédiat avec la substance grise dans toute cette étendue, jusqii'au revers des circonvolutions où se rassemblent les fibres blanches qui doivent former les pédoncules du cerveau et du cervelet. Maintenant voici quatre cas principaux qu'il faut d'abord poser:
1° Que l'irritation règne primitivement au degré de l'inflammation aiguë dans ce réseau vasculaire, il en résulte trois ordres de phénomènes : (a) des douleurs céphalalgiques enveloppant plus ou moins les hémisphères; {b) le délire que précède l'embarras des idées; (c) les convulsions ou la disposition convulsive des muscles volontaires et respirateurs qui présentent souvent rendolorissement et la torpeur. L'état obtus, la somnolence, et la perte des rapports, en sont le terme au bout d'un temps plus ou moins long, lorsque l'époque de la compression et de l'épuisement de la force nerveuse est arrivée.
2" Que l'irritation se développe secondairement dans les fibres des hémisphères et de tout le cerveau par rinfluence d'un point de phlegmasie viscérale, elle vient
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aboutir dans la pie-raère qu'elle injecte , et tend à produire les mêmes symptômes que la méningite primitive, c'est-à-dire le délire, la céphalalgie et les convulsions; mais elle les produit moins yiolens , à moins qu'elle ne s'élève au degré de la méningite primitive. Ce sont ici les symptômes nerveux des fièvres jadis appelées adynamiques et ataxiques...
S'' Que l'irritation se développe primitivement dans les fibres nerveuses du sentiment et de la pensée [j'y comprends celles du cervelet) , par des causes , soit morales , soit physiques, de manière à occasioner le délire, sans que l'inflammation soit portée au point de produire la suspension de la locomotion et de la nutrition , ou d'occasioner un état fébrile prononcé; le délire et la perversion des phénomènes affectifs et des instincts restent les symptômes prédominans, et la maladie est dite j^//e. Eh bien ! dans ce cas-là, comme dans le précédent , l'irritation vient encore congester la pie-mère, et la méningite est imminente, ou bien même elle existe sous une forme subaiguë, ou sous une foi me tout-à-fait chronique, soit continue, soit intermittente.
4° Après ces trois cas fondamentaux, il s'en présente un quatrième non moins important. Supposez que la pie-mère, après avoir reçu l'irritation inflammatoire de l'une des trois sources indiquées, la conserve, et qu'il s'établisse une inflammation chronique, attaquant simultanément la périphérie médullaire des hémisphères du cerveau , la pie-mère et l'arachnoïde cérébrale et cérébelleuse,vous aurez, au bout d'un temps plus ou moins long, la démence et la paralysie générale.
N'est-il pas clair que , malgré la différence des symptômes, dans tous les cas que nous venons de passer en revue , la nature de la maladie est toujours la même ? Résumons-nous, mais en suivant une marche inverse de celle que nous avions d'abord prise.
i« Irritation dans les fibres du sentiment qui occupent l'intérieur des ventricules ^ douleur, convul-
sives par la douleur; et aussitôt que la compression et la congestion existent, perte des relations, destruction de l'innervation générale et mort. ;=i° Irritation à la périphérie, voisine du point où les nerfs du sentiment et de la pensée sont en rapport avec les nerfs du mouvement, douleurs , délire et convulsions. 5" Irritation dans les fibres rentrantes venant former ou ayant formé les quatre pédoncules, etc., fibres qui sont exclusivement pour l'action musculaire, tirailiemens, fourmillemens violens dans les muscles, sans douleur; et aussitôt que les fibres ont souffertla solution de continuité , paralysie croisée au-dessus de la décussation du bulbe rachidien , et directe au-dessous.
Voilà vraiment les trois formes radicales des irritations de l'appareil encéphalique; toutes les autres n'en sont que les complications ou les suites, ainsi qu'on peut le conclure des réflexions et des rapprochemens faits par M. Lallemand (i).
Disons maintenant quelques mots des principaux auteurs qui ont éclairé, par des monographies ou des mémoires, ces cas en apparence si différens ; car les bornes qui nous sont imposées dans cet ouvrage ne nous permettent plus de longs détails.
Ce fut sous le nom d'hydrocéphale aiguë que l'inflammation des ventricules du cerveau prit place dans la pathologie, lorsque Fothergill, après plusieurs autres médecins, soit français, soit anglais , en eut publié des observations particulières. Odier, de Genève, lui donna pour signe spécial l'oscillation des pupilles, symptômes dont il venait de faire la découverte. Plusieurs autres observateurs s'en occupèrent; mais Coindet la fit connaître mieux encore par une bonne Histoire anaiomique ^ etc., qu'il en donna. On y voit la prolongation de l'épanchement des ventricules dans le rachis, la coïncidence de tubercules, de
(i) Nous parlerons ailleurs des effets des lésions du cerveleti
kystes dans la substance cérébrale; cas qui rentrent dans ceux observés par M.Rochoux. On y trouve aussi desramollissemens cérébraux, des méningites plus oumoins étendues; plus, la complication desphlegmasics abdominales, désignées sous les noms d'altérations lympbatiques du foie et du mésentère, car les gastrites et les entérites n'étaient pas encore à l'ordre du jour parmi les médecins genevois ; enfm jusqu'à des affections du péricarde et autres phlegmasies des membranes séreuses ; ce qui fait voir combien sont vaines les prétentions de ceux qui veulent mettre tous les symptômes et tous les désordres sur le compte de la maladie qu'ils ont entrepris de monographier , et prouve la nécessité de suivre de l'œil le phénomène de l'inflammation dans tous les organes qu'il peut successivement envahir, aussitôt qu'un premier pointde phlegmasie apris assez d'intensité pour provoquer l'état fébrile. Toutefois nous devons convenir que cette vérité, qui appartient à la doctrine physiologique, ne pouvait être révélée que par les recherches que l'on était porté à faire pour étudier et mettre au net les entités morbides des auteurs.
D'autres médecins , parmi les Français, ont encore publié des travaux sur les maladies inflammatoires, où l'iiydrocéphale aiguë paraissait jouer le premier rôle, et l'on était parvenu, avec ces données réunies à celles deCoindet, à la diviser en deux espèces, l'une active et vraiment inflammatoire, l'autre passive, sorte d'inflammation lymphatique, que personne sans doute n'a mieux comprise que ceux qui l'avaient inventée. Mais c'était alors la mode : un reste de brovvnisme introduit par Pinel, obligeait tous les auteurs qui écrivaient sur les inflammations à les partager en actives et en passives, et ces dernières étaient ou lymphatiques ou nerveuses. N'est-ce pas celte impression que nous avons reconnue dans l'ouvragede M. Rostan
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et que les progrès de la bonne doctrine ont fait disparaître dans celui de M. Rochoux, sans que d'ailleurs il en ait eu le moindre soupçon ?
Au surplus , nous passerons sur tous ces travaux pour arriver au mémoire de M. Dance, dont la doctrine fait encore loi dans l'école de Paris.
Travail de Dance sur l'hydrocéphale aiguë.
Cet auteur a construit son entité avec des observations terminées par la mort. Cela fut excusable autrefois ; mais aujourd'hui les progrès de la méthode physiologique font une loi de ne conclure, sur une maladie quelconque, qu'après l'avoir considérée dans ses rapports avec toutes les autres affections d'organes qui peuvent, ou la déterminer, ou être provoquées par elle ; qu'après l'avoir prise dans son berceau , et avoir eu des exemples des avortemens , des recrudescences qu'elle peut éprouver par certaines causes, et des influences qu'exercent sur elle les différens modificateurs qu'on lui oppose. Or, les hydrocéphales citées par Dance ont toutes été fort mal traitées ; elles ont marché d'un seul jet vers la destruction , à l'exception de celle qui , guérie en apparence , récidiva par l'influence d'une émission volontaire de sperme ; nul ne peut donc conclure de la marche qu'elles ont suivie à la marche nécessaire de cette phlegmasie, sans tomber dans l'erreur la plus déplorable.
L'auteur se trouve souvent embarrassé par la ressemblance de quelques autres phlegmasies cérébrales avec celle qu'il veut faire connaître mieux qu'on ne la connaissait avant lui. C'est parce qu'il n'a pas assez senti que tout ce qui irrite et comprime l'encéphale peut fournir des symptômes plus ou moins analogues à ceux des irritations des ventricules. C'est ainsi que ce qu'il appelle hypertrophie du cerveau se confond avec l'hydrocéphale. Cette hypertrophie est en effet une ir-
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ritation de nature inflammatoire , dans laquelle le sang , en stimulant le centre nerveux, produit d'abord de la douleur, des convulsions, et ensuite l'abolition des sens, de l'intellect et des mouvemens musculaires , phénomènes qui doivent avoir beaucoup de ressemblance avec ceux de la maladie traitée par Dance.
Il en est ainsi de certaines méningites de la circonférence; et la ressemblance est d'autant plus grande, qu'elles prédominent davantage à la base , puisque plusieurs des symptômes de l'hydrocéphale aiguë dépendent moins de l'irritation des ventricules que de celle de la base du cerveau, qui, d'ordinaire, s'y ajoute.
Il est bon de tenir note des symptômes qui correspondent à chaque siège et à chaque nuance de l'inflammation d'un appareil ; mais vouloir absolument faire de ces irritations partielles, si rarement simples, des maladies particulières, c'est une prétention que l'expérience ne justifiera jamais.
Aussi Dance n'a-t-il pu parvenir à trouver un nombre suffisant d'exemples de son entité dégagée de toute complication , et s'esl-il vu forcé de déclarer, après les nécroscopies, que tantôt la toile arachnoïdienne conduisait l'inflammation à la base, que tantôt l'inflammation ne se déclarait dans les ventricules qu'après avoir régné à la surface conxexe , tandis que , dans d'autres cas, elle semblait avoir suivi une route inverse; ce qui, joint à ses cas d'hypertrophie aigdé, c'est-à-dire d'inflammation méningo-encéphalique, achève de mettre le comble aux difficultés qu'il s'efforce en vain de surmonter.
Au surplus , il note parfaitement l'influence de la méningite de la base sur la raideur de la léte et du col et celle de l'irritation et de la réplétion des ventricules sur les yeux , qui en deviennent convulsés et roulans , pendant que les pupilles sont oscillantes, comme l'avait indiqué Odier ; il parle aussi des cris dits hydrencé-
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phaliquesqui interrompent la somnolence, produisent l'agitation convulsive, signes qui indiquent que l'inflammation attaque le centre de la sensibilité; mais ces faits ne pouvaient lui servira établirson entité d'unemanière indépendante, puisque souvent ils ne sont que consécutifs à l'inflammation de la surface convexe qui cause aussi de la douleur et des convulsions. La prolongation de l'inflammation et de l'épanchement dans le rachis vient encore ajouter à l'embarras de cet auteur, et d'autant plus que les symptômes ne peuvent pas en être saisis lorsque la détérioration de l'encéphale est portée au point d'empêcher leur manifestation.
Nous ne disons pas cela dans l'intention de déprécier le travail de cet anatomo-pathologiste ; Dieu nous en garde! mais afin d'arriver à faire comprendre à nos lecteurs qu'il a commis une grave faute en insistant pour conserver à sa maladie le nom à'Iijdrocéphale aiguë. C'est ce qu'il faut ici leur démontrer par de nouvelles preuves.
Le motif qu'il en donne , c'est que la compression exercée par l'accumulation de la sérosité dans les ventricules détermine la physionomie spéciale de la maladie, et la caractérise par les phénomènes de la compression , consécutifs à ceux de l'irritation. Mais c'est là précisément , suivant nous , qu'est le vice : c'est celui de tous les anatomo-pathologistes, habitués à tirer les caractères des inflammations de la dernière période, qui d'ordinaire est celle de l'incurabilité. Caractériseznous la phlegmasie d'un organe par un groupe de symptômes qui nous la fasse reconnaître dès son début, afin que nous puissions la traiter avec succès : ditesnous ensuite quels signes correspondent à telle ou telle prédominance de siège, à tel ou tel degré d'altération de l'organe ou de l'appareil , et proportionnez-nous le pronostic , comme les moyens de traitement , à chacune de ces circonstances, C'est ainsi que vous servirez;
la science et rhiimanité. Mais vous borner à faire entendre des doléances sur les cas d'incurabilité , et nous dire , et nous répéter à satiété , que lorsque nous avons arrêté une inflammation cérébrale ou gastrique commençante, nous n'avons rien fait de bien important, et que vous nous défiez de guérir votre entité, parce qu'elle est malheureusement au-dessus des ressources de Fart ; proclamer cette sentence à son de trompe , après nous avoir cité trente ou quarante cas qui n'ont été incurables, pour la plupart, que parce qu'on les a traités d'une manière opposée au bon sens et à la raison ; c'est prêcher une erreur impardonnable au degré où la science a été élevée par les travaux des physiologistes.
Vous avez raison de nous dire que tel degré d'altération organique est le plus souvent incurable ; mais vous avez très grand tort de faire de ce degré la maladie ; car la vraie maladie est dans l'action morbide qui a produit cette altération. Vous êtes coupables de ne pas le savoir , puisque ce fait est démontré ; et Yous Têtes d'autant plus que vous faites toutes sortes d'efforts pour prouver que cette action morbide n'est pas la maladie, et qu'il n'y a rien de grave, rien dont la guérison ait quelque mérite avant les signes qui témoignent de l'altération organique et de l'incurabilité.
La cause de ces erreurs est trop facile à trouver ; elles dépendent , nous l'avons prouvé, de ce que bien des jeunes gens trompés par des maîtres... que nous ne voulons pas qualifier, refusent de commencer leurs études par l'irritation ; de ce qu'ils la regardent sur parole comme hypothétique; enfin, de ce qu'ils pensent , toujours séduits par certains oracles, que la médecine n'aura de certitude que lorsque tous les symptômes n'auront plus d'autre usage que celui de représenter de grosses et belles altérations organiques qui frappent tous les sens.
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Nous ne craignons pas de dire que tant que l'enseignement marchera sur ce pied , les médecins laisseront venir les altérations incurables dans une foule de cas où ils auraient pu les prévenir; car ils ne sauront jamais ce qu'ils ont fait lorsqu'ils les auront prévenues ; ce qui les empêchera nécessairement de se faire une méthode pour y réussir toutes les fois que la chose sera possible.
Ces réflexions ont signalé le vice fondamental de Dance, qui est mort sans avoir pu s'affranchir du scepticisme , et qui certes était né pour faire plus qu'il n'a fait ; car il joignait à des moyens distingués la bonne foi et la probité, qualités malheureusement trop rares parmi des jeunes médecins qui travaillent aujourd'hui à l'oeuvre de la reconstruction de notre édifice scientifique (i).
Travail du docteur Calmeil , sur la paralysie des aliénés.
Ce titre est trop modeste. M. Calmeil a traité de l'inflammation chronique de l'encéphale et de ses membranes qui conduit à la démence et à la paralysie générale. Cette inflammation est fréquente chez les aliénés; mais elle peut être primitive ; la manie peut venir la compliquer si l'inflammation chronique s'élève jusque près de l'état aigu ; mais alors elle est de moindre durée, car la désorganisation de l'appareil est trop avancée pour supporter long- temps la forme aiguë de l'inflammation; souvent aussi l'encéphalo-méningite, car c'est ainsi qu'il faut dénommer la maladie traitée par M. Calmeil , chronique dès le début, poursuit sa marche jusqu'à la fin sans changer de nuance, mais rarement sans quelques excitations convulsives , et plus rarement encore sans congestions sanguines générales de l'appareil, qui tendent au coup de sang.
(i) Ce serait ici le lieu de résumer les importans travaux de MM. Martinet, Parent duChâtelet et Ménièresj mais l'espace nous manque , et nous sommes réduit à renvoyer nos lecteurs h, ce que nous avons dit des méningites au début de ce chapitre.
Autre chose également à noter, c'est que ces congestions peuvent se faire , tantôt dans un hémisphère , tantôt dans l'autre , de manière à présenter des apoplexies qui ne peuvent être distinguées de celles de M. Rochoux que par leur giiérison sans hémiplégie, et que leurs retours sont en raison des pléthores et des excitations accidentelles du cerveau. La caverne hémorrhagique n a été rencontrée qu'une seule fois par notre auteur ; ce qui prouve toutefois qu elle peut exister avec Fencéphalo-méningite générale.
Plusieurs faits d'une haute^imporîancepar les conséquences qui'peuvent en découler nous ont frappé dans la înarche que M.Calmeilatracée de l'affection dont il s'agit.
L'auteur fait débuter la paralysie générale le plus souvent par un premier degré où les membres commencent à fléchir et le bégaiement à se faire apercevoir ; c'est le début par l'affection musculaire. Il en est un second, beaucoup plus rare, où l'affaiblissement de la mémoire ouvre la scène, les prodromes de paralysie ne viennent que plus tard ; mais après Vun comme après l'autre début, la paralysie et la démence se complètent au point d'amener le sujet à l'immobilité, qui n'est interrompue que par des convulsions fort irrégulières , et à la stupidité avec perte des affections , état que suspendent quelquefois des agitations maniaques, ou des fureurs passagères, et qu'aggravent des congestions cérébrales qui peuvent s'élever jusqu'à l'intensité de coup de sang.
Voilà la marche générale tracée par l'auteur; mais nous demanderons si l'on peut dire, en bonne physiologie , que la maladie vitale ne commence qu'avec les indices de paralysie et de perte des facultés intellectuelles et affectives.
Nous ne le pensons pas lorsqu'il s'agit d'un paralytique en démence qui souffre depuis un temps plus ou moins long des accès de délire maniaque; car il est
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évident, du moins pour nous, que l'irritation inflammatoire subaiguë existait dans les mêmes organes où le paralytique nous en présente les traces, et que la paralysie , comme la démence , ne sont ici que le signal de la désorganisation que cette irritation a produite. Nous en dirons autant pour les cas où la maladie de M. Calmeil succède aux inflammations encéphalo-méningitiennes aiguës qui ont existé sous la forme de frénésie; mais notre auteur n'en rapporte aucun exemple. Restent donc maintenant les cas de paralysie générale démentique , qui ont débuté sous la forme chronique primitive; c'est-à-dire sans avoir été précédés, ni de folie avec agitation , ni de frénésie fébrile. Pour savoir à quoi s'en tenir sur cette question , il faudrait , nous diront plusieurs sceptiques, posséder une monographie sur cette encéphalo-méningite chronique primitive. Nous conviendrons qu'un pareil travail pourrait, s'il était bien fait, porter la conviction dans tous les esprits ; mais est-il nécessaire aux médecins vraiment physiologistes? nous ne le croyons pas. La démence et la paralysie générale ne peuvent signaler que des altérations organiques déjà formées, et il n'est point naturel que ces désordres se forment sans avoir été précédés d'une irritation appréciable des fonctions de l'organe ou de l'appareil qui en est le siège , surtout lorsque cet appareil exécute des actes aussi patens que ceux du cerveau.
On nous demandera donc par quels signes antérieurs à ceux de l'affaiblissement des muscles, et à la torpeur des mémoires (car elles sont multiples) nous entendons faire débuter l'encéphalo-méningite générale. La réponse nous semble facile... Par tous les symptômes qui accusent l'existence d'une irritation chronique intéressant l'ensemble de l'appareil encéphalique.
Craignons donc le développement de cette funeste affection pour les sujets tourmentés par une migraine
dont les accès se rapprochent de plus en plus; pour tous ceux qui sont habituellement affligés de pesanteurs de tête, de sifflemens' d'oreilles, d'éblouisseniens, de vertiges , qui, quoique palliés par les efforts de l'art , reparaissent en s'aggravant par des causes en apparence assez légères; pour les hommes de lettres grands travailleurs qui ont perdu, avant l'âge, la mémoire, l'attention, la facilité du travail ; car l'expérience nous prouve tous les jours, quoi qu'en ait dit le docteur Rochoux, que les esprits les plus forts et les plus méditatifs peuvent finir par la démence paralytique; pour les personnes qui ont eu plusieurs attaques de coup de sang, et dont la tète reste habituellement souffrante ou simplement appesantie; pour celles qui souffrent des mêmes incommodités, à la suite des suppressions d'hémorrhagies, de dartres, de plaies suppurantes ou d'exutoires qu'elles auront portés pendant plusieurs années; en un mot , pour toutes celles qui ont la tête continuellement ou fréquemment douloureuse et pesante, qui sont devenues somnolentes depuis un certain temps , dont les oreilles sifflent, qui croient sentir des bruits, du tumulte dans la tête, sans pouvoir être accusées de maux imaginaires ou de préventions mal fondées. Voilà, dira quelqu'un, les prodromes de la folie , de l'apoplexie , du ramollissement cérébral , etc. : tant mieux ; cela prouve le rapport de tous ces modes d'altérations organiques avec l'irritation, leur mère commune; et le médecin doit comprendre cette vérité afin de les prévenir.
Plaçons sur la même ligne tous les sujets déjà porteurs d'une irritation chronique de l'encéphale d'une autre forme ; tels que ceux qui ont eu des attaques d'apoplexie suivies d'hémiplégie; ceux qui ont reçu des coups à la tête , à la suite desquels le cerveau a beaucoup souffert , soit qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas solution de continuité des os du crâne. Rangeons-y,
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sans hésiter, les hommes à constitution mal nutritionnée dans le premier âge, qui ont été ou sont encore scrofuleux , cancéreux ou tuberculeux , lorsqu'ils ont senti des douleurs de tête fixes, atroces, interrompues par des convulsions , des coups de sang, des pertes de connaissance, des attaques d'épilepsie, parce qu'une telle pensée nous conduit à présumer l'existence de tumeurs ou productions quelconques subinflammatoires dans l'encéphale, altérations qui, comme nous l'avons vu, produisent aussi bien la démence paralytique qu'elles produisent les ramoUissemens et les hémorrhagies par rupture du cerveau, ou des principaux troncs vasculaires de cetorgane. Lesobservations de notre auteur nous confirmeront dans cette manière de voir, car il a rencontrétous ces genres d'altérations organiquesavec ceux qui sont propres à la démence et à la paralysie générale.
Personne ne nie que tousces infortunés , dont nous venons de produire la liste déjà trop longue, quoiqu'elle puisse l'être encore davantage , sont sujets à la folie ; eh bien ! cette folie , qu'est-elle donc autre chose qu'un degré d'altération moins profond , moins étendu , surtout pkis aigu , que celui auquel correspond la démence paralytique de M. Calmeil ?
Ces rapprochemens , ces réflexions nous conduisent à conclure que cet auteur, quoique marchant dans la voie physiologique , s'est montré trop circonspect, et n'a pas tiré de son sujet tout le parti qu'il aurait pu en tirer, s'il ne se fût pas renfermé dans la paralysie générale des aliénés. 11 a donc commis, selon nous, la même faute que les autres] anatomo-palhologistes de l'encéphale dont nous avons rappelé les travaux dans ce chapitre; et, pour marcher dans la voie du perfectionnement , les médecins qui leur succéderont devront envisager leur sujet d'un point de vue plus élevé et plus fécond en vues thérapeutiques et hygiéniques.
Ce que nous avançons en ce moment est pleinement
GSa MÉDEcmE de la france.
confirmé par des détails d'anatomie pathologique dont est rempli le précieux travail de M. Calmeil. Nous allons le prouver en consignant ici les principales réflexions que ses ouvertures de cadavres nous ont suggérées. En effet, ses autopsies nous prouvent, comme celles des anatomo-pathologistes dont nous avons médité les travaux sur l'encéphale , que l'inflammation y chemine et s'y propage dans toutes les directions, et sous toutes les formes possibles.il l'a trouvée rarement bornée à la périphérie du cerveau et du cervelet, quoique ce soit là son siège prédominant; rarement il a manqué de rencontrer la pie-mère injectée , enflammée, et cela, en divers points, et adhérente à la substance grise qui s'offrait aussi injectée , endurcie , violacée, et se détachant plus ou moins lorsqu'on enlevait la pie-mère. Cette altération, qu'il regarde, avec raison, comme la principale, a pourtant manqué parfois, et s'est trouvée remplacée par l'infiltration séreuse, ou Tune et l'autre ont prédominé dans des régions différentes. Des cas se sont offerts où la substance blanche des corps calleux était indurée , et où la démence avait de long-temps précédé les symptômes de paralysie ; ce qui tend à prouver l'opinion par nous émise, que cette portion de l'encéphale est le siège de la pensée.
Les douleurs de tète et la fureur, qui ont toujours existé lorsque l'intérieur des ventricules a été trouvé villeux, et portant des traces évidentes d'inflammation, fortifient manifestement cette donnée.
Lorsque la substance grise de la périphérie cérébrale et cérébelleuse était injectée, ramollie, endurcie, plus souvent encore violacée, et offrant des traces de phlegmasie , on était presque sur de trouver celle des corps striés, des couches optiques, des cornes d'Ammon, et même de l'intérieur du cervelet , affectée de la même manière. Ces lésions correspondaient aux cas , à beaucoup près les plus commues , où la maladie avait dé-
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buté par les phénomènes de paralysie. Ce fait ne tendil pas à établir que l'inflammation de la substance grise tourmente particulièrement les racines des nerfs musculaires , et y détruit la faculté d'innervation avant de l'affecter dans les fibres de la pensée ?
Ces rapprochemens ne semblent -ils pas établir, comme nous l'avons avancé précédemment , i** que les fibres blanches de la sensibilité sont dans Tintérieur des ventricules cérébraux et cérébelleux, continues avec celles de la surface postérieure de la moelle ; 2** que les fibres blanches de la pensée et des affections sont dans l'épaisseur des corps calleux et dans la couche profonde des fibres blanches du cervelet ; 5" que les fibres blanches du mouvement musculaire commencent dans la substance grise de la périphérie du cerveau et du cervelet , pour se rapprocher et former les pédoncules de ces deux portions de l'appareil encéphalique ; 4" que la substance grise n'est qu'un tissu vasculo-méduUaire intermédiaire entre les vaisseaux sanguins et les fibres blanches qui sont celles de la sensibilité, de la pensée, des affections, et du mouvement musculaire ; 5"* enfin que cette même substance grise est partout le rendez-vous commun des fibres de la sensibilité , de celles de la pensée , de celles des affections, et de celles du mouvement musculaire? C'est la ce rendez-vous que la sensibilité, la pensée et les affections doivent donner l'impulsion au mouvement musculaire. Mais y a-t-il continuité entre celles des trois premiers ordres et celles du quatrième, ou du mouvement musculaire ; ou bien n'existe-t-il là qu'une simple contiguïté dont la substance grise serait rintermédiaire.^^ Nous ne saurions résoudre cette question difficile ; c'est à l'anatomie comparée qu'il appartient delà traiter. Toutefois nous y reviendrons; mais nous serions charmé que d'autres l'abordassent et l'approfondissent avant nous.
Enfin nous établirons comme un fait très probable, résultant des mêmes données, que, dans toutes les régions formant les masses cérébrales et cérébelleuses, où il arrive des fibres de sentimens et des fibres de besoins ou de pensées , il doit se trouver des fibres qui correspondent à tous les muscles que ces facultés peuvent faire mouvoir. De là une énorme multiplication de ces fibres chez l'homme, puisqu'elles sont toujours proportionnées au nombre et au développement de ses instincts , de ses pen,chans et de ses pensées , fait qui nous semble seul capable d'expliquer !a supériorité de volume du cerveau de l'homme sur celui des animaux qui se rapprochent le plus de lui.
Au surplus, notre idée n'est ici qu'à peine ébauchée; nous la développerons dans la seconde édition de T/rritation et de la Folie^ où elle sera mieux à sa place. Nous nous contenterons d'ajouter que l'objection que nous fîmes autrefois à Gall , avec bien d'autres , de n'avoir point admis un point central chargé seul de recevoir les impressions et de déterminer les mouveniens , ne saurait nous arrêter si on nous l'adressait présentement à nous-mérae. Notre réponse est prête depuis long-temps.
M. Calmeil se donne beaucoup de peine pour le diagnostic différentiel de sa paralysie. Cela se conçoit aisément, puisque la grande majorité des affections chroniques de l'appareil encéphalique peut aboutir à la perte de l'action musculaire , lors même que le mal n'existerait primitivement que d'un seul côté. Lallemand a prouvé ce fait, en montrant que la congestion d'un hémisphère entraîne l'irritation , et puis la compression de l'autre. Toutefois , la paralysie générale que M. Calmeil a voulu désigner, et qu'il a choisie gour le sujet de son ouvrage, est celle qui se forme peu à peu, et marche conjointement avec la dépravation successive des facultés in-
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tellectiielles et affectives jusqu'à conduire les victimes au dernier degré de l'impuissance musculaire et de l'abrutissement moral. Ainsi, toutes les fois que les paralysies générales apparaîtront subitement , elles ne rentreront point dans celles de son ouvrage. Il en sera de même de celles où l'intelligence, les instincts et les affections resteront intacts; car on aura par là la preuve que les hémisphères cérébraux et cérébelleux n'y seront point participans. Celle-là rentrera de droit dans les maladies du prolongenient rachidien, dont M. le docteur Ollivier a si bien tracé l'histoire. Remarquez que la paralysie générale des muscles du docteur Calmeil entraîne celle des facultés intellectuelles, des instincts et des penchans, parce qu'elle suppose l'irritation commune aux fibres nerveuses des muscles et à celles du sentir et de la pensée. Aussi, les premiers muscles qui témoignent de l'affaiblissement paralytique sont-ils ceux qui servent à la parole ; leur action souffre avec celle de la mémoire des mots et des évènemens récens ; preuve certaine que l'irritation réside dans les hémisphères eux-mêmes. Si la parole était seule embarrassée, l'intellect restant intact , ou du moins se rétablissant d'abord après avoir été subitement aboli , ce qui arrive à la suite des paralysies doubles par l'hémorrhagie double du docteur Rochoux, on n'aurait pas de preuve que la substance grise de la périphérie fût attaquée ; mais , lorsque plus tard les facultés morales des paralytiques s'affaiblissent, on peut juger que la masse entière des hémisphères a reçu l'irritation , et qu'une altération plus ou moins rapprochée de la paralysie de M. Calmeil se prépare. Rien de plus certain, puisque nous apprenons de M. Rochoux que , dans les démences secondaires à l'apoplexie, les cerveaux offrent, outre des ramollissemens partiels , un surcroît de sécrétion séreuse dans le tissu de la pie-mère, ou l'injection et l'adhérence de cette
membrane à la substance grise, et même des collections de sérosité dans les ventricules, preuves certaines qu'il y a eu encéphalo- méningite consécutive. Il est donc clair que, dans ces cas , la maladie de M. Calmeil survient consécutivement à celle de M. Rochoux ; que toutes deux sont l'effet de l'irritation de l'encéphale , et que, par conséquent, leur nature n'est point différente ; mais la différence de la marche des premiers temps, et surtout l'attaque brusque de la paralysie suivie d'une progression pendant un temps plus ou moins long vers la guérison, ne permettent pas une erreur de diagnostic sur le siège. Toutefois , il faut convenir que les paralysies générales par la double hémorrhagie des hémisphères, ou par l'hémorrhagie centrale du pont de Yarole, ou du bulbe rachidien , peuvent rarement simuler la paralysie de M. Calmeil, attendu qu'elles sont le plus souvent promptement suivies de la mort. Il en est ainsi de celle qui frappe simultanément les deux lobes du cervelet, et c'est un embarras de moins pour le diagnostic de M. Calmeil.
Cet auteur croit encore devoir prévenir ses lecteurs contre la déception qui pourrait naître pour eux d'un ramollissement chronique supposé dans les parties centrales du cerveau proprement dit (corps calleux , voûte à trois piliers, septum médium, centre de la protubérance ou centre du cervelet). Il ne songe pas que l'induration de ces mêmes parties lui a donné une démence qui a duré plusieurs mois avant de se compliquer de paralysie musculaire, par la raison que les points irrités étaient ceux de la pensée , des affections et des instincts. L'analogie porte à penser que le ramollissement, qui est, comme l'induration , un effet de laphlegmasie chronique, devrait donner un groupe de symptômes analogues. M. Calmeil soupçonne que le3 fourmillemens , les raideurs d'un grand nombre de
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muscles pourraient ici faire penser au ramollissement. Il en juge sans cloute par celui des corps striés et les couches optiques décrits par M. Rostan, qui, en effet , donnent ces symptômes; mais, pour nous, l'analogie est loin d'être complète, car les ramollissemens de M. Rostan s'opèrent sur le trajet des fibres qui vont aux muscles , tandis que ceux dont vient de parler M. Calmeil ont leur siège dans les fibres de la pensée , des instincts et des affections. Si donc les lésions musculaires dont il s'agit apparaissaient également et indifféremment dans les différentes régions de l'appareil musculaire , nous penserions plutôt au ramollissement double des corps striés et des couches optiques , ou bien à celui du centre de la protubérance annulaire, qu'à celui du corps calleux, de la voûte du septum lucidum, ou du centre du cervelet. Au surplus, ces derniers doivent être rares à l'état chronique, puisqu'ils le sont tant à l'état aigu , comme l'observe judicieusement le docteur Calmeil ; et nous ne croyons pas que la méprise qu'il redoute soit commise par un médecin instruit et profondément observateur.
Un ramollissement double , un abcès enkysté également double des hémisphères du cerveau, pourraientils être pris pour la maladie de M. Calmeil ? Il le craint, mais il pense que la marche en serait moins lente que celle de la paralysie générale des aliénés, que d'ailleurs la santé physique serait plus gravement altérée, la nécessité de garder le lit beaucoup plus prompte, qu'il y aurait des rétractions dans les membres, ou des mouvemens cloniques, ou des accès épileptiformes, et qu'un côté serait plus affecté que l'autre.
Le centre des hémisphères du cerveau , au-dessus et en dehors des corps striés et des couches optiques, contient des fibres du corps calleux en majorité, et peut-être des fibres destinées aux muscles. Mais nous pensons qu'elles y sont en minorité 5 il ne renferme
point de substance grise ; ce qui fait que l'inflammation et le ramollissement y sont rares. Nous n'y avons point observé ce dernier mode d'altération ; mais nous y avons rencontré un double abcès, et il n'y avait ni douleurs, ni tiraillemens, ni convulsions, ni paralysie. La stupidité, la presque immobilité, l'insouciance , la taciturnité, sans aucune difficulté de prononciation, étaient les seuls symptômes apparens. Cela nous porte à croire que les fibres de la pensée et celles des affec* lions étaient les seules attaquées. Peut-être que ces abcès, plus étendus, auraient affecté des fibres musculaires; mais ce fait prouve toujours que de grands désordres, des désordres tels que ceux dont parle M. Calmeil, sont possibles dans ces régions, sans qu'il apparaisse aucun des troubles musculaires sur lesquels il compte pour prévenir toute confusion avec la paralysie générale des aliénés. Toutefois, on doit attendre de nouveaux faits pour se prononcer.
Un cancer cérébral, des tubercules, des tumeurs quelconques affectant également les deux côtés, ne pourraient être pris pour l'encéphalo-méningite de M. Calmeil; des douleurs, des convulsions, quelques inégalités de lésion dans les deux côtés du corps , ne préviendraient pas moins l'erreur que le défaut de similitude dans la progression des dégradations musculaires, instinctives, affectives, intellectuelles. Ainsi, passons sur ce point ; mais notons pourtant que la complication de l'encéphalo-méningite peut survenir dans ces cas; mais comme ils sont très rares, elle a beaucoup plus souvent lieu avec ceux où les mêmes lésions sont ou d'un seul côté ou irrégidièrement situés dans l'appareil encéphalique.
Une exostose égale des deux côtés , faisant saillie à la surface interne du crâne; une hémorrhagie double, fournissant un double caillot égal sur les surfaces convexes des hémisphères, sont encore des possibilités
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auxquelles nous estimons qu'il est inutile de s'arrêter: la marche indolente (le rencéphalo-méningite chronique n'y serait assurément pas.
Il en serait de même pour le rétrécissement du trou occipital déjà observé par M. e docteur Ollivier : et d'ailleurs quelques douleurs, saiUies ou lésions quelconques de la région occipito-cervicale mettraient sur la voie ; car le trou occipital ne se rétrécit pas dans l'état normal.
Ce serait à tort que M. Galmeil craindrait l'équivoque de la part de la chorée ; mais le tremblement de certains viellards qui offrent aussi parfois une marche cadencée, ou qui ne peuvent s'arrêter lorsqu'ils sont lancés, quoiqu'ils soient d'ailleurs bien portans, pourrait justifier davantage ses appréhensions... Ces symptômes, en effet, décèlent pour nous une méningite chronique de la périphérie, et c'est à juste titre que M. Calmeil redoute pour eux la démence et la paralysie générale, s'ils vivent assez long-temps pour cela, car l'expérience nous a déjà fourni des exemples de cette terminaison, qui n'est pour nous que la détérioration du cerveau, consécutive à celle de son enveloppe vas» culaire.
Le pronostic et la terminaison sont bien tristes dans l'ouvrage de M. Calmeil. Royer-Collard n'a pas vu un seul exemple de guérison, et notre auteur ne peut citer que deux succès du traitement, auxquels encore il n'attache pas une grande importance. Nous avons donné d'avance la raison de ce funeste pronostic: en prenant la phlegmasie chronique méningo-encéphalique à une époque moins avancée , il aurait eu quelque chose de plus consolant à nous annoncer. Mais il n'avait pas sans doute la conviction que les formes diverses de l'irritation encéphalique, qui peuvent précéder la démence et la paralysie dite des aliénés, fussent de même nature que l'irritation sous l'influence de la- 4. 44
quelle ces deux phénomènes morbides se manifestent, et qu'ils ne fussent que les signes de l'agonie et de l'incurabilité de la maladie.
Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit plus haut sur le même sujet; mais nous ferons, relativement aux causes , quelques remarques qui vaudront ce qu'elles pourront en faveur de notre manière de voir.
M. Calmeil place l'aliénation mentale au nombre àQ^ causes prédisposantes de la maladie, et dit que pour les hommes aliénés pris en masse, la proportion des paralytiques est de un sur quinze , tandis qu'elle n'est, pour les femmes, que d'une sur cinquante. Pour moi , qui crois que l'aliéné n'esl aliéné que parce qu'il est porteur d'une irritation méningo-encéphalique chronique plus ou moins inflammatoire ou subinflammatoire , c'est-à-dire de la même maladie qui produit la démence et la paralysie générale; je dirais, si j'étais à sa place , que les circonstances et le traitement étant tels qu'ils sont à l'hospice de Charenton , cette irritation n'arrive au point de produire la désorganisation à laquelle correspond la paralysie avec démence , que dans les proportions qui viennent d'être énoncées.
La terminaison de l'aliénation par démence et paralysie a été vue , par Fauteur, deux fois avant la trentième année, quatorze fois de trente à quarante ans, vingt fois de quarante à cinquante, neuf fois de cinquante à soixante, et, cette époque passée, elle a toujours été en diminuant. Pour moi, je trouverais là, comme dans la prédominan4:e de la paralysie générale chez les hommes, un motif de plus pour l'attribuer à l'irritation qui les entretenait dans l'état de folie; car je dirais que les femmes et les enfans sont beaucoup moins sujets à l'inflammation que les hommes, et qu'après soixante ans, les irritations deviennent moins inflammatoires, moins promptçfiaçpÇ d^3organi§tUriceS; çt
que c'est pour celte même raison que les vieillards tremblotans et à marche corivulsive ont quelquefois tant de peine à tomber dans la paralysie générale. Je prendrais un nouveau point d'appui pour mon opinion dans la prédisposition constitutionnelle, en lisant dans notre auteur que la plupart des sujets sont bruns et robustes; et, pour cette raison, comme pour celle de la similitude d'organisation cérébrale, si remarquable entre les parens et leurs enfans, je ne balancerais pas à admettre la prédisposition héréditaire : d'ailleurs , assez de faits ont fixé mes idées sur ce dernier point.
Pour la question des causes déterminantes ou exci'^ tantes^ le ne vois rien qui ne confirme tout ce qui vient d'être dit : la profession des armes, celle de douanier, toutes celles qui exposent les hommes à s'approcher d'un feu ardent; les passions vives, les chagrins domestiques , les revers de fortune ; les excès vénériens, ceux de la masturbation; ceux du vin , des boissons alcooliques, du café, l'abus du mercure, et souvent plusieurs de ces causes réunies^ suffisent bien pour expliquer la fixation de l'irritation dans l'appareil encéphalique : le degré qu'elle y prend , la manière dont on la traite, et la prédisposition organique, doivent faire le reste.
M. Calmeil donne une longue énuméralion des altérations que présentent les cadavres des aliénés paralytiques : il les rapporte toutes à l'inflammation, ce qui semble le ranger parmi les physiologistes, quoiqu'il n'accorde rien à la subinflammation; toutefois, après cela, le même auteur met en doute si celte inflammation est la cause de la paralysie des aliénés. Ce sceptiscisme m'étonne; je n'ai pas pu le comprendre, et je me garderai bien de chercher à en approfondir les motifs.
Vient enfin l'article du traitement; il est nul, comme il ne manque jamais de l'être chez tous les monographes
anatomo-patliologistes purs auxquels il a convenu d eriger en entités-morbides les principales formes de la désorganisation de nos tissus, et de faire débuter ces maladies au moment où l'on peut saisir les signes de la destruction de nos principaux appareils : le tout , sans tenir aucun compte des travaux des physiologistes sur l'irritation.
Conclusions.
Quoique M. Calmeil ait écrit avec timidité et avec circonspection , sous l'influence du scepticisme prétendu philosophique qu'affichent tous les anatomopathologistes de l'école moderne , et qui n'a d'autre cause que la défense qu'on leur a faite d'étudier suivant la méthode physiologique, son ouvrage est utile et même très important, par Tappui qu'il nous prête, et par les progrès dont il sera nécessairement le promoteur. Néanmoins il nous démontre, comme tous ceux que nous avons analysés jusqu'à ce moment, que l'anatomie pathologique ne peut servir de base au diagnostic et au traitement des maladies de l'encéphale.